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Santé mentale

Publié le 10/03/2014 - Dernière mise à jour le 03/12/2014

Contexte et enjeux de la surveillance : le rôle de l'InVS

Un défi majeur de santé publique

Selon les estimations 2006 de l’OMS-Europe, les troubles neuropsychiatriques constitueraient la deuxième plus grande charge de morbidité après les maladies cardio-vasculaires. Ils concourent à 19,5 % de l’ensemble des années de vie perdues en bonne santé (AVCI : années de vie corrigées du facteur invalidité). La dépression, constituerait à elle seule, la troisième charge de morbidité par importance (6,1 % du total des AVCI).
Le livre vert publié par l’Union européenne en 2005 indiquait qu’un quart des Européens d’âge adulte avait connu au moins une forme de maladie mentale au cours de l’année, les formes les plus communes étant les troubles anxieux et dépressifs. Sur les 880 millions d’habitants de la région européenne, l’OMS estimait à environ 100 millions le nombre de personnes atteintes d’anxiété et de dépression.
Les conséquences liées aux affections psychiatriques sont importantes : handicaps, décès prématurés, altération de la qualité de vie, discrimination et exclusion. En France, comme dans la plupart des autres pays européens, les affections psychiatriques représentent la première cause d’entrée en invalidité. Elles sont également responsables de 35 à 45 % de l’absentéisme au travail.

Surveillance épidémiologique de la santé mentale

La santé mentale est un domaine particulièrement difficile à investiguer en épidémiologie. En effet, la surveillance épidémiologique nécessite une définition précise et stable de son objet d’étude, s’appuyant sur des critères diagnostiques clairement déterminés. Or, la définition de maladie mentale est changeante selon les pays, les cultures, les évolutions sociétales et les modèles théoriques, avec un champ couvert par la psychiatrie en perpétuelle évolution. Ainsi, les études épidémiologiques en santé mentale se heurtent à deux difficultés majeures : d'une part, cette instabilité nosologique avec une évolution constante des regroupements nosologiques des maladies psychiatriques et, d'autre part, une variabilité des critères nécessaires pour définir un diagnostic en fonction des différentes classifications.
Le problème de la définition et de la délimitation de ce que constitue un état pathologique existe dans d’autres domaines de la médecine, mais il est particulièrement marqué en psychiatrie. Une difficulté essentielle découle de l’absence de mesures de référence ou de critères de validité extérieurs et absolus. D’où la difficulté de construire des outils de mesure fiables et reproductibles d’identification et d’évaluation des pathologies psychiatriques en population générale, d’assurer les comparaisons géographiques et le suivi des tendances évolutives qui sont le cœur de la surveillance épidémiologique.
Le développement, à partir des années 1980, de systèmes de classifications diagnostiques des maladies mentales a permis aux épidémiologistes de construire des questionnaires structurés autorisant une mesure des troubles mentaux sur de larges échantillons en population générale.
Deux de ces systèmes sont aujourd’hui très majoritairement utilisés dans les études épidémiologiques : la CIM-10 (Classification internationale des maladies, 10e révision depuis l’année 2000) de l’OMS et la classification proposée par l’Association américaine de psychiatrie, la DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 4th Edition). Ces deux classifications sont basées sur une approche syndromique des troubles mentaux.
Pour la description des troubles survenant chez l’enfant, la Classification française des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA), reposant sur une approche mixte, symptomatique et psychodynamique, a longtemps été la seule classification de référence en pédopsychiatrie en France et reste largement utilisée. La dernière édition est parue en 2012.
Malgré ces avancées, il reste difficile de trouver des méthodes utilisables hors d’un contexte de soins pour les troubles les plus graves (schizophrénie, déficiences, démence) et pour des troubles généralement mal déclarés ou déniés (addictions, troubles du comportement, troubles de la personnalité).

Le rôle de l'InVS

Les activités de veille et de surveillance de la santé mentale sont déployées à l’InVS selon trois grands axes : surveillance en population générale, surveillance en milieu de travail et surveillance spécifique lors de catastrophes naturelles ou industrielles. Elles portent essentiellement sur les troubles dépressifs et les troubles anxieux, les suicides et les tentatives de suicide, et les troubles envahissants du développement.

Trois départements scientifiques de l’InVS collaborent à leur mise en œuvre :

  • le département des maladies chroniques et des traumatismes (DMCT), qui coordonne la surveillance menée en population générale ;
  • le département santé travail (DST), qui développe le programme de surveillance de la santé mentale en lien avec l’activité professionnelle ;
  • et le département santé environnement (DSE), qui travaille sur l’impact sanitaire des catastrophes environnementales.

Cette surveillance requiert des mesures répétées, via des enquêtes épidémiologiques auprès de la population générale et des populations spécifiques, et l’analyse de données médico-administratives telles celles relatives à la mortalité, aux hospitalisations ou aux demandes de remboursement de soins. Elle permet de produire des indicateurs nécessaires au pilotage des politiques publiques et d’alimenter le volet épidémiologique de plans ou de programmes d’actions nationaux déployés dans le champ de la santé mentale et de la psychiatrie : plans autisme, programme national d’actions contre le suicide (2011-2014), ou encore les plans portant sur certaines populations spécifiques telles que, par exemple, le plan d’actions stratégiques de politique de santé des personnes placées sous main de justice (2010-2014), ou le plan de prévention du suicide dans le monde agricole.   

L’Observatoire national des suicides et l'InVS

L’InVS pilote le groupe de travail "Surveillance des suicides et des tentatives de suicides" de l’Observatoire national des suicides, créé par décret en septembre 2013 et présidé par la Drees. Sa composition plurielle reflète la diversité des acteurs impliqués dans la prévention du suicide.

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