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Populations

Publié le 07/03/2013

Professionnels de santé

La surveillance des accidents avec exposition au sang (AES) chez le personnel de santé doit être menée dans chaque établissement de santé, afin d’identifier leurs circonstances de survenue et de déterminer les actions à mettre en place. Une harmonisation en termes de recueil et d’analyse des données est réalisée au niveau national par le Réseau d’alerte d’investigation et de surveillance des infections nosocomiales (Raisin) depuis 2002.

Après avoir beaucoup diminué dans les années 1990, grâce à une prise de conscience du risque, à l’application des précautions standards et à la diffusion de matériels dits de "sécurité", le risque d’AES chez les professionnels de santé s’est stabilisé.

Lorsqu’un personnel de santé est victime d’un AES auprès d’un patient source porteur d’une infection virale, le suivi sérologique organisé sur plusieurs mois permet dans la quasi-totalité des cas de s’assurer qu’aucune transmission n’est survenue. Ce mode de contamination est en effet très marginal, comme en témoignent les estimations réalisées par le Raisin : le nombre annuel de séroconversions professionnelles chez le personnel de santé en France a été estimé à environ 1 cas pour le VIH et entre 2 et 3 cas pour le VHC. Ces estimations sont cohérentes avec le nombre de cas déclarés dans le cadre de la surveillance nationale, coordonnée par l’InVS. Depuis 2005, il n’a effectivement pas été déclaré de séroconversion professionnelle par le VIH, le nombre annuel de contaminations par le VHC reste faible (entre 0 et 5), et aucune contamination par le VHB n’a encore été déclarée. Depuis le début de l’épidémie, a donc été documenté un total de 14 séroconversions professionnelles par le VIH chez des personnels de santé, dont 12 concernent des infirmier(e)s.

Les études prospectives réalisées chez des soignants victimes d’AES, avant la mise à disposition des associations d’antirétroviraux, ont montré que le taux de transmission du VIH après exposition percutanée était de l’ordre de 0,32 % [0,18-0,45]. Après exposition cutanéo-muqueuse, le niveau de risque a pu être évalué comme dix fois moindre, de l’ordre de 0,03 % [0,006-0,19].

En cas d’AES au contact d’un patient VIH+, il est important d’évaluer en urgence le risque de contamination, afin de prescrire une trithérapie au professionnel de santé, lorsque le risque est jugé important ou intermédiaire (rapport Yeni 2010).

  • En savoir plus :

Saby K, Paulet L, Floret N, Ecole nationale de santé publique. Surveillance des accidents avec exposition au sang dans les établissements de santé français en 2008. Résultats. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2011. 87 p.

Lot F, Abiteboul D. Surveillance des contaminations professionnelles par le VIH, le VHC et le VHB chez le personnel de santé. Situation au 31 décembre 2009. Rapport. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2010. 8 p.

Lot F. Risque infectieux et conduite à tenir post AES. CClin Sud-Ouest, Arcachon, septembre 2012.

Health Protection Agency. Occupational transmission of HIV. Data to December 2002. March 2005 edition. Disponible sur : http://www.hpa.org.uk/infections/topics_az/bbv/pdf/intl_HIV_tables_2005.pdf

Yeni P. Prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH. Rapport 2010. Recommandations du groupe d’experts. Paris : la Documentation Française, 2010.

Patients pris en charge en milieu de soins

La transmission d’un virus hématogène à un patient pris en charge en milieu de soins constitue un évènement exceptionnel. En raison d’une transmissibilité décroissante, ces transmissions virales ont plus fréquemment été décrites pour le virus de l’hépatite B (VHB), puis pour le virus de l’hépatite C (VHC), et plus rarement pour le VIH. En dehors d’épisodes dramatiques de transfusions sanguines itératives à des enfants, notamment en Roumanie, Russie ou Lybie, le virus se transmet essentiellement selon deux mécanismes : de patients à patients ou de soignants à patients, principalement en raison du non-respect strict des précautions standards

Transmission de patients à patients

L’hémodialyse a été la principale spécialité concernée par des épisodes de transmission du VIH de patients à patients, la transmission s’effectuant lors de désinfection inadéquate de générateurs de dialyse. D’autres épisodes plus anecdotiques se sont produits en anesthésie, en raison du partage de flacons multidoses dans les années 1990. Enfin, sur la même période, sont également survenus quelques épisodes en milieu hospitalier qui n’ont pas été élucidés quant au mode de transmission.

Transmission de soignants à patients

Un petit nombre de transmissions soignant-soigné a été décrit dans la littérature, même si tous les cas n’ont pas été publiés. Elles concernent un chirurgien, un obstétricien, un dentiste et une infirmière. Le plus souvent, le mode exact de transmission n’a pas été élucidé. Ces soignants ne se savaient pas infectés par le VIH et n’étaient pas traités par antirétroviraux au moment de la prise en charge des patients concernés. Ils étaient dans la plupart des cas à un stade d’immunodéficience avancé (stade clinique de sida). Dans l’un des deux cas où la charge virale du soignant a pu être déterminée (néanmoins quelques mois après l’intervention chirurgicale incriminée dans la contamination), celle-ci était de l’ordre de 103 copies/ml.

Au total, les risques de transmission virale d’un soignant à un patient sont très faibles mais dépendent fortement du niveau de la charge virale. Néanmoins, la détermination d’un seuil au-dessous duquel le risque serait nul n’est pas possible.

Un avis émis en juin 2011 par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France, relatif à la prévention de la transmission soignant-soigné des virus hématogènes, donne des recommandations pour la prévention du risque de transmission du VIH par un professionnel de santé.

  • En savoir plus :

Surveiller et prévenir les infections associées aux soins. HCSP, SFHH. 2010, 175 pages.

CSHPF. Prévention de la transmission soignant-soigné des virus hématogènes - VHB, VHC, VIH. Juin 2011. Disponible sur : http://www.hcsp.fr/docspdf/avisrapports/hcspr20110614_trstsevirushema.pdf.

Lot F, Seguier JC, Fegueux S, Astagneau P, Simon P, Aggoune M, van Amerngen P, Ruch M, Cheron M, Brücker G, Desenclos JC, Drucker J. Probable transmission of HIV from an orthopedic surgeon to a patient in France. Ann Intern Med 1999;130:64-65.

Mallolas J, Arnedo M, Pumarola T, Erice A, Blanco JL, Martinez E, Gatell JM. Transmission of HIV-1 from an obstetrician to a patient during a caesarean section. AIDS 2006;20:285-7.

Cieselski C, Marianos D, Ou CY, Dumbaugh R, Witte J, Berkelman R, Gooch B, Myers G, Luo CC, Schochetman G et al. Transmission of human immunodeficiency virus in a dental practice. Ann Intern Med 1992;116:798-805.

Astagneau P, Lot F, Bouvet E, Lebascle K, Baffoy N, Aggoune M, Brücker G. Lookback investigation of patients potentially exposed to HIV type 1 after a nurse-to-patient transmission .Am J Infect Control 2002;30:242-5.

Carbonne A, Antoniotti G. Information des patients exposés à un risque viral hématogène : guide méthodologique. Hygienes 2006;14(1).

Lot F, Desenclos JC. Epidémiologie de la transmission soignant/soigné - Risque lié au VIH, VHC et VHB. Hygiènes 2003;11:96-100.

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