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Données

Publié le 29/06/2016

Bilan des cas de légionellose survenus en France en 2015

Nombre de cas déclarés et incidence

En 2015, 1 389 cas de légionellose ont été notifiés en France. Parmi eux, 13 cas étaient des résidents des DOM-TOM, et 35 des ressortissants étrangers. Le taux d’incidence des cas notifiés de légionellose en France métropolitaine était de 2,1/100 000 habitants (figure1). Le nombre de cas en 2015 est légèrement supérieur à celui de 2014 où 1 348 cas avaient été notifiés [1].

Figure 1. Evolution du nombre et du taux d’incidence annuels des cas notifiés de légionellose en France, 1988-2015

Figure 1. Evolution du nombre et du taux d’incidence annuels des cas notifiés de légionellose en France, 1988-2015

Le gradient géographique Ouest-Est du taux d’incidence des cas notifiés de légionellose était toujours marqué et l’incidence variait de 1,0/100 000 habitants en Bretagne à 4,8/100 000 habitants en Franche-Comté (Figure 2). Le gradient est également marqué pour les nouvelles régions (Figure 3).

Figure 2. Distribution du taux d’incidence standardisé* de la légionellose selon la région (ancienne) de domicile en France métropolitaine, 2015

Figure 2. Distribution du taux d’incidence standardisé* de la légionellose selon la région (ancienne) de domicile en France métropolitaine, 2015

* Standardisé sur sexe et l'âge

Figure 3. Distribution du taux d’incidence standardisé* de la légionellose selon la région (nouvelle) de domicile en France métropolitaine, 2015

Figure 3. Distribution du taux d’incidence standardisé* de la légionellose selon la région (nouvelle) de domicile en France métropolitaine, 2015

* Standardisé sur sexe et l'âge

Caractéristiques des cas

L'âge médian des cas était de 63 ans [Min-Max : 17-101 ans] et le sexe ratio homme/femme était de 2,5 (992 hommes et 397 femmes). L’incidence augmentait avec l’âge et les taux d’incidence les plus élevés s’observaient chez les personnes de plus de 80 ans (6,4 / 100 000) (figure 4). Seuls 18 cas (1%) n’avaient pas été hospitalisés. La majorité (63%) des cas était survenue au cours du second semestre avec une prédominance en juillet et août (figure 5).

Figure 4. Taux d'incidence par classe d'âge et par sexe des cas de légionellose notifiés en France en 2015

Figure 4. Taux d'incidence par classe d'âge et par sexe des cas de légionellose notifiés en France en 2015

Figure 5. Nombre de cas de légionellose selon le mois de début des signes, France, 2015

Figure 5. Nombre de cas de légionellose selon le mois de début des signes, France, 2015

76% des cas (1059/1389) présentaient au moins un facteur de risque connu (tableau 1). Parmi les autres facteurs, l’apnée du sommeil était rapportée pour 19 patients (8 en 2014 et 14 en 2013). Le tabagisme était le seul facteur de risque noté pour 33% des cas (11% avaient un autre facteur en plus).

Tableau 1. Fréquence des facteurs favorisants des cas de légionellose en France, 2014-2015

 

2014

2015

Facteurs favorisants*

N

N

%

Cancer / hémopathie

152

11

177

13

Corticothérapie/immunosuppresseurs

118

9

163

12

Diabète

231

17

261

19

Tabagisme

611

45

615

44

Autres

228

17

239

17

Au moins un facteur

997

74

1059

76

*non mutuellement exclusifs.

L’évolution de la maladie était connue pour 94% des cas (1 299/1 389) et la létalité était de 9,0 % (117 décès), quasi identique à celle de 2014 (9,5%).

Le délai médian entre la date des premiers signes cliniques et la date de notification à l’Agence régionale de santé (ARS) était de 6 jours (intervalle inter-quartile [4 - 9]) ; 82% des cas étaient notifiés dans les 10 jours suivant l’apparition de leurs premiers signes cliniques et 94% dans les 20 jours.

Informations microbiologiques

Parmi les les 1 389 cas, 1 352 (97%) étaient des cas confirmés et la détection des antigènes solubles urinaires était la principale méthode diagnostique utilisée (1 324 cas). Une amplification génique (PCR) a été réalisée pour 126 cas (9%) et pour 36 d’entre eux, la PCR était l’unique méthode de diagnostic biologique (16 cas en 2014). La majorité des cas était relatif à l’espèce Legionella  pneumophila sérogroupe 1 (Lp1) (1340/1389).

Pour 24,8% des cas (n=345) une souche a été isolée, pourcentage quasi-identique à celui de 2014 (25,3%); la majorité (98%=341/345) étaient des souches L. pneumophila dont 327 Lp1 et 14 appartenant à d’autres sérogroupes. Toutes ont été analysées selon les 3 méthodes de génotypage par le Centre national de référence des légionelles1. Parmi les Lp1, 105 (32%) étaient des souches dites «endémiques» (26 en 2014): 46 étaient des souches «Louisa», 30 des souches «Paris», 21 des souches «Lorraine» et 7 souches «Biarritz» et 1 «Mondial». Par ailleurs, 177 (54%) souches présentaient un profil déjà répertorié dans la base de données du CNR et 45 (14%) avaient un profil «sporadique» (non encore répertorié). En l’absence d’isolement de souche pour 6 cas, un typage génomique « Sequence Type (ST) » complet a pu être réalisé. Parmi les 340 cas pour lesquels un ST était disponible, les plus représentés étaient le ST23 (68 cas) et le ST1 (39 cas).

Pour 63 cas (18%), la souche humaine a pu être comparée aux souches environnementales isolées d’un ou plusieurs lieu(x) fréquenté(s) par le malade et pour 38 des 66 (58%) comparaisons, les profils génomiques des souches se sont révélés identiques. Pour ces cas, les investigations environnementales et microbiologiques ont permis de préciser que les réseaux d’eau sanitaire étaient la source la plus probable de contamination dans 14 établissements de santé, 4 maisons de retraite, 5 domiciles, 7 établissements de tourisme et 8 autres établissements publics.

[1] Site CNR  http://cnr-legionelles.univ-lyon1.fr

Expositions à risques

Une exposition à risque lors de la période d’incubation (2-10 jours) était rapportée pour 581 cas (42%) (Tableau 2) proportion plus importante qu’en 2014 (42% versus 37% p<0.01). La part des cas qui avaient séjourné dans un établissement hospitalier pendant la période d’incubation en 2015 est supérieure à celle de 2014 (8% versus 5% p<0.01) mais proche de celle de 2013. Un peu plus de la moitié de ces cas (56) étaient des cas nosocomiaux certains (hospitalisés durant toute la période supposée d’exposition). Le mode d’exposition le plus fréquemment rapporté était toujours la catégorie voyage (304 cas) (22% versus 19% en 2014 p=0.07) avec un séjour dans un établissement de tourisme pour 177 cas (13% de l’ensemble des cas). La part des cas ayant séjourné dans une ou plusieurs résidences temporaires est supérieur aux 2 années précédentes (6 % versus 4% p <0.01). Dans la catégorie « autres expositions » 19 patients utilisaient un appareil à pression positive continue pour apnées du sommeil.

Tableau 2. Expositions à risque parmi les cas de légionellose survenus en France, 2012-2014

Expositions*

2013
(1262)

2014
(1348)

2015
(1389)

 

n

%

n

%

n

%

Hôpital

86

7

72

5

108

8

Maison de retraite

59

5

63

5

55

4

Station thermale

6

1

3

0

6

0

Voyage

239

19

259

19

304

22

  Hôtel-camping

145

12

161

12

177

13

  Résidence temporairea

53

4

45

3

84

6

   Autres types de voyageb *

41

3

53

4

43

3

Autresc

75

6

103

8

108

8

Total des cas ayant au
moins une exposition

465

37

500

37

581

42

* Rapportées au nombre total de cas
a Location, chambre d’hôte, gîte, maison secondaire, logement chez amis ou famille
b Sans précision de lieu et type de logement
c Etablissement recevant du public (piscine, stade …), exposition professionnelle, appareil à apnée du sommeil, etc...

En 2015, le réseau européen de surveillance des cas liés aux voyages «ELDSNet» a signalé à l’InVS 59 cas supplémentaires à ceux notifiés. Il s’agit de cas survenus chez des ressortissants étrangers ayant séjourné dans un établissement de tourisme en France dans les 10 jours précédant la date de début des signes et diagnostiqués dans un pays étranger. Au total, 264 établissements français ont été notifiés par ELDSNet (228 en 2014), 234 pour des cas isolés et 30 pour des cas groupés (défini par ELDSNET comme au moins deux cas ayant séjourné dans un même établissement sur une période de deux ans). Dans ces 30 établissements, la réalisation d’une investigation avec prélèvements d’eau du réseau d’eau sanitaire a permis de révéler la présence de légionelles au-dessus du seuil règlementaire pour 13 (43%) d’entre eux.
En 2015, de nombreuses investigations de cas regroupés dans le temps et dans l’espace (de 2 à 10 cas) ont été réalisées par les ARS en collaboration avec les Cires. Sept investigations ont fait l’objet d’une information des autorités nationales dont 2 concernaient des cas communautaires. Aucune source commune de contamination n’a pu être identifiée lors de ces 2 investigations.

Conclusion

En 2015, le nombre de cas de légionellose est légèrement supérieur à celui de 2014 mais le bilan montre une stabilité de l’ensemble des caractéristiques des cas de légionellose. Le taux d’incidence des cas notifiés en France métropolitaine de 2,1 pour 100 000 habitants reste supérieur au taux européen (1,4 pour 100 000 habitants en 2014) mais proche de celui des pays voisins (Italie et Espagne) [2]. Le gradient «Ouest-Est» géographique du taux d’incidence constaté ces dernières années fait l’objet d’une étude multifactorielle qui vise à expliquer ces disparités d’incidence de la légionellose sur le territoire.
Cette année la part des expositions à risque rapportées est supérieure aux années précédentes notamment celle concernant les voyages. Cette augmentation peut être la conséquence de la transmission plus systématique au niveau national des données récoltées au niveau régional lors de l’interrogatoire des cas ou à une augmentation réelle de ces expositions à risque. Ceci concerne plus particulièrement les résidences temporaires qui ne sont pas toutes incluses dans la législation de février 2010 relative à la surveillance des légionelles dans les réseaux d’eau chaude sanitaire comme les maisons d’hôtes, les gites de petites capacités etc...
Les appareils à pression positive continue utilisées par les personnes souffrant d’apnées du sommeil sont des appareils qu’il faut considérer à risque [5] et doivent être utilisés selon les préconisations de l’ANSM [6].
La documentation de nouvelles sources de contamination demeure une priorité, il est donc important que la proportion de cas avec isolement de souches continue de progresser afin de disposer d’une meilleure capacité d’identification de sources de contamination et de documentation des cas groupés.

L’ensemble des données épidémiologiques est disponible dans la partie données de surveillance.

[1] Campèse C, Descours G, Lepoutre A, Beraud L, Maine C, Che D, Jarraud S. Legionnaires' disease in France. Med Mal Infect. 2015 Mar;45 (3):65-71. doi: 10.1016/j.medmal.2015.01.015. Epub 2015 Feb 24. Review.

[2] European Centre for Disease Prevention and Control. Legionnaires’ disease in Europe, 2014. Stockholm: ECDC; 2016.

[3] Arrêté du 1er février 2010 relatif à la surveillance des légionelles dans les installations de production, de stockage et de distribution d'eau chaude sanitaire. Légifrance : 2016

[4] Circulaire DGS/EA4 no 2010-448 du 21 décembre 2010 relative aux missions des agences régionales de santé dans la mise en œuvre de l’arrêté du 1er février 2010 relatif à la surveillance des légionelles dans les installations de production, de stockage et de distribution d’eau chaude sanitaire Ministère des affaires sociales et de la santé 2016.

[5] Stolk JM, Russcher A, van Elzakker EP, Schippers EF Legionella pneumonia after the use of CPAP equipment Ned Tijdschr Geneeskd. 2016;160(0):A9855.

[6] Recommandations ANSM , 2016 : http://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Dispositifs-medicaux-d-assistance-respiratoire-utilises-a-domicile-Recommandations-destinees-aux-patients-Point-d-Information

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