Fermer



Données de surveillance par pathologie

Publié le 10/03/2014 - Dernière mise à jour le 18/09/2017

Tentatives de suicide et suicides

'Les visuels qui illustrent ce dossier thématique ont été créés dans le cadre d’un projet thérapeutique au sein du service d’hospitalisation psychiatrique de l’Hôpital Tenon (AP-HP), sous la coordination du Pr Louis Jehel (psychiatre) et de Pierre-Jérôme Jehel (photographe, professeur à Gobelins). Ce projet, réalisé dans un groupe de travail mixte de professionnel de santé et des étudiants de l’Ecole de l’image (Gobelins), a donné lieu à une cinquantaine ‘d’objets psycho-visuels’ (OPV) qui ont été intégrés dans le travail de soins de l’équipe médicale du service'. En savoir plus : http://a-m-e-r.com/mots-regards/opv.

© Emmanuelle Neyret - Isabel Duarte

© Emmanuelle Neyret - Isabel Duarte

Santé publique France s’est engagé dans la surveillance des tentatives de suicide (TS) ayant fait l’objet d’un recours au système de soins à partir de différentes sources - PMSI, réseaux OSCOUR® et Sentinelles.

Cependant, toutes les TS ne donnent pas lieu à une prise en charge médicale et lorsque l’individu suicidaire n’a pas eu de contact immédiat avec le système de soins, la seule modalité permettant d’approcher le risque suicidaire reste l’interrogation directe des personnes par enquête en population générale. Cette question est abordée par le biais de l’enquête Baromètre santé.
Ces études viennent compléter la surveillance du suicide réalisée par le CépiDc à partir des certificats de décès.

Santé publique France contribue également à la production d’indicateurs de surveillance du suicide et du risque suicidaire selon la profession et le secteur d’activité par la mise en œuvre de dispositifs spécifiques ou par l’exploitation de données existantes. En ce qui concerne la description de la mortalité par suicide selon l’emploi, les données du CépiDc sont couplées à d’autres sources spécifiques au milieu professionnel telles que la déclaration annuelle des données sociales (Dads), ou les données professionnelles de la Mutuelle sociale agricole (MSA).

Santé publique France pilote le groupe de travail "Surveillance des suicides et des tentatives de suicides" de l’Observatoire national des suicides, créé par décret en septembre 2013 et présidé par la Drees. Sa composition plurielle reflète la diversité des acteurs impliqués dans la prévention du suicide.

Observatoire national du suicide

L’Observatoire national des suicides (ONS), créé par décret en septembre 2013, est placé sous la présidence de la Ministre des Affaires sociales et de la Santé. La présidence déléguée est assurée par le directeur de la Dress et le secrétariat est assuré par la Drees.

Les missions de l’ONS

Les missions de l’Observatoire vont de la connaissance à la prévention et à l’évaluation. Elles peuvent être déclinées en cinq volets :

  • coordonner les différents producteurs de données et améliorer le suivi des suicides et des tentatives de suicide (TS) ;
  • développer les connaissances sur les facteurs de risque et les mécanismes conduisant aux suicides et aux TS afin d'améliorer la prévention ;
  • promouvoir et valoriser les dispositifs de collecte, de suivi et d'alerte sur le suicide en participant à la diffusion des résultats et en facilitant l'accès aux bases de données ;
  • évaluer l'effet des politiques publiques en matière de prévention du suicide et de TS ;
  • produire des recommandations, notamment en matière de prévention.

L’ONS est un observatoire indépendant et pluridisciplinaire dont la composition reflète la variété des acteurs qui œuvrent à la prévention du suicide (parlementaires, administrations, professionnels de santé, experts, chercheurs, parties prenantes, agences sanitaires, etc.).

Le rôle de Santé publique France dans l’ONS

L’ONS est organisé en deux groupes de travail :

  • Le premier est piloté par Santé publique France et porte sur la surveillance des suicides et des tentatives de suicide.
  • Le second, piloté par la Drees, est chargé d’améliorer les connaissances des mécanismes de suicides et des tentatives de suicide et de promouvoir des recherches sur ce thème.

Groupe de travail ‘Surveillance des suicides et  tentatives de suicides’

En continuité avec les travaux réalisée en 2015 à savoir l’état des lieux des sources de données sur le suicides et les tentatives de suicides disponibles en France et l’élaboration de recommandations pour l’amélioration de ces sources, en 2016, le Groupe de travail ‘Surveillance des suicides et tentatives de suicides’ a travaillé à trois grands objectifs :

  • Aborder les actions de prévention à l’échelon territoriale et fournir les données régionales et départementales afin de mieux guider les politiques locales.
  • Améliorer les données et les connaissances sur le suicide et les tentatives de suicide, conformément aux recommandations émises dans le premier rapport de l’ONS, en particulier par l’instauration d’une collaboration avec les services de médecine légale.
  • Contribuer à harmoniser le recueil des données des associations d’écoute et de prévention du suicide.

2016 : publication du deuxième rapport de l’ONS : suicide - Connaître pour prévenir : dimensions nationales, locales et associations

Rapport de l’ONS : Suicide - connaître pour prévenir : dimensions nationales, locales et associations

Ce rapport est composé de 4 parties :

  • Deux dossiers intitulés :
    - Données et actions des associations de prévention du suicide en France.
    - Facteurs de risque de suicide et de vulnérabilité au suicide.
  • Bilan des plans d’actions
    - Programme national de prévention du suicide (2011-2014)
    - Plan national d’actions contre le suicide 2011-2014 de la Mutualité sociale agricole
    - Politique de prévention du suicide des personnes détenues
  • Données locales :
    - Présentation des données de décès par suicide en 2012 et d’hospitalisations pour tentative de suicide en 2013 par région et par département
  • Sept fiches donnent des résultats issus des données des systèmes d’information  :
    - Données épidémiologiques sur les décès par suicide
    - Effet période et génération mesurables dans les statistiques de décès
    - Relation entre hospitalisation en MCO pour tentative de suicide et suicide
    - Hospitalisations pour tentatives de suicide en médecine et chirurgie en France
    - Tentatives de suicide et pensées suicidaires déclarées dans le Baromètre santé des départements d’outre-mer en 2014
    - Prévalences et évolutions des comportements suicidaires en France métropolitaine en 2014
    - Surveillance de la mortalité par suicide à l’échelle d’une entreprise ou d’une institution : exemple de l’administration pénitentiaire
  • Des annexes, dont un recueil numérique sur la thématique du suicide et sur le surendettement et le suicide.
  •  

    Pour la première année de l’ONS, l’objectif du groupe était de dresser l’état des lieux des sources de données existant en France (fonctionnement et principales caractéristiques, apports et limites) et d’élaborer des recommandations pour l’amélioration de ces sources.

    Les sujets traités sont les suivants et sont repris dans le premier rapport de l’ONS :

    • Statistique des suicides : les données de mortalité par suicide
    • Surveillance des TS à partir des bases médico-administratives :
      - PMSI-MCO : données sur les hospitalisations en médecine et chirurgie
      - RIM-P : hospitalisations en psychiatrie
      - Réseau Oscour® : données sur les passages aux urgences
    • Surveillance des antécédents de TS et du risque suicidaire par enquêtes déclaratives
      - Enquêtes en population générale
      - Enquêtes auprès de populations spécifiques
    • Données des associations sur la thématique du suicide
    • Suicides et travail 
      - Surveillance épidémiologique des suicides selon l’emploi
      - Surveillance des antécédents de TS et du risque suicidaire selon l’emploi
      - Surveillance épidémiologique des suicides en lien avec le travail
    • Recommandations issues des discussions au sein du groupe de travail « surveillance ».

    Suicide : état des lieux des connaissances et perspectives de recherche

    Rapport suicide - Etat des lieux des connaissances et perspectives de recherche

    Ce rapport est composé de 3 parties :

    • Trois dossiers intitulés :
      - Les systèmes d’information sur les suicides et les tentatives de suicides
      - Les actions de prévention du suicide
      - La recherche sur le comportement suicidaire et sa prévention.
    • Neuf fiches  donnent des résultats issus des données des systèmes d’information traités dans le dossier. Les thèmes de ces fiches sont les suivants :
      - Données épidémiologiques sur les décès par suicide
      - Pathologies associées aux suicides déclarées dans les certificats médicaux de décès
      - Hospitalisation et recours aux urgences pour tentatives de suicide
      - Tentatives de suicide déclarées et pensées suicidaires en 2005 et 2010
      - Profils et trajectoires des personnes ayant des idées suicidaires d’après l’enquête Santé et itinéraire professionnel (SIP)
      - Suicide selon l’emploi exercé
      - Surveillance de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants
      - Le suicide des personnes détenues en France
      - Les minorités sexuelles face au risque suicidaire
    • Des annexes, dont une revue de littérature (‘Crise de 2008 et suicides’), et un recueil numérique sur la thématique du suicide.

Comportements suicidaires en France métropolitaine : résultats du Baromètre santé 2014

© Frédéric Mercier - Vincent Galtier

© Frédéric Mercier - Vincent Galtier

Ce 36e numéro de la collection « Évolutions » exploite les données du Baromètre santé 2014 de Santé publique France concernant le suicide. Les résultats confirment l’importance du phénomène suicidaire en population générale et la nécessité d’actions de prévention ciblées et efficaces. En France, la mortalité par suicide et les tentatives de suicide donnant lieu à une hospitalisation sont étudiées à partir de données médico-administratives de surveillance. Les enquêtes barométriques constituent un complément indispensable à ces informations, puisqu’elles apportent des données de prévalences sur les pensées suicidaires et tentatives de suicide, représentatives de la situation en population générale. Elles permettent aussi de caractériser certains profils de vulnérabilité vis-à-vis de ces comportements. L’enquête 2014 montre par exemple que parmi les 15-75 ans interrogés, 4,9 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours de l’année et 7,1 % ont fait une tentative de suicide (TS) au cours de leur vie. Autre enseignement : plus de femmes que d’hommes déclarent des pensées suicidaires et des TS au cours de leur vie et les individus les moins favorisés (chômeurs ou inactifs, personnes à faible niveau d’études ou avec des difficultés financières, personnes isolées) sont surreprésentés. Par ailleurs les TS sont plus souvent le fait des jeunes et elles diminuent avec l’âge. Les pensées suicidaires concernent quant à elles davantage les 45-64 ans. L’enquête fait aussi le constat d’une augmentation de ces phénomènes entre 2010 et 2014, la prévalence passant de 4,0 % à 4,9 % pour les pensées suicidaires et de 0,5 % à 0,8 % pour les TS. Enfin, seules 53,0 % des personnes ayant eu des pensées suicidaires au cours de l’année en ont parlé à quelqu’un et 42,0 % des hommes ayant fait une TS dans l’année ne sont pas allés à l’hôpital et n’ont pas été suivis par un professionnel.

En savoir plus :

Robert M, Léon C, Du Roscoät E. Comportements suicidaires en France métropolitaine : résultats du Baromètre santé 2014. Saint-Maurice : Santé publique France, 2016 : 8 p.

Beck F, Guignard R, Husky M, du Roscoät E, Saïas T, Michel G et al. Tentatives de suicide et pensées suicidaires parmi les 15-30 ans. In: Les comportements de santé des jeunes. Analyses du Baromètre santé 2010. Saint-Denis : Institut national de prévention et d’éducation pour la santé ; 2013. p. 235-49.

Tentatives de suicide dans les minorités sexuelles

Depuis les années 1990, plusieurs études menées principalement aux Etats-Unis ont montré que la prévalence des tentatives de suicide était très élevée dans les minorités sexuelles par rapport à la population hétérosexuelle. En France, les Enquêtes Presse Gays menées par Santé publique France via la presse et les sites internet identitaires ont été les premières à intégrer des questions spécifiques au comportement suicidaire. Dans l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes 2011, 10 100 hommes et 2 963 femmes résidant en France ont répondu aux questions sur les tentatives de suicide. Parmi les répondants, 16 % des hommes et 18 % des femmes ont déclaré avoir fait au moins une tentative de suicide au cours de la vie et 1,6 % des hommes et 1,9 % des femmes au cours de l’année écoulée. Les facteurs associés à une augmentation du risque de tentatives de suicide dans l’année chez les hommes et les femmes étaient le fait d’être inactif, d’avoir été victime de rapports sexuels forcés au cours de la vie, d’avoir rompu une relation stable dans l’année, d’avoir consommé de l’alcool de façon excessive et d’avoir déclaré une dépression. De plus, chez les hommes, le fait de vivre dans une petite agglomération, d’avoir subi des agressions physiques et/ou verbales en raison de leur orientation sexuelle, et d’avoir consommé des anxiolytiques dans l’année accroissait la probabilité de faire une tentative de suicide dans l’année. Ainsi, la lutte contre l’homophobie doit un élément clé dans la prévention du comportement suicidaire des minorités sexuelles car les agressions à caractère homophobe représentent un facteur de risque de tentatives de suicide chez les hommes homo et bisexuels.

En savoir plus : Paget LM et al. Facteurs associés aux tentatives de suicide chez les minorités sexuelles : résultats de l’enquête presse gays et lesbiennes 2011. Rev Epidemiol Sante Publique (2016),

Tentative de suicide dans le Baromètre santé sourds et malentendants

Dans la lignée des Baromètres santé, le Baromètre santé Sourds et malentendants (BSSM) réalisé en 2011-2012 s’adressait spécifiquement aux personnes vivant avec une acuité auditive réduite ou présentant des troubles de l’audition (acouphènes et hyperacousie). En comparaison avec les données du Baromètre santé 2010, celles du BSSM ont montré que les personnes sourdes et malentendantes ont déclaré avoir 5 fois plus souvent des pensées suicidaires dans les 12 derniers mois, fait 2,5 fois plus souvent des tentatives de suicide au cours de la vie et 3,6 fois plus souvent des tentatives de suicide dans les 12 derniers mois que la population générale.
La survenue plus fréquente de pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois chez les personnes sourdes et malentendantes était associée à la fois à des spécificités liées à l’audition (la fatigue liée à la communication et la présence de troubles de l’audition très gênants) et aux violences psychologiques et physiques subies.

En savoir plus : Sitbon A, Guignard R, Chan Chee C, Du Roscoat E. Pensées suicidaires, tentatives de suicide et violences subies chez les populations sourdes et malentendantes en France. Résultats du Baromètre santé Sourds et malentendants, 2011-2012. Numéro thématique. Personnes sourdes ou malentendantes : un handicap méconnu, une population vulnérable. Bull Epidemiol Hebd 2015;(42-43):789-95.

PMSI et OSCOUR® : les hospitalisations pour tentative de suicide

Le Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) a été exploité par l’InVS pour l’analyse des hospitalisations pour tentatives de suicide (TS).
En France métropolitaine, entre 2004 et 2011, un total de 765 616 séjours pour TS ont été comptabilisés en médecine et chirurgie, correspondant à 556 708 patients, soit environ 90 000 hospitalisations pour 70 000 patients par an. Au cours des huit années étudiées, 80 % des patients ont été hospitalisés une fois et 20 % ont été hospitalisés plusieurs fois pour TS. Quelle que soit l’année, les séjours féminins ont représenté 65 % de l’ensemble des séjours pour TS. L’absorption de médicaments était le mode opératoire des TS de loin le plus fréquent, concernant 82 % des TS hospitalisées, soit entre 70 000 et 85 000 séjours hospitaliers par an. Le taux de séjours pour TS était de 17,7 pour 10 000 habitants (13,4 pour 10 000 hommes et 21,6 pour 10 000 femmes). Les séjours hospitaliers pour TS concernant les adolescentes de 15 à 19 ans présentaient les taux les plus élevés, avoisinant 43 pour 10 000. Les régions du Nord et de l’Ouest, à l’exception de l’Île-de-France et des Pays de la Loire, avaient des taux standardisés supérieurs au taux national chez les hommes et chez les femmes.
Le taux de ré-hospitalisation pour TS progressait de 12,8 % à 12 mois jusqu’à 26,6 % à 8 ans sans différence selon le sexe ; il était plus élevé parmi les 30-49 ans et chez les patients ayant un diagnostic psychiatrique.
Entre 2007 et 2011, le réseau Oscour® (Organisation de la surveillance coordonnée des urgences) a permis d’estimer que 63 % des personnes passées aux urgences pour TS ont été hospitalisées. Parmi ces dernières, 9 % l’ont été directement en psychiatrie et 54 % dans des unités médicales ou chirurgicales. À partir des données du PMSI-MCO et d’Oscour®, le nombre de passages aux urgences pour TS en France métropolitaine est estimé entre 176 000 et 200 000 par an (entre 66 000 et 78 000 chez les hommes et entre 108 000 et 120 000 chez les femmes).

En savoir plus : Chan Chee C, Jezewski Serra D. Hospitalisations et recours aux urgences pour tentative de suicide en France métropolitaine à partir du PMSI-MCO 2004-2011 et d’Oscour® 2007-2011. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2014. 51 p.

Réseau Sentinelles

Les médecins généralistes (MG) ont un rôle majeur à jouer dans la prévention du suicide en termes de repérage, prévention et prise en charge des patients suicidaires. Des études auprès des MG du réseau Sentinelles montrent la difficulté que les MG rencontrent pour identifier les patients à risque suicidaire et les prendre en charge. Une première étude entre 2009 et 2011 a mis en évidence que les adultes jeunes (18-39 ans, n=106) consultaient moins leur MG que les adultes plus âgés (40 ans et plus, n=164) dans le mois précédant une tentative de suicide (TS) (40,9 % vs. 64,6 %, p=.01) et ont exprimé moins souvent des idées suicidaires lors de la dernière consultation (11,3 % vs. 21,9 %, p=.03). Dans les trois mois précédant la TS, la prise en charge des jeunes adultes par les MG était moins active en termes de soutien psychologique, de référence à des professionnels de santé mentale et de prescription d’antidépresseurs et autres psychotropes. Une deuxième étude visait à comparer la prise en charge par les MG des patients qui sont décédés par suicide (n=141) à ceux qui ont fait une TS (n=498) entre 2009 et 2013. Les patients décédés par suicide étaient plus souvent des hommes, plus âgés, avaient moins d’antécédents de TS et étaient moins souvent suivis par les MG. Toutefois, en termes de prise en charge par le MG, il n’y avait pas de différence dans les deux groupes bien que les patients décédés par suicide avaient plus souvent exprimé des idées suicidaires lors de la dernière consultation. Ces deux études montrent que des programmes de formation sur le repérage et la prise en charge du risque suicidaire des patients consultant en médecine générale seraient utiles pour aider les MG dans leur pratique.

En savoir plus : Younès N, Chan Chee C, Turbelin C, Hanslik T, Passerieux C, Melchior M. Particular difficulties faced by GPs with young adults who will attempt suicide: a cross-sectional study. BMC Fam Pract 2013;14(1):68.

Younès N, Melchior M, Turbelin C, Blanchon T, Hanslik T, Chan Chee C. Attempted and completed suicide in primary care: not what we expected? Journal of Affective Disorders 2015; 170 :150-54.

Mortalité par suicide

La mortalité par suicide est décrite à travers les données du CépiDc. L’expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) menée sur les travaux internationaux faisant appel à l’autopsie psychologique, souligne la prévalence et l’importance des troubles mentaux dans le comportement suicidaire : un trouble mental était retrouvé dans 90 % des cas de suicide. Tous les troubles mentaux étaient représentés, la dépression majeure étant le plus fréquent.
D’après une analyse réalisée par l’InVS, la description des troubles mentaux ayant contribué au suicide, tels qu’indiqués dans les certificats de décès, ne permet pas de mettre en évidence une telle importance des troubles mentaux dans la survenue des suicides. En effet, sur la période 2000-2010, une moyenne annuelle de 10 700 décès par suicide a été enregistrée en France entière, dont 73 % d’hommes. Un trouble mental associé au décès n’était indiqué que pour 40 % d’entre eux : 49,2 % chez les femmes contre 37,2 % chez les hommes. Les troubles mentaux associés aux suicides étaient en très grande majorité des troubles de l’humeur (32,7 %) et avec une fréquence moindre : les conduites addictives – principalement l’alcoolisme – (5,4 %), les troubles anxieux (2,9 %) et les troubles psychotiques (2,4 %). En comparaison, des troubles mentaux étaient notifiés pour 9,6 % des décès autres que par suicide. Après ajustement sur le sexe et l’âge, le risque qu’au moins un trouble mental soit cité comme diagnostic associé au décès était quatre fois plus élevé lorsqu’il s’agissait d’un suicide (RR = 4,0). Ce risque relatif était de 3,5 pour les troubles psycho­tiques et s’élevait à plus de 20 pour les troubles anxieux et à 38 pour les troubles de l’humeur.

En savoir plus :

CépiDc-Inserm. Données épidémiologiques sur les décès par suicide. Fiche 1. in Suicide : Etat des lieux des connaissances et perspectives de recherche. 1er rapport de l’Observatoire national du suicide, nov 2014, p 125-131.

InVS. Pathologies associées aux suicides déclarées dans les certificats de décès. Fiche 2. in Suicide : Etat des lieux des connaissances et perspectives de recherche. 1er rapport de l’Observatoire national du suicide, nov 2014, p 132-140.

Aouba A, Pequignot F, Camelin L, Jougla E. Évaluation de la qualité et amélioration de la connaissance des données de mortalité par suicide en France métropolitaine, 2006. Bull Epidémiol Hebd 2011;(47-48):497-500.

Gourier-Fréry C, Assogba F, Chan-Chee C. Quelles sont les causes de mortalité des personnes présentant des troubles mentaux ? Congrès français de psychiatrie. 4e édition. Paris 2012. [communication orale]

Risque suicidaire exploré d’après le programme Samotrace

© Charlotte Calament - Charles Tomlison

© Charlotte Calament - Charles Tomlison

Le risque suicidaire a été exploré entre janvier 2006 et mars 2008, dans le cadre de l’enquête Samotrace. Il concernait près de 10 % des femmes et 7 % des hommes.
 Chez les hommes, ce risque suivait un gradient social, les catégories sociales les plus favorisées étant les moins concernées. Bien que les résultats ne soient pas significatifs, le secteur de la santé et de l’action sociale, et celui des transports et communications semblaient être plus particulièrement concernés.
Chez les femmes, le risque suicidaire selon l’emploi était moins contrasté.

En savoir plus : Cohidon C, Rabet G, Caillet E, Imbernon E. Risque suicidaire et activité professionnelle. Bull Epidémiol Hebd 2011;(47-48):501-4.

Exploitation des données du Baromètre santé 2005 de l’Inpes

La population étudiée comprenait 6 264 hommes et 7 389 femmes, actifs en emploi au moment de l'enquête. La prévalence des tentatives de suicides (TS) au cours de la vie était décrite selon la catégorie socioprofessionnelle. La prévalence des TS au cours de la vie était plus élevée chez les femmes que chez les hommes (6,6 % vs 3,1 %). Dans la population des salariés, les catégories des ouvriers et des employés étaient les plus concernées par les TS ; les cadres étaient les moins touchés. Les agriculteurs exploitants étaient les moins concernés par les TS (0,4 % des hommes, 4,1 % des femmes).

En savoir plus : 

Cohidon C, Geoffroy Perez B, Fouquet A, Le Naour C, Goldberg M, Imbernon E. Suicide et activité professionnelle en France : premières exploitations de données disponibles. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2010. 8 p.

Cohidon C, Santin G, Geoffroy Perez B, Imbernon E. Suicide et activité professionnelle en France. Rev Epidemiol Santé Publique 2010;58(2):139-50.

Santin G, Cohidon C, Geoffroy Perez B. Suicide et activité professionnelle en France : premier état des lieux à partir du Baromètre santé 2005 de l'Inpes et du programme Cosmop de l'InVS. Santé mentale et travail. 4e journée scientifique du département santé travail, Paris, 26 mars 2009. [communication orale]

Les données de Cosmop  pour l’étude de la mortalité par suicides

Les données du programme Cosmop ont fait l’objet de deux exploitations dans le domaine du suicide, l’une basée sur les déclarations annuelles des données sociales (Dads) et l’autre sur les données de l’échantillon démographique permanent (EDS).
L’étude basée sur les Dads visait la description de la mortalité par suicide et son évolution au cours du temps dans la population des salariés (hommes), selon les secteurs d'activité auxquels ils appartenaient. Sur la période 1976-2002, le taux standardisé de mortalité par suicide a été estimé à 25,1/100 000 (en population, ce taux est de 33,4/100 000, même standardisation). On ne constatait pas d'évolution notable au cours du temps. En revanche, les taux de mortalité différaient sensiblement selon les secteurs d'activité. Le secteur de la santé et de l'action sociale présentait le taux de mortalité par suicide le plus élevé (34,3/100 000). Venaient ensuite les secteurs de l'administration publique (en dehors de la fonction publique d'État) (29,8/100 000), de la construction (27,3/100 000) et de l'immobilier (26,7/100 000). L'analyse par groupe socioprofessionnel montrait des taux de mortalité près de trois fois plus élevés chez les employés et surtout chez les ouvriers par rapport aux cadres.
L’étude basée sur l’échantillon démographique permanent portait sur 187 938 hommes et 150 683 femmes, nés en France métropolitaine et actifs à l’un des recensements (1968, 1975, 1982 et 1990). L’objectif était de décrire la mortalité par suicide selon la dernière catégorie sociale connue. Les agriculteurs exploitants représentaient la catégorie sociale ayant le risque de suicide le plus élevé comparativement à celui des cadres. Chez les salariés, on observait un gradient social de mortalité par suicide quel que soit le sexe, les moins touchés étant les cadres et les plus concernés étant les ouvriers.

En savoir plus : 

Cohidon C, Geoffroy Perez B, Fouquet A, Le Naour C, Goldberg M, Imbernon E et al. Suicide et activité professionnelle en France : premières exploitations de données disponibles. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2010. 8 p.

Cohidon C, Santin G, Geoffroy Perez B, Imbernon E. Suicide et activité professionnelle en France. Rev Epidémiol Santé Publique 2010;58(2):139-50.

Multi-sources : suicides en lien avec le travail

L’objectif du projet était d’étudier la faisabilité de la mise en place d’un système de surveillance des suicides en lien avec le travail (dont ceux survenus sur lieu de travail) en France chez les actifs au travail, à partir de plusieurs sources. Ce système visait à la fois le dénombrement et la description des cas selon des variables caractérisant l’emploi.
L’étude comportait une exploration des sources de données disponibles et pertinentes pour une telle surveillance. Six sources de données potentiellement utilisables ont été identifiées, dont quatre considérées comme majeures : les données de mortalité du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc), les données de réparation au titre des accidents du travail des différents régimes de sécurité sociale (régime général, régime agricole dans un premier temps), les rapports des structures médico-légales et les signalements de l’Inspection du travail. L’exploration des sources données et l’étude pilote ont montré que l’accès à ces sources était plus ou moins facile, qu’aucune source n’était exhaustive et que chacune d’entre elles présentait des limites différentes (population couverte, absence de centralisation et d’informatisation des données, sous-déclaration…). Néanmoins, malgré ces limites et difficultés, la mise en place d’un système de surveillance pourrait être envisageable. L’une des sources, les instituts médico-légaux, paraît incontournable. Cependant, le recours à cette source d’information nécessiterait le développement d’un système d’enregistrement informatique des données, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

En savoir plus : Bossard C, Cohidon C, Santin G. Mise en place d’un système de surveillance des suicides en lien avec le travail. Etude exploratoire. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2013. 90 p.

Un excès de risque de décès par suicide a été observé dans les professions agricoles dans plusieurs études françaises et internationales.

Dans ce contexte, Santé publique France (Direction Santé Travail) et la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole (CCMSA) se sont associés afin de produire des indicateurs réguliers de mortalité par suicide dans cette population, et apporter des connaissances permettant d’orienter la prévention. Ce partenariat est inscrit dans les Plans de prévention du suicide dans le monde agricole1.  

Les travaux ont porté en premier lieu sur les exploitants agricoles et sont poursuivis actuellement pour la population des salariés agricoles. Chez les exploitants, ils ont été complétés par des travaux de thèse en sociologie.

1 Mutualité sociale agricole. Plan national MSA d'actions contre le suicide 2011-2014 [En ligne]. : MSA; 2011. Disponible: http://ssa.msa.fr/lfr
Mutualité sociale agricole. Plan national MSA d'actions contre le suicide 2016-2020 [En ligne]. 2016. Disponible: http://ssa.msa.fr/lfr

Agriculteurs exploitants

Une première collaboration entre Santé publique France et la CCMSA a porté sur l’étude de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants entre 2007 et 2011.

La population étudiée comprenait tous les chefs d’exploitation et leurs conjoints collaborateurs, en activité professionnelle entre 2007 et 2011.

Mortalité par suicide comparée à la population générale

La mortalité par suicide des agriculteurs exploitants a été comparée pour chaque année d’étude à celle de la population générale d’âge et de sexe similaires, c’est ce qu’on appelle les « analyses externes ». Deux rapports ont été successivement produits.

Le premier a porté sur la situation en 2007-2009 :
Les analyses ont montré un excès de mortalité par suicide chez les hommes agriculteurs exploitants en 2008 (+ 28 % ) et 2009 (+ 22 %) par rapport à la population générale.

  • Cette surmortalité était particulièrement marquée chez les hommes âgés de 45 à 54 ans en 2008 ( +31 %) et ceux âgés de 55 à 64 ans en 2008 ( + 47 %) et 2009 (+ 64 %) par rapport aux hommes du même âge en population générale ;
  • Deux secteurs d’activité présentaient une surmortalité par suicide par rapport à la population générale d’âge et sexe similaire : l’élevage bovins-viande  en 2008 ( + 127 %) et 2009 ( +57 %) et  l’élevage bovins-lait  en 2008 (+ 56 %) et 2009  (+ 47  %).

En savoir plus :

Bossard C, Santin G, Guseva Canu I. Surveillance de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants. Premiers résultats. Saint- Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2013. 28 p.

Le second a porté sur la situation en 2010-2011 et sur l’évolution entre 2007 et 2011 :
L’actualisation des données a montré qu’il existait toujours un excès de mortalité par suicide chez les hommes agriculteurs exploitants en 2010 (+ 20 %) mais pas en 2011, par rapport à la population générale. Comme le précèdent rapport, cette surmortalité était davantage marquée dans certaines tranches d’âge et secteurs d’activité :

  • Ceux âgés entre 45 et 54 ans en 2010 (+ 30 %) et 2011 (+ 33 %) par rapport aux hommes du même âge en population générale.
  • Ceux travaillant dans le secteur  bovins-lait en 2010 (+ 52 %) par rapport aux hommes du même âge en population générale.

En savoir plus :

Khireddine-Medouni I, Breuillard É, Bossard C. Surveillance de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants. Situation 2010-2011 et évolution 2007-2011. Saint-Maurice : Santé publique France ; 2016. 29 p.

Afin de suivre la situation, il est envisagé que cette surveillance soit reconduite tous les 5 ans. Les prochaines analyses pourraient ainsi porter sur la période 2012-2016 et être réalisées en 2019 lorsque les données de mortalité correspondantes seront disponibles.

Mortalité par suicide selon des caractéristiques socioprofessionnelles

Afin de compléter ces premiers travaux et notamment mieux comprendre le profil des exploitants décédés par suicide, les associations entre la mortalité par suicide et certaines caractéristiques socioprofessionnelles ont été étudiées,  c’est ce qu’on appelle les « analyses internes ».

Ce travail a donné lieu à un 3eme rapport portant sur la population des hommes agriculteurs exploitants en France métropolitaine entre 2007 et 2011.

Ces analyses ont mis en évidence des différences de mortalité par suicide chez les hommes agriculteurs exploitants en fonction de leurs caractéristiques socioprofessionnelles qui sont d’avoir :

  • un âge compris entre 45 et 54 ans par rapport à ceux âgés de moins de 35 ans ;
  • une exploitation à titre individuel par rapport au fait d’avoir une exploitation à titre sociétaire ;
  • une activité d’exploitant à titre exclusif par rapport au fait d’avoir une activité d’exploitant à titre non exclusif ;
  • une surface agricole utile (SAU) comprise entre 20 et 49 hectares par rapport au fait d’avoir une SAU de plus de 200 hectares ;
  • une exploitation située en Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne et dans les Hauts-de-France par rapport au fait d’avoir une exploitation située dans le Grand-Est.

Ces analyses n’ont pas pu être menées chez les femmes non-salariées agricoles faute d’effectif suffisant.

En savoir plus :

Gigonzac V, Breuillard E, Bossard C, Guseva-Canu I, Khireddine-Medouni I. Caractéristiques associées à la mortalité par suicide parmi les hommes agriculteurs exploitants entre 2007 et 2011. Saint-Maurice : Santé publique France ; 2017. 10 p.

Déterminants socio-économiques du suicide : une approche sociologique

Des travaux utilisant une méthode mixte qualitative et quantitative ont été menés en partenariat avec Santé publique France, dans le cadre d’une thèse en sociologie soutenue le 29 mai 2017, par un doctorant de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Dijon.

Ces travaux de thèse, qui portent sur les déterminants socio-économiques du suicide chez les agriculteurs exploitants, permettent d’enrichir les connaissances en améliorant la compréhension du phénomène. Ils peuvent être pris en compte lors de la mise en place d’actions de prévention pour détecter et accompagner les agriculteurs en difficulté.

En savoir plus :

Deffontaines N. Les suicides des agriculteurs. Pluralité des approches pour une analyse configurationnelle du suicide.

Salariés agricoles

Afin d’approfondir la connaissance des suicides dans la population agricole pour orienter la prévention, une seconde collaboration avec la CCMSA  porte sur l’étude de la mortalité par suicide chez les salariés affiliés à la MSA. Ces travaux sont réalisés dans le cadre d’un partenariat élargi à l’Inserm.

Une première étape consiste à comparer la mortalité par suicide des salariés agricoles entre 2007 et 2013 à celle d’autres populations (population générale française, population des agriculteurs exploitants, population des salariés affiliés au Régime général). Parce qu’elles impliquent une comparaison à des populations autres que les salariés, ces analyses sont dites «  externes ».

Une seconde étape explorera plus en détail la population des salariés agricoles. Ceux-ci occupent une grande diversité d’emplois relevant du secteur agricole, mais également d’autres secteurs d’activité, parmi lesquels le secteur des assurances (salariés des organismes professionnels agricoles) ou de l’enseignement (personnels enseignants des établissements d’enseignement agricoles privés). Ces analyses consisteront ainsi à comparer la mortalité par suicide des salariés selon leurs différentes caractéristiques socioprofessionnelles (secteur d’activité, type de contrat, etc). Parce qu’elles comparent les salariés agricoles entre eux, ces analyses sont dites « internes ».

Ces travaux ont été complétés par une analyse de la littérature, en cours de publication.

Les résultats seront mis en ligne au fur et à mesure de leur production.

Le dispositif téléphonique Agri'écoute

Le Plan national de prévention du suicide dans le monde agricole 2011-2014 (renouvelé pour 2016-2020) a été confié à la Mutualité sociale agricole (MSA) par le ministère chargé de l’Agriculture. Il comportait la mise en place d’un dispositif d’écoute pour les professions agricoles (exploitants et salariés) en situation de détresse psychologique et pour leur entourage. Le dispositif national Agri'écoute est ainsi entré en activité en octobre 2014.

La ligne Agri’écoute

  • est accessible à tout moment (24h/24 et 7j/7) au 09 69 39 29 19 (numéro non surtaxé, prix d’un appel local, gratuit depuis une « box »)
  • est destinée à la population agricole (salariés et exploitants agricoles) en détresse psychologique, et à leur entourage
  • est constitué de 56 postes (49 postes d’écoute de SOS Amitié et 7 postes d’écoute de SOS Suicide Phenix) occupés par un personnel formé aux situations d’urgence et de souffrance psychologique.
  • est ouverte depuis octobre 2014
  • a traité 794 appels en 2015 et 1 938 appels en 2016, soit une hausse de 144 % entre ces deux années
  • est mise en place par la caisse centre de la mutualité agricole (CCMSA) qui a fait appel à Santé publique France et aux associations SOS Amitié et SOS Suicide Phénix pour la gestion de la plateforme technique.
Haut de page