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Inégalités sociales et territoriales de santé

Publié le 06/04/2018

Exemples de travaux menés par Santé publique France

Travaux illustrant l'utilisation de ces outils en particulier les indices de désavantage social et les variables socioéconomique à partir des travaux menés par l'agences.

De fortes disparités socio-économiques observées dans le diabète de type 2

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En France, ainsi qu’au niveau mondial, le diabète a augmenté considérablement au cours des deux dernières décennies. En 2015, la prévalence du diabète traité pharmacologiquement (tous types) a été estimée à 5% de la population, soit plus de 3,3 millions de personnes, la plupart ayant un diabète de type 2. Le surpoids et l’obésité ainsi que le manque d’activité physique contribuent fortement à la progression du diabète de type 2. Ces facteurs liés aux habitudes de vie peuvent cependant être limités par des mesures de prévention primaire.

En France, comme dans la majorité des pays industrialisés, l’association entre la prévalence du diabète de type 2 et le niveau socio-économique a été démontrée. Par ailleurs, une association entre le niveau socio-économique et la survenue de complications du diabète (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, amputations d’un membre inférieur, maladie rénale chronique terminale) ainsi qu’avec la mortalité des personnes diabétiques a pu être observée. La prévention des complications graves du diabète passe par un recours aux soins adéquat qui repose sur des recommandations de bonnes pratiques cliniques.

Revoir les modalités de la vaccination contre les papillomavirus humains pour qu’elle touche davantage les jeunes femmes issues des catégories sociales les plus modestes

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Deux mesures de prévention du cancer du col de l’utérus existent : le frottis cervico-utérin (FCU) et la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV), dont les couvertures vaccinales sont insuffisantes en France.

Existe-il un lien entre certaines caractéristiques socio-économiques individuelles ou familiales d’une jeune femme et son état de vaccination contre les HPV ? Les jeunes femmes non vaccinées sont-elles celles qui ne seront pas dépistées plus tard par frottis ? Ceci a été exploré par l’Enquête santé et protection sociale (ESPS) de 2012. Cette étude a recueilli des informations auprès d’un échantillon représentatif d’assurés sociaux. Il en ressort que le fait de ne pas disposer d’une couverture complémentaire maladie privée et le fait de vivre dans une famille à revenus faibles sont deux facteurs associés à un moindre dépistage par FCU et à une vaccination HPV insuffisante. De plus, un faible niveau de diplômes est associé à un moindre dépistage par FCU et l’absence de dépistage de la mère est associée à une moindre vaccination chez leurs filles. Les femmes non dépistées et les jeunes femmes non vaccinées appartiennent plutôt aux catégories sociales les plus modestes. Les jeunes femmes non vaccinées ont plus souvent des mères non dépistées et risquent de ne bénéficier d’aucune des deux mesures de prévention du cancer du col de l’utérus. Ces résultats interrogent les modalités actuelles d’application de la vaccination HPV qui, selon les auteurs, devraient être revues afin de réduire les inégalités concernant la prévention du cancer du col utérin.

  • En savoir plus :

- Dossier Infections à papillomavirus HPV
- Dépliant Prévention des lésions pré-cancéreuses et cancéreuses du col de l'utérus

Chaudières, barbecues ou groupes électrogènes : les sources d’intoxications au CO sont fonction du niveau de vie des ménages 

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Chaque année, environ 1 000 intoxications accidentelles au monoxyde de carbone (CO) sont déclarées au système de surveillance. Si la principale source d’intoxication oxycarbonée domestique est la chaudière, d’autres sources émergent depuis quelques années comme les braseros/barbecues ou les groupes électrogènes. Le contexte d’utilisation de ces appareils a amené à s’interroger sur leurs usagers : certaines populations vulnérables. Une étude ad hoc a été mise en place pour décrire notamment les caractéristiques socio-économiques des ménages intoxiqués par le CO. L’enquête a été menée par questionnaire administré par téléphone auprès de ces foyers entre le 1er septembre 2013 et le 31 mars 2014. Parmi les 886 ménages victimes du CO déclarés au système de surveillance, 507 ont participé à l’étude. Les intoxications par brasero/barbecue ont principalement concerné des locataires (50%) occupant un habitat dégradé (63%), dans une situation financière auto-déclarée comme juste ou difficile (51%) et parlant une langue du continent africain à la maison (69%) ; 33% étaient au chômage. Les ménages intoxiqués par groupe électrogène étaient en accession à la propriété (53%), avec une situation financière satisfaisante (69%), parlant rarement une langue africaine (6%) ; 9% étaient au chômage. La spécificité des caractéristiques socioéconomiques en fonction de la source d’intoxication a permis la mise en place d’outils de prévention ciblés. Ainsi le roman-photo « L’ennemi invisible », publié dans l’afro-magazine gratuit « Et la santé on dit quoi ? » de janvier 2018 traite de la dangerosité de l’utilisation de brasero ou d’autres appareils de cuisson à l’intérieur des logements.  

  • En savoir plus :

- Verrier A, Ménard C, Arwidson P, Perrey C, Thiolet JM. Caractéristiques socioéconomiques des ménages accidentellement intoxiqués par le monoxyde de carbone, France, hiver 2013-2014. Bull Epidémiol Hebd. 2016;(2-3):20-7.
- Magazine Et la santé on dit quoi ?  N°22
- Dossier Intoxications au monoxyde de carbone - Prévention
- Dossier Intoxications au monoxyde de carbone - Surveillance

Face aux inégalités sociales en matière de tabagisme, les programmes d’aide au sevrage doivent prendre en compte les conditions de vie des personnes

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Les inégalités sociales en matière de tabagisme s’accroissent depuis le début des années 2000. Les Baromètres santé, enquêtes aléatoires réalisées par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de la population résidant en France métropolitaine, permettent de suivre les évolutions du tabagisme et de ses facteurs associés. Le Baromètre santé 2016 a permis de faire un état des lieux juste avant la mise en place de plusieurs mesures importantes de lutte contre le tabagisme : augmentation du remboursement des substituts nicotiniques, campagne « Moi(s) sans tabac » (première édition en novembre 2016), paquet neutre.

En France, en 2016, 34,5 % des 15-75 ans fumaient du tabac dont 28,7 % quotidiennement. Entre 2000 et 2016, la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté de 31,9 % à 37,5 % parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus basse, alors qu’elle a diminué de 28,3% à 20,9% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus haute. Les écarts selon le niveau de diplôme ont suivi une tendance similaire. En 2016, une personne en recherche d’emploi sur deux fumait quotidiennement (49,7%), en hausse par rapport à 2000 (40,9 %).

Ces constats incitent à veiller à ce que les personnes vivant dans les conditions les plus défavorisées bénéficient de plus d’attention et d’aides spécifiques pour arrêter de fumer. C’est le sens de l’action de Santé publique France avec son programme d’intervention Tabac. Le Baromètre santé 2017, dont les premiers résultats seront publiés fin mai 2018, permettra de faire le point dans un contexte renforcé de lutte anti-tabac.

  • En savoir plus :

- Guignard R, Beck F, Wilquin JL, Andler R, Nguyen-Thanh V, Richard JB, et al. La consommation de tabac en France et son évolution : résultats du Baromètre santé 2014. Bull Epidémiol Hebd. 2015;(17-18):281-8.
- Pasquereau A, Gautier A, Andler R, Guignard R, Richard JB, Nguyen-Thanh V; le groupe Baromètre santé 2016. Tabac et e-cigarette en France : niveaux d’usage d’après les premiers résultats du Baromètre santé 2016. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(12):214-22.
- Baromètre santé 2016

Icaps : inciter les collégiens à l’activité physique, facteur d’égalité des chances

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L’identification d’interventions validées fondées sur des données probantes puis leur généralisation constituent des enjeux majeurs pour Santé publique France dans sa fonction d’expertise et d’appui aux acteurs. L’Agence a ainsi soutenu l’implantation sur les territoires (notamment en Guadeloupe) de 15 projets de type Icaps (Intervention centrée sur l’activité physique et la sédentarité).

Icaps (Intervention auprès des collégiens centrée sur l’activité physique et la sédentarité) est initialement une expérimentation menée par le Pr Simon de 2002 à 2006 dans l’académie du Bas-Rhin. Cette intervention reconnue comme efficace par l'OMS en 2009 s’inscrit dans une approche dite socio-écologique prenant en compte trois axes : le jeune, son soutien social et l’environnement physique et organisationnel. Icaps démontre ainsi qu’une intervention systémique ciblant le jeune dans son milieu de vie, prenant en compte les obstacles à la pratique d’activité physique permet d’augmenter la pratique régulière d’une activité physique et prévient la prise de poids excessive chez l’adolescent.

Dans cet essai contrôlé randomisé, deux ans après le début de l’intervention, les enfants de faible position sociale avaient davantage augmenté leur pratique que ceux du groupe favorisé. L’application de cette intervention au sein de l’institution scolaire est en soi un facteur d’égalité des chances car l’accès au sport par l’école permet de toucher tous les jeunes quelle que soit leur origine sociale et culturelle.

Plus des trois quarts des jeunes ayant participé à l’étude jusqu’à son terme ont pu être retrouvés en 2009. Ils ont bénéficié d’une nouvelle enquête. Les résultats indiquent que deux ans après la fin de l’intervention, ses bénéfices restent plus marqués chez les jeunes des milieux les moins favorisés.

  • En savoir plus :

- Projet de type Icaps : promouvoir l'activité physique des jeunes
- http://www.mangerbouger.fr/pro/collectivites-locales/s-inspirer-75

Expositions aux substances cancérogènes : des inégalités selon le genre et des secteurs d’activité concernés différents chez les hommes et les femmes

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L’exposition professionnelle à des substances cancérogènes s’effectue selon un gradient social bien connu : les ouvriers et les jeunes sont les plus concernés.

Mais la différence d’exposition professionnelle selon le genre reste peu explorée. Le genre est une dimension essentielle des questions de santé au travail. En effet, les femmes et les hommes ne subissent pas les mêmes expositions professionnelles et cela tient à plusieurs facteurs. On peut ainsi distinguer les expositions différentielles découlant de la division sexuée de l’emploi et du travail (ségrégation des tâches et métiers, positions hiérarchiques, etc.) ou de la conception des postes de travail. En France en 2010, 12% des salariés étaient exposés à des nuisances cancérigènes. Si les hommes sont les plus exposés, 400 000 femmes en âge de procréer le sont également. Chez les femmes, les secteurs les plus concernés sont les secteurs de la santé et des services. Chez les hommes, ce sont le BTP, la réparation automobile et les transports.

Cette hétérogénéité des expositions professionnelles selon le genre est mise en évidence grâce à deux programmes de Santé publique France, le programme Matgéné qui permet d’obtenir des indicateurs d’exposition professionnelle et le programme Multiexpo qui permet de quantifier la multi-exposition professionnelle, et d’identifier des groupes à risque au sein de la population française salariée.

Répartition par secteur d’activité des salariés exposés à au moins une nuisance cancérogène

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  • En savoir plus :

- Matrices emplois expositions
- Multi-expositions professionnelles à des agents cancérogènes chez les salariés en 2010

Identifier les spécificités socio-économiques des populations à risque de maladies professionnelles pour adapter la prévention

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La surveillance des maladies à caractère professionnel repose sur un réseau volontaire de services de médecine du travail dans plusieurs régions françaises (7/13 en 2017). Depuis 2007, deux fois par an sur une période de 15 jours, ce réseau signale tous les travailleurs vus en visite et présentant une pathologie liée à leur travail et non reconnue comme maladie professionnelle. Cette surveillance permet d’estimer la prévalence des maladies à caractère professionnel et leur fréquence par type, sexe, âge, exposition et secteur d’activités. Elle a pu identifier pour certaines pathologies un gradient selon la catégorie socio-professionnelle. C’est le cas de la souffrance psychique imputable au travail ou encore des troubles musculo-squelettiques. Ainsi, la fréquence de la souffrance psychique attribuable au travail est plus élevée chez les cadres ; elle décroit parmi les professions intermédiaires et les employés et est la plus faible chez les ouvriers.

Un gradient inverse est observé pour les troubles musculo-squelettiques. Ils sont plus fréquents chez les ouvriers que chez les cadres. Le gradient est identique dans les deux sexes, mais plus prononcé chez la femme.

Déterminer les populations à risque de maladies à caractères professionnelles, et identifier leurs spécificités contribue à établir des actions de prévention spécifiques.

Fréquence des troubles musculo-squelettiques et souffrance psychique imputables au travail chez la femme par catégorie socio-professionnelle

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