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Publications et outils

Publié le 10/10/2016

Travail et santé

Estimation de parts de cancers attribuables à certaines expositions professionnelles en France

Utilisation des matrices emplois-expositions développées dans le cadre du programme Matgéné

Auteur(s) : Gilg Soit Ilg A, Houot M, Pilorget C
Editeur(s) : Santé publique France
ISSN : 1956-5488
ISBN NET : 979-10-289-0200-1
Citation suggérée : Gilg Soit Ilg A, Houot M, Pilorget C. Estimation de parts de cancers attribuables à certaines expositions professionnelles en France. Utilisation des matrices emplois-expositions développées dans le cadre du programme Matgéné. Saint-Maurice : Santé publique France ; 2016. 40 p.
Publication non disponible au format papier

RÉSUMÉ :

Le poids des pathologies d’origine professionnelle, pour la plupart non-spécifiques, est important en France et pourtant, on ne dispose que de peu de travaux français récents permettant de l’objectiver quantitativement.
C’est dans ce contexte que le Département santé travail (DST) de l’Institut de veille sanitaire (InVS) a développé, au travers du programme Matgéné (Matrice emplois-expositions en population générale), des outils spécifiques à la situation française afin d’évaluer les expositions professionnelles aux cancérogènes et l’impact de ces dernières sur la santé de la population.
Le présent rapport illustre l’utilisation de ces outils pour quantifier, selon deux scenarii, la part de certains cancers attribuable à une exposition professionnelle à quatre cancérogènes classés Groupe 1 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), i.e. agents pour lesquels les indications de cancérogénicité pour l’homme sont jugées suffisantes : l’amiante, la silice, le benzène, et le trichloréthylène. Ce travail donne également une estimation du taux de réparation en maladie professionnelle.
Nonobstant les limites méthodologiques inhérentes à cet exercice, ces estimations sont importantes pour améliorer les connaissances en santé travail et en santé publique. Elles confirment le poids considérable des expositions professionnelles dans la survenue de certains cancers dans la population française et par là même l’importance de la sous réparation des pathologies qui leur sont attribuables.

Rapport  [pdf - 1,06 Mo]

Mots-clés :

part attribuable, cancer, exposition professionnelle, reconnaissance en maladie professionnelle

SUMMARY

Estimates of the part of certain cancers attributable to occupational exposure to certain carcinogens in France

Use of job-exposure matrices developed within the Matgéné program

The burden of occupational diseases, for the most non-specific, is important in France, even so only a few recent French studies allow us to quantify it objectively.
In this context, the Occupational Health Department (DST) of the French Institute for Public Health Surveillance (InVS) has developed, through the program Matgéné, several tools specific to the French situation to evaluate occupational exposure to carcinogens and their impact on the health of the population.
This report illustrates the use of these tools to quantify, under two scenarios, the part of certain cancers attributable to occupational exposure to four carcinogens that are classified by the International Agency for Research on Cancer (IARC) as Group 1 carcinogens, i.e., agents for which there is sufficient evidence of carcinogenicity in humans: asbestos, silica, benzene, and trichlorethylene. This work also gives an estimate of the rate of recognition as occupational disease.
Notwithstanding the methodological limitations inherent in this exercise, these estimates are important to improve occupational health and public health knowledges. They confirm the substantial weight of occupational exposures in the occurrence of certain cancers in the French population and hence the importance of the pathologies under repair attributable to them.

RÉSUMÉ :

Le poids des pathologies d’origine professionnelle, pour la plupart non-spécifiques, est important en France. Peu de travaux français récents permettent de l’objectiver quantitativement. Les travaux sur ce sujet, datant du début des années 2000, il était nécessaire de les actualiser.

Pour cela, la Direction Santé travail de Santé publique France a mis en place un programme visant à évaluer la part de cancers attribuable aux expositions professionnelles, en France. Ce programme permet également d’évaluer le taux de reconnaissance en maladie professionnelle en comparant le nombre de cancers attribuables au nombre de cancers indemnisés au titre des maladies professionnelles.

La méthodologie mise en œuvre est basée sur des outils spécifiques de la situation française,  développés par la Direction santé travail dans le cadre du programme Matgéné. Ces outils et plus spécifiquement les matrices emplois-exposition permettent d’évaluer rétrospectivement les expositions aux cancérogènes et leur impact sur la santé de la population.

La première étude réalisée dans le cadre de ce programme a porté sur l’exposition à 4 substances, reconnues comme cancérogène avéré : 

  • L’amiante, qui peut être à l’origine du mésothéliome et des cancers du poumon, , du larynx, de l’ovaire.
    Cette nuisance se retrouve dans les secteurs d’activité : construction, commerce et réparation automobile, métallurgie, travail des métaux, production et distribution d’électricité, de gaz et de chaleur, industrie automobile, fabrication de machine et équipements… (en savoir plus sur l'impact de l'exposition sanitaire à l’amiante)
  • La silice, qui peut être à l’origine de cancer du poumon.
    Cette nuisance se retrouve dans les secteurs d’activité : fabrication d’autres produits minéraux non métalliques, industries extractives, construction, métallurgie, captage, traitement et distribution d’eau…
  • Le benzène, qui peut être à l’origine de leucémies.
    Cette nuisance se retrouve dans les secteurs d’activité : commerce et réparation automobile, industrie chimique, transports terrestres, services fournis aux entreprises…
  • Le trichloréthylène, qui peut être à l’origine de cancer du rein.
    Cette nuisance se retrouve dans les secteurs d’activité : commerce et réparation automobile, industrie du caoutchouc et des plastiques…

Cette étude confirme le poids considérable des expositions professionnelles dans la survenue de certains cancers dans la population française, et met en exergue l’importance de la sous-réparation des pathologies qui leur sont attribuables. Plus spécifiquement,  elle montre une sous-réparation notable pour les pathologies pour lesquelles un tableau de maladie professionnelle existe (ex. cancer du poumon en lien avec une exposition à la silice) et une sous-réparation totale pour les pathologies pour lesquelles il n’existe pas de tableau de reconnaissance de maladie professionnelle à ce jour, et ce alors même que le lien avec une exposition professionnelle est avéré (ex. le cancer du larynx en lien avec une exposition à l’amiante).

Questions réponses

  •  

    La part attribuable est la proportion de cas (ou de décès) qui aurait pu être évitée si l’exposition à la nuisance n’avait pas existé. Cette part attribuable est estimée de manière indirecte à partir de la prévalence d’exposition et du risque relatif (RR), mesure de probabilité permettant de mesurer le risque de développer une maladie par rapport à un facteur de risque (ici l’exposition professionnelle à un agent cancéreux). Dans le cas des pathologies cancéreuses, les effets des expositions étant le plus souvent cumulatifs et différés, il est nécessaire de connaître les prévalences d’expositions cumulées sur l’ensemble de la carrière professionnelle (carrière-entière).

  •  

    Ces prévalences sont estimées à partir d’un échantillon d’environ 10 000 personnes, âgées de 25 à 74 ans (4 758 hommes et 5 252 femmes) représentatif de la population française, pour lesquelles les parcours professionnels sont décrits. Cet échantillon est croisé avec les matrices emplois-expositions spécifiques des quatre nuisances étudiées.

    Deux prévalences d’exposition ont été estimées : la première considère toutes les expositions non nulles (quel que soit le niveau d’exposition), la seconde ne prend en compte que les expositions supérieures à un seuil. Ce seuil est défini comme la valeur limite d’exposition professionnelle sur 8h (VLEP 8h).

    Les RR pris en compte dans cette étude proviennent de la littérature nationale et internationale. Pour chaque nuisance, deux valeurs (borne supérieure et borne inférieure) ont été retenues, reflétant la grande variabilité des estimations de la littérature.

  •  

    Deux scenarii contrastés et plausibles ont été envisagés pour le calcul de ces parts attribuables :

    • Scénario 1 : la part attribuable a été estimée en considérant la prévalence des expositions carrière-entière tous niveaux et le RR le plus faible.
    • Scénario 2 : la part attribuable a été estimée en considérant la prévalence des expositions professionnelles carrière-entière les plus « substantielles » (supérieures au seuil) et le RR le plus élevé.
  •  

    Le nombre annuel de cas de cancers incidents attribuable ainsi que le nombre de décès attribuable sont calculés d’après les estimations de l’incidence et de la mortalité par sexe et âge produites par le réseau Francim pour l’année 2012.

  •  

    Le nombre de cas attribuable estimé a été comparé au nombre de cas, relevant du régime général de sécurité sociale (RGSS), reconnus en maladie professionnelle par la CnamTS en 2012 (dossier maladies à caractère professionnel).

    Pour l’exposition à l’amiante, en 2012, 1 031 cas de cancers du poumon (hommes et femmes confondus) ont été reconnus en MP, soit entre 27 % et 73 % des cas  attribuables selon le scénario (1 413 et 3 775 cas). Pour les mésothéliomes, 410 cas ont été indemnisés, soit entre 56 % et 75,5 % des cas attribuables. Le déficit de réparation pour ce cancer en lien avec l’exposition professionnelle à l’amiante est donc de 24,5 % à 44 % des cas.

    Pour l’exposition à la silice, en 2012, 11 cancers du poumon ont été indemnisés, soit seulement 1 % à 5,5 % des cas attribuables, ce qui révèle un déficit de réparation extrêmement important quel que soit le scénario choisi (200 et 1 186 cas).

    Pour l’exposition au benzène, en 2012, 26 cas ont été indemnisés, soit entre 7 % et 32 % des cas attribuables (82 et 392 cas), ou encore déficit de réparation évalué entre 68 % et 93 %.

    Pour l’exposition au trichloréthylène, il n’existe pas de tableau de MP relatif au cancer du rein en lien avec une exposition professionnelle au trichloréthylène. Il s’agit cependant d’un cancérogène avéré selon le Circ (reconnu comme tel en 2012) c’est pourquoi il a été inclus dans l’étude.

  •  

    Plusieurs explications peuvent être avancées :

    • Défaut d’information du patient sur ces droits (la demande de réparation en maladie professionnelle doit être faite par le patient).
    • Défaut d’information et de formation des professionnels de santé sur les pathologies liées aux expositions professionnelles et les aspects médico-sociaux qui en découlent.
    • Difficulté pour apporter la preuve de l’exposition professionnelle.
    • Refus du patient de faire les démarches.
    • Refus de reconnaissance.

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