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Les outre-mer

Publié le 20/03/2015

Guadeloupe

Contexte

La Guadeloupe, archipel de 1 628 km² situé au cœur de l’arc antillo-caribéen, est répartie en cinq groupes d’îles d’origine volcanique ou corallienne : la Guadeloupe dite "continentale", plus grande île des Antilles françaises, formée de deux îles séparées par un bras de mer (la Basse Terre et la Grande Terre d’une superficie globale de 1 434 km²) et ses dépendances administratives dites "les îles du Sud" que sont Marie-Galante, les Saintes et la Désirade, petites îles d’une superficie globale de 194 km².

Elle bénéficie d’un climat tropical tempéré avec deux saisons : la saison sèche (ou Carême) de janvier à juin correspondant à des périodes de fortes chaleurs et de sécheresse, et la saison humide (ou hivernage) de juillet à décembre avec des passages pluvieux et des risques cycloniques.

Population

La Guadeloupe est le département français d’Amérique (DFA) le plus peuplé avec 411 507 habitants au 1er janvier 2014. Sa densité de population est de 253 habitants par km², soit deux fois supérieure à celle de la métropole mais très inférieure à celle de la Martinique (354 habitants par km²).

Entre 2006 et 2011, bien que la région Guadeloupe connaisse une légère hausse de sa population (+1,0 %) après des années de ralentissement démographique, celle-ci reste limitée par le recul de la natalité et l’émigration de travail soutenue, en lien avec le ralentissement de l’activité et le vieillissement de la population [1]. L’âge médian de la population guadeloupéenne est passé de 26 ans en 1990 à 38 ans en 2011 et l’espérance de vie à la naissance, en 2011, était inférieure à celle de la population de l’hexagone (77,0 ans chez les hommes et 83,5 ans chez les femmes, contre respectivement 78,5 et 84,9) [2]. La Guadeloupe, comme la Martinique, est parmi les départements les plus concernés par le vieillissement démographique.

Statut

La Guadeloupe est une région et un département français d’outre mer placé sous l’autorité d’un préfet désigné par le gouvernement. Elle est dotée d’un Conseil général et d’un Conseil régional. En tant que département français d’Outre mer, la Guadeloupe fait partie de l’Union européenne au sein de laquelle elle constitue une région ultra-périphérique ; à ce titre, elle bénéficie de "mesures spécifiques" qui adaptent le droit communautaire en tenant compte des caractéristiques et contraintes locales [3].

Jusqu’en 2007, Saint-Martin et Saint-Barthélemy étaient des communes de la région Guadeloupe. Par la loi du 21 février 2007, ces territoires sont devenus des collectivités d’outre-mer et ne dépendent plus de la Guadeloupe que pour certains domaines, notamment celui de la santé.

La Cellule de l'InVS en région Antilles-Guyane (Cire AG)

Créée en 1997, la Cire AG constitue l’une des 17 cellules du dispositif régional de l’InVS, qui relaie les missions de veille et de surveillance de l’institut. Elle prolonge ainsi, au plus près du terrain, l’action nationale de l’InVS sur plusieurs régions et collectivités sans continuité géographique (Martinique, Guadeloupe, St Martin, St Barthélemy, Guyane) et situées à plusieurs milliers de kilomètres de Paris.

En janvier 2014, la Cire AG est composée de 11 personnes pérennes et 3 personnes temporaires déployées dans les différents départements d’intervention. En région, sa mission est d’appuyer les Agences régionales de santé des Antilles-Guyane dans les domaines suivants :

  • analyse des signaux sanitaires, évaluation et investigations des évènements pouvant avoir un impact sur la santé de la population, aide à la gestion au sein des plateformes de veille et d’urgence sanitaire ;
  • constitution, animation et mobilisation des réseaux de partenaires régionaux de veille sanitaire ;
  • pilotage et développement de systèmes de surveillance régionalisés (SISMIP, Sursaud…) portant sur des maladies infectieuses prioritaires : dengue, chikungunya, grippe, paludisme, bronchiolite, varicelle, rougeole, IST, etc ;
  • expertise scientifique.

La Cire AG participe également à des études nationales programmées et pilotées par l’InVS. Elle peut être amenée à réaliser des études suite à des sollicitations régionales (étude Kannari, étude Guyaplomb, chikungunya, leptospirose…) et à participer à des activités d’enseignement et de formation continue.

Situation sanitaire de la Guadeloupe

La mortalité

Si la Guadeloupe présente une situation favorable par rapport à la France hexagonale, concernant la mortalité générale, ce n’est pas le cas de la mortalité prématurée (avant 65 ans) qui reste supérieure à la moyenne nationale. Sur la période 2005-2009, le taux standardisé de mortalité prématurée atteignait 248 décès pour 100 000 habitants contre 205 en métropole.

Dans les DFA, la mortalité infantile reste plus élevée qu’en France hexagonale. En 2008 par exemple, le taux de mortalité infantile était de 7,1 ‰ en Guadeloupe (8,5 ‰ en Martinique et 12 ‰ en Guyane).

Les principales causes de décès dans les DFA, sur la période 2005-2009, sont les maladies de l’appareil circulatoire (28% des décès en Guadeloupe), les maladies hypertensives, le cancer de la prostate, le diabète dont la prévalence est plus importante chez les femmes que chez les hommes, et les accidents de la circulation concernant plus de 70 % des hommes âgés de moins de 65 ans. Sur la période 2005-2009 en Guadeloupe, les taux standardisés de mortalité pour ces maladies ou pathologies sont plus élevés que dans l’hexagone.

Des inégalités sociales

L’agglomération de Pointe à Pitre regroupe un tiers de la population guadeloupéenne et une large part de l’activité économique de la région bien qu’elle soit pénalisée par la baisse continue de sa population. La zone de Basse Terre, pourtant siège de la capitale administrative ainsi que les dépendances (excepté Terre-de-Bas) se dépeuplent progressivement entre 2006 et 2011 en raison d’une diminution de l’attractivité, liée à une activité économique limitée et au vieillissement de la population. En 2007-2008, on comptait 64,7 allocataires de prestations sociales et familiales pour 100 ménages, proportion supérieure à la moyenne hexagonale (41,7 %). La proportion d’allocataires était plus élevée dans le territoire Centre que dans le territoire Sud Basse Terre (65,2 % contre 62,3 %).

En 2011, en Guadeloupe, le taux de chômage s’élevait à 22,1 % et concernait particulièrement les jeunes de moins de 30 ans (43,9 %) et les femmes (25,8 %). Il était plus élevé qu’en Martinique (20,8 %) et en Guyane (21,0 %). Tous ces déterminants sociaux ou économiques ont un impact sur la santé et l’accès aux soins des plus défavorisés.

Des inégalités territoriales dans l’accès aux soins

L’éloignement des territoires rend parfois difficile l’organisation de l’aide médicale d’urgence et la permanence des soins. Le Projet régional de santé 2012-2017 de l’Agence de santé de Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy prévoit la réduction de ces inégalités, notamment pour les dépendances, par plusieurs axes de développement dont le renforcement des soins de santé et l’amélioration de l’aide médicale d’urgence de proximité.

[1] Données Insee. Premiers résultats Guadeloupe. N° 99/Janvier 2014
[2] Statiss Antilles Guyane 2013. Mars 2014. Agences régionaux de santé de Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Guyane
[3] Ministère de l’Outre mer : http://www.outre-mer.gouv.fr/?presentation-guadeloupe.html
[4] Etat de santé Guadeloupe, Guyane et Martinique. Mars 2013. Observatoire régional de la santé de Guadeloupe (Orsag).
[5] Déterminants et indicateurs de santé en Guadeloupe, à Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Cantons, territoires de santé, collectivités d’Outre-mer, région. Avril 2011.

Située en zone tropicale, la Guadeloupe connaît des spécificités environnementales, climatiques et vectorielles qui l’exposent à des risques infectieux tels que la dengue, la leptospirose..., pathologies endémo-épidémiques dans cette région. A cela s’ajoute le risque lié à l’introduction de maladies émergentes (grippe A (H1N1) en 2009, chikungunya en 2013…) du fait des intenses échanges de biens et de personnes non seulement avec les autres pays de la Caraïbe mais aussi avec le continent américain, l’Europe, l’Afrique, l’Asie… qui pourraient entraîner la transmission rapide des épidémies et des vecteurs.

On peut noter dans ce contexte sanitaire spécifique :

  • l’épidémie de dengue en 2010 qui a touché plus de 40 000 personnes, avec plus de 400 hospitalisations et 5 décès [6];
  • l’incidence de la leptospirose en 2011 2,5 fois supérieure à l’incidence observée durant la période 2002-2008 [7] ;
  • l’émergence du chikungunya à partir de décembre 2013 ayant donné lieu à plus de 80 000 consultations en médecine  de ville en novembre 2014 [8].
[6] Point épidémiologique dengue Guadeloupe n° 28/22 novembre 2010.
[7] Cassadou S, Rosine J, Flamand C, Ledrans M, Bourhy, P, Quénel, P. Incidence de la leptospirose aux Antilles. Etude du 1er janvier au 31 décembre 2011. Institut de veille sanitaire. Février 2013.
[8] Point épidémiologique chikungunya DFA n° 33/20 novembre 2014.

Du fait du contexte géodynamique et climatique de l’arc antillais, la Guadeloupe est confrontée au risque de catastrophes naturelles telles que cyclones, éruptions volcaniques, séismes et inondations. L’aire territoriale est particulièrement sensible aux problématiques de santé liées à l’environnement. Le contexte géographique, l’aménagement du territoire, la densité de population, l’activité agricole ainsi que l’augmentation de la consommation ont suscité des situations de dégradation de certains milieux ainsi que des risques sanitaires potentiels [9] (pollution de l’environnement par le chlordécone…).

[9] Plan stratégique de santé, Guadeloupe, Saint Barthélemy, Saint-Martin. Agence de santé de Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Diabète et obésité

Dans les DFA, le diabète traité est quasiment le double de la France métropolitaine alors même qu’un plus fort pourcentage des personnes diabétiques ignorent leur diabète.

En Guadeloupe, le niveau de prévalence de l’hypertension artérielle et du diabète augmente de façon significative du fait de l’obésité et de la sédentarité. L’accroissement de l’obésité touche en particulier les jeunes et ceci dès la prime enfance. Le constat est également celui d’une insuffisance de la pratique sportive tant chez les enfants que chez l’adulte, aggravée parfois lors d’un contexte social défavorable ou de mauvaises habitudes alimentaires. Une étude menée sur un échantillon limité [10] en 2008 a montré que 8,9 % des enfants guadeloupéen âgés de 5 à 14 ans étaient en situation d’obésité.

Pathologies cardio-vasculaires

L’hypertension artérielle (HTA), un des principaux facteurs de risque vasculaire, est, dans les DFA, l’une des premières causes d’admission en affections de longue durée (ALD) devant le diabète et les cancers.

En Guadeloupe, sur la période 2005-2009, les taux standardisés de mortalité par maladies vasculaires cérébrales atteignaient 89 décès pour 100 000 habitants contre 52 décès pour 100 000 au niveau national. En 2008, plus de 800 séjours hospitaliers dans les établissements de soins de courte durée avaient eu pour diagnostic principal une maladie vasculaire cérébrale. Ils concernaient souvent des personnes âgées de plus de 45 ans (91 %). Les accidents vasculaires cérébraux sont les maladies vasculaires cérébrales les plus fréquemment diagnostiquées (30 % des séjours) [11].

L’insuffisance rénale chronique

En 2012, la prévalence de l’insuffisance rénale chronique terminale traitée par greffon fonctionnel dans les départements d’outre mer est non significativement différente que le taux national. En Guadeloupe, selon les données disponibles du registre du Réseau épidémiologie et information en néphrologie (REIN), 222 patients étaient porteurs au 31 décembre 2012 d’un greffon rénal fonctionnel. En revanche, la prévalence de l’insuffisance rénale chronique terminale traitée par dialyse est significativement plus élevée que le taux national (indice comparatif de prévalence 2,23 en Guadeloupe). En Guadeloupe, selon les données du registre REIN (Réseau épidémiologie et information en néphrologie) disponibles, 586 patients étaient dialysés au 31 décembre 2012 [12].

[10] Enquête Podium. 2010. Association du groupe de recherche ultra marine (Agrum).
[11] Les maladies vasculaires en Guadeloupe. Orsag. Mars 2012.
[12] Rapport annuel 2012. Réseau, Epidémiologie, Information, Néphrologie (REIN).

Le Plan régional santé au travail (PRST) décline des priorités nationales du Plan santé travail et identifie les priorités locales. Le PRST 2 (2011-2014) se concentre sur l’amélioration de l’expertise en santé au travail et la prévention des risques ciblés.

En Guadeloupe, une étude sur les facteurs de risque professionnel chez les salariés du secteur privé et du secteur hospitalier public a été menée en 2011 sur un échantillon de plus de 2 200 personnes.

Il en ressort des différences entre secteurs notamment en termes de suivi médical et d’observance thérapeutique, des écarts de résultats entre la Guadeloupe et l’Hexagone, une association significative entre exposition liées au poste de travail et état de santé [13].

Dans cette étude, parmi les enquêtés du secteur privé et hospitalier, plus de 14 % des salariés se déclarent en mauvaise santé et plus de 50 % d’entre eux sont en surcharge pondérale. Dans le secteur privé, 1 salarié sur 2 n’est pas à jour de ses vaccinations contrairement aux salariés du secteur hospitalier (4,4 %). De plus, parmi les 27 % des salariés du privé ayant eu un arrêt de travail dans l’année précédente, 42 % de ces arrêts étaient en lien avec le diabète. D’autres pathologies telles que l’hypertension (généralement non traitée), les troubles ostéoarticulaires et neuropsychiques ont également été mis en évidence.

[13] Etat de santé des salariés en Guadeloupe. Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi de Guadeloupe. 2011.

Articles scientifiques

1.    Bourhy P, Herrmann Storck C, Theodose R, Olive C, Nicolas M, Hochedez P, Lamaury I, Zinini F, Bremont S, Landier A, Cassadou S, Rosine J, Picardeau M. (2013) Serovar Diversity of Pathogenic Leptospira Circulating in the French West Indies. PLoS Negl Trop Dis 7(3): e2114. doi:10.1371/journal.pntd.0002114.

2.    Ferdinand S, Millet J, Accipe A, Cassadou S, Chaud P, Levy M, Théodore M, Rastogi N.Use of genotyping based clustering to quantify recent tuberculosis transmission in Guadeloupe during a seven years period: analysis of risk factors and access to health care. BMC Infectious Diseases 2013 13:364.

3.    Flamand C, Fabreque M, Bringay S, Ardillon V, Quenel P, Desenclos JC, Teisseire M. Mining local climate data to assess spatiotemporal dengue fever epidemic patterns in French Guiana. J Am Med Inform Assoc. 2014 Feb 18. doi: 10.1136/amiajnl-2013-002348.

4.    Hochedez P, Escher M, Decoussy H, Pasgrimaud L, Martinez R, Rosine J, Théodose R, Bourhy P, Picardeau M, Olive C, Ledrans M, Cabié A. Outbreak of leptospirosis. among canyoning participants, Martinique, 2011. Euro Surveill. 2013;18(18):pii=20472. Available online: http://www.eurosurveillance.org/ViewArticle. aspx?ArticleId=20472.

5.    La Ruche G, Dejour-Salamanca D, Bernillon P, Leparc-Goffart I, Ledrans M, Armengaud A, Debruyne M, Denoyel GA, Brichler S, Ninove L, Desprès P, Gastellu-Etchegorry M. Capture-recapture method for estimating annual incidence of imported dengue, France, 2007-2010. Emerg Infect Dis. 2013 Nov;19(11):1740-8. doi: 10.3201/eid1911.120624. PubMed PMID: 24188574.

6.    Larrieu S, Cassadou S, Rosine J, Chappert JL, Blateau A, Ledrans M, Quénel P. Lessons raised by the major 2010 dengue epidemics in the French West Indies. Acta Trop. 2014 Mar;131:37-40. doi: 10.1016/j.actatropica.2013.11.023. Epub 2013 Dec.

7.    Leparc-Goffart I, Nougairede A, Cassadou S, Prat C, De Lamballerie X. Chikungunya in the Americas. Lancet. 2014 Feb 8;383(9916):514. doi: 10.1016/S0140-6736(14)60185-9.

8.    Mahamat A, Dussart P, Bouix A, Carvalho L, Eltges F, Matheus S, Miller MA, Quenel P, Viboud C. Climatic drivers of seasonal influenza epidemics in French Guiana, 2006-2010. J Infect. 2013 Aug;67(2):141-7. doi: 10.1016/j.jinf.2013.03.018. Epub 2013 Apr 15. PubMed PMID: 23597784; PubMed.

9.    Thomas L, Najioullah F, Besnier F, Valentino R, Rosine J, Césaire R, Cabié, A. Clinical presentation of dengue by serotype and year of epidemic in Martinique. American Journal of Tropical Medicine & Hygiene - (accepté en décembre 2013 - En cours de publication).

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