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Chikungunya

Publié le 21/05/2011 - Dernière mise à jour le 06/05/2013

Les contextes épidémiologiques

L’infection par le virus du chikungunya présente des profils épidémiologiques très variés selon le territoire français considéré : le virus a été responsable d'une épidémie majeure en 2006 dans l’Océan Indien puis d'un épisode d'ampleur modérée en 2010 sur l'Île de La Réunion (153 cas). Il menace d’émerger dans les zones où des vecteurs compétents sont présents (le sud de la France et les DFA). En revanche, le risque est très faible sur le reste du territoire métropolitain.

La surveillance et la prévention du risque de transmission du chikungunya (et de la dengue) en métropole doivent donc être placées dans un contexte épidémiologique mondial. A cet égard, la situation épidémiologique des départements et des collectivités d’Outre-mer français présente un intérêt majeur en cas d'épidémie, lié à l’importance et à la fréquence des échanges de biens et de personnes avec la métropole.

Depuis 2004, le moustique vecteur Aedes albopictus s’est progressivement implanté dans plusieurs départements méditerranéens (figure) puis il a étendu son implantation vers le nord et l’ouest. En mai 2013, il était implanté dans 17 départements (carte) : Alpes-Maritimes, Alpes-de-Haute-Provence, Var, Haute-Corse, Corse-du-Sud, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Gard, Hérault, Aude, Pyrénées Orientales, Haute-Garonne, Lot et Garonne, Drôme, Ardèche, Isère et Rhône.

Propagation d’Aedes albopictus (2004-2011) et zone colonisée en octobre 2011

Propagation d’Aedes albopictus (2004-2011) et zone colonisée en octobre 2011

Départements dans lequel le moustique Aedes albopictus est implanté et actif (niveau 1 du plan ministériel anti-dissémination du chikungunya et de la dengue)

Départements et année d'implantation du vecteur Aedes albopictus en France métropolitaine

La présence de ce moustique entraîne un risque de dissémination du chikungunya (et de la dengue) à partir de patients infectés et virémiques au retour de séjours en zone de circulation virale. Toutefois ce risque de dissémination n’existe que pendant la période d’activité du vecteur (après sortie de la diapause), c'est-à-dire entre le 1er mai au 30 novembre de chaque année.

Les épidémies de chikungunya qui sévissent dans différents pays entraînent le possible retour de patients virémiques en métropole, notamment dans les départements où Aedes albopictus est implanté. Ces personnes virémiques peuvent être piquées par Aedes albopictus. Ce dernier a une forte compétence vectorielle vis-à-vis du virus du chikungunya, ce qui favorise le risque de transmission autochtone du virus dans les zones d’implantation du moustique. L’émergence de 2 cas autochtones de chikungunya à Fréjus (Var) en septembre 2010 a démontré la réalité de ce risque. Le dispositif de surveillance renforcée et la réactivité des mesures de contrôle et de gestion ont alors permis d’interrompre rapidement la transmission de ce virus sur le sol métropolitain, limitant ainsi l’impact sur la santé publique.

A ce jour, aucun cas de chikungunya autochtone n’a été diagnostiqué dans les DFA, bien que le risque d’importation existe et que le potentiel de dissémination soit réel en raison de la présence du vecteur (Aedes aegypti).

Dans l’Océan Indien, en revanche, l’épidémie majeure ayant affecté l’ensemble de la région, en 2005-2006 a profondément marqué ces départements. A La Réunion, plus du 1/3 de la population a été affecté (266 000 cas), à Mayotte la prévalence a été estimée à 38%.

Les analyses moléculaires ont démontré que ces épidémies majeures, qui ont touchées les îles de l’Océan Indien et du sous-continent Indien, ont été causées par un virus de lignage africain comportant une mutation dans le gène codant pour la protéine virale d’enveloppe E1 (E1-226V). Celle-ci est associée à une plus grande infectivité chez Aedes albopictus.

Si aucun nouveau cas n’a été détecté depuis à Mayotte, l’année 2010 a vu la reprise d’une transmission autochtone du virus à La Réunion. Un épisode d’ampleur relativement importante (153 cas) a fait suite à une nouvelle importation du virus, probablement par un voyageur infecté revenant de Madagascar, rappelant que le risque épidémique est toujours présent. En 2011 et 2012, il n’y a pas eu de cas de chikungunya autochtones à La Réunion et à Mayotte.

Le virus du chikungunya a été identifié pour la première fois en 1952-1953 en Tanzanie. Depuis lors, Il a été responsable d’épidémies importantes en Asie, dans l’Océan Indien et en Afrique. Tout récemment, on a observé la survenue de foyers autochtones dans des zones jusque-là indemnes comme en Chine et en France en 2010 et en Nouvelle Calédonie en 2011 (carte).

Circulation du chikungunya dans le monde, bilan au 1er mai 2011

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Source : InVS

Les années 2005-2006 ont été marquées par une circulation très intense de ce virus dans la zone de l’Océan indien. L’épidémie a débuté au Kenya dès 2004 puis a diffusé aux Comores en janvier 2005 (prévalence estimée à 215 000 cas soit 27 % de la population) avant de s’étendre vers la Réunion, Mayotte, l’île Maurice et les Seychelles (9000 cas) en 2005. En 2006, l’épidémie s’est ensuite propagée à Madagascar, au Sri Lanka et aux Maldives (12 000 cas) ainsi qu’au Pakistan et en Malaisie. C’est surtout en Inde que la circulation virale a été majeure avec plus d’1,4 millions de cas estimés.

Depuis, une recrudescence du nombre de cas a été rapportée en Asie du sud-est et dans le sous continent indien, également en Malaisie en 2008 et 2009 (respectivement 4 000 et 5 000 cas estimés), au Sri Lanka en 2008 (17 000 cas), en Birmanie en 2009, aux Maldives en 2008 (600 cas), en Thaïlande (42 000 cas) en 2008-2009 et en Indonésie, notamment en 2009-2010, à Lampung (12 000 cas), au sud de Sumatra. En Inde, depuis 2007, des épidémies (beaucoup moins intenses qu’en 2006) ont été rapportées dans certaines régions. L’immunité durable conférée par l’infection explique vraisemblablement une diminution de l’ampleur des épidémies depuis 2006 dans ce pays.

En Afrique, le chikungunya a occasionné de nombreuses épidémies du Sénégal au Cameroun, ainsi qu’en Angola, au Nigéria, en Ouganda, en Guinée, au Malawi, en République Centre Africaine et au Burundi notamment. La République démocratique du Congo a rapporté une importante épidémie en 1999- 2000 (50 000 cas). Le Gabon a rapporté plusieurs épidémies : principalement à Libreville en 2007 (18 000 cas), et dans le sud-ouest du pays en 2010 où le virus du chikungunya circulait simultanément avec le virus de la dengue.

En 2007, un cas de chikungunya importé d’Inde en Italie, a donné lieu à la première épidémie décrite en Europe. Les quelques 300 cas identifiés ont mis en évidence le risque d’installation d’un cycle de transmission locale du virus dans certaines zones d’Europe du Sud où Aedes albopictus est implanté.

En 2010, pour la première fois, la Chine a rapporté des cas autochtones (200 cas) dans une province du sud (Guangdong) et les  deux premiers cas autochtones de chikungunya en France (Fréjus) ont été décrits en septembre 2010

Ces extensions soulignent le risque d’introduction dans des zones jusque-là indemnes où un des vecteurs potentiels est présent, notamment sur le continent américain où aucun épidémie n’a encore été décrite.

Enfin, depuis le début de l’année 2011, des cas autochtones, secondaires à l’introduction d’un cas importé d’Indonésie, sont rapportés en Nouvelle-Calédonie, principalement à Nouméa (30 cas à la date du 30/05/2011). En Nouvelle Calédonie, le vecteur identifié est Aedes aegypti et la souche circulante est du lignage asiatique, et ne présente pas la mutation observée lors de l’épidémie de 2005-2006 qui a frappé l’Océan Indien.

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