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Données épidémiologiques

Publié le 11/03/2013

Caractéristiques épidémiologiques du botulisme humain en 2011

En 2011, 9 foyers de botulisme totalisant 17 malades ont été recensés (figure 1). Tous sont survenus en milieu familial et le nombre de malades par foyer varie de un à six.En 2011, le taux d’incidence du botulisme était de 0,27 par million d’habitants. Ce taux est en dessous du taux d’incidence moyenne observé pour la période 1991-2009 qui est de 0,42 par million d’habitants par an.

Figure 1

Nombre de foyers et de cas de botulisme déclarés, France, 1991-2011

Figure 1 : Nombre de foyers et de cas de botulisme déclarés. France, 1991-2011

Depuis 1991, les taux d’incidence annuels moyenne les plus élevés sont observés dans les départements de la Vienne (4,7/106), l’Allier (3,9/106), l’Indre (2,5/106), la Saône-et-Loire (2,4/106) et la Haute-Corse (2,4/106) (figure 2). Un taux d’incidence particulièrement élevé pour l’année 2011 est constaté dans la Vaucluse et la Somme suite à la survenue de 2 toxi-infections alimentaires collectives (Tiac) concomitantes liées à un même aliment contaminé, une tapenade d’olives vertes de fabrication artisanale. Ces 2 Tiac ont été à l’origine de 9 (52 %) des 17 cas de l’année.La distribution de l’incidence annuelle moyenne du botulisme par département met en évidence un regroupement au centre du pays des départements les plus touchés par cette maladie pendant la période 1991-2011. Cette distribution montre également que 80% des départements a été touché au moins une fois par la maladie depuis 1991 (figure 2).

Figure 2

Incidence annuelle moyenne du botulisme par département, France, 1991-2011

Figure 2 : Incidence annuelle moyenne du botulisme par département. France, 1991-2011

Sept des neuf foyers déclarés en 2011 étaient d’origine alimentaire, dont trois Tiac. Un cas de botulisme infantile et un cas de botulisme chez un enfant plus âgé avec un terrain digestif prédisposant ont également été déclarés. La consommation d’aucun aliment à risque n’a été identifiée pour ces deux derniers cas.Le diagnostic de botulisme a été confirmé pour huit des neuf foyers par la mise en évidence de la toxine botulique dans le sérum ou les selles des patients : toxine de type A (5 foyers), toxine de type B (2 foyers dont une suspicion forte de toxine B), toxine de type non-déterminée (1 foyer ; souche de C. butrycium toxinogène isolée dans les selles du patient). Un diagnostic de botulisme n’a pas pu être confirmé pour 1 foyer (recherche de la toxine dans le sérum négative pour les 2 cas).Parmi les 17 malades recensés, 6 (35 %) étaient des hommes et l’âge médian était de 55 ans (min-max : 0 ans – 84 ans). Un foyer est survenu en mars, deux en mai, un en juin, un en août, deux en septembre, un en octobre et un en décembre.Les principaux symptômes décrits étaient une dysphagie (76 % ; 13/17), une diplopie (76 % ; 13/17) et une mydriase (47 % ; 8/17). Douze (70 %) malades ont rapporté la survenue d’au moins un signe digestif, principalement des vomissements (58 %) et de la constipation (29 %). Tous les malades ont été hospitalisés et douze (70%) ont nécessité une assistance respiratoire suite à une paralysie du diaphragme. Aucun décès n’est survenu.Pour 6 des 7 foyers de botulisme alimentaire, la consommation d’un aliment connu à risque pour le botulisme a été identifiée dans les jours précédant le début de signes. La synthèse des aliments mis en cause comme la source des foyers et les résultats des prélèvements alimentaires sont présentée dans le tableau 1. Les aliments mis en cause étaient des conserves de légumes familiales (1 foyer), conserves de fruits (2 foyers), du poisson en saumure (1 foyer), de la charcuterie ou des conserves faites maison (1 foyer) et un produit industriel avec une erreur de conservation à domicile (1 foyer) (tableau 1). Pour le dernier foyer alimentaire, un aliment précis n’a pas pu être identifié par l’enquête alimentaire. Des prélèvements alimentaires ont pu être réalisés pour 5 des 7 foyers alimentaires. Les résultats ont été positifs pour 4 d’entre eux (3 foyers de type A et 1 foyer de type B) (tableau 1).La survenue des 2 TIAC en lien avec une tapenade d’olives vertes de fabrication artisanale très fortement contaminée par une toxine botulique type A a entrainé une alerte nationale et européenne en septembre 2011 [1]. Une utilisation par le fabricant de techniques de stérilisation inadéquates a été mise en évidence par l’investigation vétérinaire menée sur le lieu de fabrication. Le fabricant avait mis ses produits en vente sur plusieurs sites internet et des ventes vers l’étranger étaient possibles, ce qui a nécessité une information aux autres pays européens. Aucun cas supplémentaire en lien avec ce produit n’a été identifié en dehors des 2 Tiac en France.

Tableau 1 - Les aliments mis en cause pour les foyers de botulisme alimentaire survenus en France en 2011 et les résultats des prélèvements alimentaires (toxine botulique et toxinotype de la souche de C. botulinum) pour les foyers avec prélèvements

Type de toxine :
prélèvements humains

Aliment mis en cause (fabrication)

Résultat prélèvement alimentaire
(toxine ; souche C. botulinum)

A

Tapenade d’olives vertes aux amandes (artisanale)

A ; A

A

Tapenade d’olives vertes aux amandes (artisanale)

A ; A

A

Boite de pâtes cuisinée, erreur de conservation à domicile (industrielle)

A ; A

B

Conserves de légumes (épinards) (faites maison)

B ; B

B

Poisson salé d’origine étrangère (inconnu)

Non prélevé

Non-confirmé

Charcuterie et conserves de légumes (faites maison)

Négatif ; Négatif

En conclusion, le nombre de cas de botulisme déclarés en 2011 était plus faible que le nombre de cas médian (N=26) déclaré pendant la période 1991-2011. En termes de nombre de foyers de botulisme déclarés, 2011 est parmi les années avec le plus faible nombre déclaré, comme les années 1996, 2006-2008 et 2010.La survenue d’un cas de botulisme infantile et d’un deuxième cas de botulisme par colonisation intestinale chez un enfant plus âgé avec terrain digestif prédisposant nous rappelle que le botulisme par colonisation intestinale est toujours d’actualité en France [2].La survenue d’un foyer en lien avec un produit d’origine industrielle pour lequel une erreur de conservation a été faite au domicile, souligne l’importance d’un affichage clair et d’une lecture attentive des conditions de conservations étiquetées sur des produits alimentaires.Les données issues de la surveillance de botulisme en 2011 mettent en évidence le besoin d’une vigilance maintenue pour le botulisme humain en France afin de suivre son évolution et d’adapter, au besoin, les mesures de prévention et de contrôle.

Références
1. Pingeon JM, Vanbockstael C, Popoff MR et al. Two outbreaks of botulism associated with consumption of green olive paste, France, September 2011. Eurosurveillance, 2011; 16 (49).Disponible sur : http://www.eurosurveillance.org/ViewArticle.aspx?ArticleId=20035.
2. King LA, Popoff MR, Mazuet C, Espie E, Vaillant V, de Valk H. Le botulisme infantile en France, 1991–2009. Archives de Pédiatrie 2010;17:1288-92.
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