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Alertes en santé travail

Publié le 28/12/2018

Bulletin des réseaux de surveillance

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En réponse à l’accroissement des sollicitations relatives à des évènements de santé inhabituels survenant sur les lieux de travail, Santé publique France a mis en place un dispositif régionalisé, les Groupes d’alerte en santé travail ou Gast. L’objectif est d’organiser en région une réponse adaptée et rapide à ces signalements en milieu professionnel, souvent motivés par la suspicion d’un regroupement de cancers ou par la survenue d’un syndrome collectif inexpliqué.

Mobilisant des expertises pluridisciplinaires et complémentaires autour des Cellules d’intervention en région (Cire), ce dispositif de veille et d’alerte en santé travail trouve son utilité et son efficacité s’il est sollicité par les acteurs de terrain, au premier rang desquels figurent les médecins et, plus largement, les services de santé au travail. L’équipe en charge du dispositif a donc souhaité créer un support d’information pour sensibiliser ces professionnels et animer le réseau des membres des Gast déjà en place et des Cire. La finalité est de développer le dispositif Gast et de promouvoir la culture du signalement en santé travail.

Alors que les Groupes d’alerte en santé travail (Gast) sont désormais implantés dans 11 régions, le bilan d’activités de ce dispositif animé par Santé publique France montre une progression constante des signalements d’évènements de santé inhabituels en milieu professionnel. Il s’agit en majorité de syndromes collectifs inexpliqués, également dénommés syndromes des bâtiments malsains. Quand ces épidémies – non infectieuses – de symptômes variés se propagent dans le personnel d’une institution publique ou d’une entreprise, il est fréquent qu’elles mettent en difficulté le médecin du travail : comment objectiver la réalité du phénomène collectif, comment rechercher sa cause, comment gérer les relations avec le personnel, la direction, le CHSCT ? Mêmes problèmes méthodologiques à résoudre quand un excès de cas de cancers, ou de toute autre maladie, est suspecté parmi le personnel. Le nombre de cas porté à la connaissance du médecin est-il « normal » pour la taille de l’entreprise, d’ailleurs est-ce bien le nombre réel de cas ? Quels sont les facteurs de risque connus de cette maladie ? Les personnes atteintes sont-elles exposées professionnellement à un ou plusieurs d’entre eux ? C’est précisément pour définir et gérer l’investigation de tels événements de santé inhabituels que le dispositif des Gast a été créé, dotant chaque groupe en région de spécialistes des risques professionnels issus de diverses disciplines

Faits marquants

  • Survenue de cas groupés de paludisme dont un décès chez des Français en mission professionnelle en Sierra Leone et n’ayant pas bénéficié d’une chimioprophylaxie antipaludéenne (cf. focus).
  • L'été 2018 a été marqué par plusieurs vagues caniculaires ayant eu un impact sanitaire important chez les travailleurs : entre le 1er juin et le 31 août, 8 décès sur le lieu de travail en lien suspecté avec la chaleur ont été signalés à Santé publique France.
  • Le dispositif Gast est déployé sur l’ensemble du territoire métropolitain : création du Gast Ile de France en fin d’année 2018.
  • Une réunion extraordinaire du Comité de pilotage national du dispositif Gast a lieu en décembre 2018 : présentation et validation du plan d’actions de l’évaluation interne du dispositif Gast.
  • Une formation sur les risques professionnels et les vigilances, incluant une présentation du dispositif Gast et des méthodes d’investigation mise en œuvre, sera donnée dans le cadre du Master 2 santé publique et risques environnementaux dispensé par l’Université Paris Descartes en décembre 2018.

Surveillance de l’impact sanitaire des vagues de chaleur sur les travailleurs du 1er juin au 15 septembre 2018

Docteur Yuriko Iwatsubo,
Epidémiologiste à la Direction santé travail, Santé publique France

Une surveillance de l’impact des vagues de chaleur estivales sur la santé des travailleurs a été réalisée par Santé publique France du 1er juin au 15 septembre, ce qui correspond à la période d’activation du Système d’alerte canicule et santé (Sacs). Elle est fondée sur la transmission par l’Inspection médicale du travail (IMT) de la Direction générale du travail (DGT) à Santé publique France des fiches de signalement d’accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur. La surveillance de la mortalité est complétée en 2018 par une étude pilote de surveillance de la morbidité déployée sur deux régions : Ile-de-France (IDF) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA).

Surveillance de la mortalité des travailleurs en lien possible avec la chaleur

La surveillance repose sur les informations recueillies par les inspecteurs du travail qui réalisent systématiquement une enquête administrative après un accident du travail mortel. L’inspecteur du travail remplit une fiche « accident du travail mortel » initiale (date et lieu de l’accident du travail, l’identité et l’âge du travailleur, nom et adresse de l’employeur et description des circonstances du décès).

Toutes les fiches « accident du travail mortel » sont transmises à l’Inspection médicale du travail. Cette dernière sélectionne les accidents du travail mortels qui peuvent être en lien avec la chaleur puis transmet par mail les fiches correspondantes à Santé publique France après les avoir rendues anonymes.

Pendant la période de canicule entre le 24 juillet au 11 août, 4 cas d’accidents du travail mortels potentiellement liés à la chaleur ont été notifiés à Santé publique France.

Par ailleurs, sur l’ensemble de la période surveillée (1er juin au 15 septembre), 8 décès en lien possible avec la chaleur ont été observés. Ces décès sont survenus chez des hommes, travaillant majoritairement à l’extérieur.

Surveillance de la morbidité

Une étude pilote a été conduite en Ile de France et PACA en 2018.

Ile de France

La surveillance épidémiologique de la morbidité en lien possible avec la chaleur survenant chez des travailleurs s’est reposée sur l’analyse des données de passages aux urgencesprovenant de 51 établissements hospitaliers publics ou privés.

Pour chaque passage aux urgences avec la variable circonstancielle codée « accident du travail » (qui correspond à un événement de santé survenant sur le lieu du travail ou en lien avec l’activité professionnelle), les variables suivantes ont été extraites à partir de la base de données des résumés de passages aux urgences (RPU) : identité du service des urgences, date du passage aux urgences, mode d’arrivée du patient, sexe et âge du patient, diagnostic(s), éventuel décès du patient, orientation après le passage aux urgences.

Ces données ont été transmises de façon hebdomadaire à Santé publique France entre le 1er juin et le 15 septembre 2018.

Par ailleurs, l’ensemble des RPU des établissements participant à l’étude pilote était accessible via le système Sursaud géré par Santé publique France. Ces données ont été utilisées pour étudier des taux des RPU pour accident du travail sur l’ensemble des RPU selon les groupes de diagnostics (pathologies liées à la chaleur, malaises, fièvre isolée, traumatismes, etc.).

Pendant la période de canicule entre le 24 juillet au 11 août, chez les 15-64 ans, 1 387 passages aux urgences ont été codés en « accident du travail », représentant 2,1 % des passages toutes causes. Le maximum est observé le 26 juillet avec 122 passages, soit 3,4 % de l’activité totale des services d’urgences des établissements participant à l’étude pilote.

Aucun passage pour des pathologies spécifiquement en lien avec la chaleur (coup de chaleur/hyperthermie, déshydratation et hyponatrémie) n’a été codé en « accident du travail ». Les diagnostics codés pour accident de travail étaient essentiellement des traumatismes : 681 sur la période, soit 49,1% des accidents du travail.

Il est nécessaire, d’une part, de pouvoir disposer des données des années précédentes en Ile-de-France afin de pouvoir les comparer aux données 2018 et, d’autre part, d’étendre le dispositif à d’autres régions en 2019.

PACA

La Cire (cellule d’intervention en région) PACA reçoit quotidiennement les données de 5 des 6 SAMU de la région à partir de la base interconnectée de l’Observatoire régional des urgences (ORU) PACA.

Le dispositif pilote conduit en 2018 consistait à repérer, parmi les événements de santé ayant motivé un appel du SAMU, ceux qui sont survenus sur le lieu de travail ou en lien avec l’activité professionnelle de la victime.

Les indicateurs suivis dans le cadre de cette expérimentation sont : le nombre de dossiers de régulation (DR) en lien avec le travail ; le nombre de DR ayant comme raison d'appel « Traumatisme » ou « Malaise » et en lien avec le travail ; le nombre de DR ayant comme diagnostic « Malaise » et en lien avec le travail ; le nombre de DR ayant comme diagnostic « accident du travail ».

Ces données ont été analysées par la Cire-PACA et les résultats des analyses ont été transmis à la Direction santé travail de Santé publique France tous les 15 jours en dehors des périodes de canicule et une fois par semaine en période de canicule.

Le nombre de dossiers traités par les SAMU pour des évènements survenus en milieu professionnel entre la semaine 30 et la semaine 32 est de 1 640, dont 225 patients ayant fait l’objet d’un diagnostic « malaise » ce qui représente 13,7 % des évènements survenus en milieu professionnel au cours de ces deux semaines.

Catherine Buisson
Directrice de la Direction santé travail, Santé publique France

En tant que « co-créatrice » du dispositif Gast, pouvez-vous nous raconter les débuts de ce projet ? Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

Ce que j’en retiens, c’est que ce fut un début extrêmement positif ; l’expérimentation du dispositif menée en Aquitaine depuis juin 2008 a été réalisée avec dynamisme et enthousiasme, la Cire et les partenaires ayant cru fortement au projet. Le contexte local a largement favorisé sa mise en place progressive dans les autres régions.

Quant aux difficultés, j’évoquerais l’hétérogénéité des réponses des partenaires (ARS, Direccte, etc.) puisqu’ils ont été amenés à engager séparément des investigations, engendrant des réponses non coordonnées auprès du déclarant.

Quelle est, à votre avis, la plus-value d’un tel dispositif ?

En termes de plus-value, il enlève les barrières institutionnelles et établit un pont entre santé publique et santé travail. Egalement, je dirais qu’il permet un dynamisme territorial dans le domaine santé travail.

Quel regard portez-vous sur ce dispositif aujourd’hui ? Et demain ?

Le dispositif Gast est aujourd’hui incontournable, complétement intégré dans notre système de santé. Il est désormais reconnu par les autorités sanitaires.

Il me semble impératif de poursuivre son extension jusqu’à la couverture totale du territoire national, y compris les DOM. Le volet « environnement » devra à terme y être intégré. Il est, à mon sens, important à l’avenir de conserver et consolider l’approche sociologique, essentielle à toute investigation.

C’est une vraie avancée ! Je souhaite une longue vie au dispositif !

Cas de paludisme importés chez des intérimaires.

Au cours du mois de juillet 2018, la Direction des maladies infectieuses de Santé publique France a été informée de la survenue de plusieurs cas de paludisme chez des personnes employées en contrat d’intérim pour la construction d’un pont au Sierra Leone.

Au total, 3 personnes employées dans deux entreprises différentes et intervenues sur le même chantier ont été touchées au retour de mission, dont un cas est décédé des complications de la maladie.

Les Direccte (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) de Bretagne et Auvergne ont mis en place une investigation visant à déterminer les conditions sanitaires du départ des personnels travaillant sur ce chantier (visite médicale, conseils aux voyageurs, prise en charge de la prophylaxie antipaludéenne, etc.). Les 2 cas de paludisme, non décédés, ont fait l'objet d'une déclaration d'accident du travail.

Suite à l’intervention de l’Inspection du travail, l’absence d’évaluation des risques et de plan d’action concernant la situation spécifique des expatriés a été identifiée. L’entreprise a été orientée vers le médecin du travail pour organiser l’information des salariés et leur suivi. Le CHSCT a réalisé une enquête et fait des préconisations.

Ce signalement a permis de pointer des manquements en termes de prévention des risques sanitaires pour les personnels intérimaires. Elle apparait encore plus nécessaire avant l’expatriation de personnels vers des régions comportant des risques autres que ceux directement identifiés dans les fiches de postes, en particulier le risque infectieux, qui est souvent minimisé ou ignoré, ou encore le risque d’accident routier.

  • Un cours sur les caractéristiques et méthodes d’investigation des syndromes collectifs inexpliqués (SCI) sera donné en mars 2019 dans le cadre du DU « Qualité sanitaire des bâtiments-1er cycle » de l’université d’Angers.
  • Le dispositif Gast sera présenté à la Société de Médecine du Travail de la région PACA en avril 2019.

Dossier Alertes en santé travail

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