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Publications et outils

Publié le 22/02/2019

Environnement et santé

Évaluation des expositions professionnelles aux pesticides utilisés dans la culture de la canne à sucre à l’île de La Réunion et de leurs effets sanitaires

Projet Matphyto DOM

Auteur(s) : Spinosi J, Cahour L, Gouy M, Chaperon L, El Yamani M
Editeur(s) : Santé publique France
ISSN : 2609-2174
ISBN NET : 979-10-289-0502-6
Citation suggérée : Évaluation des expositions professionnelles aux pesticides utilisés dans la culture de la canne à sucre à l’île de La Réunion et de leurs effets sanitaires. Projet MatPyhto DOM. Saint-Maurice : Santé publique France, 2019. 37 p.
Publication non disponible au format papier

RÉSUMÉ :

L’évaluation rétrospective des expositions aux pesticides des travailleurs agricoles est une démarche nécessaire pour comprendre et établir des liens entre leurs activités professionnelles tout le long de leur carrière et la survenue de potentielles pathologies telles les cancers ou les maladies neurodégénératives. Les données fiables, produites par une méthode précise et structurée pour dresser l’historique des expositions professionnelles, sont peu nombreux.

La canne à sucre, la culture agricole la plus répandue à La Réunion, emploie de nombreux produits phytopharmaceutiques (PPP) auxquels sont exposés les travailleurs agricoles. Aucune étude jusqu’alors n’a permis d’identifier le nombre de ces travailleurs, les PPP auxquels ils sont et/ou ont été exposés au cours du temps ni les éventuels effets sur la santé susceptibles de se produire face à cette exposition.

Nous avons utilisé trois bases de données dont deux construites par Santé publique France pour répondre à la question : quels sont les PPP qui ont été appliqués sur la canne à sucre au cours des dernières décennies à l’île de La Réunion, quels sont leurs effets sanitaires et quelles sont les caractéristiques de la population de travailleurs agricoles concernés ?

La première base est une matrice culture-exposition (MCE) spécifique à la culture de la canne à sucre à La Réunion grâce à laquelle nous avons identifié l’ensemble des PPP utilisés sur cette culture depuis les années 1960 ainsi que la fréquence et la probabilité de leur usage. La seconde source de données est la base CipaTox ; elle a été établie pour recenser les effets sanitaires de l’ensemble des substances actives (SA) des PPP homologués en France depuis 1961, et un focus a été fait sur la cancérogénicité, la mutagénicité et la reprotoxicité (CMR) ainsi que la perturbation endocrinienne (PE). Enfin, la troisième source est constituée par les recensements agricoles (RA) de 1981, 1989, 2000 et 2010 qui ont permis d’identifier les caractéristiques sociodémographiques des travailleurs de la canne à sucre à La Réunion. En croisant ces trois sources de données nous avons calculé des prévalences d’exposition professionnelle sur les quatre années du RA aux PPP utilisés sur la canne à sucre à La Réunion et identifié les effets sanitaires qu’ils peuvent engendrer.

Nos travaux montrent qu’en 1981, 1989, 2000 et 2010, 25 substances actives différentes ont été utilisées sur la canne à sucre dont 19 herbicides, 3 insecticides, 2 rodonticides et 1 fongicide. Les principales molécules sont le 2,4-D, l’amétryne, l’atrazine, Beauvaria tenella 96, le chlorpyriphos-éthyl, le diuron et le glyphosate. Entre 44 % (1981) et 88 % (2010) des travailleurs de la canne à sucre à La Réunion, dont le nombre est passé de 16 777 (1981) à 7 194 (2010) individus, ont été exposés à au moins une substance toxique pour la santé humaine et considérée comme CMR ou PE.

Ces travaux permettent de guider la prévention vis-à-vis des professionnels de l’agriculture en identifiant les pesticides pouvant avoir des effets néfastes sur leur santé. Ils incitent à mettre en oeuvre plusieurs actions dont la sensibilisation des travailleurs agricoles au risque chimique induit par l’usage des pesticides, la promotion de méthodes alternatives de production de la canne à sucre, la limitation de l’usage des PPP, la circonscription de l’utilisation des PPP dont la substance active est CMR ou PE, le port d’équipements de protection individuelle en conformité avec les conditions climatiques de la région, enfin, l’information et la formation des médecins généralistes et la médecine du travail pour faciliter la reconnaissance en maladies professionnelles.

Rapport  [pdf - 1,35 Mo]
Synthèse  [pdf - 272,94 Ko]

Mots-clés :

pesticides, exposition professionnelle, agriculture, canne à sucre, La Réunion

SUMMARY

To establish links between agricultural workers activities throughout career and the potential occurrence of serious disease such as cancer or neurodegenerative diseases, retrospective pesticide exposures assessment is need. However, reliable database and methods are scarce in France.

Sugarcane is the most important crop in Reunion Island in terms of cultivated area and many phytosanitary products (PPPs) are used to protect it. In consequence, agricultural workers are potentially exposed to these pesticides. However, no studies have yet conducted to estimate the number of these workers, to characterize their PPPs exposure over time, or to identify the health effects related to these exposures.

We used three database (2 from Santé publique France, and 1 from the Ministry of agriculture) to answer the following questions: what are the pesticides used on sugarcane over the past 50 years, what are their effects on human health and what are the socio-demographic characteristics of the exposed farm population ?

The first database is a specific crop-exposure matrix (CEM) for sugarcane in Reunion Island. We have identified all the PPPs used on this crop since the 1960s. For each PPP, 3 quantitative indicators are indicated: the probability, the frequency and the intensity. The second one is the CipaTox database. It list of the main health effects known or suspected to be associated with chronic exposure to all of each PPP registered in France since 1961. For this study, we focus on four health effects as carcinogenicity, mutagenicity and reproductive toxicity (CMR) as well as the potential effects of endocrine disruption (ED). To identify socio-demographic characteristics of sugarcane workers in the Reunion Island, we used a third database: the agricultural censuses (AC) of 1981, 1989, 2000 and 2010. By merging this three database, we calculated prevalences of exposure for each PPP used, for each years of the AC and we identified the health effects they can cause. Our results show that, in 1981, 1989, 2000 and 2010, 25 active substances have been used on sugarcane: 19 herbicides, 3 insecticides, 2 rodenticides and 1 fungicide. The main substances are: 2,4-D, ametryn, atrazin, Beauvariatenella 96, chlorpyriphos-ethyl, diuron and glyphosate. The total number of sugarcane workers has increased from 16,777 (1981) to 7,194 (2010). Between 44 % (1981) and 88 % (2010) of sugarcane workers in Reunion Island are exposed to at least one CMR or ED active substance.

Our study helps to guide prevention towards agricultural workers by identified active substances with human health effect. We recommend: to promote alternative methods of sugarcane production by limiting the use of PPPs, to circumscribe the use of PPPs whose active substance is CMR or ED, to create individual protected equipment adapted to the weather conditions, to make workers aware of health risks of chemical origin through prevention campaigns, and finally to enlighten and train more general practitioners and occupational physicians to facilitate recognition of occupational diseases.

Keywords :

pesticides, professional exposition, agriculture, sugar cane, La Réunion

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