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Exposition professionnelle aux pesticides

Publié le 30/06/2017

Les matrices cultures-expositions : le programme Matphyto

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Crédit photo : © Bondsza | Dreamstime.com

Le large panel de substances autorisées au cours du temps comme pesticides et la diversité des utilisations rendent particulièrement complexe l’évaluation rétrospective des expositions. Cette difficulté se voit renforcée par la présence de pesticides aujourd’hui interdits mais qui par leur rémanence dans l’environnement persistent plusieurs dizaines voire centaines d’années dans les milieux.

En France, il n’existe pas de base de données historisées recensant les expositions professionnelles aux pesticides. Or, avec plus de 1000 substances actives potentiellement utilisables commercialisées dans plus de 10 000 spécialistés commerciales, les travailleurs de l’agriculture (chefs d’exploitation, salariés, etc.) sont rarement capables de retracer avec exactitude la liste des substances actives ou produits commerciaux qu’ils ont utilisés au cours de leur carrière professionnelle. En revanche, ils se remémorent plus facilement l’ensemble des cultures sur lesquelles ils ont travaillé.

Matphyto est un projet dédié à l'évaluation des expositions professionnelles. Son objectif est d’élaborer des matrices cultures-expositions qui décrivent le suivi et les évolutions de l’utilisation des produits phytosanitaires sur les principales cultures en France. Ainsi à une approche par substance, le projet privilégie une approche par culture pour mieux appréhender la connaissance des expositions tout au long de la carrière professionnelle, élément nécessaire pour la surveillance épidémiologique, la veille sanitaire et la reconnaissance des maladies professionnelles.

Matphyto répond aux objectifs du plan Ecophyto 2018, transposition nationale du « paquet pesticides » européen pour la prévention des risques et des effets de l’utilisation des pesticides sur la santé humaine et l’environnement. Il est financé en partie par ce Plan et répond aux objectifs de l’axe 9 du 1er plan, dédié à la prévention des risques professionnels lors de l’utilisation des produits phytosanitaires et de l’axe 3 du 2ème plan dédié à la réduction des  risques  et  des  impacts  des  produits  phytopharmaceutiques  sur  la santé humaine et sur l’environnement.

Description de Matphyto

Matphyto a pour objectif de développer des matrices cultures-expositions (MCE) pour chacune des principales cultures agricoles françaises. Ces MCE décrivent l'utilisation des grands types de phytosanitaires (Herbicides, Insecticides, Fongicides...), déclinés par grandes familles chimiques (phythormones de synthèse, organophosphorés...) et substances actives spécifiques. Des indicateurs (probabilité, fréquence et intensité) permettent d’estimer les expositions de manière chronologique.

La réalisation des matrices commence par une recherche bibliographique à dominante technique (ex : revues spécialisées, bilans de campagne phytosanitaire…) et d’entretiens avec des personnes expérimentées, afin de recueillir des informations sur les itinéraires techniques habituellement menés.

Il s’agit de comprendre le raisonnement lors de la mise en place d’un plan de traitement sur une culture, à savoir les différentes conduites culturales (date de semis, désherbage mécanique, périodes de sensibilité aux ravageurs…) et leur évolution au cours du temps. Ceci permet de tracer une esquisse de l’emploi des produits phytosanitaires sur la culture considérée de manière chronologique. Il est important de prendre également en compte les spécificités pédoclimatiques  des différentes régions. En effet celles-ci peuvent influer sur le type de traitement mis en place. Par exemple, en zone humide une culture peut être plus soumise aux attaques fongiques et des traitements supplémentaires peuvent avoir été nécessaires.

Les facteurs socio-économiques (taille de l’exploitation, spécialisation, arrivée d’une nouvelle technique…) peuvent également jouer un rôle sur l’utilisation de produits phytosanitaires (nombre de traitements, produits utilisés…). Enfin les évolutions au cours du temps sont prises en compte et un découpage chronologique est effectué. Des périodes de 5 à 10 ans, considérées comme homogènes sont créées notamment à partir de l’homologation ou de l’interdiction de certains produits mais également en fonction de l’évolution des pratiques.

Ce travail préparatoire constitue une base à l’élaboration des matrices, il permet de retracer chronologiquement les produits potentiellement utilisables et de comprendre la logique d’utilisation des produits phytopharmaceutiques sur une culture.

Afin de caractériser les expositions aux produits phytosanitaires, trois indicateurs d’exposition sont utilisés et sont appliqués à chaque groupe de famille chimique ou substance active. De par la méthode de réalisation de ces matrices, il s’agit de moyennes caractérisant un ensemble de données d’exposition individuelles pouvant parfois être hétérogènes : différences entre petites et moyennes exploitations, variations pédoclimatiques  au sein d’une même région etc. Ces indicateurs sont :

  • La probabilité d’utilisation qui correspond à la proportion annuelle ’d’exploitations agricoles ayant utilisé les produits phytosanitaires considérés. Il s’agit d’indiquer dans quelle proportion les exploitations ont pu utiliser un groupe de  familles chimiques ou une substance active au cours d’une campagne agricole.
  • La fréquence d’utilisation qui caractérise le nombre moyen de traitements effectués chaque année sur la culture pour les groupes de familles chimiques ou substances actives considérées. Comme pour la probabilité, la fréquence est une donnée moyenne qui lisse un ensemble de pratiques individuelles. Il s’agit bien d’évaluer le nombre moyen de traitements effectués sur la culture concernée et non pas le nombre de traitements effectués par l’individu : la fréquence est appliquée aux surfaces.
  • L’intensité d’exposition qui indique une quantité moyenne de produits appliquée à l’hectare (pour un seul traitement). Cette information permet d’évaluer les quantités de produits phytosanitaires utilisées sur les exploitations. Il s’agit d’une moyenne bien que les modalités d’utilisation puissent parfois varier de façon conséquente selon qu’il s’agisse d’une utilisation de produit pur ou en association avec d’autres, de la technicité de l’utilisateur ou encore des variations climatiques. L’information est donnée en gramme de substances actives appliquées sur un hectare de culture par traitement.

Ces indicateurs qui constituent la matrice et sont issus de la compilation de plusieurs sources d’informations nécessitent le recours à des entretiens avec  des spécialistes afin de les valider. C’est pourquoi pour chaque matrice ou culture étudiée un réseau est mis en place à partir de la collaboration avec différents organismes.

Les applications de ces matrices sont potentiellement nombreuses dans le domaine de la surveillance ou de la recherche en santé travail :

  • description des expositions aux produits phytosanitaires (prévalence, variations, tendances au cours du temps) ;
  • aide à l’identification des expositions professionnelles pouvant être utile à la surveillance des salariés par la médecine du travail ;
  • aide à l’évaluation des expositions pour des études épidémiologiques.

Matphyto est dans un premier temps spécifiquement adapté à la population agricole et couvre la majeure partie du territoire français (métropole, Antilles et Réunion).

En l’absence, en France, d’historique complet des usages de pesticides sur les cultures agricoles, la construction des matrices cultures-expositions s’organise, pour chacune des cultures étudiées, en quatre principales étapes :

  1. une revue bibliographique technique pour recueillir les paramètres documentant la culture agricole étudiée et les produits utilisés sur celle-ci,
  2. la compilation, par des agronomes, des données recueillies permettant une première quantification de l’usage des pesticides sur la culture étudiée,
  3. la définition des périodes historiques et des indices d’utilisation et le cas échéant des différentes zones géographiques concernées,
  4. l’évaluation finale des indicateurs d’utilisation des spécialistes des cultures agricoles concernées.

Résultats : plusieurs matrices cultures-expositions ont été construites dans le cadre du programme Matphyto-Métropole. Elles permettent de documenter de manière rétrospective (depuis les années 1960) l’utilisation des pesticides en France sur des cultures définies. Ainsi, les matrices cultures des céréales à paille, culture de la pomme de terre et culture du maïs sont achevées, elles sont en cours de validation et de croisement avec des données populationnelles. La matrice viticulture est également en cours de construction et la matrice produits arsenicaux (viticulture, arboriculture, culture de la pomme de terre) déjà mise à disposition est en cours d’appariement avec les données historisées du recensement  général agricole.

Accédez aux matrices par culture : céréales à paille, pomme de terre, maïs.

Accédez aux matrices par pesticides : pesticides arsenicaux viticulture, arboriculture, culture de la pomme de terre.

Le programme Matphyto a été étendu aux départements de la Guadeloupe, de la Martinique ainsi que de La Réunion depuis décembre 2014. L’agriculture tient une place importante dans l’économie et l’emploi de ces territoires. Deux cultures prépondérantes recouvrent la majeure partie de la surface cultivée de ces régions : la banane et la canne à sucre aux Antilles et la canne à sucre à la Réunion. Les autres productions agricoles sont l’arboriculture, le maraîchage, les cultures vivrières, etc.

Ces départements, tout comme le territoire métropolitain, ont une agriculture consommatrice en produits phytosanitaires. La prévention des risques professionnels via la surveillance et l'étude des effets sanitaires des pesticides nécessite une bonne connaissance des usages passés. Cependant, il n’existe pas à ce jour de bases de données ou de registres historique permettant d’évaluer avec précisions les expositions des agriculteurs aux pesticides pour ces territoires insulaires. Santé publique France a donc étendu le projet Matphyto en décembre 2014 à ces départements dans le but d’évaluer les expositions des agriculteurs selon les principales cultures tropicales. Ce programme est soutenu par le plan national Ecophyto dans le cadre de l’axe 9, du 1er plan, dédié à la prévention des risques professionnels lors de l’utilisation des produits phytosanitaires et de l’axe 3 du 2e plan dédié à la réduction des  risques et des impacts des produits phytopharmaceutiques sur la santé humaine et sur l’environnement.

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    Source : Santé publique France

    Le projet tient compte des cultures spécifiques de la Guadeloupe et de la Martinique. Les usages phytosanitaires de la banane sont étudiés prioritairement étant donné l’importance de cette filière dans le contexte agricole des Antilles.

    A ce sujet, ce projet est inscrit dans le Plan Chlordécone II - Axe 2 : favoriser une approche de prévention du risque sanitaire et de protection des populations dans une stratégie de réduction de l’exposition - Action 12 : reconstitution de l’historique des expositions. En deuxième lieu, les usages phytosanitaires de la canne à sucre et des cultures de diversification (cultures maraîchères, ananas, etc.) seront également étudiés. Pour chaque culture, une matrice est élaborée. Chaque matrice liste l’ensemble des familles chimiques et, quand l’information est disponible, les substances actives représentatives des produits phytosanitaires ayant été utilisés au cours des 50 dernières années.

    Les matrices sont réalisées à partir de différentes sources bibliographiques d’intérêts et l’aide de spécialistes en pratiques agricoles des cultures étudiées. Ces sources et partenaires sont notamment :

    • les coopératives agricoles (Les Producteurs de Banane de Guadeloupe, Banamart, etc.) ;
    • les instituts techniques (Institut Technique Tropical, etc.) ;
    • les centres de recherche (Institut National de Recherche Agronomique, Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement, etc.) ;
    • des agriculteurs ;
    • les institutions publiques (Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt, Office de l’eau, etc.).
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    L’île de La Réunion est un département français située dans l’Océan Indien, entre l’île Maurice et Madagascar. Près de 850 000 habitants peuplent cette île tropicale. L’agriculture de l’île est constituée d’une agriculture maraîchère et fruitière principalement destinée au marché local et d’une agriculture industrielle tournée vers l’export qui est la canne à sucre. L’agriculture réunionnaise mobilise près de 8000 exploitations et génère près de 15000 emplois directs et indirects (Agreste 2014).

    Dans un premier temps, le programme Matphyto étudie les usages phytosanitaires de la canne à sucre, culture emblématique de l’île. Dans un second temps, le programme s’intéressera aux usages phytosanitaires des cultures maraichères et fruitières, elles aussi consommatrices en intrants phytosanitaires.

    Plusieurs partenaires locaux ont été sollicités pour réaliser cette étude :

    • les instituts techniques (eRcane, le Centre technique interprofessionnel de la canne et du sucre, l’Armeflhor, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) ;
    • la chambre d’agriculture de La Réunion ;
    • la Direction régionale de l’agriculture de l’alimentation et de la forêt (DAAF974) ;
    • les douanes ;
    • l’Office de l’eau ;
    • la Fédération départementale des groupements de défense des organismes nuisibles ;
    • des agriculteurs, des importateurs et distributeurs privés, etc.
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