Gastro-entérites aiguës virales

Publié le 29/12/2004 - Dernière mise à jour le 17/01/2013

Aide mémoire

Il existe chaque année en France, comme dans tous les pays européens, une épidémie hivernale de gastro-entérite aiguës virales (GEA). Les données du réseau Sentinelles permettent d’estimer que, chaque hiver ces GEA sont à l’origine de 700 000 à 3,7 millions de consultations en médecine générale. L’augmentation du nombre de consultations pour GEA s’observe habituellement entre décembre et janvier avec un pic, le plus souvent au cours des deux premières semaines de janvier. Durant ce pic, l’incidence de consultations pour GEA est estimée entre 300 et 600 consultations pour 100 000 personnes par semaine mais peut s’élever jusqu’à 900 consultations pour 100 000 personnes par semaine comme en janvier 2001. Ces épidémies durent en moyenne 7,5 semaines. La durée la plus courte a été observée en 2010-2011 (3 semaines), et la plus longue observée en 2008-2009 (19 semaines) (rapport du Réseau sentinelles 2011).

Une étude en population générale réalisée de Mai 2009 à avril 2010 en France métropolitaine a estimé que plus de 21 millions d’épisodes de GEA survenaient chaque année en France. Le taux d’incidence était estimé à 0,33 cas/personne année [95 % IC 0,28-0,37]. Il était plus élevé chez les enfants de 5 ans, et diminuait avec l’âge. Trente-trois pourcent des cas avaient consulté un médecin et 76 % avaient pris un traitement. (Van Cauteren D et al. 2012)

Etiologie

Les GEA hivernales sont surtout d’origine virale. Elles se manifestent, après une période d’incubation variant de 24 à 72 heures, par de la diarrhée et des vomissements qui peuvent s’accompagner de nausées, de douleurs abdominales et parfois de fièvre. La durée de la maladie est généralement brève, de l’ordre de quelques jours. La principale complication est la déshydratation aiguë qui survient le plus souvent aux âges extrêmes de la vie.

Au cours de l’hiver 1998-1999, une étude menée avec les médecins du Réseau Sentinelles, avec une recherche systématique des principaux virus responsables de GEA a montré que le rotavirus des groupes A et C, les calicivirus humains, astrovirus et adenovirus 40 et 41 étaient retrouvés pour 39 % des cas de GEA consultant en médecine générale. Les calicivirus étaient isolés dans 19 % (dont 85 % des Norovirus) et les rotavirus A dans 17 %. Chez les enfants de moins de 3 ans, la proportion de cas avec une étiologie virale confirmée était de 55 % (Chikhi-Brachet R et al. 2002).

L’étiologie virale est également importante parmi les enfants hospitalisés pour GEA. Ainsi, une étude avec recherche systématique de rotavirus dans les selles, réalisée chez les enfants de moins de 15 ans hospitalisés pour GEA de 1997 à 2000 à l'hôpital Saint-Vincent de Paul a montré que 51 % de celles-ci étaient dues à une infection par un rotavirus (Moulin F et al. 2001).

Modes de transmission

La transmission interhumaine est le mode principal de transmission des GEA hivernales. De nombreuses épidémies par transmission de personne à personne ont été rapportées dans des hôpitaux, des services de long séjour et des maisons de retraite, et également en centres de séjour de vacances comme des hôtels et des croisières. La transmission par les mains du personnel joue alors un rôle important, de même qu’une contamination persistante de l’environnement en particulier pour les norovirus (Cheesbrough JS et al. 2000). Une étude cas-témoins sur les facteurs de risque des GEA hivernales (Letrilliart L et al. 1997) a identifié le contact avec une personne souffrant de GEA comme le principal facteur de risque d’acquisition de cette maladie. Ces virus, en particulier les norovirus, peuvent être transmis par voie alimentaire par ingestion d’eau ou d’aliments, consommés crus ou peu cuits. Ces aliments  sont contaminés soit à la production par contact avec des eaux souillées par des déjections (huitres, fruits rouges,etc.) soit contaminés secondairement lors de la manipulation par une personne porteuse du virus. La transmission des virus par voie alimentaire ou hydrique peut être à l’origine d’importantes épidémies.

Impact

Une analyse des données du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) sur les hospitalisations réalisée en France en 1997 dans les hôpitaux public ou privés a répertorié 51 125 séjours hospitaliers chez des enfants de moins de 5 ans, avec un diagnostic codé gastro-entérite en diagnostic principal ou en diagnostic associé avec un symptôme ou une complication de GEA en diagnostic principal (soit 1 432 séjours pour 100 000 enfants de moins de 5 ans) (Fourquet F et al. 2003). Ces séjours hospitaliers représentaient 11 % de l'ensemble des séjours hospitaliers chez les enfants de moins de 5 ans. La durée moyenne de séjour pour GEA était de 3,2 jours ; 51 % étaient classés comme gastro-entérite sans autre diagnostic. Une complication, principalement la déshydratation, était notée dans 21 % des causes virales et dans 17 % des causes bactériennes. Cette étude montre également une recrudescence importante des hospitalisations pour GEA en hiver et que ces GEA hivernales sont majoritairement virales. Les hospitalisations pour GEA virales hivernales augmentaient rapidement en décembre pour culminer en janvier et avec un retour à un niveau bas en mai (Fourquet F et al. 2003). Sur l’ensemble de l’année, 36 % des séjours hospitaliers chez des enfants âgés de moins de 5 ans étaient dus à des virus, dont 43  % de rotavirus, et 56 % étaient « présumées infectieuses ».

En 2005, l’étude de Melliez et al. (Melliez H et al. 2005) sur la morbidité, la mortalité et les coûts médicaux directs liés à la prise en charge des diarrhées aiguës à rotavirus en France  a estimé à 300 000 le nombre annuel de diarrhées aiguës à rotavirus chez les enfants de moins de 5 ans et à 9 le nombre de décès. Ces infections seraient à l’origine de 138 000 consultations en ville par an et 18 000 hospitalisations. Les coûts médicaux directs annuels ont été estimés à 28 millions d’euros.

Mortalité

Le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC) de l’Inserm dénombre chaque année autour de 600 décès avec une infection intestinale comme cause initiale du décès. Ces décès concernent principalement les âges extrêmes (< 5 ans, > 75 ans). Ainsi, en 1999, 34 décès pour maladies infectieuses intestinales (cause initiale) ont été répertoriés par le CépiDC chez les enfants de moins de 5 ans et 322 chez les personnes âgées de plus de 75 ans. Ces chiffres correspondent à des estimations basses du nombre de décès par GEA. Il faut en effet ajouter certains des décès classés comme arrêt cardiaque, choc sans mention de traumatismes, troubles gastro-intestinaux sans autres mentions, problèmes alimentaires. Par ailleurs, l’étude à partir des données du PMSI permet d’estimer que, selon les critères utilisés, les GEA avaient été à l’origine de 14 à 39 décès parmi les enfants de < 5 ans en France en 1997 (Fourquet F et al. 2003).

Hygiène des mains et surfaces

Le mode de transmission oro-fécal principal des virus conditionne en grande partie les mesures de prévention et de contrôle des gastro-entérites virales basées sur l’application de mesures d’hygiène. Les mains constituent le vecteur le plus important de la transmission et nécessite de ce fait un nettoyage au savon soigneux et fréquent. De même, certains virus (rotavirus et norovirus) étant très résistants dans l’environnement et présents sur les surfaces, celles-ci doivent être nettoyées soigneusement et régulièrement dans les lieux à risque élevé de transmission (services de pédiatrie, institutions accueillant les personnes âgées) (Guide HCSP 2010).

Lors de la préparation des repas

L’application de mesures d’hygiènes strictes (lavage soigneux des mains) avant la préparation des aliments et à la sortie des toilettes, en particulier dans les collectivités (institutions accueillant des personnes âgées, services hospitaliers, crèches), ainsi que l’éviction des personnels malades (cuisines, soignants, etc.) permet d’éviter ou de limiter les épidémies d’origine alimentaire.

Les solutés de réhydratation

La meilleure prévention des complications de la diarrhée aiguë est la réhydratation précoce à l'aide des solutés de réhydratation orale (SRO). Son efficacité est largement démontrée par de nombreuses études, et les SRO sont remboursés par la sécurité sociale pour les enfants de moins de 5 ans (http://www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1119.pdf)

Le vaccin contre les infections à rotavirus

 Depuis 2006, 2 vaccins indiqués dans l’immunisation active des nourrissons à partir de l’âge de 6 semaines pour la prévention des gastro-entérites dues à une infection à rotavirus ont obtenu une autorisation de mise sur le marché. Le Conseil supérieur d’hygiène publique de France, section des maladies transmissibles, a recommandé dans un avis rendu fin 2006, de différer la recommandation de la vaccination anti-rotavirus systématique pour les nourrissons de moins de six mois. Cet avis a été réévalué en 2010.  Le HCSP a pris acte de l’efficacité élevée de ces vaccins et des données épidémiologiques confirmant l’impact positif de la vaccination sur l’incidence des diarrhées graves à rotavirus dans les pays ayant mis en œuvre la  vaccination. Cependant, il a confirmé son avis défavorable à l’inclusion de cette vaccination dans le calendrier vaccinal français. Cet avis était essentiellement lié à la mise en évidence en 2010 de signaux de pharmacovigilance.
(http://www.hcsp.fr/docspdf/avisrapports/hcspa20100528_vacnourota6mois.pdf).

Dossier Gastro-entérites aiguës virales

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