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Points de situation

Publié le 14/06/2013 - Dernière mise à jour le 19/06/2013

Point sur les infections à entérovirus au 12 juin 2013

Institut de veille sanitaire

Centre national de référence pour les entérovirus et parechovirus

Département des maladies infectieuses

12 rue du Val d’Osne
94415  SAINT MAURICE Cedex
Tél.  : 01 41 79 67 00
Fax : 01 41 79 68 72

CHU de Lyon

Laboratoire de Virologie
Groupement hospitalier Est
59 Boulevard Pinel
69677  BRON Cedex
Tél. : 04 72 12 96 17
Fax : 04 72 12 95 00

CHRU de Clermont Ferrand

Laboratoire de virologie
58 rue Montalembert
63003 Clermont Ferrand Cedex
Tél. : 04 73 75 48 50
Fax : 04 73 75 48 51

Contexte

Les entérovirus se distribuent partout dans le monde. Ils circulent tout au long de l’année dans les régions tropicales. Dans les zones tempérées telles que la France, ils circulent peu en hiver et au printemps, mais on observe tous les ans, en été et automne, une augmentation des diagnostics d’infections à entérovirus (cf figure 1 ci-dessous). Cette augmentation peut s’observer dès le mois de mai mais survient le plus souvent en juin-juillet.

Figure 1

Entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus, France, janvier 2005- décembre 2012

Figure 1 : Entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus, France, janvier 2005- décembre 2012

RSE : réseau de surveillance des entérovirus, liste des laboratoires en fin de document

Manifestations cliniques

Les infections humaines à entérovirus sont fréquentes et prennent des formes symptomatiques très variées. Elles touchent surtout les enfants de moins de 15 ans. La transmission du virus se fait par contact de personne à personne à partir des virus excrétés dans les selles et au niveau du rhino-pharynx. D’autres modes de transmission sont également possibles : via la salive ou au contact de lésions cutanées dans le cas des syndromes pied-main-bouche, mais aussi transmission materno-fœtale à l’origine d’infections néo-natales. Pour la grande majorité des sujets infectés, la symptomatologie et l’évolution des infections sont bénignes, hormis chez le nouveau-né qui peut développer une infection systémique potentiellement fatale et les patients avec une immunodépression de type humorale ou sous certains traitements immunosuppresseurs.

Lorsque l’infection est symptomatique, les manifestations les plus fréquemment rapportées et diagnostiquées sont cérébro-méningées, majoritairement représentées par des méningites ne nécessitant qu’un traitement symptomatique et évoluant rapidement vers la guérison sans séquelles. Dans de très rares cas, on peut observer des encéphalites (une dizaine de cas par an en France), des paralysies et des ataxies. Les entérovirus impliqués de manière prédominante dans les méningites sont des entérovirus dits « neurotropes » comme l’echovirus 30 (E-30), l’E-6, l’E-11, l’E-13, l’E-18 ou le coxsackievirus B5, mais de nombreux autres sérotypes d’entérovirus peuvent être associés. Lors des années où l’épidémie est plus marquée, un sérotype ou deux sérotypes majoritaires, représentant plus de 50% des sérotypes identifiés, sont détectés (en caractères bleu-gras dans le tableau ci-dessous). Lors des années où l’épidémie est moins marquée plusieurs sérotypes coexistent, représentant chacun un plus faible pourcentage des sérotypes identifiés.

Les autres symptomatologies comprennent le syndrome pied-main-bouche (surtout associé aux coxsackievirus A16, A6 et A10, plus rarement à l’entérovirus 71 dans notre pays, contrairement à ce qui est observé en Asie), et les infections néonatales (surtout associées à l’echovirus 11 et aux coxsackievirus B). Sont également rapportés des syndromes respiratoires le plus souvent peu sévères (surtout associés à l’EV-68 et aux coxsackievirus A et B2-B5), des atteintes cardiaques (myocardites et péricardites aigues, impliquant surtout des coxsackievirus B), des syndromes digestifs (liés surtout aux echovirus).

Les principaux entérovirus ayant circulé en France ces dernières années sont présentés dans le tableau suivant (E : echovirus et CV : coxsackievirus)

Année

Principaux entérovirus* identifiés

2005

E-30 (61 %)

2006

CV-B5 (21 %), E-13 (13%), E-30 (11 %)

2007

E-11 (24 %), E-18 (12 %)

2008

E-30 (35 %), CV-A9 (14 %)

2009

E-30 (60 %)

2010

E-6 (11 %)

2011

E-6 (56 %, en majorité un E-6 variant)

2012

CV-B4 (14%), E-11 (10%)

* les autres virus comptaient chaque année pour moins de 10 % du total des entérovirus identifiés

Situation épidémiologique au 12 juin 2013

En France, la surveillance des infections à entérovirus est assurée par un réseau de laboratoires volontaires depuis 2000 (Réseau de surveillance des entérovirus, RSE, coordonné par le CNR et l’InVS). Les données d’activité concernant les diagnostics d’infection à entérovirus sont recueillies de façon mensuelle, et depuis 2013, saisies en ligne sur un site dédié, hébergé par le CNR à Clermont-Ferrand: http://cnr.chu-clermontferrand.fr). En complément, une surveillance des passages aux urgences pour un diagnostic de méningites à entérovirus est assurée par le réseau Oscour/InVS. Ce réseau a une couverture de 50% des services d’urgences au niveau national, et de 70% pour l’Ile de France et permet une détection précoce de toute augmentation d’incidence de ces méningites.

Comme le montre la figure 2 ci-après, les services d’urgence appartenant au système de surveillance Oscour/InVS ont observé une légère augmentation du nombre de passages aux urgences pour méningites virales à compter de la semaine 16 (15 au 20 avril), et cette augmentation reste très modérée depuis.

Figure 2

Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données Oscour*/InVS, France entière, comparaison 2011-2013

Figure 2 : Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données Oscour*/Invs, France entière, comparaison 2011-2013

Au niveau du Réseau de surveillance des entérovirus, les données recueillies depuis le début de l’année et en particulier au cours du mois de mai restent encore provisoires ; toutefois, les laboratoires du réseau signalent une faible circulation des entérovirus avec une légère augmentation des prélèvements trouvés positifs au cours du mois de mai (en particulier dans le Sud-Est de la France).

Figure 3

LCR positifs pour les entérovirus par semaine, printemps 2013, comparaison avec les années 2010-2012 (source : RSE, données provisoires pour fin 2012 et 2013)

Figure 3 : LCR positifs pour les entérovirus par semaine, printemps 2013, comparaison avec les années 2010-2012 (source : RSE, données provisoires pour fin 2012 et 2013)

La surveillance effectuée par les deux laboratoires du Centre National de Référence des entérovirus à Lyon et Clermont Ferrand confirme que la recrudescence des syndromes méningés est à peine amorcée et de faible amplitude. Les données virologiques obtenues à ce jour montrent que l’E-30 est majoritairement détecté dans les LCR (57% des sérotypes détectés). Cet E-30 est génétiquement proche des souches qui ont circulé au cours des épidémies de 2005 et 2009 et fait partie d’un cluster de souches françaises détectées depuis 2000 en métropole (génogroupe c4).

En pratique

En comparaison avec les années antérieures, on observe actuellement une augmentation de faible amplitude des infections liées aux entérovirus, avec néanmoins la circulation d’echovirus de type 30 proches de ceux responsables d’épidémies de méningites récentes. Ces infections sont en règle bénignes, avec un nombre important de cas restant asymptomatiques. Toutefois, toute symptomatologie fébrile d’ordre neurologique impose une consultation médicale. L’évolution des méningites à entérovirus se fait en règle vers la guérison, le traitement antibiotique est inutile. Le diagnostic de certitude des méningites à entérovirus par la mise en évidence du génome viral dans le LCR, permet d’éviter l’antibiothérapie « de principe » et les examens complémentaires inutiles. Par contre, il est impératif de renforcer les règles d’hygiène familiale et/ou collective (lavage des mains notamment) dans l’entourage des patients, des personnes immunodéprimées et des femmes enceintes afin de limiter la transmission du virus.

  • En savoir plus :

Site web du CNR des Enterovirus/parechovirus : http://cnr.chu-clermontferrand.fr

Mirand A, Henquell C, Archimbaud C, Ughetto S, Antona D, Bailly JL, Peigue-Lafeuille H. Outbreak of hand, foot and mouth disease/herpangina associated with coxsackievirus A6 and A10 infections in 2010, France: a large citywide, prospective observational study. Clin Microbiol Infect. 2012 May;18(5):E110-8.

Schuffenecker I, Mirand A, Antona D, Henquell C, Chomel JJ, Archimbaud C, Billaud G, Peigue-Lafeuille H, Lina B, Bailly JL. Epidemiology of human enterovirus 71 infections in France, 2000-2009. J Clin Virol. 2011 Jan;50(1):50-6.

Bailly JL, Mirand A, Henquell C, Archimbaud C, Chambon M, Charbonné F, Traoré O, Peigue-Lafeuille H. Génotypage et épidémiologie moléculairedes entérovirus non poliomyélitiques. Virologie 2008, 12(1) : 53-65

Antona D, Lévêque N, Chomel JJ, Dubrou S, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance of enteroviruses in France, 2000-2004. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2007;26(6): 403-12.

Antona D, Lévêque N, Dubrou S, Chomel JJ, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance des entérovirus en France métropolitaine, 2000-2004.  Bull Epidémiol Hebd, 2005, 39-40 :200-2.

Melnick JL. Poliovirus and other enteroviruses in: ‘Evans AS, Kaslow RA: Viral Infections of humans. Epidemiology and control. Ed Plenum medical book company, New York 1997, pp 583-663

Participants au RSE : Amiens (C Segard, D Hecquet, G Duverlie), Angers (A Ducancelle, F Lunel-Fabiani), Besançon (A Bassignot, G Herbein), Bordeaux (S Kossab, ME Lafon H Fleury) Brest (MC Legrand, C Payan), Cahors (N Wilhem), Caen (J Petitjean, A Vabret), Clamart (C Deback, D Ingrand), Clermont Ferrand (A Mirand, C Henquell, H Peigue-Lafeuille), Dijon (K Balay, P Pothier), Frejus (T Hubiche, P del Giudice), Grenoble (C. Morel-Baccard, P Morand), Haguenau (J Exinger), Kremlin-Bicêtre (AA Mazet, C Pallier, P Nordman), Le Havre (A Morel), Lille (A Dewilde, P Wattre, D Hober), Limoges (S. Rogez, S Alain), Lyon (I Schuffenecker, G Billaud, B Lina), Marseille (L Ninove, R Charrel, X de Lamballerie), Montpellier (V Foulongne, M Segondy), Mulhouse (JM Delarbre), Nantes (M Coste-Burel) Nice (A Caramella, V Giordanengo), Orléans (A Guigon), Papeete (S Lastere), Paris – Cochin (JF Meritet, F Rozenberg), Paris – Necker (L Mascard), Paris – Pitié Salpêtrière (D Boutolleau, H Agut), Paris – St Louis (J Legoff, C Scieux, P Lagrange), Paris – Trousseau (A Schnuriger, Y Michel, A Garbarg-Chenon), Poitiers (A Bourgoin, G Agius), Reims (N Lévêque, L Andreoletti), Rennes (D Veyer, R Colimon), Rouen (M Gueudin, JC Plantier), St Etienne (S Pillet, O Shabir, B Pozzetto), Strasbourg (JP Gut, F Stoll Keller), Toulouse (JM Mansuy, C Mengelle, J Izopet), Toulon-CHI (C Poggi), Toulon-HIA (F Janvier), Tours (C Gaudy, A Goudeau), Versailles (S Marque-Juillet, E Farfour).

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