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Santé des détenus

Publié le 01/07/2015 - Dernière mise à jour le 27/07/2015

Etat de santé des détenus

Il est nécessaire de mieux décrire la santé des personnes détenues face à un nombre croissant de pathologies chroniques en milieu carcéral

En matière de santé, la vulnérabilité des personnes détenues est aujourd’hui reconnue. Cependant, il n’existe pas de système de surveillance épidémiologique permettant de décrire de façon précise les déterminants et les pathologies rencontrés en milieu carcéral. Les travaux disponibles et les données sont hétérogènes, et ne relèvent d’aucun système de surveillance en routine. Or, face au vieillissement de la population carcérale, on peut s’attendre légitimement à un nombre croissant de ces pathologies qui nécessitent une prise en charge adaptée. Un système de surveillance épidémiologique permettant de documenter l’état de santé de la population carcérale est donc nécessaire.

La santé des personnes détenues en France et à l’étranger : revue de la littérature

L’InVS a réalisé une revue de la littérature sur la santé des personnes détenues en France et à l’étranger. La plupart des travaux portait sur les pathologies mentales, les addictions et les maladies infectieuses. Ces travaux montrent globalement une prévalence de ces pathologies plus élevée parmi les personnes détenues qu’en population générale.
Les maladies chroniques - dont les maladies cardiovasculaires et le diabète - restent insuffisamment documentées alors que la population carcérale tend à devenir de plus en plus âgée, ce qui laisse présager une augmentation de ces pathologies à traiter en milieu pénitentiaire. Il n’existe aucun système de surveillance actuellement permettant de connaître la prévalence de problèmes de santé nécessitant un suivi tels que le diabète, l’hypertension artérielle, l’asthme, les cancers, les pathologies ostéo-articulaires, etc. D’autres problèmes de santé (santé bucco-dentaire, traumatismes, affections dermatologiques, par exemple) demeurent peu documentés pour pouvoir orienter des mesures de surveillance et de prise en charge bien que les quelques résultats disponibles suggèrent une fréquence non négligeable de ces difficultés en milieu carcéral. De plus, les troubles psychiatriques semblent surreprésentés en population carcérale.

En savoir plus :

Godin-Blandeau E, Verdot C, Develay AE. La santé des personnes détenues en France et à l’étranger : une revue de la littérature. Bull Epidémiol Hebd. 2013;(35-36):434-40.

Godin-Blandeau E, Verdot C, Develay AE. État des connaissances sur la santé des personnes détenues en France et à l’étranger. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2014. 94 p.

Godin-Blandeau E, Verdot C, Develay AE. Santé en milieu carcéral : état des lieux en France et à l’étranger. Santé en action. 2014;(430):8-10.

Le suicide en prison

Le suicide en prison constitue un problème de santé publique important et depuis une vingtaine d’année, une prévention active est mise en place. En effet, bien que les suicides en prison ne représentent que 1 % de l’ensemble des suicides en France, la surmortalité par suicide en détention est 7 fois plus importante qu’en milieu libre. C’est pourquoi l’InVS poursuit son objectif d’améliorer la qualité des données sur les conduites suicidaires en milieu carcéral. Pour cela, il a pour projet de développer un système de remontée d’information pour chaque « passage à l’acte ». Parallèlement, l’InVS analyse le phénomène suicidaire en milieu carcéral à partir des certificats de décès.

En savoir plus :

Duthe G, Hazard A, Kensey A, Pan Ke Shon JL. L'augmentation du suicide en prison en France depuis 1945. Numéro thématique. Suicide et tentatives de suicide : état des lieux en France. Bull Epidémiol Hebd. 2011;(47-48):504-7.

Observatoire national du suicide. 1er Rapport. État des lieux des connaissances et perspectives de recherche. Fiche 8 : Le suicide des personnes détenues en France. Novembre 2014. Pp.167 -72.

Institut de veille sanitaire. Dossier thématique. Santé mentale.

Mieux connaître et prévenir les risques infectieux en prisons

Les personnes détenues sont particulièrement concernées par des risques infectieux (tuberculose ainsi que VIH, VHC et autres risques liés à l’usage de drogues). Cette situation est liée en partie à des facteurs socio-démographiques (précarité, origine géographique, etc.). Une plus forte proportion de personnes détenues en situation de précarité socioéconomique, usagers de drogues et/ou ayant des conduites à risque en matière de santé peuvent expliquer des prévalences de certaines maladies infectieuses plus élevées en prison qu’en population générale.

Maladies infectieuses et addictions : des prévalences plus élevées en milieu carcéral qu’en population générale, selon une revue de la littérature

Pour en savoir plus :

Godin-Blandeau E, Verdot C, Develay AE. La santé des personnes détenues en France et à l’étranger : une revue de la littérature. Bull Epidémiol Hebd. 2013;(35-36):434-40.

Godin-Blandeau E, Verdot C, Develay AE. État des connaissances sur la santé des personnes détenues en France et à l’étranger. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2014. 94 p.

Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. Santé des publics sous main de justice.

Godin-Blandeau E, Verdot C, Develay AE. Santé en milieu carcéral : état des lieux en France et à l’étranger. Santé en action. 2014;(430):8-10.

Prévacar : une étude riche d'enseignements sur certains risques infectieux en prison

Prévalence du VIH, du virus de l’hépatite C (VHC) et des traitements de substitution aux opiacés (TSO)

Une enquête de l’InVS menée en collaboration avec la DGS (Prévacar, 2010) a permis de documenter la prévalence du VIH et du VHC en milieu carcéral.

  • VIH en prison

La prévalence du VIH a été estimée à 2 % dans cette enquête réalisée dans 27 établissements pénitentiaires, représentant environ 1 220 personnes détenues séropositives en France. Elle est globalement comparable entre hommes (2 %) et femmes (2,63 %) incarcérés.
51% des personnes écrouées étaient de nationalité d’un pays d’Afrique où la prévalence du VIH est plus élevée qu’en France. La prévalence augmentait avec l’âge jusqu’à 50 ans ; la moyenne d’âge des personnes séropositives pour le VIH était de 36 ans.
Les trois-quarts des personnes détenues infectées par le VIH présentaient une immunodépression à un stade avancé. La majorité (75 %) avaient reçu un traitement antirétroviral.

  • VHC en prison

La prévalence du VHC (Ac anti-VHC ou ARN du VHC) a été estimée à 4,8 % représentant environ 3 000 personnes détenues en France. La prévalence chez les femmes était plus élevée (11,78 %) que chez les hommes incarcérés (4,53 %). Le plus souvent, le mode de transmission de l’hépatite C était l’usage de drogue. La prévalence du VHC augmentait avec l’âge jusqu’à 50 ans. Près de la moitié des personnes détenues infectées par le VHC présentaient une hépatite chronique.

  • Traitements de substitutions aux opiacés (TSO)

Selon un rapport d’une commission d’enquête du Sénat publié en 2000, les usagers de drogue, réguliers ou occasionnels, seraient près de 40 000 à entrer en prison chaque année. D’après l’enquête Prévacar, le recours aux TSO en milieu carcéral a été estimé à près de 8 %, ce qui représentait environ 5 000 personnes. Un tiers de ces traitements a été initié en prison. La Buprénorphine (Subutex®) était largement prescrite (68,5 % ; méthadone : 31,5 %). La prévalence des TSO était plus élevée chez les femmes (16,5 %) que chez les hommes détenus (7,7 %).
L’enquête Prevacar menée à partir des dossiers médicaux des personnes détenues a été complétée par une enquête sur l’offre de soins VIH, hépatites et TSO auprès des établissements pénitentiaires menée par la DGS en collaboration avec l’InVS. Cette enquête a mis en évidence que 18% des établissements pénitentiaires avaient fait part de la découverte de seringues usagées au sein de leur établissement au cours des douze derniers mois.

En savoir plus :

Chiron E, Jauffret-Roustide M, Le Strat Y, Chemlal K, Valantin MA, Serre P et al. Prévalence de l’infection par le VIH et le virus de l’hépatite C chez les personnes détenues en France. Résultats de l’enquête Prévacar 2010. Bull Epidémiol Hebd 2013;(35-36):445-50.

Semaille C, Le Strat Y, Chiron E, Chemlal K, Valantin MA, Serre P, Cate L et al. Prévacar Group. Prevalence of human immunodeficiency virus and hepatitis C virus among French prison inmates in 2010: a challenge for public health policy. Euro Surveill 2013;18(28). pii:20524.

Chemlal K, Bouscaillou J, Jauffret-Roustide M, Semaille C, Barbier C, Michon C et al. Offre de soins en milieu carcéral en France : infection par le VIH et les hépatites : Enquête Prevacar 2010. Bull Epidémiol Hebd 2012;(10-11):131-4.

Les autres IST

Concernant les autres IST, il n’existe que peu d’études épidémiologiques en milieu carcéral. Une méta-analyse réalisée en 2012 sur les données issues de dix pays rend compte de prévalences de 5,7 % pour les chlamydiae, 1,5 % pour les gonocoques et 0,69 % pour la syphilis.

L'infection à Chlamydia trachomatis en milieu pénitentiaire
L'infection à Chlamydia trachomatis est une infection sexuellement transmissible bactérienne, fréquente, dont les complications chez la femme peuvent entraîner des problèmes de stérilité. Ce risque infectieux semble plus important en milieu carcéral que dans la population générale. En France, une étude réalisée en 2015 dans une maison d'arrêt du Nord Pas de Calais a montré une prévalence des infections à Chlamydia trachomatis, estimée à plus de 8 %.

En savoir plus :

J.C. Guichard, V. Baclet et al. Estimation de la prévalence du VIH, des IST et des hépatites virales chez les hommes entrants en maison d'arrêt (Annoeullin Nord) en 2014. BVS (5) 2015. InVS.

Verneuil L,Vidal JS, Ze Bekolo R et al. Prevalence and risk factors of the whole spectrum of sexually transmitted diseases in male incoming prisoners in France. Eur J Clin Microbiol Infect Dis. 2009 Apr;28(4):409-13.

Godin-Blandeau E, Verdot C, Develay AE. La santé des personnes détenues en France et à l’étranger : une revue de la littérature. Bull Epidémiol Hebd. 2013;(35-36):434-40.

Enquête "Coquelicot"

Risques de transmission du VIH, du VHB et du VHC : des indicateurs de morbidité liée à l’usage de drogues vis-à-vis de risques infectieux avérés

Une enquête menée par l’InVS et soutenue par l’ANRS (Coquelicot, 2004 et 2011) a permis de connaître la proportion d’usagers de drogues ayant eu au moins un antécédent d’incarcération dans la vie. Ainsi, il ressort que 6 usagers sur 10 ont connu la prison, au moins une fois dans leur vie. Près d’1 sur 10 a eu recours à l’injection de drogue durant l’incarcération et 30 % ont partagé une seringue au moins une fois. Les usagers de drogues ayant été incarcérés avaient une prévalence du VIH plus élevée (14 %) que parmi ceux qui ne l’avaient jamais été (5 %). Les détenus usagers de drogues étaient le plus souvent consommateurs de crack ; ces derniers étaient davantage marqués par la précarité sociale que les détenus consommateurs d’autres substances.
Une extension de l’enquête Coquelicot va être mise en œuvre en milieu pénitentiaire afin de documenter précisément l’exposition au risque infectieux lié à l’usage de drogues. Cette enquête coordonnée par le Cermes3 (Inserm U988) sera réalisée en collaboration avec l’InVS avec le soutien de l’ANRS. Elle devrait être mise en place à la fin de l’année 2015.

En savoir plus :

Institut de veille sanitaire. Dossier thématique. Usagers de drogues. Infections virales et pratiques à risques chez les usagers de drogues. L’enquête coquelicot.

Jauffret-Roustide M, Pillonel J, Weill-Barillet L, Léon L, Brunet S, Benoit T et al. Estimation de la séroprévalence du VIH et de l’hépatite C chez les usagers de drogues en France - Premiers résultats de l’enquête ANRS-Coquelicot 2011. Bull Epidémiol Hebd. 2013;(39-40):504-9.

ANRS-Pri2de

Programme de recherche et intervention sur la prévention du risque infectieux en milieu pénitentiaire

L’InVS a contribué au programme ANRS-Pri2de. L’objectif de ce programme était de réaliser l’inventaire des mesures de réduction des risques infectieux auprès de l’ensemble des établissements pénitentiaires français. Le programme a notamment exploré l’existence et l’accès aux mesures de réduction des risques infectieux (eau de javel, TSO, préservatifs, prophylaxie post-exposition, dépistage, prévention).
Soins dispensés en détention en lien avec des pratiques à risque infectieux

Certaines pratiques à risque nécessitent des soins immédiats. Parmi elles, les abcès liés à la pratique d’injection (34% des établissements dans Pri2de), des infections cutanées consécutives à des tatouages, piercing ou scarifications (70 %) et des saignements nasaux liés à une pratique de sniff (9 % des 103 établissements ayant répondu à l’enquête).

En savoir plus :

Institut de veille sanitaire. Dossier thématique. Conséquences sanitaires liées à l’usage de drogues dans des populations spécifiques. Personnes détenues et usagers de drogues.

Michel L, Jauffret-Roustide M, Blanche J, Maguet O, Calderon C, Cohen J et al. The huge gap remaining between infectious diseases prevention policies and their application in French prisons: urgent need for a global public health approach and drug policy reform (PRI²DE ANRS study). BMC Public Health. 2011;11(400):1-8.

Michel L, Jauffret-Roustide M, Blanche J, Maguet O, Calderon C, Cohen J et al. Prévention du risque infectieux dans les prisons françaises. L’inventaire ANRS-PRI2DE, 2009. Bull Epidémiol Hebd. 2011;(39):409-12.

Le cas particulier de la tuberculose

La tuberculose en prison

La prison est un milieu à risque pour la tuberculose : les personnes  incarcérées sont souvent issues de groupes de population plus exposées à la tuberculose (personne en situation de vulnérabilité socioéconomique, attentes de maladies augmentant le risque de développer une tuberculose (VIH, par exemple). Les conditions de détention peuvent favoriser sa transmission du fait de la promiscuité entre détenus et du confinement. Les enjeux de prise en charge de tuberculose en prison se posent à 3 niveaux : à l’incarcération de la personne, durant sa détention et à sa sortie de prison.
L’InVS recense les cas de tuberculose survenus en milieu carcéral, au travers de son dispositif général de déclaration obligatoire. Les informations ne permettent pas de définir si la contamination a eu lieu en milieu pénitentiaire ou non. Les personnes étant en prison au moment de la déclaration d’une tuberculose représentaient 1,4 % de tous les cas déclarés en France en 2013 (61 cas dont 53 cas avec une atteinte pulmonaire, donc potentiellement contagieux). Ce nombre est relativement stable ces 12 dernières années. Les dernières données montrent que la tuberculose en prison concerne essentiellement des hommes (94 %), plutôt jeunes (âge médian de 31 ans).
Tuberculose : une prévalence élevée dans les maisons d’arrêt d’Île-de-France

Les cas de tuberculose en prison concernent particulièrement deux régions : l’Île-de-France (37 %) et la région Provence-Alpes Côte-d’Azur (8 %) (données 2011-2013).
Une étude réalisée dans les maisons d’arrêt en Île-de-France a fait ressortir une prévalence de 107 cas de tuberculose pour 100 000 détenus. Cette étude a montré que la prise en charge de la maladie (diagnostic et traitement) et la prévention (isolement et port de masques) semblaient conformes aux bonnes pratiques. Néanmoins, elle a souligné que le suivi de la prise en charge, à la sortie de prison, était insuffisant.

En savoir plus :

Cochet A, Isnard H. Tuberculose dans les maisons d’arrêt en Île-de-France. Enquête rétrospective, 1er juillet 2005-30 juin 2006. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2007. 41 p.

Institut de veille sanitaire. Dossier thématique. Tuberculose.

Dossier Santé des détenus

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