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Borréliose de lyme

Publié le 16/09/2013 - Dernière mise à jour le 13/10/2016

Points sur les connaissances

Qu'est-ce que la borréliose de lyme ?

La borréliose de Lyme est une maladie infectieuse, non contagieuse, causée par une bactérie du complexe Borrelia (B) burgdorferi senso lato (principales espèces pathogènes en Europe : B.afzelii, B. garinii et B. burgdorferi sensu stricto), et transmise à l’Homme par piqures de tiques dures du genre Ixodes, infectées. La maladie s’exprime par diverses manifestations dermatologiques, neurologiques, articulaires et plus rarement cardiaques ou ophtalmiques. Cette zoonose est présente en Europe, Amérique du Nord et les régions tempérées de l’Asie. Elle est la première maladie vectorielle en Europe avec une estimation annuelle de 85 000 cas (http://www.eucalb.com/).

Comment se fait la transmission ?

La transmission de Borrelia burgdorferi se fait à l’Homme par piqure d’une tique du complexe Ixodes ricinus infectée. Pendant le repas sanguin qui suit la piqure, les bactéries de l’intestin de la tique passent vers ses glandes salivaires. La transmission par la salive dépend du temps de contact et du taux d’infestation de la tique. Dans les études américaines le risque de transmission apparaît faible pour des durées d’attachement inférieures à 72 heures. En Europe, des données expérimentales et cliniques ont montré que ce délai est plus court avec un risque réel après 24 heures d’attachement. Ce délai dépend du vecteur et de la bactérie car il a été démontré que la transmission de B azfelii est plus rapide que celle de B burgdorferi sensu stricto. L’Homme peut être piqué par une tique à tout stade de son développement (larve, nymphe, adulte). Les nymphes semblent être responsables de la plupart des transmissions. Elles sont en effet, plus nombreuses que les adultes, plus à même de piquer l’Homme (plus de 80 % des piqures dans certaines régions) et aussi moins à même d’être détectées lorsqu’elles sont attachées. Entre 2005 et 2009, le Centre national de référence Borrelia a collecté 17 000 tiques dans des forêts situées dans 15 communes réparties dans 9 départements de quatre régions métropolitaines (Basse-Normandie, Haute-Normandie, Limousin et Ile-de-France). Chaque année, le taux d’infection était plus élevé chez les adultes que les nymphes sauf en 2009. Le taux d’infection médian chez les adultes variait de 19 % dans le Limousin à 8 % en Basse-Normandie et pour les nymphes de 12 % en Limousin à 8 % en Basse-Normandie. En Europe, la prévalence moyenne de l’infection à Borrelia burgdorferi dans les tiques est de 13.7 % (0-49,1 %) bien que la prévalence soit plus élevée chez les adultes (18,6 %) que chez les nymphes (10,1 %). Les taux d’infestation les plus élevées (nymphes >11 % ; adultes >20 %) ont été observés en Europe centrale (Autriche, République Tchèque, Allemagne, Suisse, Slovénie et Slovaquie) (Rizzoli et al. 2011).

La borréliose de Lyme ne se transmet pas :

  • de personne à personne
  • par contact direct avec des animaux
  • par voie alimentaire (par exemple : venaison)
  • par piqure d’autres insectes

Aucun cas de borréliose de Lyme n’a été à ce jour lié à une transfusion sanguine. Des études ont cependant montré que la bactérie Borrelia burgdorferi pouvait survivre dans du sang stocké pour des dons (Nadelman RB et al. 1990 ; Johnson SE et al. 1990). Les données d’études anciennes suggérant que la borréliose de Lyme pouvaient contribuer à des issues de grossesse défavorables n’ont pas été confirmées par des études ultérieures (Maraspin V et al. 1999 ; .Strobino B et al. 1999).

En 2016, le Haut Conseil de la santé publique a émis un avis relatif à la borréliose de Lyme concernant le risque de transmission par voie materno-fœtale et lors de l’accouchement, par le lait maternel, par voie sexuelle, et via les produits sanguins labiles, les greffes d’organes, de tissus et de cellules (avis du 19/02/2016).

Quelles sont les manifestations cliniques ?

Un diagnostic de borréliose de Lyme peut être envisagé si le patient a été exposé à un risque de piqure de tique. Néanmoins, un antécédent documenté de piqure de tique n’est pas indispensable car une piqure de tique peut passer inaperçue.La borréliose de Lyme est habituellement classée en trois stades :

Borréliose de Lyme précoce localisée

Elle survient de 3 à 30 jours après la piqure de tique et est caractérisée par une manifestation cutanée typique, l’érythème migrant. L’érythème migrant est la manifestation la plus fréquente (60 à 90 % des cas) et la plus évocatrice de la borréliose de Lyme. Il s’agit d’une tache érythémateuse, au site de la piqure de tique, indolore et de croissance annulaire et centrifuge.

Borréliose de Lyme précoce disséminée

Elle survient de plusieurs jours à plusieurs semaines après la piqure de tique et se présente au plan symptomatique sous la forme d’érythèmes migrants multiples ou de manifestations neurologiques (méningoradiculite, paralysie faciale, méningite isolée, myélite aiguë) ou plus rarement de manifestations articulaires (arthrite avec notion d’épanchement d’une grosse articulation comme le genou), cutanée (lymphocytome borrélien), cardiaques ou ophtalmologiques.

Borréliose de Lyme tardive

Elle survient plusieurs mois ou années après la piqure de tique et est caractérisée par des manifestations articulaires ou cutanées (acrodermatite chronique atrophiante) ou neurologiques spécifiques rares (encéphalomyélite).Les manifestations cliniques de la borréliose de Lyme précoce disséminée et tardive n’apparaissent qu’en l’absence de traitement antibiotique, notamment lorsque la borréliose de Lyme précoce localisée est passée inaperçue.

Le syndrome "post-Lyme", appelé par excès "maladie chronique de Lyme", correspond à l’association d’une asthénie, d’algies diffuses et de plaintes cognitives (troubles de la mémoire et de l’attention) alléguées au décours d’une infection préalable à Borrelia burgdorferi documentée sur le plan biologique et correctement traitée. Plusieurs arguments conduisent à ne pas retenir la responsabilité d’une infection active à Borrelia burgdorferi senso lato dans ce syndrome : un examen neurologique normal, l’absence d’anomalies objectives au plan cognitif, l’absence d’anomalie biologique du LCR et l’absence d’efficacité de la reprise d’un traitement antibiotique (en savoir plus site internet de la Spilf).

Cette question des formes chroniques ou tardives fait l’objet de controverses au sein de la communauté scientifique et de la société.
La Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française a pris position dans une communication intitulée « Position de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française à propos de la Maladie de Lyme » et en accord avec l’avis du Haut Conseil de santé publique du 28 mars 2014.

L'Académie nationale de médecine a pris position dans un communiqué (20 septembre 2016).

Outils biologiques pour le diagnostic de la borréliose de Lyme

Le diagnostic de borréliose de Lyme est fondé avant tout sur l’observation de signes cliniques objectifs (principalement cutanés, neurologiques et articulaires) et sur des éléments d’anamnèse : antécédents de piqure de tique ou d’exposition à un risque de piqure. En raison de la faible spécificité de la majorité des manifestations cliniques de la borréliose de Lyme précoce disséminée et tardive, un test biologique est nécessaire pour confirmer le diagnostic de ces manifestations à ces stades de la maladie. Un test biologique n’est pas recommandé au stade précoce localisé de la maladie (forme la plus fréquente) en raison de nombreux faux négatifs au stade d’érythème migrant. Les tests biologiques reposent essentiellement sur des techniques indirectes (sérologie : recherche d’anticorps spécifiques). Les techniques de recherche directe de la bactérie sont réservées à des laboratoires spécialisés. Le test sérologique est basé sur une approche en deux étapes, un test de dépistage (ELISA, IFI) systématiquement suivi d’un test de confirmation par immuno-empreinte (Western-Blot ou immuno-blot) lorsque le résultat du test de dépistage est positif ou douteux. En fonction des formes cliniques, certains examens sont essentiels au diagnostic et d’autres sont optionnels.

La sérologie n’a pas d’indication dans les situations suivantes :

  • le dépistage systématique des sujets exposés
  • une piqure de tique sans manifestation clinique
  • l’érythème migrant typique
  • le contrôle sérologique systématique des patients traités.

Quelle est la prise en charge de la borréliose de Lyme ?

Le traitement de la borréliose de Lyme repose sur une antibiothérapie. Le traitement de la borréliose de Lyme précoce localisée a pour objectif l’éradication des Borrelia burgdorferi sensu lato afin d’éviter la progression vers des formes disséminées puis chroniques. L’antibiothérapie est aussi recommandée pour le traitement des manifestations disséminées précoces et tardives. Des recommandations thérapeutiques ont été développées par la Conférence de Consensus.

Comment prévenir la maladie au niveau individuel ?

A la différence de l’encéphalite à tiques, autre maladie transmise par les tiques, il n’existe pas actuellement de vaccin disponible contre la borréliose de Lyme.La prévention individuelle est essentielle et repose sur des mesures évitant la transmission des Borrelia par piqure de tiques. Ces mesures sont de trois ordres : protection mécanique, examen minutieux du corps après une exposition au risque de piqure et retrait des tiques. Les activités exposant aux piqures de tiques sont des activités qui se déroulent dans des lieux favorables à la présence des tiques (zones boisées, prairies, etc.) pendant la période d’activité des tiques, d’avril à novembre. Il peut s’agir d’activités de loisirs telles qu’une promenade en forêt ou d’activités professionnelles (forestiers, bucherons). La marche sur les chemins bien tracés sans végétation dense et sans hautes herbes, le port de vêtements couvrants, éventuellement de vêtements imprégnés de répulsifs, limitent le risque de piqures par des tiques. Le port de vêtements clairs permet de repérer plus rapidement les tiques non encore fixées sur la peau. Après exposition, tout le corps devrait être minutieusement inspecté avec une attention particulière pour les zones à peau fine et peu visibles telles les plis cutanés derrière les genoux, les aisselles, les zones génitales, le nombril et en particulier chez le jeune enfant le cuir chevelu, le cou, l’arrière des oreilles. Cet examen doit être attentif car la tique, le plus souvent au stade de nymphe, ne mesure que 1 à 3 mm. Il peut être utile de faire une nouvelle inspection le lendemain car la tique, en partie gorgée de sang, sera plus visible. Le retrait de la tique doit être le plus rapide possible pour éviter la transmission des Borrelia. Ce retrait ne doit pas se faire par traction (risque de laisser les pièces buccales de la tique dans la peau d’où réaction cutanée sans transmission de Borrelia) ou par compression du corps de la tique (risque de reflux de la salive de la tique vers la peau de l’hôte d’où risque de transmission de Borrelia). L’outil le plus adapté associe préhension sans compression du corps de la tique et retrait par rotation pour tirer la tique. Cet outil est disponible en pharmacie. Il faut désinfecter le site de piqûre après le retrait et non avant car l’antiseptique pourrait induire la régurgitation de la tique. L’utilisation de vaseline, éther, essence, alcool, anesthésiques locaux ou toute autre substance biologique ou chimique est déconseillée. Ces produits sont en effet susceptibles de provoquer une régurgitation et donc la transmission de Borrelia. Après le retrait de la tique, la zone de piqure doit être surveillé pendant 4 semaines à la recherche d’une surinfection locale et surtout de l’apparition d’un érythème migrant. L’apparition de signes généraux (fièvre, malaise, courbatures) doit conduire à consulter son médecin. Conformément aux conclusions de la conférence de consensus, l’antibioprophylaxie systématique après morsure de tique n’est pas recommandée. Elle peut être discutée au cas par cas dans des situations jugées à haut risque de contamination. Il n’existe pas d’immunité acquise contre la borréliose de Lyme. Les mesures individuelles de prévention s’appliquent aussi aux personnes ayant eu une borréliose de Lyme.

Les co-infections

Les tiques peuvent être co-infectées par différents agents pathogènes. La transmission simultanée de différents agents pourrait expliquer des formes cliniques atypiques et la résolution incomplète des symptômes après le traitement d’une seule infection.

Maladie

Agent infectieux

Tique vectrice en France

Borréliose de Lyme

Borrelia burgdorferi sl

Ixodes ricinus +/- Dermacentor

Anaplasmose granulocytaire humaine

Anaplasma phagocytophilum

Ixodes ricinus

TIBOLA
(TIck-Borne LymphAdenitis)

Rickettsia spp

Dermacentor

LAR
(Lymphangitis-Associated Rickettsiosis)

Rickettsia spp

?

Encéphalite à tique

TBEV (Tick-Borne Encephalitis Virus)

Ixodes ricinus

Tularémie

Francisella tularensis

Dermacentor

Fièvre Q

Coxiella burnetii

Dermacentor

Dossier Borréliose de lyme

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