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Données de surveillance par pathologie

Publié le 10/03/2014

Troubles dépressifs et anxieux

'Les visuels qui illustrent ce dossier thématique ont été créés dans le cadre d’un projet thérapeutique au sein du service d’hospitalisation psychiatrique de l’Hôpital Tenon (AP-HP), sous la coordination du Pr Louis Jehel (psychiatre) et de Pierre-Jérôme Jehel (photographe, professeur à Gobelins). Ce projet, réalisé dans un groupe de travail mixte de professionnel de santé et des étudiants de l’Ecole de l’image (Gobelins), a donné lieu à une cinquantaine ‘d’objets psycho-visuels’ (OPV) qui ont été intégrés dans le travail de soins de l’équipe médicale du service'. En savoir plus : http://a-m-e-r.com/mots-regards/opv.

© Stéphanie Lucas - Marie Monbrun

© Stéphanie Lucas - Marie Monbrun

L'existence de troubles dépressifs et anxieux peut être recherchée en population dans des enquêtes épidémiologiques grâce à des questionnaires structurés dont la passation peut être faite par des enquêteurs non cliniciens ou par auto-questionnaires, avec cependant les limites liées au caractère déclaratif des enquêtes et à la signification clinique du trouble repéré. Le repérage d’un trouble lors de telles enquêtes épidémiologiques n’équivaut pas forcément à un diagnostic clinique, ni à un besoin de soins. Toutefois, la mesure répétée de ces troubles, confrontée à d'autres sources de données, peut permettre de constituer des indicateurs utiles à la surveillance au cours du temps.
L’InVS contribue à la production d’indicateurs de surveillance des troubles dépressifs et anxieux par le biais d’enquêtes en population générale, en milieu professionnel et auprès de certaines professions spécifiques (agriculteurs, producteurs de viande).
De plus, l’Institut participe à la mise à jour annuelle des indicateurs de santé publique "personnes dépressives n’ayant pas recours aux soins" à partir des données du Baromètre santé. Ces données sont publiées par la Direction des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).
Le rapport de suivi 2011 des objectifs annexés à la loi de santé publique d'août 2004 peut être consulté sur le site de la Drees : http://www.drees.sante.gouv.fr/01-l-etat-de-sante-de-la-population-en-france-rapport-2011,9985.html

Enquête Anadep : la dépression

© Stéphanie Lucas - Marie Monbrun

© Stéphanie Lucas - Marie Monbrun

L’enquête Anadep, spécifiquement consacrée à la dépression, a été menée en 2005, en population générale représentative des personnes âgées de 15 à 75 ans résidant en France métropolitaine. La méthode d’enquête se situe dans la lignée des Baromètres santé de l’Inpes : il s’agit d’une enquête transversale menée par téléphone, avec un tirage aléatoire de l’échantillon. L’enquête a été menée auprès de 6 498 personnes.
Près de 18 % des personnes interrogées ont déclaré avoir vécu un épisode dépressif majeur (EDM) au cours de leur vie. Parmi celles-ci, 27,8 % ont déclaré qu’un tel épisode était survenu au cours des 12 derniers mois, soit une prévalence de 5,0 % pour l’ensemble de l’échantillon. La prévalence de l’EDM chez les femmes était plus de deux fois supérieure à celle observée chez les hommes (7,2 % contre 2,7 %). En outre, les troubles étaient plus fréquemment sévères chez les femmes que chez les hommes : 4,1 % des femmes ont déclaré les caractéristiques d'un EDM sévère et 3,0 % celles d'un EDM léger ou moyen dans les 12 derniers mois contre respectivement 1 % et 1,7 % des hommes.
Le célibat, le divorce, le veuvage, ainsi que le fait de vivre seul représentaient des situations familiales fortement associées à la survenue d’un EDM. Le fait d’être sans activité professionnelle ou d’être au chômage était aussi fortement associé à un EDM. De plus, la prévalence de l’EDM était deux fois plus élevée chez les personnes au chômage depuis plus de deux ans que chez celles au chômage depuis moins longtemps. La précarité, approchée par la notion de perception d’une aide sociale, apparaissait également très liée à l’EDM.

En savoir plus : Chan Chee C, Beck F, Sapinho D, Guilbert P. La dépression en France. Enquête Anadep 2005. Saint-Denis : Institut national de prévention et d'éducation pour la santé ; 2009. 203 p.

L’épisode dépressif majeur chez les jeunes scolarisés : le cycle triennal d’enquêtes en milieu scolaire

Le cycle triennal d’enquêtes de santé en milieu scolaire (ou cycle triennal d’enquêtes sur la santé des enfants et adolescents scolarisés), mis en place par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) depuis l’année scolaire 1999-2000, est conduit alternativement en grande section de maternelle, en classe de troisième et en cours moyen deuxième année (CM2). Au cours de l’année scolaire 2003-2004, l’enquête a été menée en classe de troisième (générale, technologique, d’insertion, ou section d’enseignement général et professionnel adapté). Un auto-questionnaire portant sur l’épisode dépressif majeur (EDM) a été introduit dans ce cadre. L’échantillon national comprenait 7 110 élèves âgés de 15,1 ans en moyenne.
Parmi les adolescents interrogés, 9,6 % ont déclaré des symptômes compatibles avec au moins un EDM au cours des 12 derniers mois. Trois facteurs étaient indépendamment associés à une probabilité plus importante de survenue d’un EDM sur cette période : être de sexe féminin, être âgé de 16 ans ou plus, vivre avec sa mère seule ou avec sa mère et le conjoint de cette dernière. La prévalence de l’EDM au cours de l’année écoulée était plus élevée chez les adolescents asthmatiques et une association entre EDM et non-contrôle de l’asthme chez ces adolescents a été observée.

En savoir plus

Chan Chee C, Guignon N, Delmas MC, Herbet JB, Gonzalez L. Estimation de la prévalence de l’épisode dépressif chez l’adolescent en France. Rev Epidemiol Santé Publique 2012;60(1):31-9.

Delmas MC, Guignon N, Chan Chee C, Fuhrman C, Herbet JB, Gonzalez L. Asthma and major depressive episode in adolescents in France. J Asthma 2011;48(6):640-6.

Approche de la santé mentale des personnes âgées en institution à travers l’étude Anais

L’étude pilote Anaïs (Alimentation, état nutritionnel et santé mentale des personnes âgées en institution) a été réalisée en 2010 par l’InVS. Son objectif était d'évaluer la faisabilité d'une enquête destinée à décrire, en France métropolitaine, la situation nutritionnelle, la santé mentale et la consommation médicamenteuse des personnes âgées hébergées en institution. Réalisée auprès de six structures d'hébergement de longue durée du département de l'Indre-et-Loire, cette étude pilote a permis d'identifier les freins les plus importants à la réalisation d’une telle enquête : faible taux d'acceptation des tuteurs, disponibilité relative des personnels des établissements enquêtés, extrême vulnérabilité des résidents en unité de soins de longue durée rendant difficile le recueil des données.

En savoir plus : Vernay M, Szego E, Deschamps V, Chan-Chee C. Anais - Étude de faisabilité 2010. Alimentation, état nutritionnel et santé mentale des personnes âgées en institution. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire - Université Paris 13 ; 2012. 31 p. 

Enquête Samenta : santé mentale et addiction chez les personnes sans logement personnel d’Ile-de-France

L’enquête Samenta (santé mentale et addictions chez les personnes sans logement personnel d’Ile-de-France), dirigée par l’Observatoire du Samu social de Paris et l’Institut de la santé et de la recherche médicale (Inserm), a été menée en 2009 auprès des personnes sans domicile dans la région Ile-de-France. L’InVS a apporté un soutien financier et scientifique à cette étude dont les objectifs principaux étaient d’estimer la prévalence des troubles psychiatriques et des addictions dans cette population spécifique et d’étudier leur inscription dans le parcours de vie : trajectoires sociales,  conditions de vie et recours aux soins, afin d’envisager des voies d’amélioration dans l’offre de soins et d’accompagnement au logement.
La méthodologie de l’enquête a reposé sur un sondage complexe de façon à obtenir un échantillon aléatoire de personnes sans logement fréquentant des services d’accueil, d’aide et d’hébergement sur l’ensemble de la région. Les personnes ont été interrogées par un binôme composé d’un enquêteur professionnel et d’un psychologue clinicien. Un psychiatre a été sollicité ultérieurement dès lors que les éléments cliniques suggéraient un possible trouble psychiatrique. Entre février et avril 2009, 840 personnes ont participé à l’enquête.
La population sans domicile francophone a été estimée à 21 176 [IC95 %: 17 582 ; 24 770] en Ile-de-France. Environ un tiers de cette population présentait des troubles psychiatriques sévères, en particulier des troubles psychotiques (13 %), des troubles anxieux (12,3 %) et des troubles dépressifs sévères (6,7 %). La dépendance ou la consommation régulière de substances psycho-actives (alcool, drogues illicites et/ou médicaments détournés de leur usage) concernaient près de trois personnes sur dix.

En savoir plus

Site de l’Observatoire du Samusocial de Paris. http://observatoire.samusocial-75.fr/index.php/fr/nos-enquetes/samenta

Observatoire du samusocial de Paris. Samenta. Rapport sur la santé mentale et les addictions chez les personnes sans logement personnel d’Ile-de-France.  Samu social de Paris. 2010, 225 p.

Chan Chee C, Guedj M, Retour sur le dispositif d’enquête et comparaison des résultats du MINI aux évaluations cliniques. Colloque Samenta, Paris, octobre 2011. [communication orale]

Chan Chee C. Présentation orale des résultats au congrès de l’European Psychiatric Association, Section Epidemiology and Social Psychiatry en juin 2010.

Symptômes dépressifs chez les actifs au travail dans l’enquête EDS 2003

L’Enquête décennale santé 2003 (EDS 2003) mise en place par l’Insee a porté sur les actifs occupant un emploi au moment de l’enquête (6 082 hommes, 5 521 femmes). Plusieurs objectifs ont été déclinés par le département santé travail de l’InVS à partir de ces données.
Un premier objectif visait l’étude des associations entre la déclaration de symptômes dépressifs et certaines conditions de travail au sein des catégories sociales. La prévalence de ces symptômes parmi les actifs au travail était d’environ 11 %. Elle variait selon les catégories sociales et les secteurs d’activité. Les associations entre les contraintes de travail et les symptômes dépressifs variaient selon la catégorie sociale et le sexe. Seule "l’aide insuffisante pour mener à bien sa tâche" était systématiquement associée aux symptômes dépressifs quelle que soit la catégorie sociale.
Un deuxième objectif consistait à décrire les liens entre les symptômes dépressifs et l’occupation d’un emploi dit "atypique" (contrat à durée limitée, temps partiel, à son compte). Les résultats ont montré que les femmes occupaient plus souvent un emploi atypique que les hommes, en termes de contrat à durée limitée et de temps partiel. Pour les deux sexes, le temps partiel subi était associé à une fréquence accrue de symptômes dépressifs, alors que ce n’était pas le cas pour le temps partiel choisi. Par ailleurs, le fait d’être en contrat à durée limitée était associé à la symptomatologie dépressive chez les femmes.

En savoir plus

Cohidon C, Santin G. Santé mentale et activité professionnelle dans l'enquête décennale santé 2003 de l'Insee. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2007. 75 p.

Cohidon C, Santin G, Imbernon E, Goldberg M. Working conditions and depressive symptoms in the 2003 decennial health survey. The role of the occupational category. Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol 2010;45(12):1135-47.

Santin G, Cohidon C, Goldberg M, Imbernon E. Emploi atypique et troubles dépressifs en France à partir de l'Enquête décennale santé 2003. Bull Epidemiol Hebd 2010;(7):57-60.

Cohidon C, Santin G, Chastang JF, Imbernon E, Niedhammer I. Psychosocial Exposures at Work and Mental Health. Potential Utility of a Job-Exposure Matrix. Journal Occup Environ Med 2012;54(2):184-91.

L’enquête SMPG : troubles de la santé mentale et activité professionnelle

L’enquête Santé mentale en population générale (SMPG), menée en 1999-2003 par le Centre collaborateur OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS) et la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), a été analysée par l’InVS ; elle visait à décrire les prévalences de différentes pathologies psychiatriques selon l’emploi et d’en étudier les conséquences sur l’activité professionnelle. L’échantillon comportait plus de 36 000 personnes, âgées de 18 ans et plus. Les analyses ont montré que les troubles anxieux étaient les plus fréquents (17 % des hommes et 26 % des femmes) alors que la prévalence estimée des troubles de l’humeur était de 10 % chez les hommes et de 14 % chez les femmes. La prévalence des différents troubles était plus élevée parmi les catégories sociales les plus basses. Parmi les personnes rapportant des troubles mentaux, 50 % environ estimaient que leur travail en était affecté.

En savoir plus : Cohidon C. Prévalence des troubles de santé mentale et conséquences sur l’activité professionnelle en France dans l’enquête "Santé mentale en population générale : images et réalités". Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2007. 6 p.

La souffrance psychique au travail dans l’enquête Samotrace

© Djohr Guedra - Sandra-Vanessa Liégeois

© Djohr Guedra - Sandra-Vanessa Liégeois

Entre janvier 2006 et mars 2008, 110 médecins du travail volontaires des régions Centre, Poitou-Charentes et Pays de la Loire ont participé à l’enquête Samotrace. Ils ont constitué un échantillon de 6 056 salariés, dont 57 % d’hommes. Une souffrance psychique a été rapportée par 24 % des hommes et 37 % des femmes de l’échantillon, quel que soit le secteur ou la catégorie professionnelle. Néanmoins, certains secteurs, comme ceux de la finance, de l’administration publique et de la production d’énergie, étaient plus fréquemment touchés.
Par ailleurs, des associations entre souffrance psychique, organisation du travail et exposition aux facteurs psychosociaux au travail ont été décrites, tout en tenant compte de facteurs individuels (antécédents psychiatriques par exemple). Un lien a ainsi été mis en évidence entre le mal-être et le déséquilibre effort/récompense, ainsi qu’avec le surinvestissement au travail, quel que soit le sexe. L’association entre une exposition aux violences physiques ou verbales, des horaires de travail atypiques et la souffrance psychique a plus fréquemment été retrouvée chez les femmes que chez les hommes.

Les données de la zone pilote Rhône-Alpes sont en cours d’exploitation (certains résultats sont présentés dans la partie "tentatives de suicide et suicide").

En savoir plus :

Cohidon C, Murcia M. Samotrace - Volet "Épidémiologie en entreprise" Résultats intermédiaires à un an (3 000 questionnaires). Régions Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2007. 4 p.

Cohidon C, Arnaudo B, Murcia M. Mal-être et environnement psychosocial au travail : premiers résultats du programme Samotrace, volet entreprise, France. Bull Epidémiol Hebd 2009;(25-26):265-9.

Cohidon C, Rabet G, Murcia M, Khireddine-Medouni I, Imbernon E. Surveillance de la santé mentale au travail – Le programme Samotrace. Volet en entreprises. Régions Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes, 2006-2008. Saint-Maurice : Santé publique France ; 2016. 134 p.

Le programme MCP : souffrance psychique liée au travail

Le programme MCP (maladies à caractère professionnel) a fait l’objet d’une étude combinée avec les données du programme Samotrace en vue de comparer les données issues des deux programmes dans les régions Centre et avoisinantes, entre 2006 et 2008 pour Samotrace et en 2008 pour MCP. Dans MCP, la souffrance psychique liée au travail était diagnostiquée par le médecin du travail. Dans Samotrace, elle était explorée par auto-questionnaire, puis la part imputable au travail calculée à partir des données du programme.
Les prévalences de la souffrance psychique imputable au travail dans les deux programmes étaient comprises entre 1 et 5 %. Chez les hommes, les deux programmes s’accordaient sur les prévalences les plus élevées parmi les professions intermédiaires et les employés. Chez les femmes, en revanche, un gradient ascendant, des ouvrières vers les cadres, était observé dans MCP, tandis qu’un gradient inverse, bien que non significatif, était observé dans Samotrace.

En savoir plus : Cohidon C, Rabet G, Plaine J, Chubilleau C, Valenty M. Santé mentale et activité professionnelle : comparaison de deux programmes de surveillance, MCP et Samotrace. Bull Epidémiol Hebd 2012;(22-23):278-80.

Khireddine I, Lemaître A, Homère J, Plaine J, Garras L, Riol MC, et al ; Groupe MCP 2012. La souffrance psychique en lien avec le travail chez les salariés actifs en France entre 2007 et 2012, à partir du programme MCP. Bull Epidémiol Hebd. 2015;(23):431-8

Enquête Stivab : la santé psychique perçue par les salariés de la filière viande

L’enquête Stivab (Santé et travail dans l’industrie de la viande de l’agriculture bretonne) a porté sur l’ensemble des 6 000 salariés de la filière viande des quatre départements bretons, dont les entreprises dépendaient du régime agricole d’assurance maladie (Mutualité sociale agricole - MSA). Les résultats ont montré des prévalences élevées de mauvaise santé déclarée par l’ensemble des salariés. La prévalence était plus importante chez les femmes et s’aggravait régulièrement avec l’âge. La forte demande au travail, quantitative et qualitative, l’insuffisance des moyens pour effectuer un travail de qualité et la faiblesse des perspectives de promotion se sont révélées être associées à une mauvaise santé perçue. Cette étude a révélé une population de salariés particulièrement fragilisée du point de vue de la santé perçue, physique et psychique, et exposée à de fortes contraintes de travail, physiques, organisationnelles et psychosociales.

En savoir plus : 

Morisseau P, Cohidon C, Santin G. État de santé des salariés de la filière viande du régime agricole en Bretagne. Relations avec leurs contraintes de travail physiques, organisationnelles et psychosociales. Rapport-enquête épidémiologique. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2007. 109 p.

Cohidon C, Morisseau P, Derriennic F, Goldberg M, Imbernon E. Psychosocial factors at work and perceived health among agricultural meat industry workers in France. Int Arch Occup Environ Health 2009;82(7):807-18.

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