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Charbon

Publié le 15/07/2004 - Dernière mise à jour le 01/06/2006

Aide-mémoire

Le charbon ("anthrax" en anglais, à ne pas confondre avec le terme français anthrax qui désigne une infection à staphylocoque) est une zoonose due à Bacillus anthracis. Les formes cliniques chez l’homme sont cutanées après contact avec des produits animaux contaminés, digestive après ingestion de viande contaminée, ou pulmonaire après inhalation d’aérosol contaminé (laine, cuir…). Les trois derniers cas rapportés en France datent de 1997.
Cet agent pathogène appartient à la liste des agents susceptibles d’être utilisés dans le cadre d’actions malveillantes ou d’attaques bioterroristes. Le signalement immédiat de tout cas suspect ou avéré d’infection au bacille du charbon permet la mise en oeuvre des investigations nécessaires pour identifier la source d’exposition naturelle ou malveillante.

Modes de transmission

La maladie humaine existe sous trois formes, cutanée, d’inhalation ou gastro-intestinale :

  • par contact cutané avec des spores présentes sur des matériels ou produits animaux contaminés ; des lésions préalables de la peau sont nécessaires au passage cutané des germes et au développement d’une infection ;
  • par inhalation d'un aérosol de spores pénétrant dans les alvéoles pulmonaires et transportées par voie lymphatique dans les ganglions médiastinaux. La germination des spores à ce niveau libère des toxines provoquant hémorragies, œdème et nécrose des tissus ; 
  • par ingestion de produits contaminés, la germination des spores libérant les toxines à différents niveaux du tube digestif : bouche, œsophage ou intestin.

La transmission de personne à personne n’a jamais été documentée.

Diagnostic clinique

Forme d'inhalation

Improprement appelé forme " pulmonaire " (il ne s’agit pas d’une pneumopathie).
D’après les données disponibles, la maladie présenterait deux phases : 1) un syndrome infectieux initial qui peut durer de quelques heures à quelques jours. 2) l’apparition secondaire et fulminante d’une défaillance respiratoire associée à un syndrome septicémique. La radiographie thoracique montre un élargissement du médiastin lié à des adénopathies. Dans la moitié des cas, les patients développent une forme méningée hémorragique. En l’absence de traitement antibiotique très précoce (lors de la phase initiale de la maladie), la létalité varie entre 80 et 100%. Le délai moyen entre début des symptômes et décès est de 3 jours.

Forme cutanée

Les zones cutanées exposées (bras, mains, face et cou) sont les plus fréquemment touchées. La maladie débute par une macule ou papule prurigineuse qui évolue le deuxième jour vers un ulcère de forme circulaire. De petites vésicules de 1 à 3 mm peuvent apparaître, laissant alors écouler un liquide clair ou séro-sanglant contenant de nombreux bacilles. La lésion évolue vers une escarre noire et non douloureuse, souvent associée à un œdème local intense. L’escarre se dessèche et tombe en 1 à 2 semaines sans laisser de cicatrice. Lymphangite, adénopathies douloureuses peuvent apparaître et la maladie peut évoluer vers un syndrome septicémique. Elle répond bien à un traitement antibiotique oral adapté. En l’absence de traitement, la létalité peut atteindre 20%. Avec traitement, elle est inférieure à 1%.

Forme gastro-intestinale

Elle débute par une gastro-entérite aiguë pouvant évoluer rapidement vers un syndrome septicémique avec diarrhée sanglante. Le décès peut survenir en quelques heures (létalité estimée entre 25 et 60%). Des formes oro-pharyngées avec adénopathies et œdème sous-glossien ont été décrites.

Durée d'incubation

Elle est fonction de la voie d'exposition et de la dose :

  • par inhalation : 1 à 7 jours ; possible jusqu’à 60 jours
  • par voie cutanée : 1 à 12 jours
  • par ingestion : 1 à 7 jours.

Diagnostic de laboratoire

  • isolement et identification de Bacillus anthracis à partir de prélèvements cliniques (hémocultures, écouvillon cutané, LCR, biopsies ganglionnaires, etc.) à effectuer avant toute antibiothérapie
  • PCR (Polymerase Chain Reaction)
  • sérologies

Sont disponibles dans tous les laboratoires (en théorie de type P3 pour traiter ce type de prélèvement) :

  • examen direct (coloration de Gram) : bacilles Gram positif, immobiles
  • culture : positive en 6 à 24h, identification en 24-48h (non hémolytique, courtes chaînettes)
  • antibiogramme : à demander systématiquement (pénicilline, doxycycline, ciprofloxacine) +++.

Sont disponibles dans les laboratoires de référence (Pasteur) :

  • confirmation par PCR: résultats en 24h 
  • sérologies.

Situation épidémiologique du charbon humain "naturel" 

Environ 2 000 cas de charbon cutané sont actuellement déclarés dans le monde chaque année. Aux Etats-Unis, 224 cas ont été déclarés de 1944 à 1994. Les cas de charbon d’inhalation sont plus rares. Aux Etats-Unis, 18 cas ont été décrits de 1900 à 1978. La plupart sont survenus chez des professionnels de la laine ; 2 étaient des contaminations de laboratoire. Les formes gastro-intestinales sont rares. Quelques épidémies limitées ont été décrites en Afrique et en Asie.
En France, quelques cas de charbon cutané par contact avec des animaux malades ont été signalés depuis l'arrêt de la déclaration obligatoire en 1986, les 3 derniers cas datant de 1997. Le charbon par inhalation est exceptionnel : le dernier cas, décédé, date de 1996.

Le charbon en tant qu’arme bactériologique

En 1979, une épidémie massive de charbon d’inhalation se déclara à Sverdlosk (ex-URSS) à quelques kilomètres d’un centre militaire de recherche microbiologique. Initialement attribuée à une cause naturelle, l’épidémie tua 68 personnes. Elle était en fait liée à la diffusion accidentelle d’un aérosol de moins d’un gramme de spores sèches du charbon. L'OMS a estimé en 1970 que 50 kg de spores du charbon épandus par avion sur une zone urbaine de 5 millions d'habitants pourraient contaminer 250 000 personnes et entraîner la mort de 100 000 personnes.

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