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Points de situation

Publié le 23/09/2011

Point sur les infections à entérovirus : recrudescence saisonnière au 15 septembre 2011.

Contexte

Les entérovirus se distribuent partout dans le monde. Ils circulent tout au long de l’année dans les régions tropicales. Dans les zones tempérées telles que la France, ils circulent peu en hiver et au printemps, mais on observe tous les ans, en été et automne, une augmentation des diagnostics d’infections à entérovirus (figure 1). Cette augmentation peut s’observer dès le mois de mai mais survient plus souvent en juin.

Figure 1

Entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus, France, 2000-2010

Entérovirus : distribution des cas positifs par semaine, réseau de surveillance des entérovirus, France, 2000-2010

Manifestations cliniques

Les infections humaines à entérovirus sont fréquentes et prennent des formes symptomatiques très variées. Elles touchent surtout les enfants de moins de 15 ans. La transmission du virus se fait par contact de personne à personne à partir des virus excrétés dans les selles. Pour la grande majorité des sujets infectés, l’évolution est tout à fait bénigne, hormis chez le nouveau-né chez qui, surtout en cas de prématurité, peut se développer une infection systémique potentiellement fatale.

Lorsque l’infection est symptomatique, les manifestations les plus fréquemment observées sont cérébro-méningées, majoritairement représentées par des méningites ne nécessitant pas de traitement et évoluant rapidement vers la guérison complète sans séquelles. Dans de rares cas, on peut aussi observer des encéphalites (une dizaine de cas par an en France), des paralysies et des ataxies. Les entérovirus impliqués de manière prédominante dans les méningites sont des entérovirus dits "neurotropes" comme l’echovirus 30 (E-30), l’E-6, l’E-11, l’E-13, l’E-18 ou le coxsackievirus B5, mais de nombreux autres sérotypes d’entérovirus peuvent être associés. Les années au cours desquelles l’épidémie est plus marquée, un sérotype ou deux sérotypes majoritaires– représentant plus de 60 % des sérotypes identifiés- sont détectés (en caractères bleu-gras dans le tableau ci-dessous : années 2000, 2005 et 2009). Les années au cours desquelles l’épidémie est moins marquée co-existent plusieurs sérotypes représentant chacun moins de 30 % des sérotypes identifiés.

Les autres symptomatologies comprennent essentiellement le syndrome pied-main-bouche (surtout associé au coxsackievirus A16 et à l’entérovirus 71), des syndromes respiratoires peu sévères (surtout associés aux coxsackievirus A et B2-B5), des atteintes cardiaques (myocardites et péricardites aiguës, impliquant surtout des coxsackievirus B3), des syndromes digestifs (liés surtout aux echovirus). Les entérovirus les plus souvent rencontrés en pathologie néo-natale sont l’echovirus 11 qui représente la moitié des cas publiés, et les coxsackievirus B (sauf le type 6) qui sont en cause dans un tiers des cas. Les principaux entérovirus ayant circulé en France ces dernières années sont présentés dans le tableau suivant (E : echovirus et CV : coxsackievirus).

Année

Entérovirus*

2000

 E-30 (41 %), E-13 (32 %), E-6 (11 %)

2001

 E-6 (22 %), E-30 (16 %)

2002

 E-11 (29 %), E-6 (13 %)

2003

 CV-B5 (18 %), E-9 (12 %)

2004

 E-7 (15 %), E-30 (14 %), CV-B2 (12 %)

2005

 E-30 (61 %)

2006

 CV-B5 (21 %), E-13 (13 %), E-30 (11 %)

2007

 E-11 (24 %), E-18 (12 %)

2008

 E-30 (35 %), CV-A9 (14 %)

2009

 E-30 (60 %)

2010

 E-6 (11 %)

* Les autres virus comptaient chaque année pas moins de 10 % du total des entérovirus identifiés.

Situation épidémiologique au 15 septembre 2011

Les services d’urgence appartenant au Système de surveillance Oscour/InVS (couverture de 50 % des services d’urgences au niveau national, et de 70 % pour l’Ile-de-France) ont observé une augmentation du nombre de passages aux urgences pour méningites virales, plus précoce qu’en 2010, année peu épidémique (figure 2). Cette augmentation s’est accélérée au cours du mois de juin avec un pic observé semaine 25 (20 au 25 juin), suivi d’une décroissance du nombre des cas en août et une ré-ascension dans les premiers jours de septembre laissant présager un second pic automnal.

Figure 2

Passages aux urgences pour méningite à entérovirus, données OSCOUR*, France entière, comparaison 2010-2011

Illustration figure 2

Au niveau du Réseau de surveillance des entérovirus, le pic estival a été noté semaine 26 (27 juin au 3 juillet), les données recueillies pour le mois d’août sont encore provisoires (figure 3), et les laboratoires du réseau ne devraient pas tarder à observer une recrudescence d’activité en septembre.

L’augmentation d’activité s’est révélée hétérogène en fonction des régions, avec un profil épidémique noté dès avril en région Rhône-Alpes et Paca, et plus tardif d’autres régions (Normandie, Bretagne, Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon).

Figure 3

LCR : positifs pour les entérovirus par semaine, printemps et été 2011, comparaison avec les années 2009-2010

Illustration figure 3

Source : RSE, semaines 18-52, données provisoires pour 2011.

La surveillance effectuée par le Centre national de référence des entérovirus à partir des prélèvements provenant du CHU de Lyon a montré un démarrage précoce de l’épidémie (mi-avril), une intensification nette en mai et juin (pic en S26) suivie d’une décroissance à partir de début juillet. Entre les semaines 14 et 34, 210 LCRs ont été trouvés positifs contre 94 en 2010 et 192 en 2009 à la même période). Le génotypage des virus détectés au CHU de Lyon a rapidement mis en évidence la circulation prédominante d’un nouveau variant génétique de l’echovirus 6, présentant plus de 15 % de divergence nucléotidique avec les séquences décrites précédemment en France (notamment en 2010). Ce variant a, par la suite, été identifié à Angers, Brest, Bordeaux, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Limoges, Montpellier, Nantes, Paris, Rennes, Rouen, Saint-Etienne, Tours, et a circulé de manière plus ou moins marquée selon les régions. Il a été majoritairement associé à des syndromes méningés et à des syndromes fébriles du nouveau-né et du nourrisson. Peu de formes sévères ont été décrites en dehors de tableaux convulsifs fébriles partiels ou généralisés d’évolution favorable et d’un syndrome de choc en période néonatale.

En pratique

Il est très probable que nous assistions cette année à un second pic épidémique à l’automne. Ces infections sont en règle bénignes (y compris pour ce qui concerne ce nouveau variant), avec un nombre important de cas restant asymptomatiques. Il est toutefois nécessaire, devant une symptomatologie évocatrice, de consulter un médecin pour pouvoir confirmer (ou infirmer) le diagnostic de méningite virale. La guérison est complète et rapide. L’utilisation de traitement antibiotique n’est pas indiquée dans le cas de la méningite virale (contrairement aux méningites bactériennes). Par contre, il est impératif de renforcer les règles d’hygiène familiale et/ou collective (lavage des mains notamment) dans l’entourage des patients afin de limiter la transmission du virus.

  • En savoir plus :

Schuffenecker I, Mirand A, Antona D, Henquell C, Chomel JJ, Archimbaud C, Billaud G, Peigue-Lafeuille H, Lina B, Bailly JL. Epidemiology of human enterovirus 71 infections in France, 2000-2009. J Clin Virol 2011 Jan;50(1):50-6.

Antona D, Lévêque N, Chomel JJ, Dubrou S, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance of enteroviruses in France, 2000-2004. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2007;26(6): 403-12.

Antona D, Lévêque N, Dubrou S, Chomel JJ, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance des entérovirus en France métropolitaine, 2000-2004. Bull Epidémiol Hebd 2005;39-40:200-2.

Melnick JL. Poliovirus and other enteroviruses in: Evans AS, Kaslow RA: Viral Infections of humans. Epidemiology and control. Ed Plenum medical book company, New York 1997, pp. 583-663.

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