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Biosurveillance

Publié le 31/03/2011 - Dernière mise à jour le 20/12/2016

Europe et international

Les enjeux de la biosurveillance dans divers pays et en particulier en Europe, notamment pour apporter un soutien aux décideurs, reposent sur une approche cohérente et harmonisée. En juin 2004 la Commission européenne a reconnu dans son plan d'action Environnement Santé la pertinence de la biosurveillance humaine et le besoin d'approches plus harmonisées en Europe, afin d'obtenir une meilleure comparabilité des résultats et une utilisation plus efficace des ressources. Harmoniser les approches au niveau international permettra donc de comparer les résultats dans les différents pays et aussi de disposer de règles de bonne pratique qui soient testées, validées et reconnues par l’ensemble de la communauté scientifique internationale. Ce point est particulièrement important dans le domaine de l’éthique, la biosurveillance posant des problèmes bien spécifiques de recueil du consentement des participants, de protection des données individuelles, de communication et d’utilisation des résultats. Sur le plan européen, il est en outre important de favoriser des critères de qualité communs et l’émergence d’un réseau de laboratoires capables de doser l’ensemble des substances qui nous intéressent, ce qui est encore loin d’être le cas. C’est pourquoi l’InVS contribue très activement aux efforts conduits par la Commission européenne pour élaborer un véritable cadre communautaire de la biosurveillance, en particulier en participant à des projets européens de biosurveillance.

Le dossier présente l'historique et les perspectives de la biosurveillance internationale et surtout européenne, les expériences étrangères en matière de biosurveillance, notamment via le colloque de biosurveillance organisé à Paris en 2008 dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne et les projets européens d'harmonisation de la biosurveillance en Europe auquel contribue l'InVS. Le projet européen ESBIO (Expert team to Support human BIOmonitoring) a été mis en place dans le domaine de la biosurveillance pour développer des outils et des stratégies afin de permettre une meilleure comparabilité et accessibilité des données. Pour plus d'informations, consultez le site www.eu-humanbiomonitoring.org.

Les Etats membres ont en effet joint leurs efforts pour aboutir aux projets conjoints COPHES (Consortium to Perform Human Biomonitoring on a European Scale, www.eu-hbm.info) et DEMOCOPHES (démonstration de l'harmonisation de la biosurveillance) financés par la commission européenne. Ces deux projets reposent sur une pleine coopération et des actions complémentaires. COPHES va permettre d'harmoniser les actions de biosurveillance à l'aide de guides et d'une plateforme d'échanges entre experts et DEMOCOPHES en testant la mise en œuvre de l'harmonisation via une étude pilote.

Le projet européen ESBIO (Expert team to Support human BIOmonitoring) a été mis en place (achevé en 2006) dans le domaine de la biosurveillance pour développer les données des outils et des stratégies afin de permettre une meilleure comparabilité et accessibilité des données de biosurveillance. Pour plus d'informations, consultez le site : www.eu-humanbiomonitoring.org.

Une simultanéité de l’action internationale, européenne et nationale

La commission européenne a adopté en 2003, la stratégie européenne en matière d’environnement et de santé, avec l’objectif global de réduire les maladies dues aux facteurs environnementaux en Europe.

Cette mesure a été suivie par la mise en place du plan d'action européen 2004-2010 en faveur de l'environnement et de la santé qui propose un système d’information intégré sur l’environnement et la santé, ainsi qu’une approche coordonnée de la biosurveillance humaine entre les Etats membres afin de rendre plus efficace l’évaluation de l’impact de l’environnement sur la santé humaine.

La stratégie et le plan d’action ont constitué la contribution de la Commission européenne lors de la 5e conférence ministérielle de l’OMS-Europe à Budapest en juin 2004.

Dans le même temps, la France élaborait son premier plan national santé environnement (PNSE 2004-2008) dans lequel l’étude des modalités d’utilisation des biomarqueurs d’exposition en milieu professionnel et en population générale était prévue (action 37). De plus, une des actions prioritaires du PNSE 1, l’action 26, faisait également référence à la connaissance de l’imprégnation des enfants à divers polluants. Cette action 26 est depuis plus connue comme étant l’Etude longitudinale française depuis l’enfance (Elfe).

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, il a été prévu que le deuxième Plan national santé environnement (PNSE2 2009-2012) "comporte un programme de biosurveillance permettant de mettre en relation la santé de la population et l’état de son environnement et d’évaluer les politiques publiques en matière de lien entre la santé et l’environnement".

L’Institut de veille sanitaire  est chargé de la mise en œuvre de ce programme sous la supervision des ministères chargés de la Santé et de l’Écologie.

Parallèlement, la mise en œuvre des programmes européens  COPHES et DEMOCOPHES ont pour objectif d'harmoniser la biosurveillance en Europe avec l'aide du financement de l'UE et donc de décliner au niveau français certaines recommandations prises dans le cadre d'un groupe européen regroupant 27 pays.

Le plan d’action européen et la place de la biosurveillance

La stratégie européenne en matière de santé et d’environnement [initiative SCALE] a mis en lumière le potentiel de la biosurveillance humaine pour éclairer les politiques dans le domaine de la santé environnementale.

Lors de la préparation du plan d’action européen en faveur de l’environnement et de la santé, un rapport sur la biosurveillance humaine a été publié. Il montrait que, malgré l’importance des ressources dédiées par certains pays pour la mise en œuvre du recueil des données de biosurveillance, la comparaison entre pays (voire au niveau de chaque pays ou région) restait plus que difficile en raison des différences entre les méthodologies appliquées.

Dans le but de définir une approche plus cohérente, un réseau d’experts européens en matière de biosurveillance financé par la Commission européenne (ESBIO) a rédigé des premières recommandations visant à :

  • apporter un appui scientifique et technique aux pays ayant prévu de développer des programmes nationaux de biosurveillance
  • préparer une étude pilote européenne.

Une base politique plus solide pour une approche coordonnée de la biosurveillance en Europe se construit, étape par étape depuis 2004, avec notamment l’avis du Conseil économique et social européen.

Les conclusions du Conseil de l’Union européenne du 20 décembre 2007 ainsi que le rapport du Parlement européen relatif à l’évaluation à mi-parcours du plan d’action de la Commission européenne en sont également une illustration.

En effet, le Conseil de l’Union européenne (environnement) invitait la Commission à garantir le financement nécessaire au projet pilote européen en matière de biosurveillance humaine, comme il a été statué par l’évaluation à mi-parcours du plan d'action, afin de permettre une mise en oeuvre aussi rapide que possible du projet, et de répondre ainsi aux engagements pris dans le Plan d’action européen 2004-2010 en faveur de l’environnement et de la santé, en fournissant dans ce but les données nécessaires au développement, à l’adaptation et à l’évaluation des politiques environnementales.

Le 18 Juin 2008, le parlement européen s’est exprimé sur l’évaluation du plan d’action de la Commission européenne et a recommandé "la mise en place d'un système de biosurveillance à l'échelle de l'Union afin de faciliter la mesure de l'interaction polluants/impact sur la santé" (pdf, 184 ko).

Fin 2009 et début 2010, les consortiums européens  COPHES (regroupant 27 pays) et DEMOCOPHES ont été mis en place et financés par la Commission européenne pour harmoniser les activités nationales de biosurveillance et contribuer ainsi, à travers l'UE, à une meilleure comparabilité des données, pour coordonner les programmes de biosurveillance à travers l'UE et tester la faisabilité d'une approche cohérente de la biosurveillance humaine en Europe.

L’importance de l’échange d’expérience entre les différents pays

En parallèle avec l’élaboration de plans pour la mise en place d’activités financées par l’union européenne, l’expérience des programmes de biosurveillance au niveau national a montré qu’au-delà du besoin d’harmonisation, il restait encore à démontrer la valeur ajoutée de la biosurveillance considérée comme instrument utile aux politiques de santé environnementale et aux interventions de santé publique. Ce fut un thème central du colloque de Paris sur la biosurveillance en Europe en novembre 2008.

Certains pays ont développé depuis de nombreuses années des programmes nationaux ou régionaux. Il s’agit notamment de l’Allemagne, des Etats-Unis, du Canada, de la République tchèque, de la Région flamande en Belgique. Certains pays ou régions ont inscrit la biosurveillance dans des textes de loi tels que la Slovénie, la région flamande en Belgique, l’État de Californie. D’autres l’ont intégré dans les plans d’actions et stratégies nationales.

Lien vers les présentations du colloque de Paris

Le lien avec le Grenelle de l’environnement et le Plan national santé environnement 2 (2009-2012) 

Créer une plate-forme d’échange internationale notamment grâce à la conférence de Paris contribue à améliorer la construction de programmes nationaux et européens, notamment en France avec la mise en œuvre d'un des engagements du Grenelle de l’environnement, figurant dans la loi Grenelle avec le PNSE 2 (2009-2012) qui comporte notamment "un programme de biosurveillance permettant de mettre en relation la santé de la population et l’état de son environnement et d’évaluer les politiques publiques en matière de lien entre la santé et l’environnement".

L’InVS participe aux réflexions européennes sur la biosurveillance depuis 2003 :

  • en participant aux travaux préparatoires au plan d’action de la Commission européenne sur la santé et l’environnement ;
  • en tant que membre du réseau européen d’experts dans le domaine de la biosurveillance en soutien au plan d’action européen (ESBIO) financé par la Commission européenne ;
  • en qualité de membre de divers groupes européens pour l'harmonisation de la biosurveillance en Europe et la mise en œuvre d’une étude pilote européenne de biosurveillance (HBM implementation group, COPHES, DEMOCOPHES).
  • En savoir plus :

Biosurveillance humaine et santé environnementale. Numéro hors-série. Bull Epidemiol Hebd 2009;(HS).

Diaporamas/posters

Fréry N, COPHES WP leaders. Goals and challenges of population surveys and biomonitoring. 8th International Symposium on Biological Monitoring in Occupational and Environmental Health (ISBM 2010) (6–8 September 2010; Hanasaari, Espoo, Finland).

Publications

Casteleyn L, Biot P, Viso AC. Des biomarqueurs humains à la biosurveillance humaine en santé environnementale en Europe. Temps forts de la Conférence tenue à Paris les 4 et 5 novembre 2008. Numéro hors-série. Biosurveillance humaine et santé environnementale. Bull Epidemiol Hebd 2009;(HS):3-7.

Fréry N, Vandentorren S, Etchevers A. Examples of ongoing international surveys: France. In: Knudsen L, Merlo DF (dir.). Biomarkers and human biomonitoring. Ongoing programs and exposures. Cambridge: Royal Society of Chemistry; 2011; 59-78.

Viso AC, Casteleyn L, Biot P, Eilstein D. Human biomonitoring programmes and activities in the European Union. J Epidemiol Community Health 2009;63(8):623-4.

Viso AC, Medeiros H. Conference report. From the use of human biomarkers to human biomonitoring. European Conference on Human Biomonitoring (2008 November 4-5; Paris).

Textes de référence

Commission européenne. SCALE. Baseline report on ”Biomonitoring of children” in the framework of the European environment and health strategy. (COM(2003)338 final). 9 janvier 2004. 400 pages :
www.brussels-conference.org/Download/baseline_report/BR_Biomonitoring_final.pdf

Commission européenne. SCALE. Report on an action plan and options for action for “Biomonitoring of children” in the framework of the European environment and health strategy. (COM(2003)338 final). 30 March 2004. 111 pages :
http://europa.eu.int/comm/environment/health/pdf/040330biomonitoring.pdf

COPHES, COnsortiom to Perform Human biomonitoring on a European Scale, Information available from: http://www.eu-hbm.info/

DGS, Institut de veille sanitaire. European Conference on Human Biomonitoring - November 4th and 5th 2008, Paris. Presentations available from: http://www.invs.sante.fr/publications/2008/biosurveillance/index.html#7

ESBIO, Expert team to Support human BIOmonitoring: http://www.eu-humanbiomonitoring.org

Plusieurs pays européens et nord-américains développent des activités de biosurveillance depuis de nombreuses années. Dans le cadre du plan européen santé environnement 2004-2010, l’Europe a engagé des démarches pour harmoniser ses pratiques de biosurveillance et fournir ainsi des résultats comparables entre pays. Quelques unes des expériences de biosurveillance réalisées à l’étranger sont illustrées ci-dessous.

drapeau de l'Allemagne

Biosurveillance en Allemagne (GHIES et GerES)

La German Environmental Survey (GerES) est une étude réalisée par l’Agence fédérale allemande de l’environnement (Umweltbundesamt, UBA) sur un échantillon représentatif de la population allemande à intervalles réguliers. Son objectif est d’analyser et de documenter la distribution et les déterminants de l’exposition de la population allemande aux polluants de l’environnement et leurs impacts sur la santé.

Elle repose sur de la biosurveillance incluant la caractérisation de l’environnement domestique, la collecte d’information concernant les facteurs d’exposition à l’aide de questionnaires ainsi que la mesure du bruit et les altérations de l’audition. Les phases I et IIa ont pris place en Allemagne de l’Ouest, respectivement en 1985-86 et 1990-91. La phase IIb, qui a inclus des enfants, s’est déroulée en Allemagne de l’Est en 1991-92. En 1998, la GerES III a concerné les adultes des deux Allemagnes et, en 2003-2004, la GerES IV a porté sur les enfants.

La GerES IV a été réalisée sur un sous échantillon de la German Health Interview and Examination Survey (GHIES). Ainsi, 1790 enfants âgés de 3 à 14 ans ont été inclus afin d'obtenir des informations spécifiques par questionnaires, et d'effectuer des analyses de biomarqueurs et de mesures environnementales, notamment dans l’air intérieur. Dans cette enquête, une audiométrie a également été réalisée sur 982 enfants âgés de 8 à 14 ans.

Toutes les phases de la GerES ont été menées en parallèle avec la German Health Interview and Examination Survey (GHIES). La GHIES est une enquête transversale menée à intervalle périodique auprès d’échantillons de la population allemande, qui comporte des questionnaires, des examens médicaux et des analyses de sang et d’urine. Elle est conduite en Allemagne depuis 1991 par le Robert Koch Institute. La dernière vague de la GHIES a été réalisée de mai 2003 à mai 2006 sur un échantillon représentatif de 17641 enfants et adolescents âgés de 0 à 17 ans.

Par ailleurs, il est intéressant de signaler que l’Allemagne a mis en place depuis 1992 une commission nationale de biosurveillance qui a pour but de clarifier les difficultés conceptuelles, scientifiques et pratiques liées à la biosurveillance, et de développer des critères pour définir des valeurs guides.

Publications sur le site d'UBA : http://www.umweltbundesamt.de/gesundheit-e/publikationen/index.htm

drapeau de la République tchèque

Biosurveillance en République tchèque

La biosurveillance réalisée par l’Institut national de santé publique de la République tchèque (National Institute of Public Health) fait partie intégrale du système de surveillance en santé environnementale (Environmental Health Monitoring System) depuis 1994.

Ses principaux objectifs sont de :

  • documenter l’exposition actuelle de la population générale à divers polluants de l’environnement ;
  • suivre les tendances à long terme ;
  • établir des valeurs de référence ;
  • comparer les données obtenues avec les résultats de surveillance environnementale incluant l’exposition alimentaire.

Les résultats sont utilisés pour l’évaluation et la gestion du risque et pour l’établissement de la réglementation.

Plusieurs rapports sont disponibles sur leur site: http://wwwszu.cz/chzpa/sumrep.htm.

Publications

NIPH, National Institute of Public Health. Summary report – 2005. Environmental health monitoring system in the Czech Republic. Prague, November 2006, 126 p. www.szu.cz/chzpa/sumrep.htm.

NIPH, National Institute of Public Health. Summary report – 2009. Environmental health monitoring system in the Czech Republic. Prague, August 2010, 94 p. www.szu.cz/uploads/documents/chzp/souhrnna_zprava/Szu_10.pdf

NIPH, National Institute of Public Health. Summary report – 2010. Environmental health monitoring system in the Czech Republic. Prague, August 2011, 90 p. www.szu.cz/uploads/documents/chzp/souhrnna_zprava/Szu_11.pdf

drapeau de la Belgique

Biosurveillance en Belgique, région flamande

La biosurveillance réalisée en Flandre belge par l’Institut flamand de recherche technologique (VITO) a pour but d’évaluer l’exposition à divers polluants dans la population générale, mais également dans des lieux particulièrement pollués.

Afin de fournir une information utile à la décision des pouvoirs publics, la Flandre belge a initié en 2002 un programme de biosurveillance sur 5 ans couvrant à la fois 5 % du territoire et de la population. Ce programme recueille divers biomarqueurs d’exposition à divers polluants et des biomarqueurs d’effets dans huit zones et pour trois groupes d’âge différents. Afin de permettre une transposition des résultats en aide à la décision pour les pouvoirs publics, un plan d’action a été mis en place qui inclut des experts, des parties prenantes au niveau local et les pouvoirs publics.

Il comporte trois phases :

  • évaluation d’anomalies concernant des biomarqueurs et un travail de priorisation ;
  • recherche des sources de pollution à l’origine de ces anomalies ;
  • proposition de mesures concrètes de gestion quand cela s’avérait approprié.

De 2007 à 2011, une campagne de biosurveillance a eu lieu dans les Flandres. Des valeurs de référence ont ainsi été obtenues par l’étude d’un échantillon représentatif de nouveau-nés, d’adolescents et d’adultes pour une série de polluants (ex.: métaux lourds, polluants organiques persistants (POP), phtalates, bisphénol A, composés perfluorés, retardateurs de flamme bromés...) ; les tranches d'âges sont toutefois limitées. De plus, des campagnes de biosurveillance ciblées seront mises en œuvre dans des zones présentant un problème environnemental localisé. Les lieux retenus sont sélectionnés selon un processus transparent associant les scientifiques, les pouvoirs publics, les parties prenantes et le public.

Voir aussi : Flemish Centre of expertise on Environment and Health

Human Biomonitoring Program: monitoring and surveillance. Disponible sur :
www.milieu-en-gezondheid.be/English/Luik21case%20studies.html
Human Biomonitoring Program: risk communication and consultation. Disponible sur :
www.milieu-en-gezondheid.be/English/Luik22communication.html
www.vito.be

drapeau de la Suède

Biosurveillance en Suède

La Suède a une longue tradition dans la surveillance environnementale des polluants qui a inclus la biosurveillance dans les années récentes (Institut Karolinska). Les polluants organiques persistants dans le lait maternel et le plomb sanguin des enfants ont été mesurés régulièrement depuis les années 1970. La biosurveillance du mercure mesuré dans les cheveux de femmes enceintes et du cadmium urinaire de femmes suédoises a débuté dans les années 1990. Les mesures de polluants émergents, tels que les phtalates et les composés perfluorés, sont conduites aujourd’hui dans des groupes à risques.

drapeau des Etats-Unis

Biosurveillance aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, le Centers for Disease Controle and Prevention (CDC) fait de la biosurveillance des polluants de l’environnement depuis quatre décennies. Les techniques de biosurveillance ont été utilisées pour évaluer l’exposition dans des études épidémiologiques, des investigations nécessitant une réponse rapide et dans des enquêtes nationales. L'enquête National Health and Nutrition Examination Survey (Nhanes) a commencé à utiliser la biosurveillance en 1976. Nhanes est un programme américain conçu au début des années 60 pour évaluer la santé, le statut alimentaire et l’exposition à divers polluants des adultes et des enfants aux Etats-Unis. Au cours de chaque période d'enquête (de 2 ans), la plupart des substances chimiques et leurs métabolites sont dosées auprès d'environ 2 500 personnes représentatives de l’ensemble de la population. Elle combine des interrogatoires, des examens de nature clinique, dentaires et physiologiques et des dosages biologiques. L'entretien inclut des questions démographiques, socioéconomiques, diététiques, d’expositions environnementales et d’ordre sanitaire. Nhanes I, II et III ont été réalisées sous forme d’enquêtes périodiques séparées par des intervalles de quelques années. Depuis 1999, Nhanes est une enquête continue réalisée à l’aide de véhicules qui se déplacent à travers les Etats-Unis pour réaliser les examens de santé et prélèvements.

Les objectifs de Nhanes sont de documenter l’état de santé de la population et de ses grands sous-groupes, d’identifier les inégalités de santé et de recours au système de santé selon l’origine ethnique, le statut socio-économique, la zone géographique, etc. Nhanes a aussi pour finalité de réaliser un retour d’expérience sur l’usage du système de santé, de surveiller les tendances des indicateurs de santé (prévalence des maladies, facteurs de risques principaux et notamment exposition à divers polluants, statut alimentaire) et des offres de soins, d’identifier les problèmes de santé au sein des populations, de fournir un support à la recherche biomédicale et clinique, d’apporter l’information nécessaire aux politiques publiques, d’évaluer l’impact des programmes et des actions de santé publique. Enfin, Nhanes sert à établir des normes nationales pour des paramètres tels que la taille, le poids, la tension artérielle. Elle permet d’évaluer les effets de la réglementation, notamment l’arrêt de l’utilisation de certaines substances chimiques. Le rapport de 2005 mentionnait 150 substances chimiques dosées dans la population américaine ; le rapport de 2009 comprend 75 nouvelles substances chimiques par rapport au précédent.

Lien vers le rapport 2009 : http://www.cdc.gov/exposurereport/

drapeau du Canada

Biosurveillance au Canada

L’enquête canadienne des mesures de santé, ECMS (Canadian Health Measures Survey) est une étude nationale représentative de la population canadienne réalisée par Statistique Canada. Elle recueille des informations de santé générale auprès de 5 000 Canadiens âgés de 6 à 79 ans au moyen d’entretiens et de mesures cliniques.

Santé Canada a inclus un volet de biosurveillance afin de fournir des données d’exposition nationales pour une série de substances chimiques de l’environnement. Le premier rapport paru en 2010 donne les distributions pour toute une série de biomarqueurs (métaux, POP, pesticides, etc.).

Lien vers le rapport 2010 : http://www.hc-sc.gc.ca/ewh-semt/pubs/contaminants/chms-ecms/index-fra.php

Une harmonisation de la biosurveillance en Europe et une étude pilote européenne

Comme indiqué dans l’évaluation du plan d'action Santé Environnement de la Commission européenne (COM(2007) 314 final), "depuis 2004, la Commission a collaboré étroitement avec les Etats membres et des experts pour élaborer un projet pilote de biosurveillance humaine pour l’Union européenne afin de tester la faisabilité d’une approche cohérente en matière de biosurveillance chez l’homme en Europe. Cette phase pilote est axée sur le renforcement des capacités et l’harmonisation de lignes directrices pour l’organisation de la biosurveillance, l’interprétation et la communication des résultats”.

Pour la phase ultérieure à la phase pilote, la Commission européenne étudie la possibilité d’intégrer les futures activités relatives à la biosurveillance chez l’homme dans un cadre établi tel que l’enquête européenne de santé par examen (EHES) et fera en sorte que cette biosurveillance soit liée aux cadres réglementaires existants (REACH, ECHA, EFSA, etc.).

logo cophes

En décembre 2009, le consortium COPHES (Consortium to Perform Human Biomonitoring on a European Scale) a commencé à organiser un cadre européen de la biosurveillance. Il regroupe 27 pays et 35 institutions en Europe. Ce projet est accompagné d'une étude de faisabilité appelée DEMOCOPHES qui a commencé en septembre 2010.

Grâce à la mise en place d'une plateforme d'échanges entre experts et à la réalisation de guides et d'une étude pilote, les objectifs de COPHES consistent à :

  • harmoniser des activités nationales et locales de biosurveillance pour contribuer à une meilleure comparabilité des données à travers l'UE ; les guides élaborés portent sur le recrutement de la population dans une étude de biosurveillance, sur les questionnaires et prélèvements biologiques, leur dosage, l'analyse et l'interprétation des données, la communication des résultats ;
  • coordonner les programmes de biosurveillance à travers l'UE.

logo democophes

DEMOCOPHES vise à examiner la faisabilité d'une approche cohérente de la biosurveillance humaine en Europe. Le but de cette approche harmonisée est d'obtenir des données comparables de biosurveillance en Europe pour soutenir les besoins de gestion en matière d'environnement, de santé et de substances chimiques. C'est ainsi que DEMOCOPHES fonctionne en collaboration étroite avec COPHES, un consortium scientifique qui élabore les méthodologies nécessaires, un cadre fonctionnel et des recommandations. L'étude pilote de DEMOCOPHES s'intéresse aux biomarqueurs pour le mercure, le cadmium, les phtalates, le bisphénol A, ainsi qu'à la fumée de tabac, mesurés dans les cheveux humains et l'urine. Le projet rassemble des échantillons et des données de 120 paires de mère-enfant dans chaque pays participant.

Liens vers les sites européens de COPHES et DEMOCOPHES :
http://www.eu-hbm.info/
http://www.eu-hbm.info/cophes
http://www.eu-hbm.info/democophes

Lien vers le site européen ESBIO :
http://www.eu-humanbiomonitoring.org

HBM4EU : La biosurveillance à l’échelle Européenne

Le projet Européen HMB4EU (Human Biomonitoring for Europe) a été construit en réponse à un appel à projet de recherche (EHBMI) publié par l’agence européenne de la recherche et inscrit dans le programme de travail «  Horizon 2020 ». Le projet est porté par un consortium de 26 états (dont 22 membres de l’UE) et implique 119 institutions différentes, dont Santé publique France. Il se déroulera sur une période de 5 années entre 2017 et 2021.

Les objectifs de ce projet sont multiples :

  • Développer et harmoniser les pratiques de biosurveillance à l’échelle européenne en s’inscrivant dans la continuité des travaux engagés au sein des programmes COPHES et DEMOCOPHES (lien vers pages cophes).
  • Décrire l’état d’imprégnation des différentes populations européennes aux substances chimiques et en comprendre les déterminants.
  • Produire des valeurs de référence d’expositions (VRE) européennes.
  • Alimenter les décideurs politiques avec les résultats, en impliquant les diverses parties prenantes, afin d’orienter les politiques européennes de santé et de protection de l’environnement.
  • Produire des données de biosurveillance de qualité en quantité suffisante pour répondre aux objectifs précités.

Au niveau national, les institutions françaises se sont organisées en « hub national » sous la tutelle des ministères de la Santé, de l’Environnement et de la Recherche. L’Inserm a été choisi comme « Program Manager » afin de faire le lien entre les partenaires français et la Commission Européenne. Santé publique France est impliqué en tant que tierce partie liée au même titre que L’Anses, l’Ineris, le CEA, l’ANR ou encore l’INRS.

Développer une plateforme Européenne de biosurveillance

Une part importante des travaux sera consacrée à la construction de procédures partagées entre partenaires permettant à chacun de mettre en œuvre des études de biosurveillance et d’assurer une comparabilité des résultats. Cela concernera les domaines tels que les pratiques de terrain (échantillonnage, recrutement des participants), les techniques de prélèvements et/ou d’analyses par les laboratoires, les méthodes de gestion et d’analyse des données en matière de biosurveillance en Europe.  Devant les disparités qui existent dans le domaine de la biosurveillance entre les pays membres, le projet reposera sur les expériences nationales existantes, comme Esteban en France, pour construire un dispositif commun et accompagner le développement de volets de biosurveillance dans les pays qui n’en possède pas.

La production de données de biosurveillance harmonisées à l’échelle européenne permettra d’établir des valeurs biologiques internes de références (VRE) pour la population générale qui font actuellement défaut aux évaluateurs de risques. L’amélioration de la connaissance de l’imprégnation des populations alimentera les décideurs européens afin d’orienter les politiques publiques de protection de l’environnement et de la santé vers une meilleure prise en compte des effets de certaines substances chimiques sur la santé.

Inclure le volet de Santé travail

HBM4EU comprend un programme ambitieux dédié à une meilleure compréhension des relations exposition-réponse.  La première liste de polluants pour lesquelles des données vont être colligées au niveau Européen est déjà établie. Pour de nombreuses substances retrouvées en milieu professionnel (HAP, bisphénol, aniline, cadmium, chrome, etc), une contribution des institutions œuvrant en santé travail est demandée pour rassembler les données et mettre en place les outils aidant à une meilleure compréhension de l'impact des expositions sur la santé humaine.

Par ailleurs le Workpackage : WP-8 est dédié  spécifiquement à la biosurveillance professionnelle et poursuit l’objectif de rassembler les données issues d’enquêtes, d’études ou de cohortes  chez les travailleurs pour dessiner les tendances d’imprégnation de ceux-ci à certaines nuisances.

Santé publique France à travers le projet centralisation des données de biosurveillance professionnelle, contribuera à certains volets.

Mettre l’accent sur le volet Recherche

Le second volet de ce projet concerne la part allouée aux activités de recherche en santé environnementale et santé travail. A cette occasion, un important budget sera réservé pour supporter et coordonner un programme de recherche sur les relations entre exposition environnementale et la santé qui vise à améliorer la compréhension des liens et des mécanismes d’effet des substances chimiques sur la santé.

Fort de son expérience de pilote opérationnel du programme national de biosurveillance, Santé publique France a souhaité s’impliquer de manière significative dans ce projet qui aura des répercussions importantes sur la population française. Sa proposition d’implication a pour objectifs de partager les compétences et l’expérience de l’Institut en matière de biosurveillance. Au niveau national, cela impliquera une coopération externe avec l’Anses pour travailler à la définition de valeurs limites biologiques.

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