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Impact sanitaire : une approche par population

Publié le 19/09/2011

Impact sanitaire un à deux ans après l’explosion

L’impact sanitaire de l’explosion du 21 septembre 2001 à l’usine AZF de Toulouse a d’abord été les 30 morts et les 2 500 blessés immédiats estimés dans le bilan initial de la Préfecture. Les rejets toxiques dans l’environnement (air, eau, sol) ont provoqué des symptômes irritatifs transitoires sans risque significatif à long terme (voir conséquences de l’exposition environnementale), bien qu’ayant causé une inquiétude majeure dans la population pendant plusieurs semaines. Les effets sanitaires à court terme, évalués principalement à travers les systèmes d’information, ont été physiques, traumatiques, mais également psychologiques liés au stress aigu des premiers jours (voir Apport des systèmes d’information).

Au-delà de l’évaluation de cet impact à court terme, une série d’études transversales menées auprès de plusieurs populations (enfants, travailleurs, population locale) 9 à 18 mois après l’explosion ont mis en évidence l’ampleur des conséquences sanitaires et leur persistance après quelques mois.

Sur le plan des conséquences physiques à moyen terme, les séquelles auditives (acouphènes, pertes d’audition) ont été les plus fréquemment déclarées, et ont été d’autant plus fréquentes que la personne se trouvait proche de l’épicentre de l’explosion.

Les conséquences sur la santé mentale à moyen terme se sont manifestées par :

  • des symptômes de type anxieux, principalement des symptômes de stress posttraumatique (SPT) : cauchemars, réactions d’évitement de tout ce qui peut rappeler l’événement, irritabilité, difficultés de concentration… ;
  • des symptômes dépressifs ;
  • des symptômes divers : troubles du comportement, mal-être psychique, se traduisant par une consommation accrue de médicaments psychotropes.

Cet impact sur la santé mentale a concerné les personnes exposées directement car présentes dans la zone proche. Tous les symptômes étudiés étaient d’autant plus fréquents que la personne se trouvait proche de l’épicentre de l’explosion. L’impact était aussi plus fréquent chez les personnes dont un proche avait été touché, chez les personnes déjà vulnérables et chez celles qui avaient le plus souffert des conséquences professionnelles et sociales de l’explosion. Les populations des quartiers proches de l’explosion socialement défavorisés ont été les plus touchées.

L’usine AZF était située au cœur d’un complexe chimique comprenant cinq autres usines chimiques et collaborait avec plusieurs entreprises sous-traitantes. L’explosion a entraîné la mort de 21 travailleurs sur le site de l’usine. Compte tenu des conséquences sur la population des travailleurs, une enquête transversale par auto-questionnaire postal a été réalisée en 2002 auprès de 50 000 travailleurs et sauveteurs de l’agglomération toulousaine. Cette enquête avait pour objectif d’évaluer les conséquences sanitaires de l’explosion sur la santé des travailleurs un an après la catastrophe (voir approche et méthodologie).

L’incidence des blessures physiques était de 14 % chez les travailleurs hommes et femmes présents dans la zone proche. Cette incidence diminuait au fur et à mesure que l’on s’éloignait de l’épicentre de l’explosion. Le même phénomène est retrouvé avec les troubles auditifs : chez les hommes la fréquence de douleurs et de sifflement dans les oreilles survenus après l’explosion est de 57 % pour les personnes situées à moins de 1,7 km de l’usine et 13 % pour celles qui étaient au-delà de 5 km ; chez les femmes on retrouve respectivement 56 % et 12 %.

Concernant l’impact professionnel, 20 % des travailleurs déclaraient un lieu de travail inutilisable et 7 % un arrêt de travail en lien avec l’explosion. La prévalence de symptômes de stress post-traumatique était plus élevée chez les travailleurs de la zone proche (12 % chez les hommes et 18 % chez les femmes) que chez ceux de la zone éloignée (5 % et 9 %). En zone proche, Il existait un gradient de prévalence de symptômes de stress post-traumatique chez les salariés ; les prévalences augmentent de la catégorie cadre à celle des ouvriers. Les prévalences de symptômes de stress post-traumatique étaient d’autant plus importantes que les travailleurs étaient plus âgés et plus exposés à la catastrophe industrielle.

L’impact en santé mentale était moindre parmi les sauveteurs, les prévalences de symptômes de stress post-traumatique étant de l’ordre de 5 % chez les hommes et 2 % chez les femmes. Les symptômes de stress post-traumatiques n’étaient pas associés à l’âge ou à la catégorie sociale. Les fréquences de symptômes de stress post-traumatique sont plus élevées chez les hommes policiers qui ont participé au transport des blessés et qui ont apporté une assistance médico-sociale aux victimes que chez ceux qui ont déclaré ne pas avoir participé à ce type d’activité.

  • En savoir plus :

Agrinier N, Albessard A, Schwoebel V, Diene E, Lang T. Direct assistance to victims in rescue operations as a risk factor for post traumatic stress disorder in police officers. The experience of the Toulouse disaster in 2001. J Emerg Manage.2009;7(3):59-67.

Diene E, Agrinier N, Santin G, Cohidon C, Schwoebel V. Conséquences sanitaires de l'explosion survenue à l'usine "AZF" le 21 septembre 2001. Rapport final sur les conséquences à un an dans la population des travailleurs et des sauveteurs de l'agglomération toulousaine. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2007. 76 p.

L’impact immédiat de l’explosion du 21 septembre 2001 à l’usine AZF de Toulouse a été majeur pour les enfants, environ 10 000 enfants et adolescents étant scolarisés dans la zone proche du site. Un lycéen est décédé et de nombreux élèves ont été blessés. Deux lycées professionnels et un collège ont été totalement détruits, et près de la moitié des écoles primaires et maternelles de la ville ont subi des dommages plus ou moins importants.

Deux enquêtes transversales ont été menées auprès d’élèves du CM2 à la seconde (9 mois après l’explosion), et d’élèves de sixième (16 mois après l’explosion), dans la zone proche particulièrement touchée, et dans des zones de référence (voir approche et méthodologie). Pour chaque enquête, près de 700 élèves ont été interrogés par autoquestionnaire.

Ces enquêtes ont mis en évidence l’ampleur de l’impact physique et matériel, et des conséquences sur la santé mentale persistantes après plusieurs mois.

En zone proche de l’explosion, 76,8 % des élèves de sixième déclaraient par exemple avoir eu des dégâts à leur domicile et 22,7 % déclaraient avoir été blessés. Dans la première enquête, 98 % des élèves avaient eu leur établissement scolaire fermé, et 40 % pour une durée de plus d’un mois.

La prévalence des troubles en santé mentale était élevée dans les deux enquêtes. Seize mois après l’explosion, chez les élèves de sixième, la prévalence des symptômes de stress post traumatique était de 35% et celle des symptômes dépressifs de 20 %. La prévalence des symptômes de stress post traumatique avait diminué entre les deux enquêtes, passant de 47 % à 26 % chez les garçons, et de 52 % à 41 % chez les filles, témoignant de la capacité de résilience des enfants. 

Ces études ont également montré que ces symptomatologies étaient d’autant plus fréquentes que les enfants avaient souffert des conséquences de l’explosion (blessures physiques personnelles ou de l’entourage, dégâts au domicile), qu’ils étaient jeunes, de sexe féminin et avaient des antécédents personnels traumatiques et psychologiques.

Les résultats témoignent de la nécessité d’améliorer les dispositifs de prise en charge des conséquences sanitaires et psychologiques et l’information des professionnels et de la population. Enfin, ils montrent la nécessité d’améliorer la recherche dans le domaine des troubles psychologiques post-traumatiques chez les enfants.

  • En savoir plus :

Guinard A, Godeau E, Schwoebel V. Conséquences sanitaires de l'explosion survenue à l'usine "AZF" le 21 septembre 2001. Rapport final sur les conséquences sanitaires chez les enfants toulousains. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2006. 100 p.

Godeau E, Vignes C, Navarro F, Iachan R, Ross J, Pasquier C, Guinard A. Effects of a Large-Scale Industrial Disaster on Rates of Symptoms Consistent With Posttraumatic Stress Disorders Among Schoolchildren in Toulouse. Arch Pediatr Adolesc Med 2005;159:579-84.

Guinard A, Godeau E. Impact de l'explosion de l'usine "AZF" le 21 septembre 2001 sur la santé mentale des élèves toulousains de 11 à 17 ans. Numéro thématique. 21 septembre 2001-21 septembre 2004 : bilan de l'explosion de l'usine "AZF" à Toulouse. Bull Epidemiol Hebd 2004;38-39:189-90.

Autres références sur AZF et impact chez les enfants à plus long terme

Philippe Birmes P, Raynaud JP, Daubisse L, Brunet A, Arbus C, Klein R, Cailhol L, Allenou C. Hazane F, Grandjean H, Schmitt L. Children’s Enduring PTSD Symptoms are Related to Their Family’s Adaptability and Cohesion. Community Ment Health J. Published Online 21 July 2009.

Vignes M, Raynaud JP. Catastrophe industrielle de Toulouse : la pédopsychiatrie dans la tourmente [How an industrial disaster in Toulouse has tormented child and adolescent psychiatry]. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence. 2004;(52) :501–509.

L’impact de l’explosion du 21 septembre 2001 à l’usine AZF de Toulouse, implantée au sud de la ville à proximité de nombreux quartiers d’habitation, d’hôpitaux, d’écoles, d’un campus universitaire, a été majeur pour les habitants de Toulouse. La population habitant dans la zone proche de l’explosion telle que définie dans les enquêtes était de 87 070 personnes selon les données du recensement de 1999.

Une enquête transversale a été menée 18 mois après l’explosion auprès d’un échantillon représentatif d’adultes résidant à Toulouse, dans la zone proche et dans le reste de la ville (voir approche et méthodologie).

L’enquête a mis en évidence l’ampleur des conséquences physiques et des conséquences sur la santé mentale et leur persistance après plusieurs mois.

La quasi-totalité des résidents de la zone proche et près de la moitié de ceux de la zone éloignée de l’explosion ont déclaré avoir eu des dégâts à leur domicile. Les blessures ont concerné prés de 25 % des personnes se trouvant à moins de 1,7 km de l’explosion. Les principales séquelles physiques déclarées concernaient des problèmes auditifs : 6 % des habitants de la zone proche ont consulté un médecin ORL et 17 % d’entre eux ont déclaré qu’un membre de leur famille avait souffert de troubles auditifs. Ces résultats sont cohérents avec ce qui a été observé par les systèmes d’information et lors de l’enquête réalisée chez les travailleurs EDF.

La prévalence des troubles en santé mentale était élevée, notamment en zone proche avec 19 % des femmes et 8 % des hommes rapportant une symptomatologie d’état de stress post-traumatique (SPT) et des scores élevés de symptômes de dépressivité. Près de 20 % des habitants de la zone proche ont déclaré avoir pris un médicament psychotrope suite à l’explosion ; ils étaient 6 % à déclarer un tel recours dans le reste de la ville.

En zone proche, ces symptomatologies étaient d’autant plus fréquentes que les personnes avaient été davantage exposées à l’explosion de manière immédiate (proximité, blessures physiques personnelles ou de l’entourage) ou différée (ex : difficultés financières) et qu’elles étaient plus âgées, de sexe féminin et présentaient des antécédents psychiatriques et des caractéristiques socio-économiques plus défavorables.

Ces résultats soulignent l’impact durable d’une telle catastrophe industrielle sur la santé mentale des habitants, et témoignent de la nécessité d’adapter et d’améliorer les dispositifs de prises en charge (dépistage auditif, soutien psychologique), en particulier pour les populations les plus défavorisées.

  • En savoir plus :

Lang T, Schwoebel V, Diene E, Bauvin E, Garrigue E, Lapierre Duval K et al. Assessing post-disaster consequences for health at the population level: experience from the AZF factory explosion in Toulouse. J Epidemiol Community Health. 2007;61(2):103-7.

Rivière S, Schwoebel V, Lapierre-Duval K, Guinard A, Gardette V, and Lang T for the Scientific and Operational Committees: Predictors of symptoms of post-traumatic stress disorder after the AZF chemical factory explosion on September 21, 2001, in Toulouse, France. J Epidemiol Community Health 2008;62:455-60.

Rivière S, Albessard A, Gardette V, Lapierre-Duval K, Schwoebel V, Lang T  for the AZF Epidemiological Follow-up Committee. Psychosocial risk factors for depressive symptoms after the AZF chemical factory explosion in Toulouse,  France. Eur J Public Health. 2010 Jun 22.

Riviere S, Lapierre Duval K, Albessard A, Gardette V, Guinard A, Schwoebel V. Conséquences sanitaires de l'explosion survenue à l'usine "AZF", le 21 septembre 2001. Rapport final sur les conséquences sanitaires dans la population toulousaine. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2006. 105 p.

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