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Usagers de drogues

Publié le 26/05/2011

Aide-mémoire

Introduction

L’usage de drogues augmente globalement les risques de morbidité et de mortalité, et la dépendance aux drogues accroît la vulnérabilité des individus face à différents risques qu’ils soient sanitaires (infection, overdoses, santé mentale…),  ou sociaux.

La grande majorité des usagers de drogues (UD) sont des polyconsommateurs, certains associant les drogues à des médicaments détournés (benzodiazépines, traitement de substitution, etc.).

Une grande diversité d’individus, aux profils sociaux et aux rapports aux drogues variés, sont aujourd’hui concernés par l’usage de drogues. Depuis quelques années dans différents milieux sociaux,, la consommation de cocaïne se banalise, alors que le crack poursuit sa diffusion auprès des populations précaires, et touche également des populations d’usagers plus jeunes et socialement insérés. Une tendance à la réémergence de l’héroïne s’observe chez des usagers novices et dans des contextes d’usage plus récréatifs. Les tendances récentes montrent que les sujets concernés par la consommation de produits psychoactifs sont de plus en plus jeunes et ne sont pas toujours conscients des dangers, en particulier des conséquences sanitaires, auxquels ils s’exposent.

Les usagers de drogues

La toxicomanie peut être caractérisée par une dépendance physique ou psychique, une tendance à organiser son quotidien autour de la recherche du produit et de sa consommation, avec des conséquences souvent dommageables avant tout pour l’individu, mais également pour la société. L’usage de drogues (dont la toxicomanie n’est qu’une des facettes) recouvre à la fois des produits, des pratiques, des profils et des contextes d’usage extrêmement variés. L’Observatoire européen des drogues (European Monitoring Centre for Drug and Drug Addiction, EMCDDA) a proposé une formalisation de la diversité des rapports aux drogues : l’expérimentation, l’usage dans l’année, l’usage régulier et l’usage problématique.

Cette classification s’impose aujourd’hui dans le domaine de l’épidémiologie des pratiques et consommations de drogues. Elle permet un langage partagé dans le domaine de la recherche et de l’épidémiologie des conduites addictives, et introduit un premier niveau de caractérisation des usages sans rendre compte toutefois de leur complexité.

La dépendance aux drogues peut exposer à différents problèmes de santé (overdoses, problèmes pulmonaires, troubles psychiatriques, etc.). Certaines modalités de consommation peuvent également favoriser les infections virales et tout particulièrement l’infection par le VIH et le VHC, par le biais du partage du matériel d’injection, de pailles de snif ou de pipes à crack.

Le risque de transmission du VIH et des hépatites lors du partage des seringues est globalement connu des usagers de drogues injecteurs (UDI), ce partage a considérablement diminué depuis quelques années en France. Par ailleurs, l’incidence du VIH semble plus faible chez les usagers ayant commencé à se droguer après les premières mesures d’accessibilité aux seringues stériles en pharmacie.

En 2006 en France, d’après l’Office français des drogues et toxicomanie (OFDT), le nombre d’individus ayant un usage problématique de drogues était estimé entre 210 000 et 250 000, soit environ 5,9 UD pour 1 000 habitants âgés de 15-64 ans. Il s’agit de consommateurs de drogues injectables ou de consommateurs de longue durée, d’utilisateurs réguliers d’opioïdes, de cocaïne et/ou d’amphétamines. Au sein de cette population, 80 000 UD (2,1 pour 1 000) peuvent être considérés comme des UD injecteurs actifs (au cours du dernier mois) et 145 000 (3,7 pour 1 000) auraient utilisé la voie intraveineuse au moins une fois au cours de leur vie.

  • Les usagers de drogues sont essentiellement masculins (74 %) et l’âge moyen est de 35,6 ans pour les hommes et de 34,5 ans pour les femmes.
  • Cette population est fortement marquée par la précarité sociale : 19 % vivent dans la rue et plus de la moitié n’ont pas de logement stable.
  • La moitié des consommateurs d’opiacés est concernée par des traitements médicaux de substitution.

Selon l’EMCDDA, la population d’usagers de drogues en France se situe dans la moyenne des pays européens. Ainsi, la prévalence générale de l’usage problématique de drogues est estimée en Europe entre 2 et 10 cas pour 1 000 ; la France ayant une prévalence inférieure à l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, mais supérieure à l’Allemagne. Quant au nombre de décès liés à la drogue en Europe, il serait en hausse dans la plupart des pays européens, et était estimé à 7 371 cas en 2008 dans les États membres de l’Union Européenne et la Norvège contre 7 021 en 2007. Cette mortalité englobe les décès directement ou indirectement causés par la consommation de drogues (overdose, VIH/sida, accidents de la circulation, violence, suicide et problèmes chroniques).

La politique de réduction des risques

Depuis la fin des années 1980, la France a développé une politique de santé publique dite de "réduction des risques" (RDR), dont l’objectif est de prévenir la survenue de problèmes sanitaires et sociaux liés à l’usage de drogues, notamment les infections par le VIH et les virus des hépatites liées au partage de seringues chez les UDI. Le terme RDR, recouvre une palette d’actions pragmatiques mises en œuvre en direction des usagers qui ne peuvent renoncer à prendre de la drogue par voie injectable.

Les outils de la réduction des risques sont :

  • l’accès aux seringues stériles (décret de 1987 autorisant la vente libre des seringues), le Programme d’échange de seringues (PES) en 1990 et la mise en place du Steribox® en 1994 (Loi du 21 juillet 1994). L’objectif principal des PES est de lutter contre la transmission du VIH et des hépatites chez les UDI par la diminution du partage des seringues et du petit matériel lié à l’injection de drogues. Au-delà de la distribution de matériel d’injection stérile, les PES s’inscrivent dans une approche de prévention globale qui inclut la sexualité à moindre risque (accès au préservatif) et l’orientation vers des structures de prévention et de soins ;
  • la diffusion des traitements de substitution aux opiacés (le Subutex® en 1995 et la Méthadone® en mars 1995) ;
  • l’accès aux soins avec la création des premiers dispositifs bas seuil à partir de 1993. Cette approche consiste à abaisser le seuil d’exigence vis-à-vis des usagers de drogues, notamment sans imposer de sevrage comme condition d’accès au dispositif de prise en charge et de soins, dans les structures d’accueil.

Ces interventions contribuent donc principalement à l’amélioration de l’accès aux seringues stériles par le biais des pharmacies ou des associations de lutte contre le sida. Elles concourent également à l’abandon de l’usage de drogues par voie veineuse en incitant au recours aux traitements de substitution.

Cette politique de réduction des risques consiste à orienter les usagers de drogues vers des structures de prise en charge, et à les informer des risques auxquels ils s’exposent et des moyens de s’en protéger. Elle tend également à favoriser la responsabilisation des usagers de drogues vis-à-vis de leur santé. Dans cette mouvance, la politique de réduction des risques promeut la participation des usagers de drogues aux politiques publiques par la création de groupes d’auto-support d’usagers de drogues.

À ce jour, les politiques de réduction des risques restent essentiellement centrées sur les problématiques liées aux drogues injectables, laissant de côté d’autres modes de consommation également à risque infectieux de transmission. La connaissance du risque d’infection lié à la consommation de crack est plus récente ; cette question est évoquée dans la littérature depuis une dizaine d’années. Ainsi, le partage de la pipe à crack, pratique courante chez ces utilisateurs, apparaît comme un vecteur probable de transmission de l’hépatite C entre fumeurs. L’apparition de nombreuses lésions sur les mains et les bouches, consécutives à l’utilisation des pipes en verre, représente en effet, des voies d’entrée pour les agents infectieux.

Dossier Usagers de drogues

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