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Grippe : généralités

Publié le 25/01/2017

Comment est évaluée la mortalité ?

En France, les conséquences exceptionnelles de la canicule de 2003 ont conduit à construire un nouveau dispositif de veille et d’alerte sanitaires pour mieux détecter les menaces, récurrentes ou émergentes, pour la santé publique, quelle que soit leur origine (épidémique, climatique, environnementale, etc.). Dans cette perspective, l’Institut de veille sanitaire (aujourd’hui Santé publique France) a mis en place un système de surveillance centré sur des structures capables de fournir des informations au jour le jour sur l’état de santé de la population.

Baptisé SurSaUD® (surveillance sanitaire des urgences et des décès), cet outil basé sur la remontée quotidienne de données issues des passages aux services d’urgence hospitaliers, des consultations des associations SOS Médecins et des décès de 3000 communes vise à : 

  • l’identification précoce d’événements sanitaires inattendus ;
  • la surveillance de pathologies, notamment les épidémies saisonnières ;
  • l’évaluation des conséquences sur la santé de la population d’un événement sanitaire.

C’est ce système qui permet à Santé publique France de publier, entre autres, un bulletin hebdomadaire de surveillance de la mortalité. 

Comment Santé publique France surveille la mortalité en France ?

Cette surveillance s’appuie sur les données d’état-civil (déclaration de décès), transmises à l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Issues d’un échantillon de 3 000 communes, elles couvrent près de 80 % de la mortalité nationale. L’estimation du nombre de décès sur l’ensemble du territoire est donc établie en multipliant par 1,25 le nombre de décès observé dans cet échantillon de 3 000 communes. En revanche, ces données ne comportent pas d’information sur les causes médicales de décès. Elles permettent donc de détecter un excès de mortalité, mais pas de l’attribuer à un événement donné, même d’ampleur nationale.

Pourquoi les données et analyses ne sont pas produites en temps réel ?

Actuellement, l’Insee est la source la plus efficace pour la surveillance de la mortalité. On observe toutefois un délai pour la remontée du nombre des décès à partir de ce réseau, lié au délai légal de déclaration d’un décès à l’état-civil (24h en jours ouvrés) et au délai de saisie des informations par le bureau d’état-civil. Ainsi, en moyenne, les décès survenus un jour J ne sont disponibles pour analyse à Santé publique France qu’à partir de J+10. Ces délais sont variables en fonction des régions et peuvent être allongés ponctuellement, notamment en cas de jours fériés, week-end prolongés, ponts, vacances scolaires, forte période épidémique, etc.

Pour tenir compte de ces délais, l’analyse de la mortalité d’une semaine complète ne peut donc être effectuée que deux semaines après le dernier jour de la semaine concernée. A deux semaines, on peut évaluer les tendances de la mortalité (hausse, stabilité, baisse) mais pas encore fournir une évaluation chiffrée fiable de cette tendance, car tous les décès n’ont pas encore été transmis. Dans le cadre d’un événement sanitaire de grande ampleur, sur la base des 10 ans d’expérience d’utilisation de ce système de surveillance, on estime qu’un délai minimum de trois semaines est nécessaire pour fournir une évaluation chiffrée fiable du nombre de décès survenu au cours de la période observée.

Comment est estimé l’impact d’une épidémie sur la mortalité ?

C’est la différence, sur une période donnée, entre le nombre de décès attendus et le nombre de décès constatés qui permet d’estimer l’impact d’un événement sanitaire. On parle alors d’« excès de mortalité ». Le nombre attendu de décès sur une période donnée est obtenu grâce à un modèle statistique, qui prend en compte les données historiques (sur 6 années), incluant la tendance générale et les fluctuations saisonnières. Lorsque le nombre observé de décès dépasse le seuil statistique défini par le modèle, on considère qu’il y a excès de mortalité. Il ne faut donc pas confondre la surmortalité attribuable à un événement, et le nombre total des décès survenus pendant la période au cours de laquelle cet évènement a eu lieu.

Par exemple, pour une semaine donnée, si le nombre de décès observé est de 1 000 alors que le nombre attendu de décès est de 700, l’excès de mortalité sera de 300 décès, soit + 43 % par rapport au nombre attendu de décès (=(300:700)x100). Par ailleurs, sachant que ces données sont calculées sur un échantillon ne couvrant que 80 % de la mortalité en France, on peut avoir une estimation de l’excès de mortalité à l’échelle nationale en multipliant par 1,25, soit 300x1,25=375. Dans cet exemple, on annoncerait donc une surmortalité observée de 43 %, avec un excès de 375 décès.

L’excès de mortalité observé en hiver est-il lié à la grippe ?

L’excès de mortalité survenant pendant une épidémie de grippe n’est pas imputable à 100 % à la grippe. D’autres facteurs sont connus pour influencer la mortalité en hiver et peuvent intervenir dans l’explication de l’excès de mortalité (autres virus respiratoires saisonniers, températures hivernales, éventuels phénomènes intercurrents). Les travaux menés par Santé publique France indiquent, pour l’épidémie de grippe de France métropolitaine de la saison 2014-2015, qu’environ trois quarts de l’excès de mortalité était lié à la grippe. Cependant, la part de la grippe dans l’excès de mortalité peut varier d’une saison à l’autre.

Dossier Grippe : généralités

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