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Publié le 26/11/2015 - Dernière mise à jour le 07/10/2016

Don du sang des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes

Un arrêté du 5 avril 2016 qui fait évoluer les critères de sélection des donneurs de sang, est entré en vigueur le 10 juillet 2016. Il permet notamment pour les hommes ayant ou ayant eu des relations sexuelles entre hommes, de donner leur sang sous certaines conditions. Pour le don de sang total et les dons d'aphérèse (hors plasma destiné à la sécurisation par quarantaine), ne pas avoir eu de rapport sexuel entre hommes dans les 12 derniers mois et pour le don de plasma sécurisé par quarantaine, avoir eu un seul partenaire sexuel dans les 4 derniers mois, comme requis pour tout candidat au don.

Quel est le risque transfusionnel VIH en France ?

Le risque global de transmission du VIH par transfusion sanguine en France a été estimé sur la période 2011-2013 à 1/3 450 000 dons, ce qui correspond à moins d’un don infecté par an par le VIH en France. Sur cette période de 3 ans, 24 donneurs de sang réguliers ont eu un don négatif pour le VIH suivi d’un don VIH positif (séroconversion VIH), donneurs qui ont été exclus du don de sang. Parmi ces 24 séroconversions VIH, 15 concernaient des HSH et 9 des personnes hétérosexuelles : 62 % du risque transfusionnel sur la période 2011-2013 était donc attribuable à des HSH.

Sur la base de cette estimation de risque, si la compliance* des HSH à la mesure d’ajournement permanent était de 100 % (respect de la mesure de sélection des donneurs de ne pas donner son sang lorsque l’on a eu un rapport sexuel entre hommes dans sa vie), le risque transfusionnel VIH passerait à 1/9 millions de dons. Ce risque serait identique pour un ajournement de 12 mois (respect de la recommandation de ne pas donner son sang lorsque l’on a eu un rapport sexuel entre hommes datant de moins de un an), pour ce même niveau de compliance. Cependant, la compliance à une mesure de santé publique n’est jamais de 100 %.

Quelles sont les données internationales sur la compliance à la mesure d’ajournement de 12 mois ?

Certains pays (Etats-Unis, Canada, Australie) ont réalisé des études de compliance à la mesure d’ajournement de 12 mois dans un échantillon de donneurs de sang masculins. Ces études montrent que la proportion de donneurs réguliers de sexe masculin qui ont eu des relations sexuelles avec des hommes au cours des 12 derniers mois avant le don serait comprise entre 0,1 % et 0,4 %.

En France, quel serait le risque transfusionnel théorique pour une mesure d’ajournement de 12 mois ?

L’InVS a appliqué ces estimations internationales de non-compliance aux donneurs de sang réguliers en France afin d’estimer le risque transfusionnel VIH pour une mesure d’ajournement de 12 mois pour les HSH. A partir des données observées sur la période 2011-2013 :

  • une non-compliance de 0,1 % correspondrait chez des donneurs de sang HSH à 4 séroconversions VIH en 3 ans qui, ajoutés aux 9 séroconversions VIH chez des donneurs hétérosexuels, correspondrait à un risque de 1/6 000 000 de dons,
  • une non-compliance de 0,4 % correspondrait chez des donneurs de sang HSH à un nombre de 16 séroconversions VIH en 3 ans qui, ajoutés aux 9 séroconversions VIH chez des donneurs hétérosexuels, correspondrait à un risque de 1/3 300 000 de dons, risque qui est très proche du risque actuel (1/3 450 000 dons).

Pourquoi le délai d’ajournement à 12 mois a-t-il été retenu ?

L’évaluation du risque transfusionnel VIH qui a été faite repose sur des données scientifiques d’ajournement à 12 mois, les seules disponibles, et indique qu’un ajournement à 12 mois du don du sang des HSH correspondrait à un même niveau de sécurité transfusionnelle que la mesure actuelle. Il n’existe pas, à ce stade, de données suffisantes pour évaluer a priori l’impact qu’aurait un délai inférieur à 12 mois sur le risque transfusionnel VIH.
Par ailleurs, il n’est pas observé d’augmentation du risque transfusionnel VIH pour les pays qui sont passés d’un ajournement permanent à un ajournement de 12 mois et qui ont publié leur bilan comparant la situation épidémiologique des donneurs de sang avant et après la mise en place de la mesure (Australie, Angleterre).

En conclusion, les données épidémiologiques chez les donneurs de sang montrent, qu’actuellement en France, il existe un risque majoré de détection de dons VIH positifs chez les HSH. Pour la période 2011-2013, le risque de transmission du VIH par transfusion est lié pour les deux-tiers (62 %) à des HSH, ce qui témoigne de la limite de la mesure actuelle d’ajournement permanent. La non-compliance des HSH a un impact important sur le risque transfusionnel VIH, sa connaissance est donc nécessaire pour conduire des analyses de risque avec des durées d’ajournement temporaire. Toutefois, les données ne sont disponibles dans la littérature que pour un ajournement de 12 mois. En se basant sur ces données, l’ajournement de 12 mois pour les HSH ne semble pas majorer le risque résiduel transfusionnel lié au VIH en France.

*Compliance : adhésion des personnes à une mesure de santé publique.

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