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Points de situation

Publié le 27/06/2017

Point sur les infections à entérovirus au 20 juin 2017

Santé publique France

Centre national de référence pour les entérovirus et parechovirus

Direction des maladies infectieuses

12 rue du Val d’Osne
94415  SAINT MAURICE Cedex
Tél.  : 01 41 79 68 74
Fax : 01 41 79 68 72

CHU de Lyon

Laboratoire de Virologie
Centre de biologie Nord
103 Grande Rue de la Croix Rousse
69317  Lyon Cedex
Tél. : 04 72 07 10 56
Fax : 04 72 00 37 54

CHRU de Clermont Ferrand

Laboratoire de virologie
Centre de biologie
58 rue Montalembert
63003 Clermont Ferrand Cedex
Tél. : 04 73 75 48 50
Fax : 04 73 75 48 51

Contexte

Les entérovirus (EV) se distribuent partout dans le monde. Ils circulent tout au long de l’année dans les régions tropicales. Dans les zones tempérées telles que la France, on observe tous les ans, en été et automne, une augmentation des diagnostics d’infections à entérovirus (cf. figure 1 ci-dessous), principalement liée à la recrudescence des méningites. Cette augmentation peut s’observer dès le mois de mai mais survient le plus souvent en juin-juillet. En 2016, le pic estival a été observé semaine 27, suivi d’un second pic de moindre ampleur au cours de l’automne (S41).

Figure 1

Infections à entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus RSE*, France, 1er janvier 2010 - 10 juin 2017 (données provisoires pour 2017)

Figure 1 - Infections à entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus RSE*, France, 1er janvier 2010 - 10 juin 2017 (données provisoires pour 2017)

*RSE : réseau de surveillance des entérovirus, liste des laboratoires en fin de document

Manifestations cliniques

Les infections humaines à entérovirus sont fréquentes et prennent des formes symptomatiques très variées. Elles touchent surtout les enfants de moins de 15 ans. La transmission du virus se fait par contact de personne à personne ou via des objets ou aliments contaminés à partir des virus excrétés au niveau du rhino-pharynx ou dans les selles. D’autres modes de transmission sont également possibles : via la salive ou au contact de lésions cutanées dans le cas des syndromes pied-main-bouche, mais aussi par transmission materno-fœtale à l’origine d’infections néo-natales. Pour la grande majorité des patients infectés, l’infection est pauci symptomatique (affections fébriles non spécifiques) ou asymptomatique. L’évolution est en règle bénigne, hormis chez le nouveau-né qui peut développer une infection systémique potentiellement fatale et chez les patients avec une immunodépression de type humorale ou sous certains traitements immunosuppresseurs.

Les manifestations les plus fréquemment rapportées et diagnostiquées sont neurologiques, majoritairement représentées par des méningites ne nécessitant qu’un traitement symptomatique et évoluant rapidement vers la guérison sans séquelles. Bien que tous les entérovirus soient potentiellement neurotropes, certains entérovirus comme l’echovirus 30 (E-30), l’E-6, l’E-11, l’E-13, l’E-18 ou le coxsackievirus B5 sont de manière prédominante impliqués dans les méningites, mais de nombreux autres types d’entérovirus peuvent aussi être associés. Une cocirculation annuelle de nombreux types d’entérovirus est observée, avec la prédominance d’un type particulier (représentant à lui seul au moins 50% des cas) lors des années où l’épidémie est plus marquée.

Dans de très rares cas, on peut observer des encéphalites (habituellement moins d’une dizaine de cas par an en France), des paralysies et des ataxies. Toutefois, au cours de l’année 2016, un épisode inhabituel de formes neurologiques graves avec mauvaise récupération (55 cas) a été enregistré, impliquant en majorité l’EV-A71 et l’EV-D68. Cet épisode affectait essentiellement des enfants (âge médian des cas : 3 ans) présentant des atteintes neurologiques de type encéphalite, rhombencéphalite et paralysie flasque aigue. Aucun autre épisode de ce type n'avait été jusqu’alors signalé en France. Sa détection a eu lieu dans un contexte de surveillance renforcée mise en place par Santé publique France et le CNR suite au signalement fin mai 2016 d’un foyer d'infections graves à entérovirus (majoritairement dues à EV-A71) en Catalogne.

Les autres symptomatologies comprennent  le syndrome pied-main-bouche (surtout associé aux coxsackievirus A-6, A-16 et A-10, plus rarement à l’entérovirus EV-A71 dans notre pays, contrairement à ce qui est observé en Asie), et des infections néonatales (surtout associées aux coxsackievirus B et à l’echovirus 11). Sont également rapportés des syndromes respiratoires le plus souvent peu sévères (associés notamment à l’EV-D68), des atteintes cardiaques (myocardites et péricardites aigues, impliquant surtout des coxsackievirus B), des syndromes digestifs (liés surtout aux echovirus).

Surveillance des entérovirus en France

En France, la surveillance des infections à entérovirus est assurée depuis 2000 par un réseau de laboratoires volontaires (Réseau de surveillance des entérovirus, RSE, coordonné par le CNR et Santé publique France). Les données d’activité concernant les diagnostics d’infection à entérovirus sont recueillies de façon mensuelle. Depuis 2013, elles sont saisies en ligne sur un site dédié, hébergé par le CNR à Clermont-Ferrand (http://cnr.chu-clermontferrand.fr). Cette surveillance cible majoritairement les infections neuro-méningées à EV.

Par ailleurs, depuis 2012, le CNR a mis en place une surveillance hospitalière renforcée des infections à EV sévères (notamment néonatales et respiratoires) et une surveillance communautaire des syndromes pied-main-bouche. En complément, une surveillance des passages aux urgences pour un diagnostic de méningite à entérovirus est assurée par le réseau Oscour de Santé publique France. Ce réseau a actuellement une couverture de près de 90% des services d’urgences adultes et pédiatriques au niveau national et permet une détection précoce de toute augmentation d’incidence de ces méningites.

Situation épidémiologique au 20 juin 2017

En 2017, les services d’urgence appartenant au système de surveillance Oscour de Santé Publique France ont commencé à observer une augmentation progressive du nombre de passages aux urgences pour méningites virales à partir de la semaine 16 (17 au 23 avril), s’accentuant de façon marquée semaine 22 (29 mai au 4 juin) et suivantes.  Au cours du mois de juin, le nombre hebdomadaire de cas était supérieur à celui observé sur la même période au cours des deux années précédentes, augurant une épidémie de méningites à entérovirus potentiellement plus marquée cette année. Le pic estival est habituellement observé fin juin-début juillet (semaine 26 ou 27) comme le montrent les figures 1 et 2.

Figure 2

Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données Oscour/Santé publique France, France entière, comparaison 2015-2017 (1er janvier au 18 juin 2017, données provisoires au 20/06/2017)

Figure 2 - Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données Oscour/Santé publique France, France entière, comparaison 2015-2017 (1er janvier au 18 juin 2017, données provisoires au 20/06/2017)

Les données en provenance du RSE montrent les mêmes tendances (cf. figures 1 et 3). Au 20 Juin, 432 cas d’infection avec détection positive de l’EV dans le LCR ont été déclarés par les laboratoires du RSE. D’après les résultats de typage disponibles à ce jour chez les patients avec détection de l’EV dans le LCR (n=97 dossiers), l’E-6 serait prédominant (34%), suivi par le CV-B5 (14,4%), l’E-5 (12,3%) et l’E-30 (11,3%). Tous les autres types identifiés représentent moins de 10% des virus identifiés.

Aucun cas de formes neurologiques graves liées aux EV-A71 ou EV-D-68 n’a été rapporté à ce jour. Sur la totalité des infections pour lesquelles un entérovirus a pu être typé, quelle que soit la forme clinique, 4 cas d’infection à EV-A71/C1 ont été identifiés à ce jour (sans critères de sévérité) et aucun cas d’infection à EV-D68.

Figure 3

LCR positifs pour les entérovirus par semaine, 1er janvier au 10 juin 2017, comparaison avec les années 2015-2016 (source : RSE, données provisoires, dernières semaines incomplètes pour 2017)

Figure 3 - LCR positifs pour les entérovirus par semaine, 1er janvier au 10 juin 2017, comparaison avec les années 2015-2016

En pratique 

L’analyse des données de surveillance laisse penser qu’au cours de l’été 2017, le nombre d’infections à EV pourrait être plus élevé que celui observé au cours de ces deux dernières années, sans que n’ait été signalée à ce jour d’augmentation du nombre de formes cliniques sévères, en particulier neurologiques.

Les infections à entérovirus restent en règle bénignes, avec un nombre important de cas asymptomatiques.  Toutefois, toute symptomatologie fébrile associée à une symptomatologie neurologique doit faire évoquer le diagnostic d’infection à entérovirus et impose une consultation médicale. L’évolution des méningites à entérovirus, symptomatologie la plus fréquente, se fait en règle générale vers la guérison, et le traitement antibiotique est inutile.

L’épisode d’atteintes neurologiques graves observé en 2016 a montré que, devant toute symptomatologie sévère, en particulier neurologique, pouvant évoquer un diagnostic d’infection à entérovirus, la recherche du génome des EV dans le LCR doit être complétée par la réalisation de prélèvements périphériques pour pouvoir confirmer le diagnostic, et permettre le génotypage de l’EV en cause. Toute atteinte neurologique sévère associée à une infection à EV doit être signalée à l’un des deux laboratoires du CNR.

Dans l’entourage des patients, le renforcement des règles d’hygiène familiale et/ou collective (lavage des mains notamment) est impératif afin de limiter la transmission de ces virus, notamment aux personnes immunodéprimées ou aux femmes enceintes.

  • En savoir plus :

Site web du CNR des Enterovirus/parechovirus : http://cnr.chu-clermontferrand.fr

Antona D, Kossorotoff M, Schuffenecker I, Mirand A, Leruez-Ville M, Bassi C, Aubart M, Moulin F, Lévy-Bruhl D, Henquell C , Lina B, Desguerre I. Severe paediatric conditions linked with EV-A71 and EV-D68, France, May to October 2016. Euro Surveill. 2016;21(46):pii=30402.

Archimbaud C, Ouchchane L, Mirand A, Chambon M, Demeocq F, Labbé A, Laurichesse H, Schmidt J, Clavelou P, Aumaître O, Regagnon C, Bailly JL, Henquell C, Peigue-Lafeuille H. Improvement of the Management of Infants, Children and Adults with a Molecular Diagnosis of Enterovirus Meningitis during Two Observational Study Periods. PLoS One 2013 Jul 11;8(7):e68571.

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Participants au RSE en 2017 : Amiens (D Hecquet, C Segard, G Duverlie), Angers (CT Tran, A Ducancelle, F Lunel-Fabiani), Bayonne (D Leyssene, A-C Jaouen), Besançon (Q Lepiller), Bordeaux (A Vilain-Parcé, ME Lafon, H Fleury) Brest (L Pilorgé, C Payan), Cahors (I Mendes Martin, N Wilhem), Caen (C Schanen, A Vabret), Clermont Ferrand (A Mirand, C Henquell, H Peigue-Lafeuille), Dijon (K Balay, C Manoha, JB Bour), Frejus (T Hubiche, P del Giudice), Grenoble (C Morel-Baccard, J Lupo, P Morand), Haguenau (J Exinger), Lille (M Lazrek,  D Hober), Limoges (S Rogez, S Alain), Lyon (I Schuffenecker, L Josset, G Billaud, B Lina), Marseille (L Ninove, R Charrel, X de Lamballerie), Montpellier (V Foulongne, M Segondy), Mulhouse (JM Delarbre), Nancy (S Berger, E Schvoerer), Nantes (M Coste-Burel) Nice (A Caramella, I Cannavo, V Giordanengo), Orléans (A Guigon, J Guinard), Paris – Cochin (AS L’honneur, F Rozenberg),  Paris – Necker (M Burgard, M Leruez), Paris – St Louis (M Salmona, J Legoff, P Lagrange), Paris – Trousseau (K Saloum, A Schnuriger, A Garbarg-Chenon), Poitiers (A Bourgoin, N Lévêque), Reims (L Andreoletti), Rennes (G Lagathu), Roanne (C Brechet), Rouen (V Lémée, M Gueudin, JC Plantier), St Etienne (S Pillet, B Pozzetto), Strasbourg (W Kack-Kack, S Fafi-Kremer), Toulouse (JM Mansuy, C Mengelle, J Izopet), Toulon-CHI (C Poggi), Toulon-HIA (F Janvier), Tours (K Stefic, C Gaudy, A Goudeau), Versailles (S Marque-Juillet, E Farfour), Villefranche (O Marchand, E Dorangeon).

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