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Points d'actualités

Publié le 21/02/2018

Épidémie de rougeole en France. Actualisation des données de surveillance au 20 février 2018.

Données provisoires à la date de l’analyse / preliminary data

Du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2017, plus de 24 500 cas de rougeole ont été déclarés en France (dont près de 15 000 cas pour la seule année 2011). Après avoir fortement diminué en 2012, le nombre de cas déclarés est resté stable en 2013 et 2014 (respectivement 859, 259 et 267 cas). En 2015, le nombre de cas augmentait de nouveau (364 cas), en lien avec un important foyer épidémique en Alsace (230 cas). En 2016, une circulation moindre du virus de la rougeole a été notée avec seulement 79 cas déclarés, mais elle s’est intensifiée en 2017 avec un total de 519 cas déclarés, en lien surtout avec des foyers épidémiques en Lorraine, Nouvelle Aquitaine et Occitanie (pour en savoir plus : bilan épidémiologique rougeole 2017).
Au cours de ces dix années, plus de 1 500 de ces cas ont présenté une pneumopathie grave, 38 une complication neurologique (35 encéphalites, 1 myélite, 2 Guillain-Barré) et 11 sont décédés. Mais 9 décès supplémentaires ont pu être identifiés lors de l’analyse  des certificats de décès parvenus à l’Inserm CépiDC entre 2008 et 2014 , portant à 20 le nombre total de décès de rougeole survenus sur la période 2008-2017.

Au 20 février 2018, avec 429 cas déclarés depuis le début de l’année, l’incidence a été multipliée par 7 comparativement à celle observée sur la même période en 2017 (Fig. 1), en lien avec un important foyer épidémique en nouvelle Aquitaine (70% des cas déclarés) qui persiste depuis novembre 2017. Dix neuf cas ont dû être hospitalisés dans un contexte de pneumopathie sévère, dont 6 en réanimation. Parmi ces derniers cas, une jeune femme, non vaccinée, est décédée à l’âge de 32 ans, portant à 21 le nombre de décès par rougeole depuis 2008. De plus, un cas de rougeole néo-natale a été déclaré chez un nouveau-né d’une femme enceinte non vaccinée, né prématurément à 33 semaines d’amménorrhée. Plusieurs foyers de cas groupés sont actuellement signalés dans des communautés précaires peu ou non vaccinées, mais aussi dans des crèches, des établissements scolaires et des établissements de soins.

La figure 1 montre l’évolution de l’incidence des cas déclarés par mois, depuis le 1er janvier 2008, mettant en évidence les 4 vagues épidémiques majeures survenues entre 2008 et 2012, et la nouvelle augmentation brutale des cas observée depuis fin 2017. Les mêmes tendances ont également été observées pour les passages hebdomadaires pour cause de rougeole recensés par le système de surveillance OSCOUR dans les services d’urgences (Fig. 2)

Figure 1

Cas de rougeole par mois - Déclarations obligatoires, France, Janvier 2008 – 16 février 2018 / Number of measles cases per month – Mandatory notification, France, January 2008 – 16 February 2018

Cas de rougeole par mois - Déclarations obligatoires, France, Janvier 2008 – 16 février 2018

Figure 2

Nombre de passages hebdomadaires aux urgences pour rougeole - France métropolitaine du 01/01/2010 au 11/02/2018 / Number of measles cases diagnosed in emergency wards per week - Metropolitan France (01/01/2010 to 11/02/2018)

Nombre de passages hebdomadaires aux urgences pour rougeole - France métropolitaine du 01/01/2010 au 11/02/2018

L’incidence des cas déclarés au cours des 12 derniers mois, rapportée à la population générale de l’ensemble du territoire, est de 1,37 cas pour 100 000 habitants, supérieure au seuil de 0,1 cas pour 100 000 habitants retenu par l’OMS pour l’élimination de la maladie. Ce seuil est dépassé dans 59 départements, principalement situés dans la moitié sud de la France métropolitaine.

Figure 3

Distribution géographique des cas déclarés au cours des 12 derniers mois du 17/02/17 au 16/02/18 (n=885) / Geographical distribution of notified measles cases during last 12 months, 17/02/17 to 16/02/18 (n=885)

Distribution géographique des cas déclarés au cours des 12 derniers mois du 17/02/17 au 16/02/18 (n=885)

Figure 4

Incidence des cas de rougeole déclarés par groupes d’âge, France, du 17/02/17 au 16/02/18 (n=885) / Incidence of notified measles cases by age groups, France, du 17/02/17 au 16/02/18 (n=885)

Incidence des cas de rougeole déclarés par groupes d’âge, France, du 17/02/17 au 16/02/18 (n=885)

Les données montrent que l’âge médian des cas déclarés sur les douze derniers mois est de 16 ans (extrêmes : 1 jour-78 ans). Le taux d’incidence le plus élevé est observé chez les enfants de moins de 1 an (10,7/100 000), non ciblés par la vaccination et ne pouvant être protégés que si leur entourage est immunisé contre la maladie. Ceci est très préoccupant car les complications (neurologiques ou pulmonaires notamment) sont plus fréquentes et sévères dans ce groupe d’âge ainsi que chez les jeunes adultes.

Conclusion

L’épidémiologie actuelle de la rougeole montre que la France est toujours endémique vis-à-vis de l’infection et l’ascension rapide du nombre des cas sur les premières semaines de 2018 peut faire craindre une nouvelle épidémie d’ampleur importante, comme cela a été observé dans plusieurs autres pays européens en 2017 : Roumanie (plus de 5500 cas) l’Italie (plus de 5000 cas), Grèce (près de 1000 cas), l’Allemagne (plus de 900 cas) ou la Belgique (près de 400 cas)[1]. 

L’existence de cas déclarés dans la quasi-totalité des régions ne met pas les départements indemnes de rougeole aujourd’hui à l’abri d’une extension de la circulation virale dans un avenir proche. Ceci est d’autant plus à craindre qu’aucun département n’atteint actuellement les 95% de couverture vaccinale à 2 ans pour les 2 doses de vaccin, taux requis pour permettre l’élimination de la maladie. D’autre part, ces données mettent en évidence des cas groupés dans des communautés incomplètement ou non vaccinées, telles les gens du voyage, les Roms ou des populations précaires fréquentant les centres d’hébergement, populations peu ou non vaccinées qui devraient pouvoir bénéficier de mesures de prévention ciblées. De plus, la mise en évidence de plusieurs foyers nosocomiaux doit aussi inciter les soignants à mettre rapidement à jour leur statut vaccinal vis-à-vis de la rougeole.

Les cliniciens doivent donc vérifier systématiquement, et, le cas échéant mettre à jour, le statut vaccinal vis-à-vis de la rougeole  de toute personne âgée d’au moins 12 mois et née après 1980. Selon le calendrier vaccinal en vigueur[2], toutes ces personnes devraient avoir reçu 2 doses de vaccin trivalent (rougeole-oreillons-rubéole). De plus, vis-à-vis de l’entourage proche d’un patient atteint de rougeole, la mise en œuvre des mesures de prophylaxie post-exposition (vaccination ou immunoglobulines polyvalentes[3]) est essentielle.

[1] ECDC Surveillance report- Monthly measles and rubella monitoring report-February 2018 https://ecdc.europa.eu/en/publications-data/monthly-measles-and-rubella-monitoring-report-february-2018

[2] Direction Générale de la Santé - Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2018 : http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/calendrier_vaccinations_2018.pdf

[3]  Haut Conseil de la Santé Publique – Guide pour l'immunisation en post-exposition. Vaccination et immunoglobulines. http://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=548

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