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Reproduction humaine et environnement

Publié le 11/12/2013 - Dernière mise à jour le 31/05/2017

Point sur les connaissances

Qu’appelle-t-on santé reproductive ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la santé reproductive inclut la fertilité, mais aussi les processus, fonctions et systèmes reproductifs à tous les stades de la vie. Elle englobe ainsi les pathologies des organes reproductifs dont les cancers et les malformations urogénitales, les caractéristiques biologiques (niveau des hormones reproductives) et les effets reproductifs intergénérationnels, voire transgénérationnels1.

Quels liens entre la santé reproductive et perturbateurs endocriniens ? L'hypothèse du syndrome de dysgénésie testiculaire...

Au cours des années 1990, plusieurs études ont mis en évidence une baisse de la qualité du sperme humain dans les pays développés. La possibilité d’un lien avec la pollution de l’environnement a alors été avancée pour expliquer ce phénomène. En 2001, le Danois Niels Skakkebaek a émis l’hypothèse que cette baisse de la qualité du sperme était l’une des manifestations d’un trouble du développement des organes génitaux masculins durant la vie prénatale, le syndrome de dysgénésie testiculaire (TDS ou Testicular Dysgenesis Syndrome)2. En expérimentation animale, il y a des preuves de l’existence de ce syndrome et de son lien avec l’exposition aux perturbateurs endocriniens. Ces derniers regroupent des substances ou mélange de substances exogènes interférant avec le fonctionnement des glandes endocrines (rapport OMS-PNUE, 2012).
L’existence et les facteurs de risque du TDS chez l’homme sont encore discutés. Les autres manifestations possibles de ce syndrome chez l’homme seraient les malformations urogénitales du petit garçon (cryptorchidie et hypospadias) et le cancer du testicule. Ces trois composantes du syndrome peuvent être associées à des degrés divers et peuvent être considérées comme un seul et même indicateur composite pour approcher l’exposition de la mère pendant la grossesse aux perturbateurs endocriniens.

... et l'hypothèse du syndrome de dysgénésie ovarienne

Plus récemment une hypothèse en miroir du TDS a été proposée chez la femme : le syndrome de dysgénésie ovarienne (ODS ou Ovarian Dysgenesis Syndrome). Ce syndrome pourrait être à l’origine d’altérations diverses de la santé reproductive féminine au long de la vie (puberté précoce, insuffisance ovarienne, fibromes, endométriose, cancers reproductifs, etc.)3.

Quels indicateurs en santé environnementale ?

Un indicateur épidémiologique est une variable simple ou agrégée (par exemple lorsqu’elle est un résumé de plusieurs informations) qui permet de décrire l'état de santé des individus d'une communauté (mesurer des tendances spatiales ou temporelles en population).

Les indicateurs habituellement suivis en population sont des indicateurs de la fécondité, comme le nombre d’enfants par femme. Mais du fait des facteurs extra-biologiques et de ceux liés à l’interaction entre les partenaires susceptibles d’être impliqués dans la fécondité, ces indicateurs ne permettent que très indirectement d’approcher la causalité biologique de l’infécondité du couple et encore moins de l’infertilité de chacun des partenaires.

Les paramètres de la fertilité féminine ou masculine permettent d’estimer séparément le potentiel de la femme ou de l’homme à concevoir des enfants. Il s’agit d’un potentiel assez théorique car la capacité à concevoir, si elle dépend individuellement des caractéristiques biologiques de l’homme et de la femme, dépend de bien d’autres facteurs, « partagés » dans le couple : facteurs comportementaux, socio-économiques, et facteurs biologiques du couple lui-même (exemple de l’incompatibilité immunologique entre les deux partenaires).

Pour estimer la fertilité masculine, on réalise en particulier un spermogramme, qui permet de mesurer plusieurs paramètres dont les principaux sont : la concentration spermatique en millions de spermatozoïdes/ml, la mobilité spermatique en pourcentage de spermatozoïdes mobiles, et la qualité morphologique en pourcentage de spermatozoïdes ayant une forme normale. L’OMS a édicté en 2010 des valeurs de référence pour ces trois paramètres, en dessous desquelles on considère qu’un homme aura de grandes difficultés à procréer : moins de 15 millions de spermatozoïdes/ml pour la concentration, moins de 32 % pour la mobilité totale et moins de 4 % pour la qualité morphologique.

Pour la fertilité féminine, il n’existe pas de paramètre comparable, car on ne peut pas accéder directement à la qualité des ovules de la femme. On essaie d’évaluer la réserve ovarienne, qui représente la capacité des ovaires à produire des ovules de bonne qualité. Pour cela on réalise un bilan hormonal : hormones sexuelles (LH, FSH, prolactine). Le dosage de l’hormone antimüllérienne, dont le taux reste stable quel que soit le jour du cycle, est un bon reflet de la réserve ovarienne.

C’est ainsi que l’on peut considérer que la concentration, la mobilité et la qualité morphologique du sperme, analysables séparément, sont des indicateurs de la fertilité masculine. Le dosage de l’hormone antimüllérienne chez la femme est proposé comme indicateur de la fertilité féminine.

C’est pourquoi, pour une surveillance en santé environnementale, les variations temporelles ou spatiales d’indicateurs biologiques de la fertilité masculine ou féminine paraissent, en première approche, plus pertinentes à analyser que les indicateurs de fécondité. Mais, plus largement, dans cette optique, la surveillance d’indicateurs de la santé reproductive est plus adaptée.

Pourquoi s’intéresser aux indicateurs de santé reproductive ?

Les objectifs et les enjeux d’une surveillance des indicateurs de la santé reproductive sont détaillés dans « Contexte et enjeux de la surveillance ».

Les malformations urogénitales (cryptorchidies, hypospadias) du petit garçon et le cancer du testicule (qui font partie des composantes du syndrome de dysgénésie testiculaire) touchent l’appareil reproducteur masculin mais ils ne sont pas directement liés à la capacité à avoir des enfants, même s’ils peuvent jouer un rôle. Il s’agit plutôt de composants de la santé reproductive chez l’homme. De même, la puberté précoce pathologique chez la fille ou le garçon sont des composantes de la santé reproductive. 

L’analyse spatio-temporelle et la surveillance de ces pathologies, au moyen d’indicateurs spécifiques, permettront ainsi de savoir si la santé reproductive s’est altérée ou s’altère, ce qui pourrait avoir des conséquences plus larges que l’infertilité sur les générations futures. L’ensemble des analyses de ces indicateurs de santé reproductive devra être examiné au regard des hypothèses environnementales liées à ces pathologies, comme l’exposition aux perturbateurs endocriniens.

1 Anway MD, Cupp AS, Uzumcu M, Skinner MK. Epigenetic transgenerational actions of endocrine disruptors and male fertility. Science. 2005;308 (5727):1466-9.
2 Skakkebaek NE, Rajpert-De ME, Main KM. Testicular dysgenesis syndrome: an increasingly common developmental disorder with environmental aspects. Hum Reprod 2001; 16:972-978
3 G.M. Buck Louis, M.A. C, C.M. P. The ovarian dysgenesis syndrome. Journal of Developmental Origin of Health and Disease 2011; 2:25-35

Pour en savoir plus

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Dossier Reproduction humaine et environnement

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