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Pesticides

Publié le 02/10/2009

Quelles sources de données ?

Deux méthodes permettent d’estimer les effets sanitaires liés à l’exposition aux pesticides :

  • évaluation des risques sanitaires (ERS), qui confronte des données d’exposition de la population avec des valeurs toxicologiques de référence obtenues dans des études chez l’animal, ou plus rarement chez l'homme ;
  • l’épidémiologie, qui observe les effets d'une exposition chez l’homme en situation réelle.

L’évaluation des risques sanitaires est utilisée notamment pour fixer les seuils réglementaires des résidus dans l’alimentation et l’eau destinée à la consommation.

Concernant l’épidémiologie, la toxicovigilance s’intéresse aux effets aigus qui surviennent lors d’intoxications. Elle est mise en œuvre dans deux réseaux de recueil :

  • le réseau des centres antipoison et de toxicovigilance (CAPTV) ;
  • le réseau Phyt’attitude géré par la Mutualité sociale agricole (MSA) pour les professionnels agricoles.

Les études épidémiologiques concernant les effets chroniques comparent la fréquence de certaines pathologies dans des populations exposées aux pesticides avec la fréquence de ces pathologies dans d’autres populations moins exposées. La grande majorité concerne les professionnels utilisant des pesticides dans le cadre de leur travail. Les effets liés à une exposition environnementale, caractérisée par un niveau d’exposition plus faible, sont plus difficiles à mettre en évidence. Les études sont encore trop peu nombreuses et les résultats souvent contradictoires.

Pourquoi autant de difficultés à répondre à la question des effets sanitaires ?

Les problématiques environnementales utilisent des méthodes complexes, difficiles à mettre en œuvre, qui pourraient expliquer les résultats contradictoires observés. Par exemple, la mesure de l’exposition est souvent imprécise et est une source d’erreur dans la plupart des études ; ceci est lié à la multiplicité des produits et à la diversité des voies d’exposition pour une même substance. Il est par ailleurs très difficile de reconstituer rétrospectivement l’historique de l’exposition aux pesticides, souvent le seul moyen possible de réaliser l’étude. C’est également le cas en milieu professionnel agricole où les données d’exposition aux produits phytosanitaires sont très parcellaires.

Par ailleurs, il ne s’agit pas de pathologies spécifiquement liées à l’exposition aux pesticides, mais plutôt de pathologies résultant de l’interaction complexe de plusieurs facteurs de risque.

  • En savoir plus :

Baldi I, Mohammed-Brahim B, Brochard P, Dartigues JF, Salamon R. Delayed health effects of pesticides: review of current epidemiological knowledge. Rev Epidemiol Sante Publique. 1998;46(2):134-42.

Multigner L. Effets retardés des pesticides sur la santé humaine. Environnement, Risques & Santé. 2005;4(3):187-94.

Cancers

Chez les agriculteurs, exposés aux pesticides dans le cadre de leurs activités professionnelles, les données sur le cancer sont majoritairement issues d’études nord-américaines. De façon générale, la mortalité par cancer de cette population est inférieure à celle de la population générale. En revanche, certaines études ont montré une augmentation de certains cancers avec l’utilisation de pesticides, comme le lymphome non hodgkinien, les tumeurs cérébrales, les cancers de la prostate et de l’ovaire, du poumon, le mélanome. Toutefois, le lien causal reste à démontrer, car d’autres facteurs de risque présents en milieu agricole pourraient jouer un rôle dans les associations trouvées, comme l’exposition au soleil, le contact avec des virus du bétail, les fumées des machines agricoles, etc. Les études mettant en cause des familles spécifiques de produits sont très rares.

En France, le programme Cosmop (Cohorte pour la surveillance de la mortalité par profession) qui analyse la mortalité par cause et par secteur d’activité n’a pas permis d’observer de surmortalité par aucun cancer chez les agriculteurs, mais il s’agit d’une première analyse de ce type. La cohorte AGRICAN (AGRIculture et CANcer, http://www.grecan.org/agrican.html) a inclus 180 000 agriculteurs en activité ou retraités, exploitants ou salariés, entre 2005 et 2007 dans 12 départements de métropole disposant de registres de cancer. Elle prévoit un suivi sur plusieurs années permettant d’analyser les expositions par des questionnaires et de les croiser avec des données de santé (cancer, mais aussi maladie de Parkinson, broncho-pneumopathie chronique obstructive, asthme). Elle devrait apporter des réponses sur le lien entre cancer et pesticides. Aux Antilles, l’étude Karu Prostate (http://www.u625.rennes.inserm.fr/fr/m_pages.asp?menu=102&page=141) vise à caractériser les niveaux d’imprégnation au chlordécone et à étudier l’existence d’une éventuelle association avec un risque accru de survenue du cancer de la prostate.

En population générale, les études disponibles sont beaucoup moins nombreuses et celles suggérant une augmentation de risque en zone d’épandage de pesticides ou avec leur utilisation à la maison ou au jardin demandent à être confirmées.

Chez les enfants, certaines études ont montré une augmentation du risque de leucémies ou de tumeurs cérébrales en lien avec l’utilisation de pesticides par les parents à la maison ou au jardin, en particulier pendant la grossesse ou la petite enfance. Cependant, ces résultats doivent être confirmés par d’autres études utilisant une mesure plus objective de l’exposition aux pesticides et par des études toxicologiques expliquant le mécanisme d’action. L’exposition professionnelle des parents a parfois également été associée à un risque accru de ces cancers chez les enfants, mais cela reste à confirmer.

  • En savoir plus :

Menegaux F, Baruchel A, Bertrand Y, Lescoeur B, Leverger G, Nelken B, et al. Household exposure to pesticides and risk of childhood acute leukaemia. Occup Environ Med. 2006;63(2):131-4.

Menegaux F, Auvrignon A, Auclerc MF, Bertrand Y, Nelken B, Robert A, et al. Residential pesticide use during pregnancy and childhood acute leukemia: the ESCALE study. 2006.

Alavanja MC, Sandler DP, Lynch CF, Knott C, Lubin JH, Tarone R, et al. Cancer incidence in the agricultural health study 4. Scand J Work Environ Health. 2005;31 Suppl 1:39-45.

Snedeker SM. Pesticides and breast cancer risk: a review of DDT, DDE, and dieldrin. Environ Health Perspect. 2001;109 Suppl 1:35-47.

Zahm SH, Ward MH. Pesticides and childhood cancer. Environ Health Perspect. 1998;106 Suppl 3:893-908.

Acquavella J, Olsen G, Cole P, Ireland B, Kaneene J, Schuman S, et al. Cancer among farmers: a meta-analysis 2. Ann Epidemiol. 1998;8(1):64-74.

Blair A, Zahm SH, Pearce NE, Heineman EF, Fraumeni JF Jr. Clues to cancer etiology from studies of farmers 1. Scand J Work Environ Health. 1992;18(4):209-15.

Neurotoxicité

Les effets neurotoxiques de nombreux pesticides ont été observés lors d’intoxications, ainsi que la survenue de syndrome parkinsonien après une exposition accidentelle par le MPTP, substance proche de l'herbicide paraquat.

Des arguments existent en faveur d’un rôle modéré des pesticides dans la survenue de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs. L’étude française Terre réalisée en 1999-2001 parmi les affiliés de la Mutualité sociale agricole (MSA), a ainsi observé que les malades avaient exercé plus longtemps le métier d’agriculteur et avaient été exposés plus souvent aux pesticides. D’autres impacts potentiels des pesticides font encore également l’objet de recherches, concernant par exemple des symptômes neurologiques comme la maladie d’Alzheimer, les troubles de l’attention ou de l’humeur. Concernant les effets chroniques à faibles doses, chez les personnes n’étant pas exposées par leur métier, les connaissances à ce jour sont encore insuffisantes pour pouvoir apporter des éléments de réponse (voir : caractériser et surveiller l’exposition professionnelle aux pesticides et ses conséquences).

  • En savoir plus :

Elbaz A. Clavel J, Rathouz PJ, Moisan F, Galanaud JP, Delemotte B, Alpérovitch A, Tzourio C. Professional exposure to pesticides and Parkinson's disease. Annals of Neurology. 2009.

Elbaz A. Parkinson's disease and rural environment. Rev Prat 2007;57(11 Suppl):37-9.

Dick FD, De PG, Ahmadi A, et al. Environmental risk factors for Parkinson's disease and parkinsonism: the Geoparkinson study. Occup Environ Med. 2007;64:666-72.

Brown TP, Rumsby PC, Capleton AC, et al. Pesticides and Parkinson's disease--is there a link? Environ Health Perspect 2006;114:156-64.

Ascherio A, Chen H, Weisskopf MG, et al. Pesticide exposure and Parkinson's disease. Ann Neurol 2006;60:197-203.

Elbaz A, Levecque C, Clavel J, Vidal JS, Richard F, Amouyel P, et al. CYP2D6 polymorphism, pesticide exposure and Parkinson's disease. Ann Neurol 2004;55(3):430-4.

Baldi I, Cantagrel A, Lebailly P, Tison F, Dubroca B, Chrysostome V, et al. Association between Parkinson's disease and exposure to pesticides in southwestern France. Neuroepidemiology. 2003;22(5):305-10.

Affections respiratoires

Les agriculteurs et les employés agricoles ont un risque plus élevé d’affections respiratoires, comme l’asthme, que d’autres travailleurs. Ces dernières années, des recherches ont porté sur le rôle que pourrait jouer l’exposition aux pesticides dans la survenue de ces pathologies. Des recherches sont également nécessaires afin de mieux évaluer l’impact d’une exposition environnementale aux pesticides sur la fonction respiratoire.

  • En savoir plus :

Hoppin JA, Umbach DM, London SJ, Alavanja MC, Sandler DP. Chemical predictors of wheeze among farmer pesticide applicators in the Agricultural Health Study. Am J Respir Crit Care Med 2002;165(5):683-9.

Nejjari C, Tessier JF, Letenneur L, Dartigues JF, Barberger-Gateau P, Salamon R. Prevalence of self-reported asthma symptoms in a French elderly sample. Respir Med 1996;90(7):401-8.

Fertilité, reproduction et périnatalité

Le lien éventuel entre la baisse de la fertilité ou la capacité biologique à concevoir et l’exposition aux pesticides a été étudié suite à l’observation d’infertilités associées à l’utilisation du dibromochloropropane (DBCP) ou du chlordécone, pesticides employés dans les bananeraies dans les années 1960-1970. Cependant, ces pesticides ne sont plus employés aujourd’hui et les résultats des études sur l’usage de pesticides employés actuellement dans un contexte professionnel sont contradictoires et ne permettent pas d’identifier une famille de pesticides ou un type de pratique comme facteur de risque de baisse de la fertilité.

D’autres recherches sont également en cours sur l’impact éventuel d’une exposition environnementale aux pesticides sur la santé périnatale (poids de naissance, prématurité, retard de croissance, malformations congénitales). Plusieurs études suggèrent un effet de l’exposition maternelle aux pesticides sur la santé du bébé. Il s'agit, à ce stade des connaissances, de simples présomptions. Les cohortes mères-enfants Pélagie en Bretagne et Ti-Moun en Guadeloupe ont pour objectif d’étudier le lien éventuel entre l’exposition aux pesticides et les issues de grossesses défavorables, et le développement de l’enfant (http://www.u625.rennes.inserm.fr/fr/m_pages.asp?menu=102&page=141).

  • En savoir plus :

Weselak M, Arbuckle TE, Foster W. Pesticide exposures and developmental outcomes: the epidemiological evidence. J Toxicol Environ Health B Crit Rev 2007 Jan;10(1-2):41-80.

Nurminen T. Maternal pesticide exposure and pregnancy outcome. J Occup Environ Med 1995;37(8):935-40.

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