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Points de situation

Publié le 22/06/2018

Point sur les infections à entérovirus au 20 juin 2018

Santé publique France

Centre national de référence pour les entérovirus et parechovirus

Direction des maladies infectieuses

12 rue du Val d’Osne
94415  SAINT MAURICE Cedex
Tél.  : 01 41 79 68 74
Fax : 01 41 79 68 72

CHU de Lyon

Laboratoire de Virologie
Centre de biologie Nord
103 Grande Rue de la Croix Rousse
69317  Lyon Cedex
Tél. : 04 72 07 10 56
Fax : 04 72 00 37 54

CHRU de Clermont Ferrand

Laboratoire de virologie
Centre de biologie
58 rue Montalembert
63003 Clermont Ferrand Cedex
Tél. : 04 73 75 48 50
Fax : 04 73 75 48 51

Contexte

Les entérovirus (EV) se distribuent partout dans le monde. Ils circulent tout au long de l’année dans les régions tropicales. Dans les zones tempérées telles que la France, on observe tous les ans, en été et automne, une augmentation des diagnostics d’infections à entérovirus  principalement liée à la recrudescence des méningites (cf. figure 1 ci-dessous). Cette augmentation peut s’observer dès le mois de mai mais survient le plus souvent en juin-juillet. En 2017, le pic estival a été observé semaine 26, suivi d’un second pic de moindre ampleur au cours de l’automne (S43).

Figure 1 - Infections à entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus RSE*, France, 1er janvier 2010 – 3 Juin 2018 (données provisoires au 8 juin 2018 ; n = 483 cas)

Figure 1 - Infections à entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus RSE*, France, 1er janvier 2010 – 3 Juin 2018 (données provisoires au 8 juin 2018 ; n = 483 cas)

Manifestations cliniques

Les infections humaines à entérovirus sont fréquentes et prennent des formes symptomatiques très variées. Elles touchent surtout les enfants de moins de 15 ans. La transmission du virus se fait par contact de personne à personne ou via des objets ou aliments contaminés à partir des virus excrétés au niveau du rhino-pharynx ou dans les selles. D’autres modes de transmission sont également possibles : via la salive, au contact de lésions cutanées dans le cas des syndromes pied-main-bouche, mais aussi par transmission materno-fœtale à l’origine d’infections néo-natales. L’infection est le plus souvent pauci symptomatique (affections fébriles non spécifiques) ou asymptomatique. L’évolution est en règle générale bénigne, hormis chez le nouveau-né qui peut développer une infection systémique potentiellement fatale et chez les patients avec une immunodépression de type humorale ou sous certains traitements immunosuppresseurs.

Les manifestations les plus fréquemment rapportées et diagnostiquées sont neurologiques, majoritairement représentées par des méningites ne nécessitant qu’un traitement symptomatique et évoluant rapidement vers la guérison sans séquelles. Bien que tous les entérovirus soient potentiellement neurotropes, certains types comme l’echovirus 30 (E-30), l’E-6, l’E-11, l’E-13, l’E-18 ou le coxsackievirus B5 sont les plus fréquemment impliqués dans les méningites. Une cocirculation annuelle de nombreux types d’entérovirus est observée, avec la prédominance d’un type particulier (représentant à lui seul au moins 50% des cas) lors des années où l’épidémie est plus marquée.

Les encéphalites (habituellement moins d’une dizaine de cas par an en France), les paralysies et les ataxies sont rares. Dans l’état actuel des connaissances, les atteintes neurologiques graves semblent être plus fréquemment associées à deux types d’EV : l’entérovirus A71 (complications majoritairement de type encéphalite) et l’entérovirus D68 (myélite flasque aigue). Une circulation accrue de ces deux types peut donc s’accompagner d’une recrudescence d’atteintes neurologiques graves, comme observé au cours des 20 dernières années lors d’épidémies de maladie pieds-mains-bouche associées à l’EV-A71 en Asie ou en 2014 et 2016 au décours d’épidémies d’infections respiratoires associées à l’EV-D68 aux Etats-Unis. En France, en 2016, une recrudescence inhabituelle de formes neurologiques graves (82 cas dont 32 avec séquelles selon l’évolution à court terme) a été enregistrée, impliquant en majorité l’EV-A71 et l’EV-D68. Les patients hospitalisés étaient principalement des enfants (âge médian: 3 ans) présentant des atteintes neurologiques de type encéphalite, rhombencéphalite et paralysie flasque aigue. Aucun autre épisode de ce type n'avait été jusqu’alors signalé en France. Sa détection a eu lieu dans un contexte de surveillance renforcée mise en place par Santé publique France et le CNR suite au signalement fin mai 2016 d’un foyer d'infections graves à entérovirus (majoritairement dues à EV-A71) en Catalogne. En 2017, 22 cas d’infections à EV-A71 ont été détectés (contre 144 en 2016) dont 7 associés à des atteintes neurologiques sévères. Par ailleurs, une étude longitudinale menée au CHU de Lyon entre 2010 et 2016 a montré une augmentation bisannuelle de la circulation de l’EV-D68 (principalement détectée à l’automne mais pouvant survenir dès le début de l’été). Toutes ces données épidémiologiques justifient la nécessité du maintien en 2018 d’une surveillance renforcée des atteintes neurologiques sévères et de la circulation de l’EV-D68 et de l’EV-A71 grâce au réseau de surveillance des infections à EV et celui de la maladie pieds-mains-bouche.

Les autres manifestations cliniques observées en France métropolitaine comprennent le syndrome pied-main-bouche (surtout associé aux coxsackievirus A6, A16 et A10, plus rarement à l’entérovirus EV-A71 dans notre pays, contrairement à ce qui est observé en Asie), et des infections néonatales fébriles le plus souvent sévères, pouvant occasionnellement entraîner le décès par défaillance cardiaque (surtout associées aux coxsackievirus B et à l’echovirus 11). Sont également rapportés des syndromes respiratoires le plus souvent peu sévères (associés notamment à l’EV-D68), des atteintes cardiaques (myocardites et péricardites aigues, impliquant surtout des coxsackievirus B) pour lesquelles il faut rappeler l’intérêt diagnostique de la recherche du génome (RT-PCR) dans le sang, des syndromes digestifs (liés surtout aux echovirus). Dans les DOM-TOM, comme dans d’autres pays tropicaux, sont rapportées des épidémies de conjonctivites hémorragiques de grande ampleur associées à la circulation du CV-A24 (Réunion 2014, Antilles 2017).

Surveillance des infections à entérovirus en France

En France, la surveillance des infections à entérovirus est assurée depuis 2000 par un réseau de laboratoires volontaires (Réseau de surveillance des entérovirus, RSE, coordonné par le CNR et Santé publique France). Les données d’activité concernant les diagnostics d’infection à entérovirus sont recueillies de façon mensuelle. Depuis 2013, elles sont saisies en ligne sur un site dédié, hébergé par le CNR à Clermont-Ferrand (http://cnr.chu-clermontferrand.fr).

Cette surveillance cible en priorité les infections neuro-méningées à EV. Par ailleurs, depuis 2012, le CNR a mis en place une surveillance hospitalière renforcée des infections à EV sévères (notamment néonatales et respiratoires) et une surveillance communautaire des syndromes pieds-mains-bouche. En complément, une surveillance des passages aux urgences pour un diagnostic de méningite à entérovirus est assurée par le réseau Oscour de Santé publique France. Ce réseau a actuellement une couverture de près de 90% des services d’urgences adultes et pédiatriques au niveau national et permet une détection précoce de toute augmentation d’incidence de ces méningites.

Situation épidémiologique

En 2018, les services d’urgence appartenant au système de surveillance OscourÒ de Santé publique France ont commencé à observer une augmentation progressive du nombre de passages aux urgences pour méningites virales à partir de la semaine 15 (9 au 15 avril), suivie d’un plateau en semaines 17 à 20 puis d’une nouvelle augmentation des cas semaine 21-23 (21 mai au 8 juin).  Cependant, le nombre hebdomadaire de cas est inférieur à celui observé sur la même période au cours de l’année 2017. Une ascension du nombre des cas est attendue, le pic estival est habituellement observé fin juin-début juillet (semaine 26 ou 27) comme le montrent les figures 1 et 2.

Figure 2 - Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données OscourÒ/Santé Publique France, France entière, comparaison 2016-2017 (1er janvier au 10 juin 2018, données provisoires)

Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données OscourÒ/Santé Publique France, France entière, comparaison 2016-2017 (1er janvier au 10 juin 2018, données provisoires)

Les données en provenance du RSE montrent les mêmes tendances (cf. figures 1 et 3). Au 08 Juin, 293 cas d’infection avec détection positive de l’EV dans le LCR ont été déclarés par les laboratoires du RSE (représentant 61% des cas d’infections à EV déclarés). D’après les résultats de typage disponibles à ce jour chez les patients avec détection de l’EV dans le LCR (n= 100 dossiers), l’ E-30 (27%) et l’E-9 (27%) seraient prédominants, suivi par l’E-25 (13%). Tous les autres types identifiés représentent moins de 10% des virus identifiés.

Sur la totalité des infections pour lesquelles un entérovirus a pu être typé, quelle que soit la forme clinique, 5 cas d’infection à EV-A71 ont été rapportés à ce jour, dont 4 chez des enfants ayant présenté une maladie pieds-mains-bouche et 1 chez une femme enceinte ayant présenté des signes d’encéphalite (détection dans le LCR – évolution favorable). Une infection à EV-D68 a été diagnostiquée chez un patient ayant présenté un déficit du membre supérieur droit avec aphasie au décours d’un syndrome d’allure grippale.

Figure 3 - LCR positifs pour les entérovirus par semaine depuis le 1er janvier 2018, comparaison avec les années 2016-2017 (source : RSE*, données provisoires au 8 juin 2018)

Figure 3 - LCR positifs pour les entérovirus par semaine depuis le 1er janvier 2018, comparaison avec les années 2016-2017 (source : RSE*, données provisoires au 8 juin 2018)

En pratique

Au 08 Juin, les données collectées semblent indiquer un début d’épidémie de méningites comparable à celle observée en 2016, sans qu’il soit possible de prévoir l’ampleur de celle-ci au cours de l’été 2018. Aucune augmentation du nombre de formes cliniques sévères, en particulier neurologiques, n’a été signalée.  L’EV-A71 et l’EV-D68 ont été détectés de manière sporadique, mais aucune augmentation de leur circulation n’a été observée.

Les infections symptomatiques à entérovirus sont le plus souvent bénignes. Toutefois, toute symptomatologie fébrile associée à une symptomatologie neurologique doit faire évoquer le diagnostic d’infection à entérovirus et impose une consultation médicale. L’évolution des méningites à entérovirus, symptomatologie la plus fréquente, se fait en règle générale vers la guérison, et tout traitement antibiotique est inutile.

Devant toute symptomatologie sévère, en particulier neurologique, pouvant évoquer un diagnostic d’infection à entérovirus, la recherche du génome des EV dans le LCR doit être complétée par la réalisation de prélèvements périphériques (prélèvements naso-pharyngés, selles) pour  confirmer le diagnostic, et permettre le génotypage de l’EV en cause. Toute atteinte neurologique sévère associée à une infection à EV doit être signalée à l’un des deux laboratoires du CNR.

Dans l’entourage des patients, le renforcement des règles d’hygiène familiale et/ou collective (lavage des mains notamment) est impératif afin de limiter la transmission de ces virus, notamment aux personnes immunodéprimées ou aux femmes enceintes.

Pour en savoir plus :

Site web du CNR des Enterovirus/parechovirus : http://cnr.chu-clermontferrand.fr

Revues synthétiques

Mirand A, Bailly JL, Peigue-Lafeuille H, Henquell C. Entérovirus D68 : un virus à haut potentiel pathogène et épidémique. Virologie 2018 ; 22 :41-53

Peigue-Lafeuille H, Mirand A, Bailly JL, Henquell C. Entérovirus et parechovirus. EMC Maladies infectieuses 2016 ; 13 :1-19.

Peigue-Lafeuille H, Mirand A. Epidémiologie et diagnostic des méningites à entérovirus : quand prescrire ? Qu’en attendre ? Feuillets de biologie 2016 ; 333 :17-26.

Articles spécifiques sur les EV-A71 et EV-D68

Kramer R, Sabatier M, Wirth T, Lina B, Schuffenecker I, Josset L. Molecular diversity and biennial circulation of enterovirus D68 from 2010 to 2016: a systematic screening study in Lyon, France. Euro Surveill  2018 in press

Esposito S, Chidini G, Cinnante C, Napolitano L, Giannini A, Terranova L, Niesters H, Principi N, Calderini E. Acute flaccid myelitis associated with enterovirus-D68 infection in an otherwise healthy child. Virol J. 2017 Jan 11;14(1):4. Consultable en ligne: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28081720 .

Messacar K, Schreiner TL, Van Haren K, Yang M, Glaser CA, Tyler KL, Dominguez SR. Acute flaccid myelitis: a clinical review of US cases 2012-2015. Ann Neurol. 2016; 80(3):326-38.

Antona D, Kossorotoff M, Schuffenecker I, Mirand A, Leruez-Ville M, Bassi C, Aubart M, Moulin F, Lévy-Bruhl D, Henquell C , Lina B, Desguerre I. Severe paediatric conditions linked with EV-A71 and EV-D68, France, May to October 2016. Euro Surveill. 2016; 21(46):pii=30402.

Schuffenecker I, Mirand A, Josset L, Henquell C, Hecquet D, Pilorgé L, Petitjean-Lecherbonnier J, Manoha C, Legoff J, Deback C, Pillet S, Lepiller Q, Mansuy JM, Marque-Juillet S, Antona D, Peigue-Lafeuille H, Lina B. Epidemiological and clinical characteristics of patients infected with enterovirus D68, France, July to December 2014. Euro Surveill. 2016 May 12;21(19).

ECDC. Rapid risk assessment. Enterovirus detection associated with severe neurological symptoms in children and adults in European countries. 8 August 2016.

ECDC. Rapid risk assessment. Outbreak of enterovirus A71 with severe neurological symptoms among children in Catalonia, Spain 14 June 2016. Consultable en ligne: http://ecdc.europa.eu/en/publications/Publications/07-06-2016-RRA-Enterovirus%2071-Spain.pdf

ECDC. Rapid risk assessment. Enterovirus 68 detected in the USA, Canada and Europe, November 2014. Consultable en ligne: http://ecdc.europa.eu/en/publications/Publications/Enterovirus-68-detected-in-the-USA-Canada-Europe-second-update-25-November-2014.pdf

Schuffenecker I, Mirand A, Antona D, Henquell C, Chomel JJ, Archimbaud C, Billaud G, Peigue-Lafeuille H, Lina B, Bailly JL. Epidemiology of human enterovirus 71 infections in France, 2000-2009. J Clin Virol. 2011 Jan;50(1):50-6.

Solomon T, Lewthwaite P, Perera D, Cadosa MJ, McMinn P, Ooi MH. Virology, epidemiology, pathogenesis and control of enterovirus 71. Lancet Infect Dis. 2010; 10:778-790.

Participants au RSE en 2018 :

Amiens (D Hecquet, C Segard, G Duverlie), Angers (CT Tran, A Ducancelle, F Lunel-Fabiani), Bayonne (D Leyssene, A-C Jaouen), Besançon (Q Lepiller), Bordeaux (C Tumiotto, ME Lafon, H Fleury) Brest (L Pilorgé, C Payan), Cahors (I Mendes Martin, N Wilhem), Caen (C Schanen, A Vabret), Clermont Ferrand (A Mirand, C Henquell, H Peigue-Lafeuille), Dijon (K Balay, JB Bour), Frejus (T Hubiche, P del Giudice), Grenoble (S Larrat, J Lupo, P Morand), Haguenau (J Exinger), Lille (M Lazrek,  D Hober), Limoges (S Rogez, S Alain), Lyon (I Schuffenecker, L Josset, G Billaud, B Lina), Marseille (L Ninove, R Charrel, X de Lamballerie), Montpellier (V Foulongne, M Segondy), Mulhouse (JM Delarbre), Nancy (S Berger, E Schvoerer), Nantes (M Coste-Burel) Nice (, I Cannavo, V Giordanengo), Orléans (A Guigon, J Guinard), Paris – Cochin (AS L’honneur, F Rozenberg),  Paris – Necker (M Burgard, M Leruez), Paris – St Louis (M Salmona, J Legoff, P Lagrange), Paris – Trousseau (K Saloum, A Schnuriger, A Garbarg-Chenon), Poitiers (A Bourgoin, N Lévêque), Reims (L Andreoletti), Rennes (G Lagathu), Roanne (C Brechet), Rouen (V Lémée, JC Plantier), St Etienne (S Pillet, B Pozzetto), Strasbourg (W Kack-Kack, S Fafi-Kremer), Toulouse (JM Mansuy, C Mengelle, J Izopet), Toulon-CHI (C Poggi), Toulon-HIA (F Janvier), Tours (K Stefic, C Gaudy, A Goudeau), Versailles (S Marque-Juillet), Villefranche (O Marchand, E Dorangeon).

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