Fermer



Saturnisme chez l'enfant

Publié le 06/10/2004 - Dernière mise à jour le 02/02/2018

Données d'imprégnation de la population française par le plomb

Etude d’imprégnation par le plomb des enfants âgés de 1 à 6 ans en Guyane

En septembre 2012, l’agence régionale de santé (ARS) guyanaise a saisi le concours de Santé publique France pour la mise en place d’une enquête d’imprégnation de la population guyanaise suite à l’alerte donnée dans l’ouest guyanais après la découverte de plusieurs cas de saturnisme infantile à Charvein situé sur la commune de Mana.

L’étude « Guyaplomb » a pour objectifs principaux d’évaluer :

  • l’exposition environnementale de la population guyanaise âgée de 1 à 6 ans par un dosage de plombémie,
  • d’étudier les déterminants géographiques, ethniques, environnementaux et comportementaux de l’élévation de la plombémie afin de proposer des recommandations en termes de dépistage du saturnisme chez les enfants et les femmes enceintes ainsi qu’en termes de réduction de l’exposition au plomb.

Elle a reproduit le design de l’étude d’imprégnation par le plomb, « saturn-inf », menée en 2008-2009 en métropole et aux Antilles auprès d’enfants âgés de 6 mois à 6 ans bénéficiant d’une consultation hospitalière nécessitant une prise de sang. Les enfants guyanais ont été recrutés dans les services d’accueil des urgences (SAU) et de pédiatries des trois centres hospitaliers de Guyane et dans les centres délocalisés de prévention et de soins (CDPS). Pour être inclus dans l’étude, ils devaient résider en Guyane, consulter dans l’un des services médicaux précédents, être âgés de 1 à 6 ans révolus et avoir une prise de sang prescrite dans le cadre des soins ou avoir un système de prélèvement (cathéter) déjà en place.

Entre février 2015 et janvier 2017, période correspondant à la phase terrain, variable selon les centres hospitaliers, 590 enfants ont été inclus dans l’étude. A partir de cet échantillon, l’estimation des plombémies a été réalisée par pondération, pour l’ensemble des enfants guyanais âgés de 1 à 6 ans. Les premiers résultats de l’étude confirment une exposition plus élevée des enfants guyanais de 1 à 6 ans par rapport aux autres enfants résidant en métropole ou aux Antilles :

  • La moyenne géométrique de la plombémie des enfants guyanais, égale à 22,8 µg/L, est supérieure, à celle observée en métropole (15,1µg/L), en Martinique (20,0µg/L), ou en Guadeloupe (21,7µg/L).
  • Parmi les 100 enfants de l’échantillon avec une plombémie ≥ 50 µg/L, les 85 d’entre eux qui répondaient à la définition du saturnisme (seuil à 100 µg/L avant le 15 juin 2015, puis à 50 µg/L ensuite), ont fait l’objet d’une déclaration obligatoire entrainant des mesures de gestion et de prises en charges adaptées1.

Dans l’attente des résultats finaux de l’étude « Guyaplomb », des actions ont déjà été initiées. Les niveaux de plombémie observés au village des Trois-sauts ont conduit l’ARS à mettre en place des investigations spécifiques pour évaluer l’apport en plomb ingéré via l’alimentation parmi cette population. En outre, suite à la découverte de plomb dans des râpes utilisées pour cuisiner, des prototypes en inox sont en cours de réalisation pour être distribués gratuitement à la population.

En revanche, les enquêtes environnementales mises en œuvre par l’ARS à la suite d’une déclaration obligatoire, ont rarement identifié une source d’exposition au plomb identifiée en métropole confirmant la spécificité de ces sources en Guyane.

1Instruction DGS du 21 septembre 2016 relative au dispositif de lutte contre le saturnisme infantile et de réduction des expositions au plomb.

Voir aussi

QUESTIONS-REPONSES

  •  

    La valeur de référence indique la valeur de concentration en dessous de laquelle se situe la plus grande partie de la population française. Un niveau d’imprégnation supérieur à cette valeur traduit l’existence d’une surexposition. Cette valeur de référence ne peut être considérée comme un seuil sanitaire.

    La valeur de référence de la plombémie, pour les enfants de 1 à 6 ans résidant en France métropolitaine ou aux Antilles, estimée par l’étude « saturn-inf »1, est 34,5 µg /L (soit 5% de la population âgée de 1 à 6 ans présentent une plombémie supérieure ou égale à 34,5 µg /L).

    1Etude d’imprégnation par le plomb, réalisée en France métropolitaine et aux Antilles en 2008-2009 auprès d’enfants âgés de 6 mois à 6 ans bénéficiant d’une consultation  hospitalière nécessitant une prise de sang.
  •  

    Il entre dans le corps par voie digestive ou par voie respiratoire. Une fois présent, le plomb passe par le sang, les tissus mous (cerveau, reins, foie, rate, moelle osseuse) et surtout dans les os (75%) où il s’accumule progressivement et reste stocké très longtemps puisque la moitié du plomb (demi-vie) disparait au bout de 10 ans.

    Le fœtus peut être exposé au plomb par voie placentaire (ou sanguine entre la mère et le fœtus) et ce d’autant plus que le niveau de plomb biologiquement actif augmente pendant la grossesse et l’allaitement. A la naissance, la plombémie du nouveau-né est voisine de celle de la mère. Elle est mesurée dans le sang du cordon à la naissance.

    L’excrétion du plomb est principalement urinaire (> 75%) et fécale (15-20%). Chez la femme enceinte, l’excrétion lactée est très faible : la concentration de plomb dans le lait est généralement inférieure à 10% de la concentration sanguine de la femme qui allaite.

    Une fois la source d’exposition au plomb supprimée, la concentration de plomb dans le sang diminue de moitié (demi-vie) au bout de 30 jours environ jusqu’à un nouvel équilibre dont le niveau est fonction du stock osseux.

  •  

    Les objectifs de l’étude sont :

    • D’évaluer l’exposition environnementale de la population guyanaise âgée de 1 à 6 ans par un dosage de plombémie ;
    • D’étudier les déterminants géographiques, ethniques, environnementaux et comportementaux de l’élévation de la plombémie.

    Avec comme finalité d’en déduire des recommandations en termes de dépistage du saturnisme chez les enfants et les femmes enceintes et de proposer des recommandations en termes de réduction de l’exposition au plomb.

  •  

    Une étude d’imprégnation est la mesure d’un polluant comme le plomb au niveau de la population exposée pour la comparer à une population de référence. Elle permet d’apprécier les niveaux de concentration de plomb dans le sang de l’ensemble de la population concernée par l’étude, à savoir les enfants âgés de 1 à 6 ans pour l’étude « Guyaplomb ».

    Un dépistage vise à identifier une maladie ou un facteur de risque asymptomatique dans le but d’une prise en charge individuelle.

    En France, le saturnisme (plombémie≥ 50 µg/L) chez une personne âgée de moins de 18 ans est à déclaration obligatoire. Il est recherché à partir d’une liste de facteurs de risque d’exposition au plomb (habitat dégradé, consommation d’eau provenant de canalisation en plomb, une personne intoxiquée dans l’entourage, activités professionnelles ou de loisirs des parents, proximité d’un site industriel (en activité ou non), remèdes ou cosmétiques traditionnels, utilisation d’ustensiles de cuisine en céramique artisanale ou en alliage métallique contenant du plomb) ou de signes cliniques évocateurs (anémie résistante, douleurs abdominales, constipation, anorexie, troubles neurologiques (hyperactivité, troubles de l’humeur)). Il s’agit d’un dépistage ciblé, pris en charge à 100% par la sécurité sociale pour les personnes âgées de moins de 18 ans et les femmes enceintes. Toute prescription de plombémie à un patient âgé de moins de 18 ans est accompagnée de la fiche cerfa 12378*03 renseigné par le médecin prescripteur. Pour toute plombémie ≥ 50 µg/L, la fiche cerfa 12378*03 est adressée à l’agence régionale de santé en tant que déclaration obligatoire. Ce signalement entraine la mise en œuvre d’une enquête environnementale destinée à identifier la(les) source(s) d’exposition et rechercher d’éventuels cas de saturnisme dans l’entourage de l’enfant.

  •  

    Les résultats finaux de l’étude de Santé publique France seront disponibles au cours du 1er  semestre 2018. Ils comprendront notamment une analyse statistique prenant en compte l’ensemble des facteurs susceptibles d’influencer les niveaux d’imprégnation (facteurs individuels et comportementaux non liés à l’environnement, facteurs liés à l’environnement comme la consommation d’aliments contaminés par le plomb). Ces résultats permettront de comprendre les modalités d’exposition de la population et aideront à orienter l’action de santé publique dont le dépistage.

  •  

    Jusqu’en juin 2015, la déclaration obligatoire de saturnisme à l’agence régionale de santé (ARS) était envisagée pour toute plombémie ≥ 100 µg/L. Ce seuil d’intervention déclenchait la mise en œuvre d’une enquête environnementale destinée à rechercher la(les) source(s) d’exposition au plomb afin de les éliminer. Cependant, des études scientifiques ont démontré que les effets nocifs du plomb sur la santé apparaissaient pour des niveaux de concentration de plomb dans le sang inférieurs à 100 µg/L chez le jeune enfant et concernaient le développement intellectuel, mais aussi sur les développements staturo-pondéral et sexuel, ainsi que sur le comportement et l’acuité auditive.

    Ainsi, le seuil de définition d’un cas de saturnisme infantile a été abaissé à 50 µg/L (arrêté du 8 juin 2015 modifiant le modèle de la fiche de notification figurant à l’annexe 27 de l’arrêté du 22 août 2011 relatif à la notification obligatoire des maladies infectieuses et autres maladies mentionnées à l’article D. 3113-7 du code de santé publique).

    Un niveau de vigilance a aussi été proposé pour toute plombémie comprise entre 25 et 49 µg/L afin de mettre en œuvre un suivi de l’enfant et dispenser des conseils hygiéno-diététiques.

  •  

    La mesure du plomb dans le sang total (plombémie) est le marqueur biologique de référence car elle mesure le plomb absorbé par l’organisme en intégrant l’ensemble des sources et des voies d’exposition. Elle permet de dépister une contamination récente (dose biologiquement active), de déterminer l’urgence d’une intervention et d’apprécier l’efficacité d’une prise en charge.

  •  

    Les effets toxiques du plomb sont corrélés à l’importance de l’imprégnation dans l’organisme mais ils sont considérés sans seuil (aucun seuil de non toxicité n’est établi).

    Les effets du plomb sur la santé concernent le système nerveux, le sang ou les reins. Chez le jeune enfant, les effets aux plus faibles doses concernent les performances cognitives (diminution des capacités d’apprentissage), les troubles de l’attention, la diminution de l’acuité auditive, les effets sur les développements staturo-pondéral et sexuel. Les effets toxiques du plomb sont toutefois très souvent asymptomatiques et les premiers signes cliniques sont tardifs et non spécifiques (troubles du comportement, de l’humeur, de la motricité, baisse des performances scolaires, douleurs abdominales, diarrhées, constipation, anorexie, pâleur, fatigue). Par ailleurs, l’accumulation de plomb dans l’organisme peut conduire à terme à une insuffisance rénale.

  •  

    Dans l’attente des résultats finaux de l’étude « Guyaplomb », des actions ont déjà été initiées. Les niveaux de plombémie observés au village des Trois-sauts ont conduit l’ARS à mettre en place des investigations spécifiques pour évaluer l’apport en plomb ingéré via l’alimentation parmi cette population. En outre, suite à la découverte de plomb dans des râpes utilisées pour cuisiner, des prototypes en inox sont en cours de réalisation et distribués gratuitement à la population. Par ailleurs, la détection d’un cas de saturnisme via l’étude d’imprégnation «  Guyaplomb » a permis la réalisation d’enquêtes environnementales destinées à identifier les sources d’exposition au plomb. 

  •  

    L’étude d’imprégnation est une étape nécessaire dans la caractérisation d’un passage éventuel du plomb à l’homme mais elle ne permettra pas de préciser pour chaque personne l’origine du plomb éventuellement détecté dans le sang. Toutefois, l’existence de la déclaration obligatoire des cas de saturnisme (plombémie ≥ 50 µg/L) entraine la mise en œuvre d’une enquête environnementale par l’ARS. Cette investigation vise à rechercher et, le cas échéant supprimer les sources d’exposition individuelle au plomb. Une recherche de cas dans l’entourage proche de l’enfant est aussi envisagée.

    Par ailleurs, la méthode choisie pour constituer l’échantillon de l’étude permet uniquement d’extrapoler les résultats à l’ensemble de la population guyanaise âgée de 1 à 6 ans et non à des populations d’autres classes d’âge ou à des sous-populations par zones géographiques.   

  •  

    Différents facteurs sont susceptibles d’influencer les niveaux d’imprégnation des personnes :

    • Des facteurs individuels et comportementaux non liés à l’environnement, notamment
      • L’âge, le sexe, le poids, la taille,
      • L’alimentation, le tabagisme,
      • Les activités professionnelles ou de loisirs.

    Ces facteurs expliquent les variations d’imprégnation en population générale.

    • Des facteurs liés à la pollution des sols
      • La consommation d’aliments produits sur la zone,
      • Les activités de plein air sur la zone.

    Ces expositions peuvent entraîner une augmentation de l’imprégnation par rapport à la population générale.

    L’ensemble de ces facteurs sont repris dans les modèles statistiques destinés à expliquer les niveaux d’imprégnation observés dans l’étude « Guyaplomb ».

  •  

    En métropole, si la principale source d’intoxication par le plomb est la peinture des habitations anciennes et dégradées, que les jeunes enfants peuvent ingérer sous forme de poussières ou d’écailles de peinture, il en existe de nombreuses autres. Il s’agit principalement des batteries de voitures, de l’eau du robinet distribuée par d’anciennes canalisations en plomb, de certains remèdes ou cosmétiques traditionnels, d’ustensiles de cuisine et récipients alimentaires en céramique artisanale ou en alliage métallique contenant du plomb ou réparé avec une soudure au plomb, du tabagisme (actif ou passif), de la consommation de gibier mal nettoyé, du brûlage de bois peint, d’objets en plomb (jouets, bijoux, objets domestiques), et de certains sites industriels (en activité ou non) polluant l’air et contaminant les sols en plomb.

    En Guyane, les études menées depuis 2011 ont suggéré des sources d’exposition au plomb plus spécifiques et qui semblent être liées aux habitudes alimentaires dont la consommation des dérivés de manioc tous confondus et de couac en particulier, ou la consommation de l’eau de pluie. Cependant, seuls les résultats définitifs de l’étude « Guyaplomb » vont permettre d’orienter sur des sources particulières. En revanche, l’orpaillage n’est pas source d’exposition au plomb mais de celle au mercure.

  •  

    Les enfants guyanais ont été recrutés dans les services d’accueil des urgences (SAU) et de pédiatries des trois centres hospitaliers de Guyane et dans les centres délocalisés de prévention et de soins (CDPS). Pour être inclus dans l’étude, ils devaient résider en Guyane, consulter dans l’un des services médicaux précédents, être âgés de 1 à 6 ans révolus et avoir une prise de sang prescrite dans le cadre des soins ou avoir un système de prélèvement (catheter) déjà en place.

    La phase de recueil des données et de terrain, variable selon les centres hospitaliers, s’est étendue de février 2015 à janvier 2017.

  •  

    La plombémie moyenne (géométrique) des enfants guyanais âgés de 1 à 6 ans, égale à 22,8 µg/L (IC95 [20,9 ; 24,7]), est supérieure à celle observée dans l’étude saturn-inf (France métropolitaine et Antilles en 2008-2009) : 15,1 µg/L (IC95 [14,7 ; 15,5]) ou plus particulièrement en Martinique 20,0 µg/L (IC95 [19,2 ; 20,7])  ou en Guadeloupe 21,7 µg/L (IC95 [21,3 ; 22,0]). Parmi l’échantillon de 590 enfants inclus pour l’étude d’imprégnation, 100 présentent une plombémie ≥ 50 µg/L.

  •  

    Le plomb est un métal largement présent à l’état naturel sous forme de minerais de plomb dans la croute terrestre à des concentrations basses. Il est aussi largement utilisé depuis des siècles pour ses propriétés (malléable et sa capacité à se déformer sans se rompre) malgré sa toxicité connue pour l’homme et tout particulièrement chez l’enfant et la femme enceinte.

  •  

    En l’absence de connaissance des facteurs d’exposition au plomb en Guyane, le dépistage ciblé à partir des facteurs de risque d’exposition au plomb utilisés en métropole n’est pas adapté. En revanche, une étude d’imprégnation permet d’apprécier l’exposition réelle au plomb de la population infantile guyanaise et de rechercher des facteurs démographiques, environnementaux ou comportementaux associés au niveau de plombémie.

  •  

    Pour les enfants présentant une plombémie ≥ 50 µg/L, la déclaration obligatoire transmise par le médecin prescripteur à l’ARS, au moyen de la fiche cerfa 12378*03 entraîne la mise en œuvre d’une  enquête environnementale afin de rechercher la ou les sources d’exposition, et si possible de la soustraire. Des conseils hygiéno-diététiques sont aussi proposés aux parents pour limiter l’exposition. Un suivi de la plombémie est recommandé avec un premier contrôle dans les 3 à 6 mois, puis tous les 6 à 12 mois si la plombémie reste supérieure à 24 µg/L ou en présence de facteurs de risque.

    Pour les enfants présentant une plombémie comprise entre 25 et 49 µg/L (niveau de vigilance), une surveillance biologique rapprochée ainsi que conseils visant à diminuer l’exposition sont proposés avec le concours des médecins traitants.

  •  

    Les enfants de moins de 7 ans sont les catégories de population les plus à risque d’intoxication par le plomb du fait de leur coefficient d’absorption digestive élevé (augmenté par la vitamine D et par les régimes carencés en fer et en calcium), d’un risque d’exposition plus important liée à l’activité main-bouche et parce que leur système nerveux est en développement.

    Cette classe d’âge a aussi été retenue pour l’étude « Guyaplomb » afin de comparer les résultats à ceux de l’étude d’imprégnation par le plomb « Saturn-inf », menée en France métropolitaine et aux Antilles en 2008-2009.

bandeau enquête saturn_inf 2008-2009

Présentation de l'étude Saturn-Inf

Cette étude transversale chez l’enfant menée par l’Institut de veille sanitaire regroupait des objectifs concernant :

le saturnisme

  • estimer la prévalence nationale du saturnisme chez les enfants de 6 mois à 6 ans ;
  • estimer la distribution des plombémies des enfants de 6 mois à 6 ans par région administrative ;
  • mettre à jour les connaissances sur les déterminants de la plombémie ;
  • valider des indicateurs permettant de caractériser des zones à risque.

le cadmium

  • connaître la distribution de la cadmiémie des enfants de 6 mois à 6 ans ;
  • déterminer des valeurs de référence pour cette population ;
  • étudier les facteurs de variation de la cadmiémie

les maladies infectieuses

  • connaître le niveau de protection des enfants français vis-à-vis de cinq maladies évitables par la vaccination (rougeole, oreillons, rubéole, varicelle, hépatite A) afin d’adapter les recommandations vaccinales ;
  • connaître le niveau de protection et la fréquence de trois autres maladies (la toxoplasmose, les infections à herpès virus 1 et 2).

Elle concernait environ 3 800 enfants recrutés dans 143 hôpitaux (liste des hôpitaux participants).

Des prélèvements de sang ont été réalisés pour l’analyse des taux de plomb et de cadmium sanguins (enfants de 6 mois à 6 ans inclus) et la recherche d’anticorps de certaines maladies infectieuses (enfants de 1 à 6 ans inclus) : rougeole, oreillons, rubéole, varicelle, toxoplasmose, hépatite A, herpès virus 1 et 2. Une biothèque a aussi été constituée pour la réalisation d’études futures en santé environnementale ou dans le domaine des maladies infectieuses.

Un questionnaire aux parents rempli par le personnel hospitalier a permis de recueillir des données sur les facteurs de risque d’exposition au plomb, les antécédents de vaccination, et les caractéristiques sociodémographiques des enfants.

A cette enquête hospitalière menée par l’InVS, a été associée une enquête d’exposition au plomb au domicile qui a concerné un sous-échantillon d’environ 500 enfants recrutés parmi les enfants participant à l’enquête hospitalière. Cette étude est dirigée par le Centre scientifique et technique du bâtiment. Elle comprend des analyses du plomb dans les peintures, les poussières, l’eau et la terre du terrain de jeu.

L’enquête hospitalière s’est déroulée de septembre 2008 à avril 2009.

Une enquête pilote de l’enquête hospitalière avait été réalisée en septembre et octobre 2007 dans 8 hôpitaux d’Ile-de-France et de Basse-Normandie. Le bilan de cette étude pilote a permis d’évaluer et d’améliorer l’organisation de l’étude finale.

QUESTIONS-REPONSES

  •  

    Le saturnisme est une intoxication chronique causée par le plomb qui pénètre dans l'organisme par voie digestive ou respiratoire. Le plomb s’accumule progressivement dans l’organisme et est stocké de manière durable dans les os (le temps nécessaire à l’élimination de la moitié du plomb stocké est de 10 à 20 ans). Ainsi, même lorsque l’exposition au plomb est supprimée, le plomb osseux peut lentement rediffuser dans le sang.

    Cette intoxication présente des risques particuliers pour les enfants en bas âge du fait de leur plus grande capacité d’absorption digestive du plomb (pour une même quantité de plomb ingérée, une quantité plus importante passe dans le sang chez un enfant que chez un adulte), de leur système nerveux encore en développement et de leur comportement (exploration de l’environnement en mettant les mains à la bouche) favorisant l’ingestion de débris et poussières.

    On peut évaluer l’importance de l’imprégnation de l’organisme par le plomb en mesurant le taux de plomb dans le sang, appelé plombémie. Le cas de saturnisme chez l’enfant est ainsi défini par une plombémie supérieure ou égale à 50 µg/L (microgrammes par litre).

  •  

    Le saturne était le nom donné au plomb par les alchimistes grecs et ceux du Moyen Âge. La lenteur du mouvement apparent de la planète Saturne était assimilée à la pesanteur (densité) du plomb. L’acétate de plomb cristallisé était ainsi appelé Sel de Saturne.

  •  

    Les signes cliniques d’une intoxication modérée (plombémie comprise entre 100 et 450 µg/L) sont peu spécifiques :

    • troubles digestifs vagues : anorexie, douleurs abdominales récurrentes, constipation, vomissements ;
    • troubles du comportement (apathie ou irritabilité, hyperactivité), troubles de l'attention et du sommeil, mauvais développement psychomoteur, légers retards intellectuels, difficultés d’apprentissage ;
    • pâleur en rapport avec l'anémie.

    C’est pourquoi l’intoxication par le plomb est souvent non diagnostiquée.

    En cas de forte intoxication (plombémie supérieure à 450 µg/L) il peut se développer une encéphalopathie saturnine se traduisant par un tableau d’hypertension intracrânienne avec convulsions. Ces situations sont heureusement devenues rares.

  •  

    La plombémie (taux de plomb dans le sang) mesurée sur du sang veineux est l’indicateur retenu pour évaluer l’imprégnation par le plomb. En fait, la plombémie reflète un état ponctuel d'équilibre entre un processus d’absorption éventuellement en cours, le stockage ou le déstockage du plomb osseux, et l’élimination (excrétion, phanères, sueur).

  •  

    Sources d'exposition au plomb de l'enfant

    Le plomb et ses dérivés (sels de plomb) ont été largement utilisés depuis des siècles à travers le monde : toitures, canalisations d’eau, verreries, céramiques, peintures, additifs des carburants, batteries, composants électroniques, alliages, objets divers...

    Les intoxications par le plomb proviennent majoritairement des peintures à base de plomb souvent présentes dans les logements construits avant 1949, époque où la céruse était largement utilisée : leur dégradation, souvent à cause de l’humidité, crée des poussières ou des écailles qui peuvent être ingérées par l’enfant.

    D’autres sources contribuent à l’imprégnation par le plomb ; elles sont plus rarement responsables, à elles seules, d’intoxications :

    • utilisation de cosmétiques traditionnels à base de plomb (khôl, surma, tiro…) ;
    • utilisation, pour la cuisine ou le stockage des aliments, de céramiques d’origine artisanale émaillées avec des sels de plomb (plats à tagine, par exemple) ou d’étains décoratifs contenant du plomb ;
    • eau du robinet en cas de présence de canalisations intérieures en plomb ou d’un branchement en plomb pour le raccordement au réseau public ;
    • habitation à proximité d’installations industrielles émettant ou ayant émis du plomb, ou à proximité d’une route à grande circulation (sols pollués par les émissions des véhicules avant interdiction de l’essence au plomb au 1er janvier 2000) ;
    • apport de poussières au domicile par des parents exposés professionnellement au plomb ;
    • certains loisirs pratiqués à la maison (poterie par exemple du fait de la présence de plomb dans l’émail) ;
    • succion voire ingestion d’objets ou de jouets en plomb ou recouverts de peinture au plomb.

    Enfin l’alimentation apporte une dose de plomb "de fond" incontournable car tous les aliments contiennent un peu de plomb. En effet, le plomb est présent dans l’environnement, naturellement et du fait des activités humaines. Il peut aussi être présent dans certains matériaux utilisés pour le traitement et le stockage des denrées alimentaires. L’apport de plomb par voie alimentaire est cependant en diminution.

  •  

    La céruse (hydrogénocarbonate de plomb) a été largement utilisée comme pigment des peintures au 19e siècle et au début du 20e siècle. Malgré des interdictions progressives à partir de 1915, on considère qu’elle a encore été utilisée jusqu’en 1948, année de refonte du code du travail. Les peintures à la céruse avaient à la fois une fonction de protection et une fonction décorative. On les trouve fréquemment sur les éléments en bois (portes, fenêtres, plinthes, boiseries…) mais on peut les trouver aussi sur les plâtres. Ces peintures d’origine sont souvent encore présentes aujourd’hui, simplement recouvertes par d’autres peintures au fur et à mesure des réfections des logements. La céruse est un sel de plomb particulièrement soluble dans le suc digestif, ce qui lui confère une forte toxicité.

    Outre ces peintures anciennes, les peintures utilisées comme antirouille sur les parties métalliques (garde-corps, volets…) ont été à base de plomb jusque dans les années 1980. Il s’agissait de peintures au minium, moins soluble dans le suc digestif que la céruse, donc moins toxiques. On les trouve surtout sur des éléments extérieurs, ce qui fait que les risques d’exposition des enfants sont nettement plus faibles qu’avec la céruse.

  •  

    Les effets du plomb sur la santé sont fonction de l’importance de l’imprégnation. Depuis les années 1960, une valeur limite de plombémie a été fixée par les "Centers for Disease Control and Prevention" américains au-dessus de laquelle des actions correctives étaient estimées nécessaires pour stopper le processus d’intoxication et prendre en charge médicalement les enfants. Cette valeur limite a été progressivement abaissée au fur et à mesure de l’avancement des connaissances sur les effets du plomb. Elle était de 600 µg/L au départ et encore de 250 µg/L dans les années 1980. En 1990, la limite a été abaissée à 100 µg/L, seuil approuvé par l’Organisation mondiale de la santé et utilisé en France jusqu’à très récemment. Depuis juin 2015, le seuil a été abaissé à 50µg/L suite aux recommandations du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP).

    Le HCSP ayant pris en compte les études épidémiologiques récentes qui montrent qu’il existe des effets néfastes sur la santé pour des enfants n’ayant jamais eu de plombémie supérieure à 100 µg/L, notamment des effets sur le développement cognitif. Ces effets sont difficiles à mettre en évidence car il existe de nombreux autres facteurs qui influencent le développement cognitif de l’enfant.

  •  

    Toute personne peut être intoxiquée par le plomb mais les enfants en bas âge sont plus exposés et plus sensibles au plomb. Les adultes peuvent être exposés au plomb dans leur environnement de domicile ou de loisir et par l’alimentation ; ils sont exposés aussi parfois dans leur milieu professionnel. Des effets délétères sur le système nerveux, rénal, hématopoïétique, endocrinien et reproductif sont ainsi décrits chez l’adulte. On estime en France à 1,7 % la proportion d’adultes de 18 à 74 ans ayant une plombémie supérieure à 100 µg/L (étude faite sur la période 2006-2007). La réglementation du travail fixe la plombémie limite à ne pas dépasser à 400 µg/L pour les hommes et à 300 µg/L pour les femmes.

    Chez la femme enceinte, l’imprégnation élevée par le plomb conduit à l’imprégnation élevée du nouveau-né. En effet, le plomb passe aisément la barrière placentaire. Il existe un risque de retard de croissance intra utérin, d'accouchement prématuré, d'avortement et de retard cognitif dès la petite enfance.

  •  

    Selon l’étude « Imprégnation des enfants français par le plomb en 2008-2009 » réalisée par l’InVS, le pourcentage d’enfants de 1 à 6 ans ayant une plombémie supérieure à 100 µg/L (définition du cas de saturnisme chez l’enfant à l’époque de l’enquête) était de 0,11 %. On estime ainsi à environ 4 400 le nombre d’enfants de 1 à 6 ans atteints de saturnisme en France métropolitaine sur la période 2008-2009 ; le chiffre est de 5 330 enfants si on inclut la Guadeloupe, la Martinique et l’Ile de la Réunion. La classe d’âge 1 à 6 ans a été privilégiée pour l’étude car c’est au cours de cette période que l’enfant absorbe le plus de plomb. Il existe bien sûr des plombémies élevées chez les enfants plus âgés ou plus jeunes.

  •  

    En France métropolitaine, le nombre d’enfants de 1 à 6 ans touchés (au-delà du seuil de 100 µg/l) est passé de 84 000 en 1995-1996 à 4 400 en 2008-2009 ; c’est une diminution considérable qui montre que les actions de prévention menées depuis 15 ans ont été efficaces. Mais il existe encore des agrégats de cas dans des zones d’habitat dégradé et des cas plus sporadiques liés à l’habitat ou à d’autres sources. Le dépistage réalisé par les médecins, permet d’ailleurs de détecter environ 300 nouveaux cas par an. Il est donc important de continuer les actions de prévention.

    Concernant l’habitat ancien qui est la principale source d’intoxication, il faut avoir conscience que les peintures à base de plomb y sont encore très présentes, même si elles ont été recouvertes par des peintures plus récentes. Ces peintures représentent un danger potentiel. Elles peuvent conduire à une exposition au plomb lorsqu’elles se dégradent ou lors de travaux faits sans précaution (émission de poussières).

  •  

    La baisse de l’imprégnation par le plomb correspond à une diminution de l’ingestion ou de l’inhalation de plomb par les enfants. De nombreuses actions de prévention peuvent l’expliquer : la suppression de l’essence au plomb, l’amélioration de la qualité de l’alimentation, le traitement des eaux de distribution publique (pour qu’elles dissolvent moins les canalisations au plomb), les actions d’amélioration de l’habitat, le contrôle des émissions industrielles. Il n’est toutefois pas possible à ce stade de connaître la part de chaque source dans cette diminution.

  •  

    Comme dans toute étude épidémiologique, il est quasiment impossible d’éviter certains biais. Le principal biais discuté dans l’article (BEH Web du 27 mai) porte sur le mode de recrutement des enfants via l’hôpital. Les caractéristiques des enfants recrutés à l’hôpital peuvent être différentes de celles de l’ensemble enfants sur le territoire français. Les estimations obtenues dans cette étude ont été redressées en prenant en compte les caractéristiques principales des enfants français pour corriger cet écart possible. Au final, aucun biais majeur ne semble pouvoir remettre en question les résultats présentés. De plus, l’étude d’imprégnation réalisée en 1995-1996 avait un protocole très proche de l’enquête 2008-2009, ce qui rend crédible la comparaison des résultats.

  •  

    4 400 cas dans la classe d’âge 1 à 6 ans, en France métropolitaine, n’est pas un effectif négligeable. Le chiffre est de 5 330 enfants si on inclut la Guadeloupe, la Martinique et l’Île de la Réunion. L’étude de l’InVS montre aussi que 25 % des enfants de 1 à 6 ans ont une plombémie supérieure à 25 µg/L et 5 % une plombémie supérieure à 34 µg/L. Ce constat reste préoccupant sachant que le plomb est un toxique pour lequel on ne connaît pas de seuil en dessous duquel il n’y aurait pas d’effet.

  •  

    Il est connu que le saturnisme touche en priorité les familles confrontées à des conditions de logement ancien dégradé et suroccupé. Des intoxications plus accidentelles peuvent survenir lors de travaux menés sans précaution dans des logements anciens, par des entreprises ou des particuliers, provoquant une dissémination de poussières de plomb. Les enfants peuvent s’intoxiquer aussi en ingérant des poussières et écailles de peinture dans des logements anciens non insalubres mais dont certaines peintures sont dans un état de maintenance médiocre.
    On trouve plus rarement des intoxications liées à l’utilisation de certains produits traditionnels tels que les cosmétiques à base de plomb (khôl, surma) ou les céramiques artisanales émaillées au plomb.
    La présence de canalisations en plomb dans les logements anciens représente une exposition complémentaire qui est rarement la cause, à elle seule, d’une intoxication.
    Les populations vivant sur des sols pollués peuvent avoir une imprégnation par le plomb plus élevée que la population générale.

  •  

    1/ Il faut continuer à réduire l’exposition au plomb des enfants français en agissant sur les sources d’exposition encore existantes. Les analyses statistiques complémentaires des données recueillies dans l’enquête de l’InVS permettront de mieux comprendre quelles sont les sources prépondérantes actuelles d’imprégnation des enfants (les résultats seront publiés fin 2010).

    2/ Il faut améliorer le repérage des enfants ayant une imprégnation élevée (>100 µg/L) puisqu’une faible partie de ceux-ci sont diagnostiqués chaque année : on trouve environ 300 nouveaux cas par an tous âges confondus (0 à 17 ans). Le dépistage actuel est bien ciblé en direction d’enfants à risque (en 2007, 3,7 % des enfants ciblés par les médecins pour une première plombémie avaient une plombémie supérieure à 100 µg/L contre 0,11 % des enfants en population générale). Mais peu d’enfants bénéficient du dépistage : moins de 1% des enfants français ont au moins une analyse de plombémie avant l’âge de 7 ans.

  •  

    Le saturnisme infantile est une intoxication insidieuse dont les signes ne sont pas suffisamment caractéristiques pour pouvoir être diagnostiqués aisément. C’est la raison pour laquelle le diagnostic nécessite la prescription d’une plombémie (mesure de la concentration en plomb dans le sang). Il est conseillé aux médecins de prescrire une plombémie aux enfants présentant des facteurs de risque. Le médecin obtient ces informations notamment en questionnant les parents. La prescription d’une plombémie est particulièrement conseillée chez les enfants de moins de 6 ans dans les situations suivantes :

    • séjour régulier dans un logement datant d’avant 1949 ;
    • travaux réalisés dans un immeuble ancien datant d’avant 1949 ;
    • présence d’une intoxication dans la fratrie ;
    • comportement de pica (ingestion répétée de substances non comestibles, notamment des écailles de peinture) ;
    • fréquentation d’un logement ou d’une zone connue comme étant polluée.

    Le diagnostic de l’intoxication permet au médecin traitant de provoquer la réalisation d’une investigation environnementale par l’Agence régionale de santé à laquelle il déclare le cas (déclaration obligatoire). L’investigation permet d’identifier les causes de l’intoxication et d’aider la famille à prendre les mesures adaptées pour stopper le processus d’intoxication. Le préfet peut si nécessaire imposer la réalisation de travaux au propriétaire, voire les faire mener d’office.

    La baisse de la prévalence du saturnisme ne remet pas en cause l’intérêt d’identifier les enfants les plus imprégnés, même s’ils sont plus difficiles à repérer.

    Le repérage des enfants fortement imprégnés est une action qui vient en complément des actions de prévention générale visant à réduire l’imprégnation par le plomb de tous les enfants.

  •  

    Il est important de connaître le risque pour éviter l’imprégnation par le plomb. Les peintures à base de plomb restent encore très présentes dans l’habitat antérieur à 1949, même recouvertes de peintures plus récentes. Elles peuvent continuer à provoquer des intoxications.

    Un constat des risques d’exposition au plomb (Crep) vise à repérer les peintures du logement contenant du plomb et à identifier les facteurs de dégradation du bâti pouvant rendre ce plomb accessible par altération des supports, souvent liée à l’humidité (condensation, défaut d’étanchéité, fuites…). Le Crep doit être joint à l’acte de vente en cas de mutation ainsi qu’à tout nouveau contrat de location. Un Crep des parties communes des immeubles collectifs d’habitation doit également être réalisé.

    Si le Crep détecte une concentration en plomb dans les peintures supérieure à la valeur réglementaire de 1 mg/cm² et si elles sont dégradées, le propriétaire est tenu de réaliser des travaux pour garantir la sécurité des occupants ; il doit les informer des risques possibles, notamment en cas de travaux pouvant émettre des poussières. Il doit prévenir de la présence de plomb les entreprises amenées à exécuter des travaux afin qu’elles puissent prendre les précautions nécessaires pour éviter la diffusion des poussières contenant du plomb.

  •  

    Le passage de l’eau dans des canalisations en plomb provoque une légère dissolution du plomb, qui peut être ainsi ingéré. On considère que l’apport de plomb par voie hydrique est globalement très inférieur à l’apport alimentaire, mais il peut exister des cas particuliers. La concentration de l’eau en plomb est variable en fonction des caractéristiques chimiques de l’eau, de sa température, de la longueur des canalisations en plomb, de la durée de stagnation de l’eau dans les tuyaux, etc.

    Le plomb étant un élément toxique sans seuil d’effet, il est prudent de faire en sorte d’en ingérer le moins possible. C’est pourquoi la réglementation prévoit d’abaisser de 25 à 10 µg/L la limite de concentration en plomb de l’eau du robinet en 2013. Cette nouvelle limite peut être assez facilement dépassée en cas de présence de canalisations en plomb. Il est recommandé de profiter de travaux de réhabilitation ou d’aménagement des logements pour remplacer les canalisations en plomb.

Protocole de l'étude finale  [pdf - 1 018,98 Ko]
Liste des médecins investigateurs  [vnd.ms-excel - 63,50 Ko]
Questionnaire hospitalier version maladies infectieuses  [pdf - 282,16 Ko]
Bilan de l'étude pilote  [pdf - 591,67 Ko]
Questionnaire hospitalier version biothèque  [pdf - 282,41 Ko]
Liste des hôpitaux participant à l'étude  [vnd.ms-excel - 34,50 Ko]
Résumé du protocole  [pdf - 155,93 Ko]

Enquêtes nationales sur l’exposition de la population française par le plomb menées en 1995-1996

Ces enquêtes ont été menées par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et le Réseau national de santé publique (RNSP) en 1995-1996. Elles ont fait l’objet d’un rapport publié en décembre 2007 [3].

Il s’agit de trois enquêtes distinctes qui mesuraient la plombémie :

  • de 445 sujets adultes recrutés dans des centres d’examens de santé de la Caisse national d’assurance maladie dans les villes de Paris, Lyon et Marseille, comme réalisé lors d’une étude menée en 1979-1982 ;
  • de 4 208 appelés du contingent ;
  • de 3 445 enfants de 1 à 6 ans ayant eu une prise de sang dans un service public de chirurgie infantile.

Données sur les populations urbaines adultes

L’enquête concernant la population adulte de Paris, Lyon et Marseille montrait une forte diminution de l’imprégnation par le plomb entre la période 1979-1982 et l’année 1995 [1], comme l’illustre la figure 1. Cette diminution semble principalement liée à la diminution des émissions de plomb tétra éthyle par les véhicules automobiles.

Figure 1

Distribution de la plombémie des populations urbaines adultes françaises en 1979-1982 et en 1995

Distribution de la plombémie des populations urbaines adultes françaises en 1979-1982 et en 1995

Source : [2]
Les percentiles en queues de distribution en 1995 sont donnés par le tableau 1.

Tableau 1 - Percentiles de la queue de distribution de la plombémie en 1995 à Paris, Lyon et Marseille

 

Percentile 50

Percentile 95

Percentile 99

Paris

60

134

189

Lyon

76

211

257

Marseille

57

146

165

Appelés du contingent

La distribution des plombémies des appelés du contingent est donnée dans la figure 2.

Figure 2

Distribution des plombémies chez les appelés du contingent en 1995 (données brutes)

Distribution des plombémies chez les appelés du contingent en 1995 (données brutes)

5,5 % des appelés avaient une plombémie supérieure à 100 µg/L et 0,6 % une plombémie supérieure à 200 µg/L.

Enfants de 1 à 6 ans

La distribution des plombémies chez les enfants est donnée par la figure 3.

Figure 3

Distribution des plombémies chez les enfants de 1 à 6 ans en 1995-1996 (données brutes) 

Distribution des plombémies chez les enfants de 1 à 6 ans en 1995-1996 (données brutes)

Sur 3 445 enfants de 1 à 6 ans, 52 présentaient une plombémie supérieure à 100 µg/L, soit 1,5 % et 7 une plombémie supérieure à 200 µg/L, soit 0,2 %. La moyenne arithmétique des plombémies était de 42 µg/L. La moyenne géométrique était de 36 µg/L.

Postérieurement à la publication du rapport de l’enquête, ces chiffres ont fait l’objet d’une correction en fonction de la structure d’âge de la population à l’échelle de la région (réalisée à l’occasion de la publication de l’expertise collective de l’Inserm en 1999 [2]). Après correction, le pourcentage d’enfants de 1 à 6 ans ayant une plombémie supérieure à 100 µg/l a été estimé à 2,1 ± 0,5 %, ce qui correspondait à 84 000 enfants pour l’ensemble du territoire français. Le nombre d’enfants ayant une plombémie supérieure à 250 µg/L était estimé à 8 200.

Les facteurs de variation de la plombémie ont été étudiés. Le tableau 2 donne les résultats de l’analyse multivariée (les variables significatives au seuil de 5 % sont en gras).

Tableau 2 - Rôle propre de chacun des facteurs susceptibles d’influencer la charge sanguine en plomb
chez les enfants de 1 à 6 ans en 1995-1996

 

F*

p

Variables sociodémographiques

Origine du père

Origine de la mère

Origine de l’enfant

Niveau d’études de la mère

Niveau d’étude du père

Activité professionnelle de la mère

Activité professionnelle du père

Age de l’enfant

Sexe de l’enfant

 

4,41

0,73

0,02

2,73

1,28

5,18

2,73

0,46

0,17

 

0,04

0,39

0,88

0,03

0,28

0,02

0,10

0,50

0,68

Facteurs de variation interindividuelle

Exposition professionnelle de l’un des parents

Loisir susceptible d’exposer au plomb

 

0,58

2,81

 

0,44

0,09

Facteurs d’exposition

Ancienneté du logement

Statut d’occupation du logement

Etage

Localisation (type d’urbanisme)

Eau

Comportement à risque avec les peintures

Trafic automobile

 

62,51

0,12

1,27

0,26

29,40

5,13

2,75

 

<0,0001

0,73

0,26

0,61

<0,0001

0,02

0,10

*F représente la part de la variance expliquée par chaque facteur.

L’ancienneté du logement (construction avant 1945) et la consommation d’eau de distribution étaient les deux principaux facteurs influençant la plombémie.

Variations régionales

Tableau 3 - Caractéristiques de la distribution des plombémies infantiles régionales corrigées sur les variables socio-économiques, sociodémographiques et individuelles chez les enfants de 1 à 6 ans en 1995-1996

Régions

n

Moyenne géométrique ajustée

Percentile 95

Ile-de-France

233

39,9

77,3

Champagne-Ardenne

123

37,0

79,9

Picardie

109

36,2

73,7

Haute-Normandie

99

39,0

82,0

Centre

195

37,8

86,4

Basse-Normandie

125

38,3

78,7

Bourgogne

92

43,1

96,4

Nord-Pas-de-Calais

121

38,3

81,8

Lorraine

188

43,9

84,0

Alsace

188

38,4

85,7

Franche-Comté

129

33,6

80,9

Pays de la Loire

94

26,9

60,1

Bretagne

238

32,0

70,5

Poitou-Charentes

132

37,4

89,7

Aquitaine

124

39,5

90,1

Midi-Pyrénées

118

37,7

81,2

Limousin

59

35,7

92,2

Rhône-Alpes

116

36,2

76,3

Auvergne

151

45,6

102,6

Languedoc-Roussillon

105

35,3

86,0

Provence-Alpes-Côte d'Azur

188

33,4

70,8

Corse

5

31,2

45,6

Références
1. Huel G, Frery N, Takser L, Jouan M, Hellier G, Sahuquillo J et al. Evolution of blood lead levels in urban French population (1979-1995). Rev Epidemiol Sante Publique 2002;50(3):287-95.
2. Inserm. Plomb dans l'environnement. Quels risques pour la santé ? 1-461. 1999. Paris.
3. Inserm/RNSP/DGS. Surveillance de la population française vis-à-vis du risque saturnin. Saint-Maurice : RNSP, 1997.
Haut de page