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Air et santé

Publié le 18/03/2015

Point sur les connaissances

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    Il s’agit d’un ensemble de gaz et de particules en suspension présents dans l’air (intérieur ou extérieur) dont les niveaux de concentration varient en fonction des émissions et des conditions météorologiques. Lorsqu’ils sont d’origine anthropique, ils proviennent par exemple des installations de chauffage, des véhicules à moteur ou des activités industrielles. La loi sur l’air de 1996 en propose la définition suivante : "Constitue une pollution atmosphérique […] l'introduction par l'homme, directement ou indirectement, dans l'atmosphère et les espaces clos, de substances ayant des conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes, à influer sur les changements climatiques, à détériorer les biens matériels, à provoquer des nuisances olfactives excessives."

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    Malgré la disparité de concentration des niveaux de pollution sur le territoire et la prédominance de certains types de pollution (plutôt automobile à Paris et industrielle au Havre par exemple), chacun d’entre nous est exposé à la pollution atmosphérique. En revanche, nous ne sommes pas égaux face à elle et il existe une grande variabilité individuelle dans la susceptibilité aux polluants. Les enfants (dont l’appareil respiratoire n’est pas encore mature), les fumeurs, les personnes âgées ou souffrant de maladies respiratoires et cardiovasculaires chroniques sont plus vulnérables que les autres en termes d’effets sur la santé.

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    À court-terme, même à de faibles niveaux, l’exposition aux polluants peut provoquer des symptômes irritatifs au niveau des yeux, du nez et de la gorge mais peut également favoriser la survenue d’un infarctus du myocarde, aggraver des pathologies respiratoires chroniques (asthme, bronchite…), voire provoquer le décès.
    A long terme, la pollution atmosphérique peut induire des effets sanitaires comme la survenue d’un cancer du poumon, d’une maladie cardiorespiratoire, d’une naissance prématurée, d’une altération de la fonction cognitive chez l’enfant ou d’une démence chez les personnes âgées.

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    Le programme "air et santé" de l’InVS vise à évaluer les impacts sanitaires de la pollution de l’air en France pour fournir aux décideurs l’information scientifique la plus pertinente et la plus utile possible En complément à la surveillance de la pollution des associations agrées de surveillance de qualité de l’air (Aasqa), ce dispositif permet :
    - la caractérisation épidémiologique du risque à court terme et à long terme ;
    - le suivi de ces risques au cours du temps (la relation entre pollution et santé peut évoluer en fonction de l’évolution des niveaux et caractéristiques des polluants et des habitudes d’exposition) ;
    - la détection d’évènements de santé anormaux dans un contexte de pollution de l’air (par exemple  suite à un accident, polluants non suivis en routine) ;
    - la prédiction d’impacts sanitaires et de bénéfices associés à la mise en place de mesures visant à réduire les niveaux de pollution (EIS).

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    La dispersion des polluants peut être rendue insuffisante par une situation météorologique défavorable (absence de vent, inversion thermique…). Ces conditions font augmenter les niveaux de pollution et donnent lieu à des "pics", pour lesquels des mesures d’information pour la protection de la population sont mises en œuvre. A titre d’exemple, il est tout à fait déconseillé de pratiquer une activité sportive intense durant ces "pics", en particulier aux heures de pointe et à proximité des axes où la circulation automobile est forte. Retenons enfin qu’il est nécessaire de s’attaquer également à la pollution de fond pour réduire l’exposition de la population à long-terme, plus nocive pour la santé que ne le sont les épisodes isolés.

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    Malgré les progrès technologiques, le véhicule "100 % propre" n’existe pas et chaque carburant possède ses polluants spécifiques. Concernant le diesel, l’OMS déclarait en juin 2012 que "les données scientifiques étaient sans appel […] et que les gaz d’échappement des moteurs diesel provoquent le cancer du poumon chez l’homme". L’OMS a également classé les effluents d’échappement des moteurs à essence comme cancérogènes suspectés pour l’homme. D'un carburant diesel à l'autre ou d’un processus de combustion à l’autre, des variations peuvent exister en termes de proportions de composés nocifs. Mais les nombreux composés cancérigènes (benzène, hydrocarbures aromatiques polycycliques, métaux…) sont toujours présents. Cette réalité sanitaire doit favoriser la restructuration des aménagements urbains (pistes cyclables, stationnement, vélo…) et amener chacun à privilégier les alternatives au véhicule personnel (transports en commun, vélo…).

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    La pollution atmosphérique n’est pas l’apanage des villes, même si nous ne disposons pas de données précises sur les niveaux de pollution ni sur leur impact sanitaire en milieu rural, qui a ses propres sources d’émission de pollution (chauffage au bois, travail de la terre, épandage de matières fertilisantes ou de pesticides par exemple). Suivant les régions et les saisons, la pollution d’origine agricole peut être importante, Nous savons par ailleurs que la dispersion des polluants peut s’étendre sur de grandes distances et gagner des régions a priori  faiblement touchées. La pollution atmosphérique touche ainsi l’ensemble du territoire de façon contrastée, mais aucune région n’est épargnée

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    En France, le risque individuel de mortalité attribuable à la pollution atmosphérique est faible et d’autres expositions ou facteurs de risques contribuent au décès. Désigner individuellement les victimes est donc impossible, contrairement à ce qui se fait pour le cancer de la plèvre, quasi-spécifique de l’exposition à l’amiante. Mais nous sommes tous exposés à la pollution atmosphérique et nous savons de façon certaine qu’une fraction de la mortalité lui est due. Dans toutes les villes étudiées, les résultats de la surveillance mise en place par l’InVS montrent une association significative entre l’augmentation des niveaux de pollution et celle du nombre de décès. On estime également que la pollution écourte de 4 à 8 mois la vie des populations habitant les villes de France (espérance de vie à 30 ans) d’où l’expression de décès « prématuré » ou « anticipé ». Selon une publication de l’OMS parue en mars 2014, une personne sur huit dans le monde en 2012 serait prématurément décédée du fait de son exposition à la pollution de l’air.

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    Les deux problématiques sont connectées. Certains polluants ont une action majeure sur l’évolution du climat mais n’agissent pas directement sur la santé. C’est par exemple le cas du CO2 et du CH4 qui, aux teneurs ambiantes, ne sont pas toxiques. L’utilisation du bois de chauffage, par exemple, est préconisée pour mitiger le réchauffement climatique parce qu’il est issu de la biomasse et n’ajoute pas de CO2 issu de carbone fossile à l’atmosphère. En revanche, les polluants émis par le chauffage au bois participent à la production de polluants délétères. Son usage peut limiter l’aggravation du dérèglement climatique tout en ayant un effet sanitaire direct néfaste. Ces raisons doivent conduire à une gestion intégrée des deux aspects.

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    La pollution atmosphérique (les pics aussi bien que la pollution de fond) dépasse l’échelon local et de multiples facteurs en sont à l’origine. Face à cette problématique collective et globale, il revient donc à chacun de faire des efforts et d’adapter son comportement en s’inscrivant dans une perspective de développement durable et en orientant au mieux ses choix (mode de chauffage, déplacements…). L’objectif est de faire baisser les niveaux de pollution un peu partout, et pas seulement à un endroit donné. Comme le souligne le slogan de l’OMS : "environnement d’aujourd’hui, santé de demain".

La pollution de l’air peut provenir de plusieurs sources. Certaines d’entre elles sont naturelles (les pollens, les poussières et les gaz rejetés par les volcans lors des éruptions notamment). D’autres, appelées anthropiques, résultent de l’activité humaine. L’InVS concentre sa surveillance sur les polluants d’origine anthropique (primaires ou formés secondairement par contact et réaction chimique avec d’autres éléments), parmi lesquels les gaz sont majoritaires, les autres correspondant aux particules en suspension dans l’air (PM).

Principaux polluants d'origine anthropique

Polluant

Symbole ou abréviation

Sources

Composés organiques volatiles (benzène…)

COV

Présents dans l’air intérieur ou en milieu urbain en raison de la combustion du bois, des gaz d’échappement automobiles, de l’utilisation de solvants…

Dioxyde d’azote

NO2

Transport routier, centrales thermiques, installations de chauffage, usines d’incinération, cuisinières à gaz…

Dioxyde de soufre

SO2

Centrales thermiques, installations de chauffage, grosses installations industrielles, les opérations de raffinage et de fusion

Métaux lourds (cadmium, mercure…)

-

Incinération des déchets, métallurgie de l’acier, combustion de produit fossile

Monoxyde de carbone

CO

Activités industrielles, combustion des carburants, métallurgie

Ozone

O3

Formation majoritairement en milieu urbain, au contact de certains polluants et sous l’action de la chaleur et des rayons UV ou de rayon laser, d’une haute tension électrique, ou de décharges électrostatiques

Particules fines (<2,5 µm)

PM2,5

Combustion industrielle, installations de chauffage, incinérateurs, moteurs, éruptions volcaniques, vents de sable

Particules fines (<10 µm)

PM10

Effets des polluants atmosphériques sur la santé

Les polluants désignent des "substances ayant des conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes, à influer sur les changements climatiques, à détériorer les biens matériels, à provoquer des nuisances olfactives excessives"1.

On en distingue deux sortes : les polluants primaires et les polluants secondaires.
Les premiers sont directement issus des sources de pollution (trafic routier, industries, chauffage, agriculture...). Il s'agit par exemple des oxydes d’azote (NOx), du dioxyde de soufre (SO2), des composés organiques volatiles (COV), des hydrocarbures, et de certains métaux (plomb, cadmium…). Les polluants secondaires sont créés dans l’atmosphère via des réactions chimiques entre des polluants. Il s’agit notamment de l’ozone, du dioxyde d’azote.

Les particules (PM10 et PM2.5) constituent une catégorie générique qui comprend des particules primaires et des particules secondaires.

La pollution peut avoir des effets sur la santé en contribuant au développement de pathologies chroniques et en aggravant les symptômes de pathologies (causées ou non par une exposition à la pollution).

Les études épidémiologiques, toxicologiques et expérimentales mettent en évidence les liens entre exposition à la pollution atmosphérique et différentes pathologies. Il existe cependant une grande variabilité individuelle dans la susceptibilité aux polluants atmosphériques. Certaines populations y sont en effet plus vulnérables :
- les enfants, dont les poumons ne sont pas complètement formés (la croissance de l’appareil pulmonaire s’achève vers 10-12 ans) ;
- les personnes âgées, plus sensibles en raison du vieillissement des tissus respiratoires et de pathologies plus fréquemment associées, ainsi que d’une diminution des défenses respiratoires ;
- les personnes souffrant de pathologies chroniques (maladies respiratoires chroniques allergiques et asthmatiques, maladies cardio-vasculaires et diabète par exemple) ;
- les fumeurs, dont l'appareil respiratoire est déjà irrité par le tabac.

Les pathologies chroniques se développent après plusieurs années d’exposition, même à de faibles niveaux de concentration. Elles sont étudiées via des études de cohortes (échantillon de la population suivi dans la durée), qui montrent que la pollution peut générer des cancers, des pathologies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, angine de poitrine ou troubles du rythme cardiaque) et respiratoires. Des études récentes pointent également des effets possibles sur la reproduction, le risque de naissance prématurée, le développement neurologique de l’enfant et la démence chez les personnes âgées. En contribuant au développement de ces maladies, la pollution de l’air diminue sensiblement la qualité et l’espérance de vie de la population.

L’aggravation de symptômes de pathologies chroniques, ou effet à court-terme, peut se produire quelques heures à quelques jours après l’exposition, y compris à des concentrations faibles. Les effets les moins graves et les plus courants sont la toux, l’hypersécrétion nasale, l’expectoration, l’essoufflement, l’irritation nasale, des yeux et de la gorge… Des effets plus graves, respiratoires ou cardiovasculaires, peuvent aussi apparaître et conduire à l’hospitalisation voir au décès.

1dans la loi sur l’air et la rationalisation de l’énergie (Laure)
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