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Communiqués de presse

Publié le 08/10/2013

Communiqué de presse

Estimation de l’incidence des hémopathies malignes en France, entre 1980 et 2012, par sous-type histologique, selon la classification la plus récente

Le réseau des registres des cancers Francim, le service de biostatistique des Hospices Civils de Lyon (HCL), l’Institut de veille sanitaire (InVS) et l’Institut national du cancer (INCa) publient, pour la première fois en France, les données d’incidence* des hémopathies malignes selon 15 sous-types histologiques et leur évolution de 1980 à 2012. Les hémopathies malignes regroupent tous les cancers ayant pour origine les cellules sanguines comme par exemple les leucémies ou les lymphomes. La définition des hémopathies malignes décrites dans ce rapport diffère de celle utilisée précédemment et suit les recommandations internationales les plus récentes. C’est pourquoi, les possibilités de comparaisons avec les précédentes estimations françaises sont limitées.

Ces résultats représentent la seconde partie d’une étude collaborative actualisant l’évolution de l’incidence des cancers en France. La 1ère partie, publiée en juillet, concernait les tumeurs solides1.

Principaux résultats

35 000 nouveaux cas d’hémopathies malignes en France en 2012 : en 2012, le nombre de nouveaux cas d’hémopathies malignes en France métropolitaine est estimé à 35 000 (19 400 chez l’homme et 15 600 chez la femme), soit un dixième des nouveaux cas de cancer (355 0002). Plus de deux tiers des cas sont des hémopathies lymphoïdes. De façon générale, les hémopathies malignes sont plus fréquentes chez l’homme. 

Les quatre hémopathies malignes les plus fréquentes en 2012 sont le myélome multiple/plasmocytome (4 888 nouveaux cas), la leucémie lymphoïde chronique/lymphome lymphocytique (4 464), le lymphome diffus à grandes cellules B (4 096) et les syndromes myélodysplasiques (4 059). Ces maladies représentent 50 % de la totalité des nouveaux cas d’hémopathies malignes en France en 2012.

Plus de la moitié des cas d’hémopathies malignes surviennent après 60 ans.

Avec des taux annuels d’incidence « standardisés »* inférieurs à 6 nouveaux cas durant une année pour 100 000 personnes, les hémopathies malignes restent des affections rares lorsqu’elles sont étudiées par sous-type histologique, mais représentent globalement 10 % des nouveaux cas de cancer.

Le nombre de nouveaux cas a augmenté pour 9 des 15 sous-types d’hémopathies malignes étudiées dans des proportions très variables selon la fréquence ou la rareté du sous-type considéré et la période d’étude. Les myélomes multiples/plasmocytomes représentent la plus forte augmentation entre 1980 et 2012 (3 000 cas supplémentaires).

Pour 3 des 4 sous-types d’hémopathies malignes les plus fréquents, on observe, chez les deux sexes, une augmentation dans le temps du taux d’incidence « standardisé » de 1 % à 2 % par an. Il s’agit du myélome multiple/plasmocytome, ou de la leucémie lymphoïde chronique/lymphome lymphocytique sur la période d’observation utilisable (1980-2012) ou du lymphome diffus à grandes cellules B sur une période plus réduite (période 1995-2012). Ce même phénomène d’augmentation est également détecté chez l’homme et la femme pour d’autres hémopathies malignes comme les leucémies aiguës myéloïdes (1980-2012), le lymphome folliculaire (1995-2012) et le lymphome de la zone marginale (2003-2012).

L’augmentation du nombre de cas de certaines hémopathies malignes sur la période d’étude a trois causes principales qui s’appliquent dans des proportions variables pour chacune d’elles : une amélioration du diagnostic, un vieillissement de la population et de possibles expositions à des facteurs de risque qui restent en grande partie à déterminer. En effet, les prédispositions génétiques et les facteurs de risque avérés des hémopathies malignes n’expliquent aujourd’hui qu’une faible partie de l’incidence estimée.
Selon le sous-type d’hémopathie maligne considéré, les radiations ionisantes, l’exposition aux pesticides, les traitements cytotoxiques ou certains virus sont les facteurs de risque évoqués. Une étude de l’InVS publiée en juillet 20063 montrait que les hémopathies lymphoïdes (myélomes et lymphome de Hodgkin exclus) étaient des cancers à surveiller étroitement, compte tenu de liens suspectés ou établis avec l’environnement.

Conclusion

L’évolution des outils diagnostiques et la rigueur du travail des registres de cancers ont amélioré le classement des hémopathies malignes par sous-type histologique ce qui permet aujourd’hui d’estimer avec une précision inédite leur incidence et d’éclairer ainsi les décideurs dans l’élaboration des politiques de santé adaptées aux besoins de la population, en termes de prévention et de prise en charge, et d’orienter les recherches sur les facteurs de risques potentiels. 

Cette étude est réalisée dans le cadre d’un programme de travail partenarial qui vise à optimiser la surveillance et l’observation des cancers à partir des données des registres, afin de mieux éclairer les décideurs et les politiques de santé publique. Elle bénéficie d’un financement de l’InVS et de l’INCa dans le cadre du plan cancer 2009-2013 et des compétences scientifiques des registres du réseau Francim et du service de biostatistique des Hospices civils de Lyon.

1 Etude Estimation nationale de l’incidence et de la mortalité par cancer en France entre 1980 et 2012. Partie 1 – Tumeurs solides.
2 Synthèse : Estimation nationale de l’incidence et de la mortalité par cancer en France entre 1980 et 2012. Étude à partir des registres des cancers du réseau Francim. Partie 1 – Tumeurs solides.
3 Cancers prioritaires à surveiller et étudier en lien avec l'environnement.

*Annexe

Incidence
L’incidence des cancers quantifie la fréquence de survenue de cette maladie. Elle s’exprime principalement de deux façons : en « nombre de nouveaux cas annuels » dans une population ou en « taux annuel d’incidence standardisé », c'est-à-dire en nombre de nouveaux cas durant une année pour 100 000 personnes ayant une structure d’âge donnée.

Taux d’incidence « standardisé »
Afin de comparer les données d’incidence d’une année à l’autre, on ne peut se contenter de recenser le nombre de nouveaux cas car cette information est très dépendante de la répartition par âge de la population à un moment donné et sur une zone géographique donnée. Ainsi, pour les cancers qui globalement surviennent chez des personnes âgées, le nombre de personnes atteintes d’un cancer sera plus élevé dans une population où la proportion de personnes âgées est élevée que dans une population de même effectif total mais où la proportion de personnes âgées est faible. Or la population française est caractérisée par une hausse continue de son effectif total depuis plusieurs décennies associée au vieillissement de la population (la proportion de personnes âgées augmente). Ces phénomènes démographiques entraînent une hausse du nombre de personnes atteintes pour la première fois d’un cancer. Identifier, au sein de cette hausse, ce qui relève effectivement des phénomènes démographiques, de l’évolution du risque d’être atteint d’un cancer, impose le recours à une information particulière, le taux d’incidence « standardisé » calculé en supposant que la structure d’âge de la population étudiée est identique à celle d’une population de référence (par exemple la structure d’âge de la population mondiale pour le « taux standardisé monde »). Ainsi l’augmentation du taux d’incidence standardisé d’un cancer sur une période reflète directement la hausse du risque d’être atteint de ce cancer sur cette période.

Matériel, méthode, limites
Réalisée à partir des données des registres des cancers du réseau Francim, l’analyse des hémopathies malignes porte sur les nouveaux cas diagnostiqués entre 1975 et 2009, recensés dans 14 départements couverts par les registres participant à l’étude.

Ces cas ont pu être étudiés par sous-type histologique grâce à un travail mené par les registres sur l’enregistrement détaillé des hémopathies malignes (en particulier les hémopathies lymphoïdes) prenant en compte les révisions majeures de la classification des hémopathies malignes sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, et de la Classification internationale des maladies pour l’oncologie, 3ème édition, ayant toutes les deux abouties à la révision de la définition des groupes d’hémopathies malignes. Cette révision correspond à l’évolution des connaissances, tant sur le plan étiologique que sur le plan clinique et pronostique de maladies considérées aujourd’hui comme distinctes.

Pour chaque sous-type histologique, une « période d’incidence utilisable » a été préalablement définie : cette période correspond aux années pour lesquelles l’ensemble des registres du réseau Francim a recueilli de façon homogène les informations permettant l’identification du sous-type. En conséquence, en fonction des sous-types, l’estimation de la tendance de l’incidence porte sur des périodes de durée différente, variant de 1980-2012 pour les sous-types anciens et assez bien reconnus, à 2003-2012 pour ceux dont les différentes formes ont été caractérisées plus récemment.

Au final, l’étude porte sur 15 types et sous-types histologiques d’hémopathie maligne étudiés sur des périodes différentes :
- le lymphome de Hodgkin classique,
- les lymphomes non hodgkiniens suivants : leucémie lymphoïde chronique/lymphome lymphocytique, lymphome folliculaire, lymphome diffus à grandes cellules B, lymphome du manteau, lymphome de la zone marginale, myélome multiple & plasmocytome, lymphome lymphoplasmocytaire/maladie de Waldenström, lymphome T/NK à cellules matures, leucémie aiguë lymphoblastique/lymphome lymphoblastique à cellules précurseurs (B, T ou sans autre indication),
- les leucémies aiguës myéloïdes (avec un focus sur la leucémie aiguë myéloïde promyélocytaire),
- les syndromes myéloprolifératifs chroniques (leucémie myéloïde chronique, autres syndromes myéloprolifératifs chroniques),
- les syndromes myélodysplasiques.

Le fait de distinguer dans l’étude, les hémopathies malignes par sous-type histologique suivant une nouvelle classification a eu trois conséquences majeures :
- il n’est pas possible de faire des comparaisons avec les précédentes estimations (1980-2005) qui étaient basées sur une autre classification ;
- les données de mortalité n’étant pas disponibles par sous-type, il n’a pas été possible de fournir des estimations nationales de la mortalité pour les hémopathies malignes, comme déjà réalisé pour les tumeurs solides dans la 1ère partie de l’étude ;
- la méthode d’estimation de l’incidence nationale, qui classiquement utilise la mortalité, a dû être adaptée.

Contact(s) presse :

InVS : Katel Le Floc’h : 01 41 79 57 54 – k.lefloch@invs.sante.fr
INCa : Florence Priolet : 01 41 10 14 44 – fpriolet@institutcancer.fr

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