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Etudes et enquêtes

Publié le 11/01/2005

Infections ostéo-articulaires du genou à Mycobacterium xenopi, France, 1992 à 2004

Synthèse de l’enquête réalisée par l’Institut de veille sanitaire (InVS) avec le Centre national de référence (CNR) des mycobactéries, Institut Pasteur, Paris et le CNR de la résistance aux antituberculeux, Pitié Salpétrière, Paris. 7 janvier 2005.

Des défauts de pratique de désinfection d’instruments chirurgicaux de 1988 à 1993 à la clinique du sport (CdS) ont été à l’origine d’une épidémie de spondylodiscites à M. xenopi chez les patients opérés du rachis dans cet établissement. Une procédure d’information et de dépistage des patients exposés à cette chirurgie dans cet établissement avait été initiée en 1997. Afin d’évaluer le risque pour d’autres sites chirurgicaux, une enquête du RNSP a été menée et recensait de 1992 à 1997 en France cinq cas d’infections ostéo-articulaires périphériques à Mycobacterium xenopi, dont un seul (infection ostéo-articulaire du genou) en lien avec la CdS [1]. Compte tenu du faible risque d’infection et de l’absence d’examen non invasif de dépistage pour d’autres localisations que le rachis, il avait été décidé à l’époque que l’information spécifique des patients de la CdS ne se justifiait pas pour les actes concernant des articulations périphériques (dont le genou). Une information des professionnels de santé était effectuée dans la presse médicale, rappelant que M. xenopi devait être recherché chez tout patient présentant un genou douloureux et des antécédents d’arthroscopie.

En novembre 2003, l’InVS recevait de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass) du département 78 un signalement d’infection nosocomiale (IN), concernant un cas d’infection ostéo-articulaire du genou à M. xenopi symptomatique à partir de 1996 et confirmé en septembre 2003 (1er prélèvement positif). Le CClin Paris-Nord menait son investigation et concluait en décembre 2003 que l’infection était probablement consécutive à une arthroscopie réalisée à la CdS en 1992. Dans ce contexte, l’InVS a initié un recensement des cas d’infection ostéo-articulaire du genou à M. xenopi diagnostiquées en France depuis 1997, afin de rechercher d’autres cas en lien avec la CdS. Pour cela, les souches répertoriées aux deux CNR concernés (CNR des mycobactéries et CNR de la résistance aux antituberculeux) ont fait l’objet d’une revue systématique avec retour au dossier clinique pour documenter les caractéristiques cliniques de l’infection et identifier d’éventuels actes invasifs pouvant l’expliquer ; l’interrogation des CNR a été complétée par celle de 30 laboratoires de microbiologie universitaires dont 22 hors région parisienne. Chaque cas identifié a ensuite été soumis à l’avis d’un groupe de médecins experts réunis par la Direction générale de la santé (DGS) afin de confirmer l’infection.

Cette recherche a permis d’identifier 5 cas d’infection ostéo-articulaire du genou à M. xenopi diagnostiqués en France et répertoriés aux CNR du 01/01/98 au 13/09/04. Combinés aux données répertoriées lors de l’étude du Réseau national de santé publique (RNSP) de 1997 [1], huit cas d’infection ostéo-articulaire du genou à M. xenopi confirmée ont été répertoriés en France en 13 ans, entre 1992 et 2004 (tableau). Toutes ces infections sont survenues chez des patients immunocompétents suite à une intervention sur le genou (ménisectomie [n=5], arthroscopie [n=2], ligamentoplastie [n=1]). Sur ces huit cas, deux sont survenus chez des patients opérés à la CdS pendant la période à risque (1988-1993), l’un en 1988 et l’autre en 1992 ; ils ont été diagnostiqués en 1997 et 2003. Les six autres cas sont survenus chez des patients opérés dans six autres établissements différents : leur analyse ne révèle aucun agrégat temporel ou géographique permettant de suspecter un lien épidémiologique. Les caractéristiques des infections survenues à la CdS n’apparaissent pas différentes de celles survenues dans d’autres établissements. Une seule infection confirmée à M. xenopi concernant une autre articulation que le genou a été identifiée (cheville suite à des infiltrations avec arthroscopie dans un établissement autre que la CdS).

Bien que ce recensement ne soit probablement pas exhaustif, les infections ostéo-articulaires périphériques à M. xenopi sont très rares en France. Chez les patients immunocompétents, elles surviennent après un acte chirurgical, souvent à type d’arthroscopie. Deux des huit cas d’infection du genou répertoriés en France entre 1992 et 2004 ont été opérés à la CdS pendant la période à risque (1988-1993), ce qui pourrait suggérer un niveau d’exposition au risque supérieur à la CdS. Cependant, un biais de surveillance est tout à fait possible du fait de l’attention particulière portée à la recherche de M. xenopi chez les patients opérés à la CdS. L’impact de ce biais éventuel est d’autant plus plausible que les chiffres sont très faibles.

Tableau – Cas d’infection ostéo-articulaire à M. xenopi du genou et principales caractéristiques, France, 1992- 2004.

  • Cas identifiés lors de l’étude de 1997 [1]
    - 1 cas chez un homme de 53 ans opéré du genou à la CdS en 1988, pendant la période à risque (1988-1993), et diagnostiqué en 1997 : seul cas connu à l’époque du dépistage « rachis » de 1997.
    - 1 cas chez un homme de 71 ans, opéré du genou dans une clinique à Paris autre que la CdS en 1983 et diagnostiqué en 1992 (exclu de l’étude de 1997 en l’absence de souche de M. xenopi au CNR).
    - 1 cas chez un homme de 61 ans, opéré du genou dans plusieurs établissements, dont la clinique du Marais à Paris (annexe de la CdS, dans un bâtiment distant) en 1984. Ce cas était diagnostiqué en 1994 (exclu de l’étude de 1997 en l’absence de souche de M. xenopi au CNR).
  • Cas identifiés lors de l’enquête réalisée en 2004
    - 1 cas chez un homme de 42 ans opéré du genou à la CdS en 1992, pendant la période à risque (1988-1993), et diagnostiqué en 2003.
    - 4 autres cas opérés du genou dans des établissements de santé autres que la CdS, situés dans 5 départements différents (13, 51, 67, 75, 94) entre 1980 et 1996, et diagnostiqués entre 1995 et 2004.
Note : lors de l’enquête de 2004, deux isolements de M. xenopi liés à deux autres établissements et survenus en 1997 et 1999 n’ont pas été classés comme infection secondaire à un acte invasif. Le premier concernait un patient immuno-déprimé (infection primitive probable). Le second concernait un patient étranger n’ayant pas eu d’acte invasif et ayant consulté en France une seule fois.

Référence
[1] Infection à Mycobacterium xenopi et infections ostéo-articulaires à autres mycobactéries atypiques en France (hors Clinique du Sport). Réseau national de santé publique, Saint-Maurice, France, février 1999. 44 pages. 

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