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Les outre-mer

Publié le 20/03/2015

Guyane

Contexte

Située en Amérique du Sud, entre le Brésil et le Suriname, la Guyane française est le plus grand département français et la plus grande région de France. D’une superficie de 83 846 km2, elle fait plus de 15% de la surface de la France métropolitaine. C’est également le département le plus boisé disposant d’une biodiversité animale et végétale parmi les plus riches au monde. 96 % de son territoire est recouvert d’une vaste forêt primaire tropicale humide.

La Guyane bénéficie d’un climat équatorial à température presque constante qui se décline en quatre saisons : la petite saison des pluies de décembre à février, le petit été de mars, la grande saison des pluies d’avril à juillet et la grande saison sèche d’août à décembre. Contrairement aux autres départements d’outre-mer (DOM), ce territoire n’est pas confronté aux cyclones.

Population

La Guyane est le Département Français d’Amérique (DFA) le moins densément peuplé avec 239 849 habitants en 2014, soit environ 3 habitants par km². Cependant 90 % de la population est concentrée principalement sur la bande côtière atlantique avec une densité proche de 19 habitants par km2 ; certaines zones restant difficiles d’accès du fait de l’étendue de la forêt amazonienne.

La population guyanaise continue d’augmenter d’environ 3 % par an en raison de l’excédent des naissances sur les décès ainsi que de l’immigration des pays avoisinants (Brésil, Suriname…) et d’Asie. L'immigration est une composante de l'histoire de la Guyane. Les immigrants constituent la grande majorité de la population (63 %), contrairement aux autres DOM peuplés majoritairement de natifs [1]. Le taux de croissance de la population de cette région est le plus élevé de France et si la tendance se poursuit, sa population pourrait dépasser les 425 000 habitants en 2030 [2].

Contrairement à la Martinique et à la Guadeloupe, la Guyane a une population très jeune : les moins de 20 ans représentent 43,3 % de la population totale. Le taux de natalité est deux fois supérieur à la France hexagonale (26,1 naissances pour 1 000 hab. contre 12,5 en 2011). L’espérance de vie à la naissance en 2011 reste inférieure à celle de la métropole avec 76,2 ans chez les hommes et 82,8 ans chez les femmes, contre respectivement 78,5 et 84,9 [3].

Statut

Elle est dotée d’un Conseil général et d’un Conseil régional [4]. En tant que DOM, la Guyane fait partie de l’Union européenne au sein de laquelle elle constitue une région ultra-périphérique ; à ce titre, elle bénéficie de "mesures spécifiques" qui adaptent le droit communautaire en tenant compte des caractéristiques et contraintes locales [5].

La Cellule de l'InVS en région Antilles-Guyane (Cire AG)

Créée en 1997, la Cire AG constitue l’une des 17 cellules du dispositif régional de l’InVS, qui relaie les missions de veille et de surveillance de l’institut. Elle prolonge ainsi, au plus près du terrain, l’action nationale de l’InVS sur plusieurs régions et collectivités sans continuité géographique (Martinique, Guadeloupe, St Martin, St Barthélemy, Guyane) et situées à plusieurs milliers de kilomètres de Paris.

En janvier 2014, la Cire AG est composée de 11 personnes pérennes et 3 personnes temporaires déployées dans les différents départements d’intervention. En région, sa mission est d’appuyer les Agences régionales de santé des Antilles-Guyane dans les domaines suivants :

  • analyse des signaux sanitaires, évaluation et investigations des évènements pouvant avoir un impact sur la santé de la population, aide à la gestion au sein des plateformes de veille et d’urgence sanitaire ;
  • constitution, animation et mobilisation des réseaux de partenaires régionaux de veille sanitaire ;
  • pilotage et développement de systèmes de surveillance régionalisés (SISMIP, Sursaud…) portant sur des maladies infectieuses prioritaires : dengue, chikungunya, grippe, paludisme, bronchiolite, varicelle, rougeole, IST, etc ;
  • expertise scientifique.

La Cire AG participe également à des études nationales programmées et pilotées par l’InVS. Elle peut être amenée à réaliser des études suite à des sollicitations régionales (étude Kannari, étude Guyaplomb, chikungunya, leptospirose…) et à participer à des activités d’enseignement et de formation continue.

Situation sanitaire de la Guyane

La mortalité

La Guyane est l’une des régions françaises à avoir le plus faible taux de mortalité générale (3 décès pour 1000 hab.) mais son taux de mortalité infantile reste élevé, comme dans les autres DFA, avec 10,1 décès d’enfants de moins de 1 an pour 1000 naissances vivantes en 2012. Ce taux est presque trois fois supérieur à celui du niveau national. En Martinique et Guadeloupe, ces taux atteignent respectivement 8,5 ‰ et  7,1 ‰.

Comme dans les autres DFA, les principales causes de décès en Guyane, sur la période 2005-2009, sont les maladies de l’appareil circulatoire (20 % des décès en Guyane), les maladies hypertensives, le cancer de la prostate, le diabète sucré dont la prévalence est plus importante chez les femmes que chez les hommes, et les accidents de la circulation concernant plus de 70 % des hommes âgés de moins de 65 ans. Sur la période 2005-2009, les taux standardisés pour ces maladies ou pathologies tendent à se stabiliser en Guyane mais restent plus élevés que dans l’hexagone [6].

Des inégalités sociales

En Guyane sur une population globale estimée à 223 000 habitants en 2010, près de 33 000 habitants vivaient dans une zone d’habitat indigne, parmi eux 80 % vivaient dans des bidonvilles ou des zones d’habitat spontané concentrant parfois plusieurs centaines de personnes sans commodités électriques, hydriques ou sanitaires [7].

En 2011, Le taux de chômage en Guyane s’élevait à 21 % et touchait principalement les jeunes et les femmes. Ce taux est à un niveau stable depuis 5 ans.

Des inégalités territoriales

La pénurie de personnel de santé, l’insuffisance d’équipements et d’infrastructures liés au manque de réseaux de communication renforcent les inégalités d’accès aux dispositifs sanitaires.

Ces axes de développement font partie des Schémas régionaux de prévention menés par l’Agence régionale de santé de la Guyane.

[1] Données Insee, accessibles sur : http://www.insee.fr/fr/regions/guyane/default.asp?page=faitsetchiffres/presentation/presentation.htm
[2] Données Insee. Premiers résultats. N° 100/Janvier 2014.
[3] Statiss Antilles Guyane 2013. Mars 2014. Agences régionaux de santé de Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Guyane.
[4] Une assemblée unique remplacera les 2 Conseils en 2015.
[5] Ministère de l’Outre mer : http://www.outre-mer.gouv.fr/?presentation-guyane.html.
[6] Etat de santé Guadeloupe, Guyane et Martinique. Mars 2013. Observatoire régional de la santé de Guadeloupe (Orsag).
[7] Schéma régional de prévention 2011. Agence régionale de Guyane.

Du fait de l’importante biodiversité, la Guyane est exposée à des risques infectieux spécifiques. Le paludisme et la dengue, maladies endémo-épidémiques dans cette région, ont une incidence élevée. Les maladies entériques et la tuberculose font partie des problématiques de santé publique majeures. Par ailleurs, la vaccination contre la fièvre jaune est obligatoire et la prévention contre le paludisme est fortement recommandée.

L’introduction de maladies émergentes ou d’importation (choléra, rage, hantavirus, grippe aviaire…) est également possible dans cette région en raison des intenses échanges de biens et de personnes non seulement avec les pays de la Caraïbe mais aussi avec le continent américain, l’Europe, l’Afrique et l’Asie, qui pourraient entraîner la transmission rapide d’épidémies et de vecteurs.

La Guyane est également le département où la prévalence du VIH/sida est la plus élevée.

On peut noter dans ce contexte sanitaire spécifique :

  • l’épidémie de dengue en 2013 qui a concernée plus de 16 000 personnes, avec plus de 680 hospitalisations et 6 décès [8];
  • des taux de découverte d’infection de VIH les plus élevés de France avec 83 et 91 cas pour 100 000 habitants en 2012 et 2013 [9] ;
  • l’émergence du chikungunya à partir de janvier 2013 avec plus de 7 800 consultations en médecine  de ville en novembre 2014 [10].
[8] Point épidémiologique dengue Guyane n° 22/29 novembre 2013.
[9] Infection par le VIH dans les DFA. Bulletin de veille sanitaire n°6 décembre 2014. Cire Antilles Guyane.
[10] Point épidémiologique chikungunya DFA n° 33/ 20 novembre 2014.

Le contexte géographique de la Guyane fait que de nombreuses communes sont confrontées à des difficultés d’accès à l’eau potable. La qualité de l’eau distribuée par le réseau peut être également dégradée certaines années, par les intrusions salines venues de l’océan atlantique ou par les inondations des fleuves ou glissements de terrain provoqués par les fortes pluies saisonnières. Ainsi, les inondations, le manque d’accès au réseau d’eau potable peuvent entraîner des maladies infectieuses entériques sans compter les problèmes liés à la présence de plomb et de mercure dans cette région.

Diabète et obésité

Dans les DFA, le diabète traité est quasiment le double de la France métropolitaine alors même qu’un plus fort pourcentage des personnes diabétiques ignorent leur diabète.

En Guyane, 6 % de la population est touchée par le diabète, un chiffre deux fois supérieur à celui de la métropole [11]. La prévalence du surpoids et de l’obésité est également élevée. Selon une enquête menée en 2010 [12], 19 % des enfants interrogés étaient en surcharge pondérale avec 12,4 % en obésité de degré 1 dû notamment à des facteurs comportementaux liés à des activités sédentaires et des mauvaises habitudes alimentaires.

Pathologies cardio-vasculaires

Les taux standardisés de mortalité par maladies vasculaires cérébrales et par maladies hypertensives sont supérieurs dans les DFA par rapport à l’hexagone. Les maladies vasculaires cérébrales sont l’une des principales causes de décès et l’hypertension artérielle la première cause d’admission en affections de longue durée (ALD) devant le diabète et les cancers.

En Guyane, sur la période 2005-2009, les taux standardisés de mortalité par maladies vasculaires cérébrales atteignaient 86 décès pour 100 000 hab. contre 52 décès pour 100 000 hab. au niveau national. Contrairement aux autres DFA où la mortalité par maladies vasculaires cérébrales se réduit, en Guyane, ces chiffres se stabilisent.

L’insuffisance rénale chronique

En 2012, la prévalence de l’insuffisance rénale chronique terminale traitée par greffon fonctionnel dans les départements d’outre mer est non significativement différente que le taux national. En Guyane, selon les données disponibles du registre du Réseau épidémiologie et information en néphrologie (REIN), 38 patients étaient porteurs au 31 décembre 2012 d’un greffon rénal fonctionnel. En revanche, la prévalence de l’insuffisance rénale chronique terminale traitée par dialyse est significativement plus élevée que le taux national (indice comparatif de prévalence 2,37 en Guyane). En Guyane, selon les données disponibles du registre REIN, 178 patients étaient dialysés au 31 décembre 2012 [13].

[11] Schéma régional de prévention 2011. Agence régionale de Guyane.
[12] Enquête Nutriel. Observatoire régional de la santé de Guyane (ORSG). 2010.
[13] Rapport annuel 2012. Réseau, Epidémiologie, Information, Néphrologie (REIN).

Des progrès indéniables ont été accomplis en matière de santé et de sécurité au travail au cours de ces 10 dernières années en Guyane. Le nombre de personnes victimes d’un accident de travail diminue progressivement chaque année mais reste encore trop élevé. Le nombre de maladie professionnelle continue quant à lui à augmenter [14]. En 2009, 563 décès étaient dus à un accident du travail et 564 décès liés à une maladie professionnelle.

[14] Plan régional Santé au travail de Guyane 2011-2014. Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi de Guyane.

Articles scientifiques

1.    Bourhy P, Herrmann Storck C, Theodose R, Olive C, Nicolas M, Hochedez P, Lamaury I, Zinini F, Bremont S, Landier A, Cassadou S, Rosine J, Picardeau M. (2013) Serovar Diversity of Pathogenic Leptospira Circulating in the French West Indies. PLoS Negl Trop Dis 7(3): e2114. doi:10.1371/journal.pntd.0002114.

2.    Ferdinand S, Millet J, Accipe A, Cassadou S, Chaud P, Levy M, Théodore M, Rastogi N.Use of genotyping based clustering to quantify recent tuberculosis transmission in Guadeloupe during a seven years period: analysis of risk factors and access to health care. BMC Infectious Diseases 2013 13:364.

3.    Flamand C, Fabreque M, Bringay S, Ardillon V, Quenel P, Desenclos JC, Teisseire M. Mining local climate data to assess spatiotemporal dengue fever epidemic patterns in French Guiana. J Am Med Inform Assoc. 2014 Feb 18. doi: 10.1136/amiajnl-2013-002348.

4.    Hochedez P, Escher M, Decoussy H, Pasgrimaud L, Martinez R, Rosine J, Théodose R, Bourhy P, Picardeau M, Olive C, Ledrans M, Cabié A. Outbreak of leptospirosis. among canyoning participants, Martinique, 2011. Euro Surveill. 2013;18(18):pii=20472. Available online: http://www.eurosurveillance.org/ViewArticle. aspx?ArticleId=20472.

5.    La Ruche G, Dejour-Salamanca D, Bernillon P, Leparc-Goffart I, Ledrans M, Armengaud A, Debruyne M, Denoyel GA, Brichler S, Ninove L, Desprès P, Gastellu-Etchegorry M. Capture-recapture method for estimating annual incidence of imported dengue, France, 2007-2010. Emerg Infect Dis. 2013 Nov;19(11):1740-8. doi: 10.3201/eid1911.120624. PubMed PMID: 24188574.

6.    Larrieu S, Cassadou S, Rosine J, Chappert JL, Blateau A, Ledrans M, Quénel P. Lessons raised by the major 2010 dengue epidemics in the French West Indies. Acta Trop. 2014 Mar;131:37-40. doi: 10.1016/j.actatropica.2013.11.023. Epub 2013 Dec.

7.    Leparc-Goffart I, Nougairede A, Cassadou S, Prat C, De Lamballerie X. Chikungunya in the Americas. Lancet. 2014 Feb 8;383(9916):514. doi: 10.1016/S0140-6736(14)60185-9.

8.    Mahamat A, Dussart P, Bouix A, Carvalho L, Eltges F, Matheus S, Miller MA, Quenel P, Viboud C. Climatic drivers of seasonal influenza epidemics in French Guiana, 2006-2010. J Infect. 2013 Aug;67(2):141-7. doi: 10.1016/j.jinf.2013.03.018. Epub 2013 Apr 15. PubMed PMID: 23597784; PubMed.

9.    Thomas L, Najioullah F, Besnier F, Valentino R, Rosine J, Césaire R, Cabié, A. Clinical presentation of dengue by serotype and year of epidemic in Martinique. American Journal of Tropical Medicine & Hygiene - (accepté en décembre 2013 - En cours de publication).

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