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Fièvre jaune

Publié le 07/08/2007 - Dernière mise à jour le 29/08/2017

Qu'est-ce que la fièvre jaune ?

La fièvre jaune est une arbovirose qui sévit en Afrique subsaharienne (Afrique australe exclue) et en Amérique latine. Elle provoque une infection virale aiguë de gravité variable, allant de la forme non apparente ou fruste à la forme suraiguë rapidement mortelle. Un vaccin efficace est disponible. Il est obligatoire pour voyager dans certains pays ou territoires (dont le département de la Guyane).
En France, la fièvre jaune fait l'objet d'une déclaration obligatoire. En métropole, aucun cas n'a été déclaré depuis 1978.

Mode de transmission

La fièvre jaune est une anthropo-zoonose virale due à un arbovirus, le virus amaril (du genre Flavivirus).
Le virus est transmis par divers types de moustiques dont ceux du genre Aedes (ainsi que Hemagogus ou Sabethes en Amérique latine). Les hôtes amplificateurs sont les singes, les moustiques jouant le rôle de vecteur et de réservoir grâce à leur capacité de transmission verticale du virus à leur descendance.

L’homme peut être contaminé de plusieurs manières :

  • par des piqûres de moustiques « sauvages » infectés, à l’occasion d’un séjour en forêt (cycle "selvatique", prédominant en Amérique latine et dans les forêts africaines) ; 
  • par des piqûres de moustiques « domestiques » (Aedes aegypti), suite à l’introduction du virus en zone urbaine à partir des zones rurales (cycle "urbain", responsable des grandes épidémies) ;
  • par des piqûres de moustiques « semi-domestiques », infectant à la fois l’homme et les singes (cycle "intermédiaire", le plus fréquent en Afrique dans les zones de savane, qui peut produire de petites épidémies dans des villages ruraux).

Situation internationale

Entre le XVIIe et le XIXe siècle, la fièvre jaune a été considérée comme la "maladie la plus redoutée des Amériques", faisant obstacle notamment à la construction du Canal de Panama. La fièvre jaune est une des premières maladies à avoir fait l’objet d’une déclaration internationale (déclaration, par les Etats, des épidémies aux autres pays du Monde).
La fièvre jaune est actuellement une maladie endémo-épidémique en zone inter-tropicale d’Afrique (90 % des cas rapportés) et d’Amérique (10 % des cas). Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), elle serait responsable d’environ 200 000 cas par an, dont 30 000 décès dont seule une minorité est notifiée.
En Afrique, 33 pays (pour une population totale de 508 millions de personnes) sont exposés. La dernière épidémie en date s’est déroulée en 2016 en Angola (884 cas confirmés dont 121 décès) et en République du Congo (78 cas confirmés et 16 décès). La maladie circule aussi dans 11 pays d'Amérique latine, où une épidémie sévit depuis décembre 2016, principalement au Brésil (792 cas confirmés dont 274 décès au 31 mai 2017).
L'Asie n'est pas touchée par cette maladie, mais est exposée au risque d'introduction car les primates et les moustiques adaptés coexistent dans cette région du monde.

Notes et bulletins :

PAHO/WHO – Epidémiologie  de la fièvre jaune dans les Amériques : Yellow Fever – Epidemiological Update. Washington, DC: PAHO; 2017.
ECDC Rapid risk assessment: Outbreak of yellow fever in Brazil. First update, 13 April 2017
WHO. Epidémiologie de la fièvre jaune en Afrique. Genève, WHO Situation report ; 28 october 2016.
Epidémie de Fièvre Jaune, Brésil 2007-2008, 5 février 2008. (pdf)
Epidémiologie de la Fièvre Jaune, Amérique du Sud, 19 février 2008 (pdf)
Epizootie et cas humain de Fièvre Jaune, Brésil - Paraguay - Argentine, 19 février 2008. (pdf)

Cartes :
Zones à risque de transmission et recommandations de vaccination vis-à-vis de la fièvre jaune en Afrique, 2015 (source OMS)
Zones à risque de transmission et recommandations de vaccination vis-à-vis de la fièvre jaune en Amérique latine, 2013 (source OMS)

Situation française et dispositif de surveillance et d’alerte

Aucun cas importé n'a été déclaré en France métropolitaine depuis 1978.

Seule la Guyane, où est présent Aedes aegypti, est située dans une zone amarile. La population de singes en Guyane est analogue à celle du Brésil, sensible à la fièvre jaune (Alouatta spp, Ateles spp, Cebus spp, …etc.) pouvant être à l’origine d’épizootie ou de l’installation d’un cycle selvatique. Le 23/08/2017, l’Institut Pasteur de Guyane a confirmé une infection par le virus de la fièvre jaune chez une personne décédée en Guyane peu après son arrivée en provenance du Brésil. C’est le premier cas de fièvre jaune identifié en Guyane depuis celui diagnostiqué en 1998 chez une personne vivant à la frontière avec le Surinam. (Fièvre jaune en Guyane : une menace toujours présente. Bull Epidemiol Hebd 1998; 39).
La vaccination contre la fièvre jaune y est obligatoire depuis 1967. Tous les voyageurs arrivant en Guyane doivent être vaccinés contre la fièvre jaune, ainsi que la population autochtone (cf. calendrier vaccinal en vigueur). En 2009, une enquête exhaustive (recensement) a été réalisée auprès de l’ensemble des enfants scolarisés dans les classes concernées de tous les établissements de la Guyane. Les résultats ont montré une couverture vaccinale avec au moins une dose de vaccin contre la fièvre jaune de 95,9 % [95,5-96,3] sans qu’il y ait une différence significative entre les zones et entre les tranches d’âge. Cire Antilles Guyane. Couverture vaccinale des enfants et adolescents scolarisés en Guyane française, 2009. Bulletin de veille sanitaire, 2011 ; N°5: 7-13.

Actuellement, le système de signalement des cas suspects, puis de notification des cas une fois qu’ils sont confirmés, vise à éliminer tout risque de survenue de cas secondaire autour d'un cas importé ou autochtone. Cette maladie justifie une intervention urgente locale, nationale ou internationale et l’alerte a lieu à partir d'un seul cas. Elle doit être signalée par tout moyen approprié (téléphone, télécopie,…) au médecin inspecteur de santé publique de l'Agence régional de santé (ARS), avant même confirmation par le Centre national de référence des arboviroses et son laboratoire associé (CNR) ou envoi de la fiche de notification. La définition de cas suspect retenue est celle d'un tableau clinique évocateur de fièvre jaune chez une personne en provenance d’une zone d’endémie. Ne sont notifiés par les DO que les cas confirmés par le CNR. La confirmation est également nécessaire pour la déclaration internationale.

Symptômes et traitement

Après la piqûre infectante, l'incubation dure 3 à 6 jours. L'infection serait asymptomatique dans 50 % à 85 % des cas. En cas d'apparition de symptômes, ceux-ci débutent typiquement par un syndrome grippal non-spécifique, une fièvre élevée, des douleurs musculaires et lombaires et une congestion du visage et du cou (phase "rouge"). Des saignements minimes peuvent survenir. Dans la majorité des cas, l'état des patients s'améliore au bout de 3 ou 4 jours et les symptômes disparaissent sans séquelles.
Dans environ 15-25 % des cas symptomatiques (et 10 % de l'ensemble des infections) et après une amélioration clinique transitoire pendant quelques heures à 1-2 jours, on assiste à une recrudescence thermique et à la survenue de la phase "toxique". La virémie disparaît avec l'apparition des anticorps. On assiste alors, vers le quatrième ou cinquième jour à la survenue d'un tableau classique d'ictère (jaunisse) avec des saignements du nez et de la bouche, une hémorragie digestive haute (à partir de l’œsophage, de l’estomac et du duodénum) entraînant des douleurs abdominales, un melaena et des vomissements sanglants (vomito negro), ainsi qu’une défaillance rénale (protéinurie et oligurie). Une atteinte myocardique est fréquente. Des signes neurologiques (convulsions) peuvent être présents avec de rares encéphalites. Environ 50 % des patients entrés dans la phase "toxique" décèdent dans les 10-14 jours. Les autres patients récupèrent sans séquelles.
Il n'y a pas de traitement curatif. La prise en charge symptomatique consiste essentiellement à compenser l'hypotension, à suppléer à la défaillance rénale et à compenser les pertes d'électrolytes.

Diagnostic

Le diagnostic est clinique et biologique. L’identification virale (RT-PCR, isolement) au niveau du sang et la détection d’anticorps IgM spécifiques sont réalisés au Centre national de référence des arboviroses et son laboratoire associé. La détection virale est possible dans les 6 premiers jours après le début des signes. L’interprétation de la sérologie virale peut être délicate du fait de réactions "croisées" avec les anticorps contre les autres flavivirus (dengue, West-Nile…). Des tests de confirmation par neutralisation sont parfois nécessaires.

Mesures de prévention

Outre le contrôle du risque de transmission par la lutte antivectorielle et la vaccination dans les pays où la fièvre jaune circule, la prévention du risque d'introduction dans les pays épargnés passe par la désinsectisation dans les avions et surtout par la vaccination.

Recommandations sanitaires pour les voyageurs

La prévention individuelle passe par la protection individuelle contre les moustiques et la vaccination. On dispose depuis 1937 d'un vaccin très efficace contre la fièvre jaune, qui a été depuis largement utilisé à des fins de prévention mais aussi de contrôle des épidémies. La vaccination est réalisée dans un centre agréé de vaccination, une dose de vaccin suffit et procure une protection efficace dans 90 à 95 % des cas. Cette protection apparaît 10 jours après l'injection et persiste à vie.

La vaccination est obligatoire pour les personnes se rendant en Guyane française.
Il s'agit d'un vaccin vivant atténué présentant certaines contre-indications notamment chez la femme allaitante et le nourrisson de moins de 6 mois (cf. calendrier vaccinal). La vaccination est déconseillée pendant toute la durée de la grossesse, mais si le séjour ou le voyage en zone d’endémie ne peuvent être reportés, son indication doit être pesée en raison de la létalité élevée de la maladie. Ce vaccin est exigible à partir de l'âge de 1 an, et possible dès 6 mois. La tolérance du vaccin amaril est bien documentée : des effets indésirables bénins, locaux ou systémiques surviennent chez environ un tiers des personnes primovaccinées. Cependant, ce vaccin peut aussi être responsable, beaucoup plus rarement, d’effets indésirables graves, voire mortels.
La vaccination contre la fièvre jaune est recommandée pour tout séjour dans une zone endémique intertropicale d’Afrique ou d’Amérique latine, même en l’absence d’obligation administrative. Depuis le 1er juillet 2016, suite à une révision du Règlement sanitaire international décidée par l’OMS, la validité du certificat de vaccination antiamarile, qui était jusqu’à présent de 10 ans, est désormais prolongée à vie, supprimant de ce fait l’obligation des rappels décennaux.

Sources : Recommandations sanitaires pour les voyageurs 2017. Bull Epidemiol Hebd 2017; N° hors-série, 6 juin 2017, 7-10

Haut Conseil de la Santé Publique. Avis relatif à la conduite à tenir devant un cas importé ou autochtone de fièvre jaune. 21 février 2017.

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