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Indicateurs d'évaluation

Publié le 27/02/2017

Taux de participation au programme de dépistage organisé du cancer colorectal 2015-2016

Le dépistage organisé du cancer colorectal a été généralisé à l’ensemble du territoire à partir de 2008. Depuis 2010, ce programme couvre tous les départements français, à l’exception de Mayotte (devenu département français le 31 mars 2011). Il est coordonné au niveau départemental par des structures de gestion (au total 89 structures de gestion).

En 2014, la Direction Générale de la Santé a, dans son arrêté du 23 septembre 2014, entériné le remplacement du test au gaïac (Hémoccult® II) par un test immunologique (OC-Sensor®), plus facile d’emploi, plus sensible pour la détection des adénomes avancés et des cancers et d’une meilleure fiabilité et reproductibilité. Le contexte du déploiement de ce test a été marqué par un arrêté anticipé des invitations au cours du dernier trimestre 2014 et de lecture des tests au gaïac au 31 janvier 2015. Si le test immunologique était officiellement disponible dès le 14 avril 2015, des difficultés d’approvisionnement en kits et/ou d’organisation ont entrainé un retard de démarrage de l’activité. En pratique, l’envoi des premières invitations s’est échelonné entre mai et décembre 2015 : 50 % des départements n’ont pas repris les invitations avant juillet 2015. Ces départements comportent 44,3 % de la population éligible totale. La période effective d’invitation était de 17 mois en moyenne par département.

Les données de participation 2015-2016 présentées ici, concernent à la fois les tests au gaïac lus au début de l’année 2015 et les tests immunologiques à partir du 14 avril 2015, reflétant ainsi une activité de dépistage réalisée sur une période incomplète. Les taux d’exclusions et les taux de personnes ayant un test positif concernent la campagne d‘invitation avec le test immunologique uniquement.

Matériel et méthodes

Le cahier des charges des programmes de dépistage des cancers paru au Journal Officiel le 21 décembre 2006 (Annexe au n°295) stipule que les personnes de 50 à 74 ans doivent être invitées à se faire dépister pour le cancer colorectal tous les deux ans. Le mode de calcul des indicateurs est fondé sur le guide du format des données et définitions des indicateurs de l'évaluation du programme national (voir Guide du format de données). Les indicateurs sont ainsi calculés sur deux ans, période au cours de laquelle l’ensemble de la population d’un département est invitée à participer au dépistage.

Calcul du taux de participation

Le taux de participation est le rapport entre le nombre de personnes dépistées et la population éligible, soit la population cible du dépistage (hommes et femmes de 50 à 74 ans) dont sont extraites les personnes exclues du dépistage pour raisons médicales. Il est défini par :

taux de participation

Le nombre de personnes dépistées, c'est-à-dire d’hommes et de femmes de 50 à 74 ans ayant effectué un test de dépistage au cours de la période évaluée (ici, du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016), et le nombre de personnes exclues du dépistage pour raisons médicales sont fournis par les structures de gestion. La définition des exclusions médicales est précisée par le cahier des charges (voir ci-dessus).

La population moyenne éligible est obtenue en faisant la moyenne arithmétique de la population cible Insee des personnes de 50-74 ans des années civiles 2015 et 2016, à laquelle il faut soustraire le nombre moyen des personnes de 50-74 ans exclues du programme pour des raisons médicales au cours des deux années civiles (2015 et 2016).

Remarque : A des fins de comparaison entre départements, la population cible Insee utilisée pour le calcul des taux de participation est issue des données de population fournies par l’Insee (projections 2007-2042, scénario central) calculées de manière identique sur tout le territoire.

Calcul du taux d’exclusions

Le taux d’exclusion est le rapport entre le nombre de personnes exclues (temporairement ou définitivement) du programme de dépistage organisé du cancer colorectal (voir ci-dessus) et la population Insee cible du dépistage (hommes et femmes de 50 à 74 ans).

taux d'exclusion

Le nombre de personnes exclues est fourni par les structures de gestion à partir d’une diversité de sources de données exploitables : réponses des personnes invitées, fichiers des actes de coloscopies remboursés par les caisses primaires d’assurance maladie, les fichiers des codes actes diagnostiques et thérapeutiques, comptes rendus standardisés des résultats de coloscopie et des examens anatomo-cythopathologiques…), mais dont l’accès est variable selon les structures de gestion.

Comme pour le calcul du taux de participation, la population moyenne éligible est obtenue en faisant la moyenne arithmétique de la population cible Insee des personnes de 50-74 ans des années civiles 2015 et 2016, à laquelle il faut soustraire le nombre moyen (moyenne arithmétique) des personnes de 50-74 ans exclues du programme pour des raisons médicales au cours des deux années civiles (2015 et 2016).

Calcul du pourcentage de tests positifs

Il s’agit du rapport entre le nombre de personnes ayant un test positif et le nombre personnes ayant un test analysable, c’est-à-dire un test ayant pu être lu par les centres de lecture des tests de dépistage.

taux de tests positifs

Ces informations sont fournies par les structures de gestion.

Les classes d’âge

Une décomposition en classes d’âge de 5 ans a été retenue.

La classe 50-54 ans inclut les individus qui ont eu 50 ans dans le courant de l’année évaluée, même s’ils n’avaient pas atteint cet âge au moment du dépistage ; la classe 70-74 ans inclut les individus qui avaient 75 ans révolus au moment du dépistage, afin de tenir compte du délai de réalisation du test pour les personnes ayant été invitées à 74 ans.

Standardisation des indicateurs

Les taux de participation, d’exclusions et le taux de personnes ayant un test positif sont calculés par département, par région et pour la France. Ils sont standardisés sur l’âge et le sexe par rapport à la population française 2009 (projection Insee 2007-2042, scénario central). Cette standardisation permet, en appliquant une même structure d’âge et de sexe (celle de la population française 2009) aux unités géographiques, de comparer les résultats entre ces territoires (départements ou régions) et d’étudier les évolutions dans le temps des différents indicateurs étudiés.

Référentiels

Le référentiel européen préconise un taux de participation de la population cible supérieur ou égal à 45 % pour que le programme de dépistage soit coût-efficace. Ce référentiel est celui de l’ensemble des pays européens ayant mis en place un programme de dépistage organisé.

Résultats

Participation

Sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, 18,6 millions de personnes âgées de 50 à 74 ans ont été invitées à participer au programme. Près de 5 millions ont réalisé un test de dépistage (dont un peu plus de 120 000 tests au gaïac), ce qui représente un taux de participation de 29,3 % (voir tableaux format pdf et format Excel). Sur la période de mi-avril 2015 (date de lancement du programme avec le test immunologique) à décembre 2016, le taux de participation est de 28,6 % (voir tableaux format pdf et format Excel). Ces taux restent inférieurs à l’objectif européen minimal acceptable de 45 % de participation1.

La participation qui était en légère diminution depuis 2010-2011, passant de 32,1 % à 29,8 % en 2013-2014, a chuté de manière importante à 23,1 % en 2014-2015, puis augmenté au cours de la période 2015-2016, pour revenir à un niveau semblable à celui observé avant cette chute brutale (Graphique). La forte baisse observée s’explique par l’interruption de l’activité de dépistage organisé fin 2014 et début 2015 (arrêt des invitations au dernier trimestre 2014 et lancement du test immunologique en avril 2015).

Les chiffres de la participation pour la période 2015-2016 doivent être interprétés en tenant compte du fait que la période effective d’invitation n’était que de 17 mois en moyenne par département et qu’une part importante de la population a été invitée tardivement, n’ayant par conséquent pas encore eu l’opportunité de se faire dépister à fin 2016.

Le taux de participation est plus élevé chez les femmes que chez les hommes (30,8 % contre 27,8 %, respectivement voir tableaux format pdf et format Excel), quelle que soit la classe d’âge (voir tableaux format pdf et format Excel). Il augmente avec l’âge chez les hommes de 24,8 % entre 50-54 ans à 35,5 % à 70-74 ans et chez les femmes de 26,7 % entre 50-54 ans à 36,1% à 70-74 ans.

On observe une disparité territoriale des taux de participation (voir carte-1carte-2 et tableaux format pdf et format Excel). Les taux sont particulièrement bas (< 20 %) pour les départements de la Corse, de la Guyane, de Paris, des Hauts-de-Seine et de la Lozère. Les taux les plus élevés sont retrouvés en Saône-et-Loire (44,1 %) et en Ille-et-Vilaine (47,0 %), deux départements où le test immunologique est envoyé directement aux personnes invitées lors de la 2e relance. Les autres départements ayant des taux supérieurs à 40 % sont le Haut-Rhin, l’Isère, le Loir-et-Cher, la Loire-Atlantique et le Maine-et-Loire. Au total, 57 départements ont un taux de participation supérieur à la moyenne nationale (29,3 %). Ces disparités départementales s’expliquent pour partie (coefficient de corrélation rho=0,37) par la durée de la période d’invitation. Si la campagne de dépistage avec le test immunologique a été lancée mi-avril, sa mise en œuvre est très variable selon les départements, certains ayant démarré seulement en décembre 2015. La durée de l’activité de dépistage avec le nouveau test varie de 12 à 19 mois selon les départements (Graphique ). Aussi, les comparaisons spatiales des taux de participation pour la période 2015-2016 doivent, cette année plus encore, être interprétées avec prudence.

Exclusion

Les exclusions médicales doivent être régulièrement renseignées et être les plus exhaustives possibles pour assurer la qualité du programme. Elles peuvent être, soit définitives pour des raisons médicales (les antécédents de personnels ou familiaux d’adénomes ou de cancer colorectal, la polypose adénomateuse familiale, une maladie inflammatoire chronique intestinale, un cancer colorectal héréditaire non polyposique ou syndrome de Lync), soit temporaires du fait de symptômes digestifs ou pour avoir effectué dans les cinq ans une coloscopie ayant des résultats normaux.

Sur la période 2015-2016, le taux d’exclusion est de 12,3 %, correspondant à près de 2,4 millions personnes exclues (voir tableaux format pdf et format Excel). Il est un peu moins élevé chez l’homme que chez la femme (12,0 % contre 12,5 % respectivement). Il augmente sensiblement avec l’âge des personnes, de 5,9 % entre 50-54 ans à 19,9 % entre 70-74 ans chez les hommes, de 6,9 à 18,3 % respectivement chez les femmes (voir tableaux format pdf et format Excel).

On observe de grandes disparités départementales des taux d’exclusions qui varient de moins de 5 % pour les Bouches-du-Rhône, la Corse, la Guyane et à 21,8 % pour le Bas-Rhin (voir carte-3 et tableaux format pdf et format Excel). Ces disparités départementales du taux d’exclusion médicale sont en lien avec l’antériorité du département dans le programme. La proportion de personnes exclues en raison de lésions cancéreuses ou précancéreuses ou ayant, suite à un test positif, réalisé depuis au moins 5 ans une coloscopie normale est plus élevée dans les territoires ayant commencé plut tôt l’organisation du dépistage. Ces disparités territoriales soulignent également l’hétérogénéité de la qualité du recueil de l’information entre les départements. Le nombre de personnes exclues reste encore mal renseigné dans certains départements, en particulier du fait de la faible performance de leurs systèmes de recueil des exclusions médicales. Il existe au niveau départemental une diversité de sources de données exploitables pour documenter les exclusions médicales, mais celles-ci ne sont pas toujours accessibles par les structures de gestion. Cette situation interpelle sur l’urgente nécessité d'optimiser le recueil d’informations sur les exclusions médicales pour assurer la qualité du programme, en définissant une stratégie nationale permettant de mieux encadrer et accompagner les professionnels impliqués.

Tests positifs

Sur la période allant du 14 avril 2015 au 31 décembre 2016, période correspondant à la campagne d’invitation avec le test immunologique), 4,8 millions de personnes ont réalisés un test dont près de 217 000 se sont révélés positifs, soit un taux de positivité de 4,6 %. Ce taux est plus élevé chez les hommes que chez les femmes (5,7 % contre 3,6 %, respectivement), et augmente avec l’âge (voir Graphique) et tableaux format pdf et format Excel).

On note une variabilité importante du taux de tests positifs entre les départements, avec des valeurs comprises entre 3,9 % pour l’Aveyron, la Savoie, la Lozère et la Guadeloupe et 5,5 % pour l’Hérault (voir carte et tableaux format pdf et format Excel).

Conclusion

Entre 2015 et 2016, près de 2,4 millions personnes âgées de 50 à 74 ans ont été exclues du programme, 5 millions ont réalisé un test de dépistage (dont un peu plus de 120 000 tests au gaïac), ce qui représente un taux de participation de 29,3 %. Pour la période correspondante à l’emploi du test immunologique (17 mois en moyenne par département), le taux de participation est de 28,6 % et le taux de tests positifs de 4,6 %, conforme à l’attendu. Les taux de participation doivent, cette année encore, être interprétés avec prudence dans le contexte d’une période marqué par l’interruption de l’activité de dépistage en 2014 et 2015 et par une reprise progressive et une montée en charge des invitations variables selon les départements. Malgré un arrêt de plusieurs mois de l’activité de dépistage lié au changement de test, le recours au dépistage est resté stable. Les prochaines données de participation porteront sur la période 2016-2017, soit sur une période d’organisation du dépistage en routine, et devraient permettre de mieux évaluer l’impact potentiel du changement de test sur la participation.

1 Segnan N, Patnick J, von Karsa L (dir). European guidelines for quality assurance in colorectal cancer screening and diagnosis. First Edition. Luxembourg : European Commission ; 2010.
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