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Conséquences sanitaires de la catastrophe d'AZF

Publié le 19/09/2011

De l'explosion à la démarche épidémiologique après la catastrophe 

Avec l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, le 21 septembre 2001, la France a subi l’un des accidents industriels les plus graves de son histoire. Cette usine d’engrais chimiques était en effet implantée dans la commune même de Toulouse (plus de 400 000 habitants en 2001), dans une zone industrielle située en lisière de rocade à proximité de nombreux quartiers d’habitation, d’un hôpital et d’un campus universitaire. L’explosion survenue un matin de semaine a entraîné la mort de 30 personnes et a causé plusieurs milliers de blessés. Des milliers de bâtiments ont été totalement ou partiellement détruits et toute la population de l’agglomération a été touchée directement ou indirectement (voir contexte). Par son ampleur et sa gravité, l’évènement répondait d’emblée à la définition que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) donne d’une catastrophe (disaster), qu’elle soit d’origine industrielle ou naturelle : "Une catastrophe est un choc sévère, une rupture brutale, écologique et psychosociale, qui dépasse largement les possibilités de faire face de la communauté affectée" [OMS 2002].

L’usine AZF était une installation classée "Seveso". La directive européenne dite "Seveso", du nom du rejet accidentel de dioxine en 1976 sur la commune de Seveso en Italie, plusieurs fois remaniée, impose aux établissements industriels présentant des risques majeurs une réglementation stricte. À ce titre, son autorisation de fonctionner était réglementée et comportait, en particulier, une "étude de dangers" prévoyant les accidents possibles et leurs conséquences sanitaires aigues, ainsi qu’un plan particulier d’intervention (PPI) à déclencher en cas d’accident. Ce plan, ainsi que les différents plans impliquant pompiers, Samu, sécurité civile, etc., ont été déclenchés sous le pilotage de la préfecture de la Haute-Garonne et permirent le secours immédiat aux personnes malgré de très nombreuses difficultés (scénario explosif non prévu, ruptures des télécommunications...), grâce notamment à la mobilisation de très nombreux professionnels de santé et de bénévoles. La catastrophe d’AZF a été à l’origine d’une révision de la réglementation et notamment de l’instauration des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) concernant les installations "Seveso" (AZF : 10 ans après).

Si la protection immédiate des biens et des personnes était effectivement prévue par les plans, l’évaluation de l’impact sanitaire d’une catastrophe sur la population à court, moyen et a fortiori à long termes, l’alerte sur des dangers sanitaires imprévus, la prévision d’impacts secondaires ou à distance (retombées d’émissions atmosphériques par exemple), et l’évaluation des conséquences psycho-sociales ne faisaient l’objet d’aucun dispositif particulier. Le domaine de l’évaluation des conséquences sanitaires et psychosociales des catastrophes était relativement peu approché en rance, alors qu’il était déjà largement développé dans d’autres pays, notamment aux États-Unis.

Lors de l’accident d’AZF, l’Institut de veille sanitaire (InVS), du fait de ses missions de surveillance et d’alerte récemment définies dans la loi de sécurité sanitaire de 1998, s’est saisi de la mise en place d’un tel dispositif. Le programme a constitué une première en France. Poursuivant l’objectif premier de guider la prise de décision des pouvoirs publics pour la protection et la prévention des populations touchées, il a permis d’améliorer les connaissances sur les conséquences des catastrophes et a également contribué à la transparence démocratique en fournissant des informations scientifiques aux professionnels, au public et aux médias.

L’évaluation dans le domaine de la santé après une catastrophe comporte des spécificités méthodologiques, techniques mais aussi psychologiques, liées à la nécessité d’intervenir dans des communautés en état de choc avec des moyens parfois détruits et des professionnels parfois eux-mêmes touchés. Les méthodes classiques - évaluation quantitative des risques sanitaires, étude épidémiologique ou système de surveillance - nécessitent d’être adaptées et dimensionnées très rapidement en fonction du contexte de l’événement. L’expérience acquise lors de la conduite du programme AZF, rejoignant celle des épidémiologistes ayant travaillé sur l’évaluation des conséquences sanitaires des inondations (telles que les inondations dans la Somme en 2001, dans le Gard et dans l’Aude en 2002), a conduit à l’élaboration de recommandations méthodologiques communes insistant sur la nécessaire préparation en amont de tels dispositifs. La mise en place de dispositifs de surveillance épidémiologique postcatastrophe a notamment fait l’objet de développement spécifiques.

La préparation aux accidents industriels et aux catastrophes (Peraic) est un programme particulier de l’InVS. L’évaluation sanitaire des récentes catastrophes naturelles telles que la tempête Klauss survenue en janvier 2009 ou encore la tempête Xynthia en février 2010 a pu être menée avec l’appui de ce programme.

  • En savoir plus :

Sur la surveillance épidémiologique des catastrophes

Verger P, Aulagnier M, Schwoebel V, Lang T. French experiences with Health Impact Assessment of disasters. Eur J Public Health 2006(17)1:3-4.

Verger P, Aulagnier M, Schwoebel V, Lang T. Démarches épidémiologiques après une catastrophe. Anticiper les catastrophes : enjeux de santé publique, connaissances, outils et méthodes ds ministère de l'Écologie. Documentation française; 2005. p. 268. Disponible sur: http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/9782110057488/

Malfait P, Schwoebel V, Verger P. Catastrophes naturelles ou industrielles. Dans Astagneau P, Ancelle T. Surveillance épidemiologique. Principes, méthodes et applications en santé publiques. Médecine sciences publications; 2011. p. 231-6.

Drass Midi-Pyrénées/Institut de veille sanitaire. La surveillance sanitaire après une catastrophe : que nous a apprise l’explosion de l’usine AZF ? Colloque Toulouse, 20 octobre 2006. Actes du colloque. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2007. 78 p.

Sur l’impact sanitaire d’autres catastrophes

Six C, Mantey K, Franke F, Pascal L, Malfait P. Étude des conséquences psychologiques des inondations à partir des bases de données de l’Assurance maladie. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2008. 23 p.

Ligier K, Zielinski O, Trugeon A, Duval M, Cauwet F, Ilef D, Ganiayre F, Guillaumont C, Helynck B. Enquête santé chez les inondés de la Somme au printemps 2001. Deux ans après. Éditeur: Observatoire régional de santé Picardie; 2005. 168 p. Disponible sur : http://www.invs.sante.fr/publications/2005/sante_inondes_somme/index.html

Raguenaud ME, Germonneau P, Pirard P, Motreff Y. Surveillance des conséquences psychologiques suite à la tempête Xynthia en Charente-Maritime en 2010. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2011. 29 p.  

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