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Chikungunya

Publié le 21/07/2006 - Dernière mise à jour le 17/05/2018

Points sur les connaissances 

Qu’est-ce que le chikungunya ?

Le chikungunya est une maladie infectieuse vectorielle due à un arbovirus : le virus du chikungunya. Ce virus de la famille des Togaviridae (genre alphavirus) a été isolé pour la première fois en Ouganda en 1953, lors d’une épidémie survenue en Afrique de l’Est. L’appellation « chikungunya » vient du makondé et signifie « l’homme qui marche courbé ».

Qu'est-ce qu'un arbovirus ?

Les arbovirus « arthropod borne virus » sont des virus à ARN transmis par des arthropodes hématophages (moustiques, phlébotomes et tiques notamment). Ils appartiennent à 3 principales familles, les Flaviviridae, les Togaviridae et les Bunyaviridae. La structure ARN de leur génome leur confère une plasticité génétique qui permet de multiples adaptations.

Comment se fait la transmission ?

La transmission s'effectue de personne à personne par l’intermédiaire de moustiques infectés du genre Aedes.

Lors d’une piqûre, le moustique s'infecte en prélevant le virus dans le sang d'une personne infectée. Le virus se multiplie ensuite dans le moustique pendant une durée de 10 jours environ, appelée phase extrinsèque. A l’issue de cette phase extrinsèque ce moustique pourrait, à l’occasion d’une autre piqûre, transmettre le virus à une nouvelle personne.

Une personne infectée est « contaminante pour les moustiques » au moment où le virus est présent dans son sang, c'est-à-dire pendant la phase virémique de l'infection. Celle-ci commence 1 à 2 jours environ avant le début des signes cliniques (J-1 ou J-2), et dure jusqu’à 7 jours (J7) après (soit de de J-1 à J7). Pendant cette période il faut éviter qu’une personne malade ne se fasse piquer, et transmette ainsi le virus à d’autres moustiques. Ceci dans le but d’empêcher qu'un cycle de transmission virale se développe dans l’entourage des malades.

Quelles sont les formes cliniques ?

L’infection est asymptomatique (infection sans aucun symptôme) dans 5 à 25 % des cas. Chez les personnes qui développent des symptômes, après une période d’incubation de 4 à 7 jours en moyenne (1-12 jours), une fièvre élevée apparaît brutalement accompagnée d’arthralgies (douleurs articulaires) pouvant être intenses, touchant principalement les petites articulations des extrémités (poignets, chevilles, phalanges). Surviennent également des myalgies (douleurs musculaires), des céphalées (maux de tête) et une éruption maculopapuleuse.

L’évolution est le plus souvent favorable, sans séquelle, mais l'infection peut aussi évoluer vers une phase chronique marquée par des arthralgies persistantes. 

Comment confirmer le diagnostic en cas de suspicion clinique de chikungunya ?

En cas de suspicion clinique, le diagnostic peut être confirmé par des analyses biologiques qui peuvent être directes (détection du virus ou de son génome) ou indirectes (détection d’anticorps).

Cette confirmation prend une importance particulière en France Métropolitaine, dans les départements où la maladie peut être transmise en raison de l’implantation du moustique vecteur, Aedes albopictus, aussi appelé « moustique tigre ».

Il est primordial d’identifier avec précision la date de début des signes (DDS) afin de guider les examens (voir la « figure cinétique du virus et des anticorps »). Un diagnostic précoce (dans la semaine qui suit la DDS) peut être obtenu par amplification génique (RT-PCR). Les tests précoces (jusqu’à J7) par RT-PCR doivent être privilégiés du fait de leur spécificité bien supérieure à la sérologie. Les IgM peuvent être identifiées à partir du cinquième jour après l’apparition des signes cliniques et persistent en moyenne 2 à 3 mois. Les IgG apparaissent quelques jours après les IgM et persistent toute la vie.

Des IgM isolées doivent impérativement conduire à un 2nd prélèvement pour confirmation. En effet, leur spécificité est faible (il existe de nombreux faux positifs).

En conséquence, en présence d’IgM isolées sur un premier prélèvement sanguin, on analysera un deuxième échantillon prélevé, au minimum, 10 jours après le premier. Le diagnostic sera confirmé en cas d’apparition d’IgG dans le second échantillon, ou devant un titre croissant d’IgM (en principe, environ 4 fois plus élevé que sur le premier prélèvement sanguin).

Figure 1

Cinétique du virus et des anticorps de type IgM et IgG au cours d'une infection par le virus du chikungunya

 

figure_chik

Comment confirmer une infection à chikungunya en cas de suspicion clinique :

La démarche diagnostique recommandée dans le plan ministériel « antidissémination du chikungunya et de la dengue » est la suivante :

  • Jusqu’à 5 jours après le début des signes (J5) : RT-PCR
  • Entre J5 et J7 : RT-PCR et sérologie
  • Après J7 : sérologie uniquement (IgG et IgM) avec un second prélèvement de confirmation au plus tôt 10 jours après le premier prélèvement

Les prélèvements sanguins peuvent être faits par tout laboratoire d’analyses et de biologie médicale.

Chaque échantillon doit être accompagné d’une fiche de renseignements cliniques.

Quelle est la prise en charge du chikungunya ? 

Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique du chikungunya. La prise en charge est donc avant tout symptomatique afin de soulager la douleur et la fièvre (antalgiques, antipyrétiques).

Il est nécessaire d'expliquer au patient et à son entourage les mesures de protection des moustiques afin d'éviter une transmission au domicile (voir « Comment prévenir la maladie au niveau individuel ?»). Pendant la phase virémique de la maladie, le patient devra ainsi se protéger des piqûres de moustiques, afin d’éviter que ceux-ci s’infectent, et puissent ainsi propager la maladie dans son entourage, quelques jours plus tard (après la phase de multiplication du virus dans le moustique, dite phase extrinsèque).

Comment prévenir la maladie au niveau individuel ?

Il n’existe actuellement pas de vaccin, ni de traitement préventif contre l’infection du chikungunya.

La prévention individuelle repose donc essentiellement sur les moyens de protection contre les piqûres de moustiques (répulsifs en sprays ou crèmes, serpentins, diffuseurs électriques, vêtements longs, moustiquaires). Le moustique vecteur pique la journée, essentiellement à l’extérieur des maisons, avec une activité plus importante en début de matinée et en fin de journée. La liste des produits répulsifs est disponible dans le numéro spécial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consacré aux conseils aux voyageurs.

En savoir plus

Quelles sont les mesures de lutte contre les moustiques utilisables pour prévenir la diffusion du chikungunya en France métropolitaine ?

La lutte contre les vecteurs d’agents pathogènes, comme par exemple les moustiques, est qualifiée de lutte antivectorielle. Dans son acception la plus large, cette lutte antivectorielle comprend la lutte et la protection contre ces insectes. La lutte antivectorielle s’appuie sur des méthodes qui diffèrent selon les vecteurs et selon les contextes épidémiologiques et socio-économiques. Elle inclut la lutte chimique, la lutte biologique, la lutte génétique, l’action sur l’environnement, l’éducation sanitaire, la mobilisation sociale et l’évaluation permanente de toutes ces méthodes.

Son objectif est de contribuer, au côté d’autres actions de santé publique, à diminuer les risques d’endémisation (installation durable d’une maladie dans une région) ou d’épidémisation, à diminuer la transmission d’agents pathogènes par des vecteurs, à gérer les épidémies de maladies à vecteur, le tout dans un cadre stratégique formalisé.

En fonction de l’échelle à laquelle cette lutte contre les moustiques est réalisée, on distingue la lutte réalisée à l’échelle de territoires (département, communes) de celle réalisée au niveau individuel, qui vise plus particulièrement les lieux de développement des moustiques qui se situent à proximité directe des habitations.

La lutte antivectorielle, à l’échelle de territoires, est réalisée par  des opérateurs publics de démoustication. Elle a deux composantes :

  • larvicide, dont l’action est dirigée spécifiquement contre les larves de moustiques
  • adulticide, dont l’action est dirigée spécifiquement contre les moustiques adultes

La lutte communautaire est de la responsabilité de tous. Au niveau individuel, elle peut être réalisée de deux manières :

  • par la destruction des gîtes larvaires potentiels autour des habitations (eau stagnante dans les soucoupes, gouttières, vases, seaux, détritus...) pour priver les moustiques des sites où leurs larves peuvent se développer
  • par la protection individuelle contre les piqûres de moustique (voir « Comment prévenir la maladie au niveau individuel ? »).

Dossier Chikungunya

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