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Etudes autour de catastrophes

Publié le 19/09/2013

Inondations dans le Var

Les faits

Le 15 juin 2010, le département du Var a été frappé par de forts orages entrainant des inondations majeures sur une large partie du département et plus particulièrement à Draguignan et les villes avoisinantes. Les conséquences humaines et matérielles ont été considérables : 25 personnes sont décédées et environ 1 milliard de dommages directs sont à déplorer.

Si les conséquences sanitaires à court, moyen et long termes des inondations sont maintenant bien connues, certaines questions nécessitent d’être approfondies afin d’améliorer la prévention et atténuer ainsi les impacts sanitaires.

La surveillance sanitaire mise en place par l’InVS

Quel impact sur les services d’urgence ?
L’impact d’une catastrophe sur les recours aux urgences est souvent posé, mais souvent difficile d’interprétation lorsque les données sont analysées de façon globale. En effet, dans une optique de prévention et d’adaptation de l’offre de soin, il est primordial de connaître les raisons ou les diagnostics des recours aux urgences spécifiquement liés à la catastrophe.

L’impact sur les recours aux urgences des inondations du Var a tout d’abord été mesuré de façon globale par le dispositif de surveillance non spécifique (SNS) mis en place depuis 2005 en Paca et intégré au dispositif national de surveillance SurSaUD (Surveillance sanitaire des urgences et des décès) développé par l’InVS recueillant des données détaillées permettant en particulier le suivi d’indicateurs syndromiques. Ces données proviennent des services des urgences (résumé de passage aux urgences - RPU) et des associations SOS Médecins, auxquelles s’ajoutent les données des Samu pour la région Paca.

Ce dispositif a été complété dans les hôpitaux de la zone la plus touchée, par un repérage des passages liés aux inondations dans les services d’urgences de Draguignan, Fréjus et Brignoles qui a pu être activé très rapidement par l’Observatoire régional des urgences (ORU) en région Paca et qui a reçu une excellente adhésion des urgentistes.

Sur les quatre semaines qui ont suivi les inondations, les 3 services d’urgences ont recensés 363 passages identifiés comme « liés aux inondations », soit 4,5 % des 8 099 passages enregistrés sur la période. Ce pourcentage atteignait plus de 20 % des passages dans les 48h suivant les inondations. La moyenne d’âge était significativement plus élevée pour les passages « liés aux inondations » 49 ans vs 39 ans pour les autres passages, ainsi que la part des passages pour troubles anxieux (9 % vs 3 %).

Ainsi, le dispositif SurSaUD ainsi que les Samu ont permis, tout au long du mois qui a suivi la catastrophe, de mesurer l’impact sanitaire des inondations. C’est dans les jours suivant immédiatement la catastrophe que l’impact sanitaire a été le plus notable, concernant avant tout les troubles anxieux.

Suivi sanitaire des personnes âgées résidant en établissement suite à un déplacement en urgence
La zone sinistrée comptait 35 établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ehpa). À Draguignan, deux établissements ont été plus particulièrement touchés par les inondations. L’un d’entre eux a pu déplacer et reloger en interne les personnes résidant en rez-de-chaussée dans les étages supérieurs. L’autre, envahi par des coulées de boue, a été évacué entre le 16 et le 17 juin. La mobilisation des secours a permis le transfert en urgence de l’ensemble des résidents de cet établissement vers d’autres structures de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Suite à ces transferts, les autorités sanitaires se sont interrogées sur l’impact sanitaire d’un tel déplacement et notamment sur la mortalité de ces personnes fragiles, la plus grande vulnérabilité des personnes âgées ayant été démontrée dans de nombreuses situations d’urgence. La Cire Sud a mené une étude visant à déterminer si le déplacement en urgence, dans un contexte de catastrophe naturelle, de personnes âgées résidant en établissement, entraînait une surmortalité parmi les personnes déplacées.

Une surmortalité a été observée parmi la population de l’établissement évacué, dans les deux mois suivant l’événement. Les personnes décédées étaient plutôt des hommes ou des personnes très âgées, très dépendantes et résidant en unités médicalisées. 

Ce suivi des résidents ayant vécu un changement brutal de lieu de vie suite à une catastrophe naturelle, montre que l'impact d’un tel événement sur la santé de sujets très âgés est certainement sous-estimé et devrait probablement être intégré dans une réflexion risque-bénéfice lorsque la situation le permet. Cependant, lorsqu’un tel déplacement reste inévitable, d’autres précautions peuvent être mises en œuvre :

  • en amont avec le repérage des personnes les plus fragiles et une bonne connaissance des disponibilités en lits des Ehpa environnant pour limiter le nombre de déplacements des résidents ;
  • en aval par un accompagnement spécifique et adapté aux personnes ayant subi l’événement au sein des établissements d’accueil qui accueillent ces personnes temporairement.
  • En savoir plus :

Mantey K, Coccoz F, Boulogne O, Torrents R, Guibert N, Six C, Malfait P. Surmortalité associée à un déplacement en urgence des personnes âgées hébergées en institution suite aux inondations du Var en 2010. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil. 2012 Dec 1;10(4):373-382.

Mantey K, Guibert N, Six C, Boulogne O, Torrents R. Suivi sanitaire des personnes âgées résidant en établissement suite à un déplacement en urgence dû aux inondations survenues dans le Var en juin 2010. Etude de faisabilité. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire;2012. 31p.

Cire Sud. Bulletin de veille sanitaire Paca-Corse. n°3 - juillet 2011.

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