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Points de situation

Publié le 27/07/2015

Point sur les infections à entérovirus au 15 juillet 2015

Institut de veille sanitaire

Centre national de référence pour les entérovirus et parechovirus

Département des maladies infectieuses

12 rue du Val d’Osne
94415  SAINT MAURICE Cedex
Tél.  : 01 41 79 67 00
Fax : 01 41 79 68 72

CHU de Lyon

Laboratoire de Virologie
Groupement hospitalier Est
59 Boulevard Pinel
69677  BRON Cedex
Tél. : 04 72 12 96 17
Fax : 04 72 12 95 00

CHRU de Clermont Ferrand

Laboratoire de virologie
58 rue Montalembert
63003 Clermont Ferrand Cedex
Tél. : 04 73 75 48 50
Fax : 04 73 75 48 51

Contexte

Les entérovirus se distribuent partout dans le monde. Ils circulent tout au long de l’année dans les régions tropicales. Dans les zones tempérées telles que la France, ils circulent peu en hiver et au printemps, mais on observe tous les ans, en été et automne, une augmentation des diagnostics d’infections à entérovirus (cf. figure 1 ci-dessous), principalement liée à la recrudescence des méningites. Cette augmentation peut s’observer dès le mois de mai mais survient le plus souvent en juin-juillet. En 2014, deux pics épidémiques d’égale ampleur ont été observés en été (S29) et à l’automne (S43).

Figure 1

Infections à entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus RSE*, France, 1er janvier 2005- 12 juillet 2015

Figure 1 – Infections à entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus RSE$, France, 1er janvier 2005 – 12 juillet 2015

*RSE : réseau de surveillance des entérovirus, liste des laboratoires en fin de document

Manifestations cliniques

Les infections humaines à entérovirus sont fréquentes et prennent des formes symptomatiques très variées. Elles touchent surtout les enfants de moins de 15 ans. La transmission du virus se fait par contact de personne à personne à partir des virus excrétés dans les selles et au niveau du rhino-pharynx. D’autres modes de transmission sont également possibles : via la salive ou au contact de lésions cutanées dans le cas des syndromes pied-main-bouche, mais aussi transmission materno-fœtale à l’origine d’infections néo-natales. Pour la grande majorité des sujets infectés, la symptomatologie et l’évolution des infections sont bénignes, hormis chez le nouveau-né qui peut développer une infection systémique potentiellement fatale et les patients avec une immunodépression de type humorale ou sous certains traitements immunosuppresseurs.

Lorsque l’infection est symptomatique, les manifestations les plus fréquemment rapportées et diagnostiquées sont cérébro-méningées, majoritairement représentées par des méningites ne nécessitant qu’un traitement symptomatique et évoluant rapidement vers la guérison sans séquelles. Dans de très rares cas, on peut observer des encéphalites (une dizaine de cas par an en France), des paralysies et des ataxies. Les entérovirus impliqués de manière prédominante dans les méningites sont des entérovirus dits « neurotropes » comme l’echovirus 30 (E-30), l’E-6, l’E-11, l’E-13, l’E-18 ou le coxsackievirus B5, mais de nombreux autres sérotypes d’entérovirus peuvent être associés. Lors des années où l’épidémie est plus marquée, un sérotype représentant plus de 50% des sérotypes identifiés, est détecté. Lors des années où l’épidémie est moins marquée plusieurs sérotypes coexistent, représentant chacun un plus faible pourcentage des sérotypes identifiés.

Les autres symptomatologies comprennent  le syndrome pied-main-bouche (surtout associé aux coxsackievirus A16, A6 et A10, plus rarement à l’entérovirus 71 dans notre pays, contrairement à ce qui est observé en Asie), et les infections néonatales (surtout associées à l’echovirus 11 et aux coxsackievirus B). Sont également rapportés des syndromes respiratoires le plus souvent peu sévères (surtout associés à l’EV-D68 et aux coxsackievirus A et B2-B5), des atteintes cardiaques (myocardites et péricardites aigues, impliquant surtout des coxsackievirus B), des syndromes digestifs (liés surtout aux echovirus).

Situation épidémiologique au 15 juillet 2015

En France, la surveillance des infections à entérovirus est assurée par un réseau de laboratoires volontaires depuis 2000 (Réseau de surveillance des entérovirus, RSE, coordonné par le CNR et l’InVS). Les données d’activité concernant les diagnostics d’infection à entérovirus sont recueillies de façon mensuelle, et depuis 2013, saisies en ligne sur un site dédié, hébergé par le CNR à Clermont-Ferrand: http://cnr.chu-clermontferrand.fr). En complément, une surveillance des passages aux urgences pour un diagnostic de méningite à entérovirus est assurée par le réseau Oscour/InVS. Ce réseau a une couverture de 50% des services d’urgences au niveau national, et de 70% pour l’Ile de France et permet une détection précoce de toute augmentation d’incidence de ces méningites.

Comme le montre la figure 2 ci-après, les services d’urgence appartenant au système de surveillance Oscour/InVS ont observé une augmentation du nombre de passages aux urgences pour méningites virales à compter de la semaine 21 (18 au 24 mai), progressant de façon modérée jusqu’à la semaine 28 (6 au 12 juillet), avec un nombre de cas hebdomadaire intermédiaire entre celles de 2013 et de 2014.

Figure 2

Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données Oscour*/InVS, France entière, comparaison 2013-2015 (janvier à juillet 2015, données provisoires)

Figure 2  - Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données Oscour*/Invs, France entière, comparaison 2013-2015 (janvier à juillet 2015, données provisoires)

Les données du RSE montrent aussi en 2015 une augmentation régulière du nombre de LCRs positifs en Entérovirus à partir de la semaine 21, toutefois ces résultats sont encore provisoires, en particulier concernant les semaines 25 à 28 (cf. figure 3).

Figure 3

LCR positifs pour les entérovirus par semaine, janvier à juin 2015, comparaison avec les années 2013-2014 (source : RSE, données provisoires pour 2015)

Figure 3 - LCR positifs pour les entérovirus par semaine, janvier à juin 2015, comparaison avec les années 2013-2014  (source : RSE, données provisoires pour 2015)

Les principaux entérovirus ayant circulé en France ces dernières années, toutes formes cliniques confondues, sont présentés dans le tableau ci-après .
 (E = echovirus et CV = coxsackievirus, et en gras = années épidémiques).

Année

Principaux entérovirus* identifiés

2005

E-30 (61 %)

2006

CV-B5 (21 %), E-13 (13%), E-30 (11 %)

2007

E-11 (24 %), E-18 (12 %)

2008

E-30 (35 %), CV-A9 (14 %)

2009

E-30 (60 %)

2010

E-6 (12 %), E-11 (10%)

2011

E-6v (49 %)

2012

CV-B4 (15%), E-11 (11%), CV-B5 (10%)

2013

E-30 (54 %)

2014

E-30 (14%), E-16 (12%), EV-D68 (11%)

* les autres virus comptaient chaque année pour moins de 10 % du total des entérovirus identifiés

En 2014, les Centers for Disease Control and Prevention d’Atlanta ont lancé une alerte en raison d’une augmentation du nombre d’hospitalisations pour infections respiratoires pédiatriques sévères aux USA, reliée à une augmentation de la circulation de l’EV-D68 (1152 cas d’août à mi-décembre).  Bien qu’aucune alerte similaire n’ait été signalée en Europe, plusieurs pays européens, dont la France, ont mis en place au cours de l’automne 2014 une recherche active de l’EV-D68 dans les prélèvements respiratoires des patients hospitalisés, en privilégiant les services pédiatriques. Onze des laboratoires du RSE ont participé à cette recherche, et ont ainsi pu mettre en évidence une circulation accrue de cet entérovirus. Au total,  209 cas ont été diagnostiqués entre le 10 juillet et le 31 Décembre (pic de détection en semaine 43), représentés majoritairement par des tableaux d’asthme et de bronchiolite et conduisant dans 10% des cas a une hospitalisation en soins intensifs.

Depuis janvier 2015, les principaux types d’EV identifiés sont : CV-B5, E-6  et E-9 (résultats provisoires).

En pratique

On observe actuellement en France une reprise de la circulation des entérovirus, accentuée depuis le mois de juin, avec une recrudescence des méningites. Les données préliminaires montrent une prédominance des coxsackievirus  B5, et des echovirus de type 6 et 9.

Ces infections sont en règle bénignes, avec un nombre important de cas restant asymptomatiques. Toutefois, toute symptomatologie fébrile associée à une symptomatologie neurologique impose une consultation médicale. L’évolution des méningites à entérovirus se fait en règle vers la guérison, le traitement antibiotique est inutile. Le diagnostic de certitude des méningites à entérovirus par la mise en évidence du génome viral dans le LCR, permet d’éviter l’antibiothérapie « de principe » et les examens complémentaires inutiles. Par contre, il est impératif de renforcer les règles d’hygiène familiale et/ou collective (lavage des mains notamment) dans l’entourage des patients, des personnes immunodéprimées et des femmes enceintes afin de limiter la transmission du virus.

  • En savoir plus :

Site web du CNR des Enterovirus/parechovirus : http://cnr.chu-clermontferrand.fr

Archimbaud C, Ouchchane L, Mirand A, Chambon M, Demeocq F, Labbé A, Laurichesse H, Schmidt J, Clavelou P, Aumaître O, Regagnon C, Bailly JL, Henquell C, Peigue-Lafeuille H. Improvement of the Management of Infants, Children and Adults with a Molecular Diagnosis of Enterovirus Meningitis during Two Observational Study Periods. PLoS One 2013 Jul 11;8(7):e68571. doi: 10.1371/journal.pone.0068571

Mirand A, Henquell C, Archimbaud C, Ughetto S, Antona D, Bailly JL, Peigue-Lafeuille H. Outbreak of hand, foot and mouth disease/herpangina associated with coxsackievirus A6 and A10 infections in 2010, France: a large citywide, prospective observational study. Clin Microbiol Infect. 2012 May;18(5):E110-8.

Schuffenecker I, Mirand A, Antona D, Henquell C, Chomel JJ, Archimbaud C, Billaud G, Peigue-Lafeuille H, Lina B, Bailly JL. Epidemiology of human enterovirus 71 infections in France, 2000-2009. J Clin Virol. 2011 Jan;50(1):50-6.

Bailly JL, Mirand A, Henquell C, Archimbaud C, Chambon M, Charbonné F, Traoré O, Peigue-Lafeuille H. Génotypage et épidémiologie moléculairedes entérovirus non poliomyélitiques. Virologie 2008, 12(1) : 53-65

Antona D, Lévêque N, Chomel JJ, Dubrou S, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance of enteroviruses in France, 2000-2004. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2007;26(6): 403-12.

Antona D, Lévêque N, Dubrou S, Chomel JJ, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance des entérovirus en France métropolitaine, 2000-2004.  Bull Epidémiol Hebd, 2005, 39-40 :200-2.

Melnick JL. Poliovirus and other enteroviruses in: ‘Evans AS, Kaslow RA: Viral Infections of humans. Epidemiology and control. Ed Plenum medical book company, New York 1997, pp 583-663

Midgley CM, Jackson MA, Selvarangan R, et al. Severe respiratory illness associated with enterovirus D68—Missouri and Illinois, 2014. MMWR 2014;63:798–9. 

ECDC. Rapid risk assessment. Enterovirus 68 detected in the USA, Canada and Europe, November 2014.

Participants au RSE : Amiens (C Segard, D Hecquet, G Duverlie), Angers (CT Tran, A Ducancelle, F Lunel-Fabiani), Besançon (A Bassignot, G Herbein), Bordeaux (P Bellecave, A Vilain-Parce, ME Lafon H Fleury) Brest (L Pilorge, MC Legrand, C Payan), Cahors (N Wilhem), Caen (J Petitjean, A Vabret), Clermont Ferrand (A Mirand, C Henquell, H Peigue-Lafeuille), Dijon (K Balay, C Manoha, JB Bour), Frejus (T Hubiche, P del Giudice), Grenoble (C. Morel-Baccard, P Morand), Haguenau (J Exinger), Lille (M Lazrek,  D Hober), Limoges (S. Rogez, S Alain), Lyon (I Schuffenecker, L Josset, G Billaud, B Lina), Marseille (L Ninove, R Charrel, X de Lamballerie), Montpellier (V Foulongne, M Segondy), Mulhouse (JM Delarbre), Nantes (M Coste-Burel) Nice (A Caramella, V Giordanengo), Orléans (A Guigon, J Guinard), Paris – Cochin (JF Meritet, AS L’honneur, F Rozenberg), Paris – Pitié Salpêtrière (D Boutolleau, H Agut), Paris – St Louis (C Scieux, J Legoff, P Lagrange), Paris – Trousseau (A Schnuriger, Y Michel, A Garbarg-Chenon), Poitiers (A Bourgoin, G Agius), Reims (F Rennois, L Andreoletti), Rennes (G Lagathu), Rouen (V Lémée, M Gueudin, JC Plantier), St Etienne (S Pillet, O Shabir, B Pozzetto), Strasbourg (Q Lepiller, F Stoll Keller), Toulouse (JM Mansuy, C Mengelle, J Izopet), Toulon-CHI (C Poggi), Toulon-HIA (F Janvier), Tours (C Gaudy, A Goudeau), Versailles (S Marque-Juillet, E Farfour), Villejuif (C Deback, AM Roque Afonso).

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