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Points de situation

Publié le 16/08/2012

Point sur les infections à entérovirus au 10 août 2012

Institut de veille sanitaire

Centre national de référence pour les entérovirus et parechovirus

Département des maladies infectieuses

12 rue du Val d’Osne
94415  SAINT MAURICE Cedex
Tél.  : 01 41 79 67 00
Fax : 01 41 79 68 72

CHU de Lyon

Laboratoire de Virologie
Groupement hospitalier Est
59 Boulevard Pinel
69677  BRON Cedex
Tél. : 04 72 12 96 17
Fax : 04 72 12 95 00

CHRU de Clermont Ferrand

Laboratoire de virologie
58 rue Montalembert
63003 Clermont Ferrand Cedex
Tél. : 04 73 75 48 50
Fax : 04 73 75 48 51

Contexte

Les entérovirus se distribuent partout dans le monde. Ils circulent tout au long de l’année dans les régions tropicales. Dans les zones tempérées telles que la France, ils circulent peu en hiver et au printemps, mais on observe tous les ans, en été et automne, une augmentation des diagnostics d’infections à entérovirus  (cf figure 1 ci-dessous). Cette augmentation peut s’observer dès le mois de mai mais survient le plus souvent en juin-juillet. A ce jour, le bilan des infections symptomatiques recensées montre que la circulation des entérovirus parait moins active et/ou retardée en comparaison avec les années antérieures.

Figure 1

Entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus, France, janvier 2005 - juillet 2012 (RSE*, données provisoires pour 2012)

Figure 1 : Entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus, France, janvier 2005- juillet 2012, (RSE*, données provisoires pour 2012)

* RSE : réseau de surveillance des entérovirus, liste des laboratoires en fin de document

Manifestations cliniques

Les infections humaines à entérovirus sont fréquentes et prennent des formes symptomatiques très variées. Elles touchent surtout les enfants de moins de 15 ans. La transmission du virus se fait par contact de personne à personne à partir des virus excrétés dans les selles. En fonction de la symptomatologie, d’autres modes de transmission sont également possibles : voie aérienne lors d’une infection respiratoire ou par la salive ou des lésions cutanées dans le cas des syndromes pied-main-bouche. Pour la grande majorité des sujets infectés, la symptomatologie et l’évolution des infections sont  bénignes, hormis chez le nouveau-né qui peut développer une infection systémique potentiellement fatale et les patients avec une immunodépression de type humorale ou sous certains traitements immunosuppresseurs.

Lorsque l’infection est symptomatique, les manifestations les plus fréquemment observées et diagnostiquées sont cérébro-méningées, majoritairement représentées par des méningites ne nécessitant qu’un traitement symptomatique et évoluant rapidement vers la guérison complète sans séquelles. Dans de très rares cas, on peut observer des encéphalites (une dizaine de cas par an en France), des paralysies et des ataxies. Les entérovirus impliqués de manière prédominante dans les méningites sont des entérovirus dits « neurotropes » comme l’echovirus 30 (E-30), l’E-6, l’E-11, l’E-13, l’E-18 ou le coxsackievirus B5, mais de nombreux autres sérotypes d’entérovirus peuvent être associés. Lors des années où l’épidémie est plus marquée, un sérotype ou deux sérotypes majoritaires, c'est-à-dire représentant plus de 60% des sérotypes identifiés, sont détectés (en caractères bleu-gras dans le tableau ci-dessous). Lors des années où l’épidémie est moins marquée co-existent plusieurs sérotypes représentant chacun moins de 30% des sérotypes identifiés.

Les autres symptomatologies comprennent essentiellement le syndrome pied-main-bouche (surtout associé au coxsackievirus A16 et à l’entérovirus 71 mais aussi aux CV-A6 et CV-A10), des syndromes respiratoires le plus souvent peu sévères (surtout associés à l’EV-68 et aux coxsackievirus A et B2-B5), des atteintes cardiaques (myocardites et péricardites aigues, impliquant surtout des coxsackievirus B), des syndromes digestifs (liés surtout aux echovirus). Les entérovirus les plus souvent rencontrés en pathologie néo-natale sont l’echovirus 11 qui représente la moitié des cas publiés, et les coxsackievirus B (sauf le type 6) qui sont en cause dans un tiers des cas.

Les principaux entérovirus ayant circulé en France ces dernières années sont présentés dans le tableau suivant (E : echovirus et CV : coxsackievirus)

Année

Entérovirus*

2005

 E-30 (61 %)

2006

 CV-B5 (21 %), E-13 (13%), E-30 (11 %)

2007

 E-11 (24 %), E-18 (12 %)

2008

 E-30 (35 %), CV-A9 (14 %)

2009

 E-30 (60 %)

2010

 E-6 (11 %)

2011

 E-6 (56 %, en majorité un E-6 variant)

* les autres virus comptaient chaque année pour moins de 10 % du total des entérovirus identifiés

Situation épidémiologique au 10 août 2012

Comme le montre la figure 2 ci-après, les services d’urgence appartenant au système de surveillance Oscour/InVS* n’ont pas observé d’augmentation du nombre de passages aux urgences pour méningites virales avant la semaine 24 (11 au 17 juin). On ne retrouve pas en 2012, le pic observé semaines 25-27 en 2011, et si l’activité a un peu augmenté au cours de ces mêmes semaines la décroissance s’observe dès la semaine 30 (dernière semaine de juillet.

*ce réseau a une couverture de 50% des services d’urgences au niveau national, et de 70% pour l’Ile de France

Figure 2

Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données Oscour*, France entière, comparaison 2011-2012

Figure 2 : Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données Oscour*, France entière, comparaison 2011-2012

Au niveau du Réseau de surveillance des entérovirus, les données recueillies pour les mois de juin-juillet restent encore provisoires, mais les laboratoires du réseau signalent une faible circulation des entérovirus en mai et une légère augmentation des prélèvements trouvés positifs au cours depuis juin, et ce quelle que soit la région. A ce jour, les données collectées n’ont pas mis en évidence de foyer épidémique majeur de méningites virales. Comme lors des années non épidémiques, de nombreux génotypes différents circulent et il est encore prématuré de dire si l’un d’entre eux prédomine.
En ce qui concerne les syndromes pied-main-bouche, plusieurs foyers ont été signalés avec des coxsackievirus A6 et A16 isolés en majorité.

Figure 3

LCR positifs pour les entérovirus par semaine, printemps 2012, comparaison avec les années 2009-2011 (source : RSE, semaines 18-30, données provisoires pour 2012)

Figure 3 : LCR positifs pour les entérovirus par semaine, printemps 2012, comparaison avec les années 2009-2011 (source : RSE, semaines 18-30, données provisoires pour 2012)

La surveillance effectuée par les deux laboratoires du Centre National de Référence des entérovirus à Lyon et Clermont Ferrand confirme cette situation, et les typages réalisés ne mettent pas en évidence la circulation d’un génotype prédominant contrairement à l’an dernier où avait circulé majoritairement un variant de l’echovirus 6.

En pratique

En comparaison avec les années antérieures, on observe cet été une augmentation de faible amplitude des infections liées aux entérovirus, sous forme d’épisodes de méningite virale ou de syndrome pied-main-bouche. Ces infections sont en règle bénignes, avec un nombre important de cas restant asymptomatiques. Il est toutefois nécessaire, devant une symptomatologie évocatrice, de consulter un médecin pour pouvoir confirmer (ou infirmer) le diagnostic de méningite virale. La guérison est complète et rapide. Le traitement antibiotique est inutile  dans le cas des méningites à entérovirus d’où l’intérêt du diagnostic moléculaire de certitude des entérovirus  dans le LCR, permettant d’éviter l’antibiothérapie « de principe ». Par contre, il est impératif de renforcer les règles d’hygiène familiale et/ou collective (lavage des mains notamment) dans l’entourage des patients, des personnes immunodéprimées et des femmes enceintes afin de limiter la transmission du virus.

  • En savoir plus :

Mirand A, Henquell C, Archimbaud C, Ughetto S, Antona D, Bailly JL, Peigue-Lafeuille H. Outbreak of hand, foot and mouth disease/herpangina associated with coxsackievirus A6 and A10 infections in 2010, France: a large citywide, prospective observational study. Clin Microbiol Infect. 2012 May;18(5):E110-8.

Schuffenecker I, Mirand A, Antona D, Henquell C, Chomel JJ, Archimbaud C, Billaud G, Peigue-Lafeuille H, Lina B, Bailly JL. Epidemiology of human enterovirus 71 infections in France, 2000-2009. J Clin Virol. 2011 Jan;50(1):50-6.

Meijer A, van der Sanden S, Snijders BE, Jaramillo-Gutierrez G, Bont L, van der Ent CK, Overduin P, Jenny SL, Jusic E, van der Avoort HG, Smith GJ, Donker GA, Koopmans MP. Emergence and epidemic occurrence of enterovirus 68 respiratory infections in The Netherlands in 2010. Virology 2012; 423: 49-57.

Antona D, Lévêque N, Chomel JJ, Dubrou S, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance of enteroviruses in France, 2000-2004. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2007;26(6): 403-12.

Antona D, Lévêque N, Dubrou S, Chomel JJ, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance des entérovirus en France métropolitaine, 2000-2004.  Bull Epidémiol Hebd, 2005, 39-40 :200-2.

Melnick JL. Poliovirus and other enteroviruses in: ‘Evans AS, Kaslow RA: Viral Infections of humans. Epidemiology and control. Ed Plenum medical book company, New York 1997, pp 583-663

Laboratoires participant au RSE en 2011 :
Amiens (D Hecquet, G Duverlie), Angers (A Ducancelle, F Lunel-Fabiani), Besançon (A Bassignot, G Herbein), Bordeaux (H Fleury, ME Lafon) Brest (MC Legrand, C Payan), Caen (J Petitjean, F Freymuth), Clamart C Deback, D Ingrand), Clermont  $Ferrand (A Mirand, C Henquell, H Peigue-Lafeuille), Dijon (P Pothier, JB Bour), Grenoble (C. Morel-Baccard, P Morand), Kremlin-Bicêtre (I Bouillery, C Pallier, P Nordman), Le Havre (A Morel), Lille (A De Wilde, D Hober), Limoges (S. Rogez, S Alain, F Denis), Lyon (I Schuffenecker, B Lina), Marseille (L Ninove, R Charrel, X de Lamballerie), Montpellier (M Segondy, V Foulongne), Nantes (M Coste-Burel,) Nice (A Caramella, V Giordanengo), Poitiers (A Bourgoin, G Agius), Reims (N Lévêque, V Brodard, L Andreoletti), Rennes (D Veyer, R Colimon), Rouen (V Lemée, M Gueudin, JC Plantier), St Etienne (S Pillet, O Shabir, B Pozzetto), Strasbourg (JP Gut, F Stoll Keller), Toulouse (JM Mansuy, C Mengelle, J Izopet), Tours (C Gaudy, A Goudeau), Paris – Pitié Salpêtrière (D Boutolleau, H Agut), Paris – St Louis (C Scieux, P Lagrange), Paris – Trousseau (A Schnuriger, A Dehée, A Garbag-Chenon)

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