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Donneurs de sang

Publié le 20/10/2008 - Dernière mise à jour le 05/07/2016

Points sur les connaissances

Les dons de sang et les donneurs de sang

Presque 3 millions de dons de sang sont réalisés chaque année en France par environ 1,6 millions de donneurs. Ces besoins sont en constante augmentation, notamment en raison de l’allongement de l’espérance de vie. La collecte de sang humain et de ses composants est réalisée par l’Etablissement français du sang (EFS) et le Centre de transfusion sanguine des armées (CTSA). Le don du sang, autorisé chez les personnes âgées de 18 à 70 ans, est régi par des règles éthiques inscrites dans la loi du 4 janvier 1993 : anonymat, bénévolat, consentement éclairé et non profit.
La sélection des donneurs de sang vise à la fois leur propre sécurité (problèmes de santé pouvant être aggravés par le don du sang) et la sécurité des receveurs. Elle se décompose en trois étapes complémentaires : l’information pré-don, dont le contenu est régi par les bonnes pratiques transfusionnelles ; la sélection des donneurs, qui s’appuie sur un questionnaire à compléter par le candidat au don, dont la forme et le contenu sont définis par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) sur des critères fixés par arrêté ministériel (arrêté du 5 avril 2016) ; la vigilance post-don qui repose sur le signalement, par le donneur,  des évènements médicaux survenus dans les deux semaines suivant le don. Les principales contre-indications au don pour la sécurité du receveur sont établies en vue de réduire au maximum le risque de transmission d’un agent infectieux ou d’une substance chimique ou biologique, qui serait présent dans le sang du donneur et potentiellement nocif pour le receveur.

Quelles sont les contre-indications au don de sang ?

Les contre-indications au don de sang peuvent être permanentes ou  temporaires. La dernière actualisation de ces contre-indications a été établie par l’arrêté du 5 avril 2016.
Les contre-indications permanentes concernent les infections actives connues pour être transmissibles par le sang (hépatites virales, syphilis, infection par le VIH ou par le HTLV, maladie de Chagas, paludisme) ; des situations d’exposition à des agents transmissibles non détectables tels que le prion (séjours de plus d'une année cumulée au Royaume-Uni entre 1980 et 1996, traitement par hormone de croissance avant 1989, antécédent familial de maladie à prion, antécédent de greffe de cornée ou de dure-mère, antécédent de chirurgie de l’encéphale ou de l’œil avant avril 2001) ; un antécédent de transfusion ou de greffe, d'usage de drogues par voie intraveineuse ou intramusculaire, incluant des substances dopantes hors contexte médical, en raison d’un risque potentiel d’exposition à un agent émergent.
Les contre-indications temporaires sont justifiées par un risque d’exposition récent à un agent infectieux, comme par exemple un nouveau partenaire ou plusieurs partenaires sexuels au cours des 4 derniers mois,un rapport sexuel avec un autre homme au cours des 12 derniers mois, ou une situation épidémique pour des agents transmissibles pas le sang (Chikungunya, zika, etc...

L’évolution de la contre-indication concernant les hommes qui ont eu des relations sexuelles avec des hommes (HSH)

En France, les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (HSH) constituent la population la plus sévèrement touchée par le VIH, avec une prévalence environ 70 fois plus élevée que chez les hétérosexuels et une incidence environ 115 fois plus élevée. En outre, les études comportementales montrent une augmentation des comportements sexuels à risque chez les HSH au fil du temps.
Dès 1983, dans de nombreux pays dont la France, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) ont été exclus du don de sang de façon permanente étant considérés comme à haut risque d’infection par le VIH.

Depuis une dizaine d’années, cet ajournement  permanent des HSH a fait l'objet de débats et de controverses, principalement parce qu'il peut être ressentie comme discriminatoire et dépassé. De plus, cette mesure n'est pas été pleinement respectée puisque certains HSH ne signalent pas qu'ils ont eu des rapports sexuels avec des hommes au cours de l'entretien pré-don. Afin de modifier ce critère d’ajournement permanent des HSH, le ministère de la Santé a organisé en 2015 une large consultation de toutes les parties prenantes et, après avoir pris en compte l'évaluation du risque transfusionnel lié au VIH, la Ministre de la Santé a annoncé en Novembre 2015 que les HSH pourraient donner du sang. L’arrêté du 5 avril 2016 d décrit les conditions de cette ouverture au don de sang et également au don de plasma.
 A compter du 10 juillet 2016, le don de sang est autorisé aux HSH n’ayant pas eu de rapports sexuels avec un homme au cours des 12 derniers mois précédent le don. Quant au don de plasma, il est ouvert aux HSH ayant eu un seul partenaire sexuel masculin au cours des 4 derniers mois précédent le don. En effet, le plasma permet des techniques supplémentaires de sécurisation non applicables aux autres produits sanguins.

  • En savoir plus :

Arrêté ministériel du 5 avril 2016 fixant les critères de sélection des donneurs de sang, publié au Journal Officiel du 10 avril 2016.

Danic B, Gallian P, Legrand D, Pelletier B. Les grands principes du don, son organisation, ses contre-indications médicales et les modalités de dépistage. Bull Epidémiol Hebd 2012;39-40:435-7.

Décision du 6 novembre 2006 définissant les principes de bonnes pratiques prévus à l’article L. 1223-3 du code de la santé publique.

Décision du 10 avril 2008 modifiant la décision du 28 février 2006 fixant la forme et le contenu du questionnaire que remplit le candidat au don de sang en application de l'article R. 1221-5 du code de la santé publique.

Comment la sécurité transfusionnelle est-elle assurée ?

La transfusion sanguine consiste à administrer un des composants du sang (globules rouges, plaquettes, granulocytes, plasma), provenant de sujets sains appelés "donneurs", à des sujets malades appelés "receveurs". Chaque année, en France, environ 500 000 patients sont traités par des produits sanguins provenant de 1,7 millions de donneurs de sang bénévoles. La sécurité des produits sanguins repose sur les deux étapes essentielles que sont les mesures de recrutement et de sélection des donneurs en amont du don, puis la qualification biologique du don. La première étape vise à écarter du don les personnes présentant des symptômes ou des facteurs de risque de maladies transmissibles par le sang. La seconde étape permet d’écarter de toute utilisation thérapeutique, un produit sanguin potentiellement nocif, d’exclure le donneur de façon permanente ou temporaire et, en cas d’infection confirmée biologiquement, de l’en informer pour lui permettre d’avoir accès à une prise en charge thérapeutique et un conseil médical adapté. Enfin, pour réduire encore le risque de transmission d’infections, notamment virales, d’autres mesures comme la déleucocytation ou l’inactivation virale du plasma ont été prises au cours de ces 20 dernières années.

Infections virales : quelle prévention du risque de transmission ?

Conformément à la réglementation, chaque don de sang fait l’objet d’un dépistage systématique pour les agents responsables des pathologies suivantes : le sida, l’hépatite B, l’hépatite C, la syphilis et les pathologies associées à l’HTLV.
La réglementation prévoit un dépistage systématique sur chaque don de sang des marqueurs biologiques des infections virales causées par le VIH (anticorps anti-VIH1-2 et Dépistage Génomique Viral (DGV) du VIH -1), l’HTLV I-II (anticorps anti-HTLVI-II), le virus de l’hépatite B (anticorps anti-HBc, Antigène HBs et DGV du VHB) et le virus de l’hépatite C (anticorps anti-HCV et DGV du VHC). L’agent responsable de la syphilis (Treponema pallidum) est dépisté sur chaque don par un test sérologique (TPHA). La technique du DGV, mise en place le 1er juillet 2001 pour le VIH-1 et le VHC et en 2010 pour le VHB, permet de détecter des infections très récentes, avant même que les anticorps ou les antigènes viraux ne soient détectables par les tests sérologiques. Elle permet de réduire la fenêtre silencieuse : 12 jours en moyenne pour le VIH-1 (comparé à 22 jours avec les tests sérologiques classiques), 10 jours pour le VHC (comparé à 66 jours) et 22 jours pour le VHB (comparé à 38 jours).

Les parasitoses : quelle prévention du risque de transmission transfusionnelle ?

Le dépistage systématique des infections virales peut être complété, en fonction de facteurs de risque repérés lors de l’entretien pré-don (notion de voyage, de naissance en zone d’endémie), par la recherche d’anticorps dirigés contre les parasites responsables du paludisme (diverses espèces de Plasmodium) et/ou de la maladie de Chagas (Trypanosoma cruzi).
Le paludisme est une parasitose due à un hématozoaire du genre Plasmodium, transmise à l’homme par un moustique (genre Anopheles). Classiquement, quatre espèces du genre Plasmodium sont responsables de la maladie chez l’homme : P. falciparum, P. vivax, P. ovale et P. malariae. Récemment, une cinquième espèce, P. knowlesi, responsable du paludisme du singe, a été décrite comme infection humaine à fièvre quarte. Toutes les espèces plasmodiales peuvent être transmises par transfusion et la contamination peut survenir avec un très faible nombre de parasites.

Quelle prévention du paludisme transfusionnel ?

La prévention du paludisme transfusionnel repose sur la sélection médicale du donneur et le dépistage des anticorps antipalustres. L’interrogatoire des donneurs par les médecins responsables des prélèvements (suivant des critères fixés dans l’arrêté du 5 avril 2016) permet d’identifier les donneurs à risque : ressortissants de pays d’endémie ou personnes ayant effectué un voyage dans une zone impaludée. L’éviction du don dans les 4 mois qui suivent le retour du pays endémique est complétée, lors du don suivant, par le dépistage sérologique. Le risque de faire un paludisme à P. falciparum plus de 4 mois après retour de zone d’endémie est d’environ 1 %.
Il n’existe pas en France d’évaluation du risque résiduel de transmission du paludisme analogue à celui décrit pour les virus faisant l’objet d’un dépistage systématique. Néanmoins, des données publiées montrent que, grâce aux mesures préventives mises en œuvre, le risque de paludisme post-transfusionnel est passé de 1 cas pour un million, il y a une vingtaine d’années, à 0,2-0,5 cas par million d’unités transfusées aujourd’hui. En France, depuis une quinzaine d’années, 2 cas de transmission transfusionnelle ont été décrits, un en 2002 et un en 2006, tous les deux dus à P. falciparum et tous les deux mortels.

  • En savoir plus :

O'Brien SF, Delage G, Seed CR, Pillonel J, Fabra C, Davison K, Kitchen A, Steele WR, Leiby DA. The Epidemiology of Imported Malaria and Transfusion Policy in 5 Non endemic Countries. Transfus Med Rev. 2015 Jul;29(3):162-71

Quelle prévention du risque de transmission transfusionnelle de la maladie de Chagas ?

La prévention du risque de transmission transfusionnelle de Trypanosoma cruzi, le parasite responsable de la maladie de Chagas, repose sur deux mesures : le dépistage systématique depuis mai 2007 des anticorps anti-Trypanosoma cruzi chez les donneurs de sang à risque et l’exclusion du don du sang de tout donneur de retour d’un pays d’endémie (Amérique Latine) depuis moins de 4 mois. Les critères de risques sont les suivants : donneur ayant séjourné ou étant né dans un pays endémique, donneur dont la mère est originaire d’un pays endémique.
Une étude menée par l’EFS entre mai 2007 et décembre 2008 montre que la prévalence de la maladie de Chagas est faible en France : 5 dons ont été trouvés séropositifs sur 32 748 donneurs à risque testés.

Quelle prévention pour les autres agents infectieux transmissibles par le sang ?

Certains agents infectieux ne sont pas dépistés en routine mais peuvent, au décours de circonstances épidémiologiques particulières (cas groupés, épidémies…), constituer un problème de sécurité transfusionnelle qui justifie le recours à des moyens de prévention. C’est le cas notamment des agents responsables d’infections aiguës telles que l’hépatite A, la toxoplasmose, la dengue, la leptospirose, le chikungunya, la fièvre à virus West Nile, le virus zika tous transmissibles par le sang. Dans le cas particulier des virus West Nile, de la dengue et du chikungunya et plus récemment du zika, une cellule d’aide à la décision (CAD) "éléments et produits du corps humain", créée en 2005, est activée en cas de mise en évidence de circulation de ces virus en France ou en Europe. Cette CAD propose les mesures à mettre en œuvre pour la sécurisation des produits sanguins labiles et des greffons (organes/tissus/cellules).

Quel risque de transmission des infections à prion ?

Aucun test permettant la qualification biologique des dons n’étant disponible pour les infections à prions, la prévention du risque transfusionnel est réalisée par l’exclusion des donneurs ayant des antécédents familiaux de maladie neurodégénérative ou ayant reçu un traitement par des hormones de croissance extractives ou ayant bénéficié de certaines greffes (dure-mère ou cornée). La sélection a été renforcée en 1997, avec l’exclusion des donneurs antérieurement transfusés et, en 2001, avec celle des donneurs ayant séjourné plus d’une année cumulée au Royaume-Uni entre 1980 et 1996, période à risque au regard de l’épizootie d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) dans ce pays.
Les dernières estimations du risque transfusionnel lié à la variante de la Maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ) ont été réalisées par l’Afssaps en 2007.  Ce risque a été estimé à1/360 000 dons en France et à 1/50 000 au Royaume Uni. A ce jour, quatre cas de transmission du vMCJ par transfusion ont été rapportés au Royaume-Uni et aucun cas en France.
De même, en France, aucun cas de transmission liée à une transfusion de produits sanguins labiles provenant de patients décédés d’autres types de MCJ (sporadique, génétique ou iatrogène) n’a été signalé.
En 2010, l’InVS et l’Inserm ont réalisé une étude pour estimer le nombre annuel de donneurs de sang susceptibles d’être en phase préclinique d’une MCJ sporadique (MCJs), en faisant plusieurs hypothèses sur la durée d’infectiosité du sang avant l’apparition des signes cliniques. Les auteurs concluent que ce nombre est faible. Ce résultat, ainsi que l'absence d'augmentation dans le monde du nombre de cas de MCJs au cours du temps, est en faveur d’un risque très faible, s’il existe, de transmission de la MCJs par transfusion.

  • En savoir plus :

Maladie de Creutzfeldt_Jakob. Dossier.

Pillonel J, Brandel JP, Léon L, Salomon D, Haïk S, Capek I, Vaillant V, Coste J, Alpérovitch A. Preclinical sporadic Creutzfeldt-Jakob disease in French blood donors: an epidemiologic model-based study. Transfusion. 2012 Jun;52(6):1290-5.

Analyse du risque de transmission de la variante de la Maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ) par les produits de santé d’origine humaine. Saint-Denis : Afssaps, 2009, 44 p. [rapport Afssaps 2009].

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