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Publications et outils

Publié le 30/06/2016

Travail et santé

Multi-expositions professionnelles à des agents cancérogènes chez les salariés en 2010

Auteur(s) : Fréry N, Moisan F, Schwaab Y, Garnier R
Editeur(s) : Santé publique France
ISSN : 1956-5488
ISBN : 979-10-289-0160-8
ISBN NET : 979-10-289-0161-5
Citation suggérée : Fréry N, Moisan F, Schwaab Y, Garnier R. Multi-expositions professionnelles à des agents cancérogènes chez les salariés en 2010. Saint-Maurice : Santé publique France ; 2016. 16 p.
Publication disponible au format papier

Les facteurs professionnels susceptibles d’augmenter les risques de cancer sont souvent étudiés séparément les uns des autres, alors que l’exposition multiple aux agents cancérogènes est une réalité. L’exposition multiple aux agents cancérogènes de la population salariée française a été estimée dans le cadre du projet Multi-expo de Santé publique France à partir des données de l’enquête Sumer 2009-2010 (Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) réalisée auprès de 48 000 salariés. Cette enquête du ministère chargé du travail permet de décrire un grand nombre d’expositions professionnelles aux nuisances ou situations de travail susceptibles d’être délétères pour la santé des salariés.

Trois types de nuisances cancérogènes ont été sélectionnées : les agents chimiques (AC) cancérogènes (classés comme cancérogènes avérés ou probables et les plus utilisés, au nombre de 24), les rayonnements ionisants et le travail de nuit chez les femmes (au moins 45 nuits par an). L’exposition considérée est celle rapportée par le médecin du travail lors d’un entretien avec le salarié au cours de la dernière semaine travaillée et se réfère à la présence d’une nuisance au poste de travail. La proportion de salariés exposés à un ensemble de nuisances cancérogènes est obtenue en cumulant les indices binaires d’exposition définis pour chaque cancérogène (présent/absent) et quantifiée dans les secteurs d’activité et familles professionnelles détaillés.

En France, en 2009-2010, 12,0 % des salariés (~2,6 millions, 2 millions d’hommes et 600 000 femmes) sont exposés à au moins un agent cancérogène (chimique ou non) et environ 757 000 salariés présentent une exposition à au moins deux cancérogènes (soit 30 % des exposés). Les risques de surestimation et de sous-estimation de ces effectifs sont discutés. Les secteurs d’activités et familles professionnelles les plus concernés sont très spécifiques, avec une forte différenciation selon le sexe. Ce sont principalement des hommes (78 %), notamment des ouvriers du bâtiment et des travaux publics, de la maintenance, du travail des métaux, des transports et de la réparation automobile. Dans ces activités professionnelles, on retrouve le poids des quatre cancérogènes les plus fréquents qui sont : les émissions de moteurs diesel, les huiles minérales entières, les poussières de bois et la silice cristalline. Les femmes en âge de procréer (<45 ans) représentent 15 % de l’ensemble des salariés exposés et sont essentiellement des professionnelles de santé (infirmières, sages-femmes et aides-soignantes).

L’exposition potentielle aux cancérogènes chimiques concerne 2,2 millions des salariés, celle aux rayonnements ionisants 259 000 et environ 236 500 femmes travaillent au moins 45 nuits par an.

Près d’un salarié sur dix (9 %) est exposé à au moins un cancérogène respiratoire (agents chimiques et/ou rayonnements ionisants) et 22 % d’entre eux (420 000) sont simultanément exposés à deux cancérogènes respiratoires. Pour 1,6 million de salariés l’exposition provient d’au moins un cancérogène broncho-pulmonaire et pour 0,9 million d’un cancérogène de la sphère ORL.

Le médecin du travail a signalé l’absence de protection collective en présence d’agents chimiques cancérogènes dans 35 % des cas et la présence d’une protection individuelle cutanée, respiratoire ou oculaire contre les rayonnements ionisants dans seulement 48 % des cas (la présence d’une protection collective n’est pas mentionnée).

Ces résultats complètent la connaissance de l’exposition des salariés aux cancérogènes et indiquent que l’exposition et la multi-exposition des salariés à des agents cancérogènes semblent relativement fréquentes, particulièrement chez les hommes surtout s’ils sont ouvriers. Ils soulignent la forte spécificité des emplois selon le sexe et révèlent certains secteurs d’activités et familles professionnelles à fort risque d’exposition et donc prioritaires pour poursuivre et renforcer la prévention. Un des aspects originaux de ce travail est la quantification de l’exposition aux cancérogènes respiratoires.

Synthèse  [pdf - 1,93 Mo]

Mots-clés :

exposition, salariés, exposition multiple, multi-exposition, agents cancérogènes, agents chimiques, rayonnements ionisants, travail de nuit
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