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Entérobactéries productrices de carbapénèmases (EPC)

Publié le 20/10/2011 - Dernière mise à jour le 31/10/2011

Episodes impliquant des entérobactéries productrices de carbapénèmases. Situation épidémiologique du 27 septembre 2011.

Nombre et évolution des épisodes impliquant des entérobactéries productrices de carbapénèmases

Le premier épisode impliquant des EPC a été signalé à l’InVS en 2004.

A ce jour, 104 épisodes de ce type ont été signalés par les établissements de santé et/ou des laboratoires experts. Le nombre de ces épisodes est en augmentation très nette depuis 2009 (Figure 1).

On compte 6 épisodes signalés en 2009, 28 en 2010 et 62 sur les neuf premiers mois de 2011.

Figure 1

Nombre d’épisodes impliquant des entérobactéries productrices de carbapénèmases en France signalés à l’InVS entre 2004 et 2011, selon la mise en évidence ou non d’un lien avec un pays étranger ; bilan du 27 septembre 2011 (N=104).

Nombre d’épisodes impliquant des entérobactéries productrices de carbapénèmases en France signalés à l’InVS entre 2004 et 2011, selon la mise en évidence ou non d’un lien avec un pays étranger ; bilan du 27 septembre 2011 (N=104)

Bactéries et mécanismes de résistance

Les bactéries en cause sont rapportées dans le tableau suivant :

Bactérie

Nombre d’épisodes

N

%

Klebsiella pneumoniae

67

 59

Escherichia coli 

25

 22

Enterobacter cloacae 

14

 12

Enterobacter aerogenes 

3

 3

Citrobacter freundii 

3

 3

Proteus mirabilis

1

 <1

Serratia  marcescens

1

 <1

Providencia stuartii 

1

 <1

Total

115*

 100

* Deux à trois bactéries  présentant le même mécanisme de résistance associées dans neuf épisodes

La répartition par mécanisme de résistance est rapportée dans le tableau suivant :

Mécanisme de résistance

Nombres d’épisodes

N

%

OXA-48 

54

 51

KPC

27

 25

VIM

10

 9

NDM-1 

14

 13

IMP

1

 1

IMI 

 1

 1

Total

107*

 100

* Deux mécanismes de résistance associés dans trois épisodes

Répartition géographique

Ces épisodes ont été signalés dans les inter-régions suivantes :

Inter-régions

Nombres d’épisodes

N

%

Paris - Nord

64

 61

Sud - Est*

22

 21

Est

7

 7

Sud - Ouest

6

 6

Ouest

5

 5

Total

104

 100

* Dont un épisode sur l'Ile de la Réunion

Lien avec un pays étranger

Un lien avec un séjour en pays étranger a été retrouvé pour 76 (73%) des 104 épisodes.

Un transfert direct d’hôpital à hôpital dans le cadre d’un rapatriement sanitaire a été retrouvé pour 50 (66%) de ces 76 épisodes. Pour 13 autres, le patient avait été hospitalisé dans un pays étranger dans l’année précédant l’hospitalisation en France. Pour 7 autres cas (9%), il a été rapporté un voyage à l’étranger sans hospitalisation dans les semaines qui ont précédé l’hospitalisation en France.

Pour les 6 derniers épisodes (8%), les patients étaient résidents du pays étranger sans antécédent d’hospitalisation rapporté.

Les pays cités et les mécanismes correspondant sont rapportés dans le tableau suivant. La date entre parenthèse correspond à l’année la plus ancienne au cours de laquelle ce mécanisme a été identifié pour un patient de retour du pays correspondant.

Pays

Carbapenemase

 

KPC

OXA-48

VIM

NDM-1

IMI

IMP

Total

Grèce

16 (2007)

 

4 (2004)

     

19*

Maroc

2 (2011)

15 (2010)

       

17

Inde

2 (2011)

   

9 (2010)

   

9*

Italie

3 (2010)

 

2 (2008)

     

5

Algérie

1 (2010)

2 (2010)

1 (2008)

     

4

Egypte

1 (2011)

2 (2009)

1 (2010)

     

4

Turquie

 

4 (2010)

       

4

Tunisie

 

3 (2011)

       

3

Sénégal

 

3 (2011)

       

3

Koweit

 

2 (2011)

       

2

Israël

1 (2011)

1 (2011)

       

2

Irak

     

1 (2010)

   

1

Etats-Unis

1 (2006)

         

1

Espagne

 

1 (2011)

       

1

Serbie

     

1 (2011)

   

1

Pas de lien identifié avec l'étranger

1 (2010)

21 (2010)

2 (2004)

3 (2010)

1 (2011)

1 (2004)

28*

* Deux mécanismes associés pour un même épisode
Source : InVS, Raisin

Pour 28 (27%) des 104 épisodes, il n’a cependant pas été retrouvé de lien avec un séjour dans un pays étranger.
Il ne peut être cependant être exclu un défaut de mise en évidence d’un lien avec l’étranger lors des investigations.

Pour 21 (75%) de ces 28 épisodes, le mécanisme était une carbapénèmase OXA-48. Ces épisodes sont survenus dans 4 inter-régions et 12 départements différents. Le premier épisode impliquant une carbapénèmase OXA-48 sans lien avec un pays étranger a été signalé en milieu d’année 2010.

Trois épisodes sans lien identifié avec l’étranger impliquant des EPC de type NDM-1 et survenus dans trois régions différentes ont été identifiés. Sur la base des données bactériologiques, l’épisode survenu fin 2010, initialement rattaché à un épisode impliquant un cas transféré d’Inde, a été classé « sans lien avec l’étranger ». Les investigations des deux derniers épisodes, survenus en juin et septembre 2011, n’ont pas permis de mettre en évidence une acquisition hospitalière, conduisant à considérer ces épisodes comme communautaires. Par ailleurs, le génotypage des deux souches indique que ces dernières appartiennent à deux populations  bactériennes différentes.

Description des épisodes

Les 104 épisodes recensés ont concerné au total 249 patients dont 68 (29%) infectés et 170 (71%) colonisés. Le statut infecté / colonisé est connu pour 238 (96%) patients.

De 1 à 44 cas étaient recensés par épisode. Des cas secondaires ont été rapportés dans 22 (21%) épisodes. Pour ces 22 épisodes, le nombre moyen de cas était de 8 cas (nombre médian : 3).

Au total, 51 décès ont été rapportés chez ces patients : la létalité brute observée (non nécessairement imputable à l’infection) était de 20%. 

La mise en place des mesures de contrôle (dépistage précoce des patients rapatriés de l’étranger, maintien des précautions complémentaires contact, signalisation, sectorisation, dépistage éventuel des sujets contacts et suivi du portage) a permis de maîtriser plus de 90% des épisodes signalés (certains épisodes parmi les plus récents sont encore en cours de gestion).

Signalement

Les épisodes ont été rapportés à l’InVS par le biais du signalement des infections nosocomiales pour 97 d’entre eux (93%). Les sept épisodes supplémentaires ont été rapportés directement par les laboratoires ayant caractérisé le mécanisme de résistance.

Un épisode a pu faire l’objet de plusieurs signalements. Au total, 132 signalements ont concerné ces 104 épisodes.

Conclusion

Le nombre d’épisodes impliquant des EPC reste encore limité en France en comparaison à d’autres pays. Cependant, si des biais de signalement ne peuvent être exclus, les tendances récentes confirment une très nette progression des épisodes signalés sur les deux dernières années. Trente-sept épisodes ont été rapportés depuis le bilan précédent daté du 26 juin 2011 (correspondant à 53 cas supplémentaires).

Ceci montre la nette augmentation des signalements relatifs à ces épisodes sur les derniers mois. Le renforcement de la surveillance des EPC et l’incitation forte à leur signalement, notamment suite à deux instructions du Ministère en charge de la santé, a pu contribuer à accentuer cette tendance.

Les bactéries les plus fréquemment en cause sont Klebsiella pneumoniae et Escherichia coli. Les mécanismes de résistance OXA-48 et KPC sont les plus fréquemment retrouvés.

Les épisodes signalés correspondent majoritairement à des cas importés de l’étranger dans un contexte de transfert direct d’hôpital à hôpital suite à un rapatriement sanitaire ou d’antécédent d’hospitalisation à l’étranger. Le nombre d’épisodes associés à des séjours ou de résidence à l’étranger sans hospitalisation est plus faible.

Enfin, il convient de noter une augmentation de la proportion d’épisodes sans lien retrouvé avec un pays étranger (27% vs. 21% lors du précédent bilan). La grande majorité de ces épisodes fait intervenir le mécanisme de résistance OXA-48 ; deux cas récents et sans lien entre eux concernaient enfin des patients porteurs d’une entérobactérie productrice de carbapénémase NDM-1, dont l’origine communautaire est suspectée. 

Cette évolution récente suggère un début de diffusion autochtone de ces EPC, dont les déterminants restent à identifier et qui peut être favorisée par une reconnaissance parfois difficile de ces souches. Les établissements de santé et les laboratoires de biologie médicale doivent donc rester vigilants devant tout isolement au laboratoire d’une entérobactérie suspecte d’être productrice de carbapénémase, même en l’absence de notion de rapatriement ou de séjour à l’étranger.

Remerciements

Aux équipes d’hygiène et laboratoires des établissements de santé ayant signalé ces épisodes, aux CClin et aux Arlin ayant apporté leur support aux investigations, et aux laboratoires experts ayant caractérisé les mécanismes de résistance en cause. 

Diaporama  [pdf - 299,38 Ko]
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