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Etudes autour de catastrophes

Publié le 15/01/2013 - Dernière mise à jour le 19/09/2013

L'expérience de Xynthia

  • Illustration de la tempête xynthia
  • Illustration de la tempête xynthia
  • Illustration de la tempête xynthia
  • Illustration de la tempête xynthia

Crédit : Dr Bescond, CUMP Vendée.

Les faits

Les 27 et 28 février 2010, les départements de la Charente-Maritime, et de la Vendée étaient frappés par la tempête Xynthia. La submersion marine qu’elle a entrainée est responsable d’une grande partie des destructions et dommages consécutifs à la tempête.

Au lendemain de cette catastrophe, le bilan était extrêmement lourd : 12 personnes décédées en Charente-Maritime et 29 en Vendée, 40 communes submergées, 70 000 foyers privés d’électricité, 4 800 maisons inondées dont 2 500 sinistrées, 23 200 hectares de terre agricole inondés, 350 exploitations agricoles fortement touchées, 900 établissements conchylicoles sinistrés, 739 entreprises en difficulté suite à la tempête, 120 km de digues endommagés. L’état de catastrophe naturelle était déclaré pour quatre départements : Charente-Maritime, Vendée, Deux-Sèvres et Vienne.
Les retours d’expérience d’événements équivalents (inondation de la Somme en 1999, inondations du Gard en 2002) et à l’étranger (ouragan Katrina) laissaient attendre des impacts sanitaires plus larges que les seuls décès et traumatismes physiques immédiats. Le caractère éminemment traumatique des scénarios individuels vécus par les personnes impliquées, la destruction de nombreuses habitations, les relogements nécessaires et les incertitudes au sujet du futur des habitations laissaient en effet prévoir un stress aigu et prolongé.

La réponse des ARS

C’est pourquoi les Cellules d’urgence médico-psychologiques (CUMP) des deux départements touchés par le phénomène de submersion sont immédiatement intervenues sur le terrain. L’importance des dégâts et de l’impact les a conduits à prolonger leur action au-delà de leur temps habituel d’intervention (5 semaines pour la CUMP Charente-Maritime et 2,5 mois pour la CUMP de Vendée) et à demander des renforts de la part des CUMP des départements limitrophes.
L’activité persistante des CUMP, les discussions sur la délimitation du territoire de solidarité et les habitations inondées, le constat des dégâts matériels et agricoles ont convaincu les ARS de construire un dispositif de prise en charge renforcé de l’impact psycho-social des conséquences de la catastrophe.
Le territoire de solidarité correspond aux territoires des communes sinistrées éligibles au fonds de solidarité de l’Union européenne. La définition de ce territoire permet de circonscrire la population cible.
Suite à la tempête Xynthia, trois zones ont été définies selon le danger auquel les populations s’y trouvant étaient soumises : les "zones noires" correspondant à un danger mortel rendant les logements inhabitables, les "zones jaunes" présentant un risque de submersion marine imposant aux habitants des aménagements de leur résidence, et des "zones oranges" demandant des expertises complémentaires pour les classer en zone noire ou en zone jaune.
En Vendée et en Charente Maritime, respectivement 945 et 751 habitations se trouvaient incluses en zones noires, requalifiées en "zones de solidarité".

Deux approches différentes de prise en charge psychologiques ont été mises en place :

  • celle de l’ARS Poitou-Charentes reposait sur un numéro vert et des cellules de permanence dans les mairies de 5 communes parmi les plus touchées afin d’assurer une écoute ainsi qu’un soutien social et psychologique de proximité efficaces et gratuit ;
  • celle de l’ARS Pays de Loire était axée sur le maintien actif des CUMP pendant deux mois et demi et la mise à disposition d’un soutien téléphonique destiné aux professionnels de santé grâce à une permanence du centre intersectoriel de la Roche-sur-Yon.

Les deux ARS ont proposé des séances de sensibilisation aux médecins généralistes libéraux et à la médecine scolaire. Les services Médico-Psychologiques assuraient un deuxième recours en cas de besoin de prise en charge psychologique.

La mise en place par l'InVS de systèmes de surveillance accompagnant la réponse de l'ARS

L’InVS, par le biais de ses cellules en région (Cire), a mis en place des systèmes de surveillance adaptés aux dispositifs de renforcements du soutien psychologique et au contexte local.

Le système de surveillance dans la région Poitou-Charentes

Les objectifs du système de surveillance mis en place étaient de suivre et mesurer l’évolution des recours aux soins et de veiller à l’adéquation entre les services et les besoins de prise en charge et de prévention psychologique. La surveillance reposait sur l’envoi par les professionnels de santé volontaires des communes les plus touchées par les inondations d’une fiche clinique remplie pour toute personne consultant et présentant pour la première fois des manifestations psychologiques en lien avec la tempête Xynthia, quel que soit le motif initial de consultation. L’analyse et le retour d’information aux professionnels de santé et autorités locales étaient assurés sous forme d’un bulletin édité par la Cire à partir du mois d’avril 2012 et tant que le dispositif était gréé.

Seuls les acteurs des soins spécialisés ont participé : centre médico-psychologiques, psychologues du dispositif spécifique (permanences et cellule d’écoute téléphonique), psychiatres hospitaliers. Au total 227 nouveaux cas ont été notifiés entre le 7 avril et le 19 septembre 2010. Les cas ont surtout été vus pendant les deuxième et troisième mois après la tempête. Après une recrudescence durant le 5ième mois le nombre de consultations a fortement baissé le 6ième mois. Les cas étaient majoritairement des femmes (70 %) et des adultes de plus de 20 ans (92 %) et 80 % n’avaient pas d’antécédent psychiatrique. Ils présentaient principalement des syndromes dépressifs, anxieux, et dans une moindre mesure des symptômes en faveur d’états de stress post-traumatiques débutants ou avérés. La surveillance a ainsi permis de suivre l’évolution de l’activité du dispositif ainsi que des caractéristiques des nouveaux cas. La rétro information aux acteurs sanitaires et aux pouvoirs-publics a permis d’ajuster le dispositif aux besoins (prolongation de trois mois de plus par rapport à ce qui était prévu initialement et changement de localisation d’un des centres de soutien).

Le système de surveillance dans la région Pays de Loire

Les objectifs du système de surveillance étaient de décrire l’activité des CUMP et de connaitre le retentissement de l’arrêt de leur fonctionnement sur le dispositif régulier de prise en charge des patients impactés par la tempête. Ce dispositif s’appuyait sur un réseau de professionnels de santé exerçant dans la zone sinistrée au sud-ouest de la Vendée. Les médecins généralistes, les équipes de santé scolaire, les médecins du travail, les structures d’urgence et les unités des secteurs psychiatriques ont été conviés à participer à cette surveillance. Il leur était demandé d’envoyer chaque semaine un formulaire rempli pour toute personne dont la consultation médicale mettait en évidence des conséquences psychologiques ou des manifestations somatiques en relation directe ou indirecte avec la tempête Xynthia du 28 février 2010. Ils y notaient une description de l’état clinique et psychologique du patient, les modalités d’expositions à la catastrophe et l’orientation thérapeutique proposée. Afin d’apprécier plus précisément le système de surveillance, des entretiens avec les acteurs de soins ont été organisés pour recueillir leur perception sur l’impact de la tempête sur leur clientèle et leur avis sur le système de surveillance mis en place.

Les CUMP sont restées actives deux mois et demi après la catastrophe et ont fourni des soins à près de 900 personnes. La surveillance s’appuyant sur le dispositif régulier de prise en charge des patients n’a pris effet qu’au mois de Juin soit deux mois après l’arrêt du fonctionnement des CUMP et a été fixée pour 6 mois. Elle a enregistré 51 fiches. Ce nombre sous-évalue très probablement l’effort de prise en charge réel, mais les entretiens auprès des acteurs de santé ont permis de confirmer la faible activité en rapport avec la tempête trois à neuf mois après la catastrophe. Les personnes ayant consulté étaient en majorité âgées de plus de 65 ans (59 %) et ont fortement été impactées par la tempête (90 % ont subi des dommages parfois jugés comme traumatisants). Les trois-quarts des consultants présentaient des manifestations anxieuses ou dépressives et 22 % des signes en rapport avec un état de stress post-traumatique.

Etude sur les délivrances de médicaments psychotropes

Le Département Santé Environnement de l’InVS a estimé l’impact de la tempête Xynthia sur la délivrance de médicaments psychotropes (tranquillisants, hypnotiques et antidépresseurs) à partir des données du Système National Inter-Régime de l’Assurance Maladie (Sniiram) pour les résidents des 15 communes où des zones de solidarité ont été créées. Les données de l’assurance maladie ont permis d’identifier les traitements psychotropes initiés après la catastrophe chez les personnes résidant dans ces communes. Durant les 3 semaines qui ont suivi la tempête, le risque de débuter un traitement psychotrope avait plus que doublé. Il était plus élevé chez les femmes. Cette étude a confirmé l’impact psychologique de cette tempête et de ses conséquences. Elle a également montré que les bases médico-administratives permettent, en complément d’autres études, de caractériser l’impact sanitaire d’un événement extrême localisé dans l’espace et dans le temps. Rappelons que les données de remboursement de psychotropes avaient été utilisées pour l’évaluation de l’impact sanitaire à court terme de l’explosion d’AZF ainsi que des inondations du Gard en 2002. Cette étude confirme l’apport de ces données pour le suivi des conséquences sanitaires d’une catastrophe.

Le retour d’expérience de ces trois études

Ces études ont montré l’utilité du couplage d’un dispositif de surveillance épidémiologique avec les dispositifs de prise en charge sanitaire ad hoc mis en place. Par ailleurs l’utilisation des données du Sniiram s’avère une voie pertinente pour mesurer l’impact d’une catastrophe. Il s’agit d’aller plus avant dans la construction des indicateurs correspondants.

  • En savoir plus :

Motreff Y, Pirard P, Goria S, Labrador B, Gourier-Fréry C, Nicolau J, Le Tertre A, Chan-Chee C. Increase in Psychotropic Drug Deliveries after the Xynthia Storm, France, 2010. Prehosp Disaster Med. 2013 Jun 27:1-5

Raguenaud ME, Germonneau P, Leseigneur J, Chavagnat JJ, Motreff Y, Vivier Darrigol M, Pirard P. Epidemiological surveillance linked to an outreach psychological support program after the Xynthia storm in Charente-Maritime, France, 2010. Prehosp Disaster Med 2012;27(5):1-6.

Ollivier R, Loury P, Hubert B. Bilan de la surveillance des conséquences psychologiques et sanitaires de la tempête Xynthia dans le sud-ouest de la Vendée en 2010. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2011. 34 p.

Raguenaud ME, Germonneau P, Pirard P, Motreff Y. Surveillance des conséquences psychologiques suite à la tempête Xynthia en Charente-Maritime en 2010. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2011. 29 p.

Garnier E (dir.), Surville F (dir.), Boucard J. La tempête de Xynthia face à l'histoire : submersions et tsunamis sur les littoraux français du moyen âge à nos jours. Saintes : Le croît vif ; 2011. 174 p.

Raguenaud ME, Germonneau P, Pirard P, Motreff Y. Surveillance des conséquences psychologiques de la tempête Xynthia en Charente-Maritime. Journées de l'Institut de veille sanitaire ; 28-29 avril 2011, Paris.

Bescond Y. Intervention de la CUMP 85 lors de la tempête Xynthia. 2e Journée régionale de veille sanitaire (JRVS) Pays de la Loire ; 14 octobre 2011, Nantes.

Ollivier R, Loury P, Hubert B. Bilan de la surveillance des conséquences psychologiques et sanitaires de la tempête Xynthia dans le sud ouest de la Vendée en 2010. 2e Journée Régionale de Veille Sanitaire (JRVS) Pays de la Loire ; 14 octobre 2011, Nantes.

Hernu H, Kbaier R, Casteigts M, De Furst X, Jullien B, Rochard J et al. Rapport sur l'évaluation des dommages causés par la tempête Xynthia des 27 et 28 février 2010 à prendre en compte à titre du fonds de solidarité de l'Union européenne. Gouvernement français; 2010.

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