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Usagers de drogues

Publié le 27/05/2011

Conséquences sanitaires liées à l’usage de drogues dans des populations spécifiques

Femmes et usagers de drogues

En France, les femmes consommant des drogues sont essentiellement étudiées sous l’angle de la grossesse et des conséquences de l’usage de drogues de la mère sur l’enfant à naître. Entre 2004 et 2007, l’enquête Coquelicot a permis de décrire les profils de ces femmes, les situations à risque vis-à-vis du VIH, du VHB et du VHC auxquelles elles sont exposées lors de l’usage de drogues, et de comprendre le contexte des prises de risque, en prenant en compte le genre.

Cette enquête a montré que :

  • les femmes consomment plus de crack/free-base, de sulfates de morphine et de solvants que les hommes
  • les femmes rapportent globalement plus de pratiques à risque que les hommes, à la fois dans la sphère de l’usage de drogues et de la sexualité.

Les entretiens mettent en évidence la place centrale du partenaire sexuel lors de l’initiation et dans la trajectoire de consommation des femmes, et les stratégies de protection différenciées selon les partenaires de partage.

La prévention des risques chez les femmes usagères de drogues doit aller au-delà d’une simple approche individuelle, en intégrant la dimension du couple, et plus globalement la dimension sociale des rapports hommes/femmes.

Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et usagers de drogues

Plusieurs enquêtes réalisées auprès des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes contribuent à mieux connaître leurs usages en matière de consommation de drogues. Bien que ces enquêtes ne soient pas représentatives de cette population et recrutent des profils différents, des tendances se dégagent. Globalement, la moitié des HSH y ayant participé indique avoir consommé au moins un produit psycho-actif au cours des 12 mois précédant l’enquête. Les produits les plus souvent mentionnés sont le poppers et le cannabis. La part de consommateurs de cocaïne ne cesse de croître, variant selon le lieu d’investigation. La consommation de GHB-GBL n’est pas négligeable et augmente au cours du temps.

L’enquête Presse-Gay (EPG), 2004

Initiée en 1985, l’enquête EPG a pour objectif de suivre, sur la base du volontariat, les comportements sexuels préventifs des homosexuels lecteurs de la presse gay, leurs modes de vie et de sociabilité par l'insertion de questionnaires dans la presse identitaire. La dernière édition a été réalisée en 2004, par l’Institut de veille sanitaire (InVS), avec le soutien scientifique et financier de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS). Pour ce faire deux supports identitaires ont été mobilisés : des titres de la presse gay et des sites internet.

Des questions spécifiques, répétées depuis 1997, permettent d’appréhender l’usage de drogues. En 2004, sur les 6 184 répondants, la moitié avait consommé au moins une substance psycho-active au cours des 12 derniers mois. Il s’agit principalement de consommation de poppers (37 %) et de cannabis (28 %). Les consommations d’ecstasy, de cocaïne, d’amphétamines ou d’héroïne étaient plus rares. Pour chacun des produits, il s’agissait d’une consommation occasionnelle. Globalement, la prévalence de consommation avait augmenté depuis l’enquête réalisée en 1997 : la proportion de répondants ayant consommé au moins un produit au cours des 12 derniers mois était passée de 47 % à 50 %. Exception faite des poppers, l’usage du cannabis, de l’ecstasy, des amphétamines et des hallucinogènes s’était accru significativement. La consommation de cocaïne dans les 12 derniers mois avait, quant à elle, été multipliée par 2 (4 % vs 8 %).  L’usage de l’héroïne restait très marginal sans évolution significative dans le temps.

Comparés à ceux de la population générale, les niveaux de consommation de substances psycho-actives des répondants de l’EPG étaient plus élevés : 47 % des répondants à l’EPG 2004 déclaraient avoir consommé au moins une substance psycho-active dans les 12 derniers mois contre 12 % pour les hommes en population générale.

  • En savoir plus :
    Velter A, Jauffret Roustide M. Consommation de substances psychoactives. In: Velter A, Bouyssou Michel A, de Busscher PO, Jauffret Roustide M, Semaille C. Enquête Presse Gay 2004. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2007. p.47-56.

Le baromètre gay (BG)

Depuis 2000, l’enquête Baromètre Gay (BG) permet d’interroger périodiquement les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) fréquentant les lieux de rencontre gay (bar, backrooms, sauna) sur leurs comportements sexuels et leur mode de vie. Cette enquête est mise en œuvre à l'initiative de l'Institut de veille sanitaire (Invs) et du Syndicat national des entreprises gaies (Sneg).

Les deux dernières éditions réalisées en 2005 et 2009 uniquement dans les établissements parisiens ont intégré des questions détaillées sur la fréquence de la consommation de différents produits psychoactifs à l’aide d’échelles de consommation utilisées en population générale.

En 2005, parmi les 3 292 répondants, 58 % avaient consommé au moins un produit psychoactif au cours des 12 derniers mois. Il s’agissait surtout de poppers (47 %), de cannabis (30 %), plus rarement de cocaïne (16 %) ou d’ecstasy (13 %) ou encore de gammahydroxybutyrate (GHB) (6%). La consommation de crystal au cours des 12 derniers mois était marginale (2 %, n=72).

Net Gay Baromètre (NGB)

Depuis 2003 le Net Gay Baromètre (NGB) permet d’interroger les internautes de sites considérés comme majeurs de la population homo et bisexuelle et de ses sous-cultures sur des questions de comportements sexuels à risque. Cette enquête résulte de l’initiative du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) avec le soutien de l’ANRS et depuis 2005 en partenariat avec l’Institut de veille sanitaire (InVS).

La dernière enquête a été réalisée en 2009 auprès des utilisateurs de 9 sites de rencontre gays par le biais d’envoi de mailing et a permis d’analyser plus de 19 000 questionnaires provenant de la France entière.

En termes d’usage de drogues, plus de la moitié de l’échantillon déclarait avoir consommé au moins une drogue, au cours des 12 derniers mois. Les drogues les plus fréquemment consommées étaient les poppers et le cannabis. L’usage de drogues était plus marqué chez les hommes séropositifs pour le VIH et chez ceux qui ne sont plus certains d’être séronégatifs que parmi les hommes séronégatifs. La cocaïne, le viagra et le GHB concernaient près de 20% des hommes séropositifs pour le VIH. Ces substances étaient utilisées pour améliorer les performances sexuelles.

  • En savoir plus :
    - http://www.gaystudies.org
    - Léobon A, Velter A, Engler K, Drouin MC, Otis J. A relative profile of HIV-negative users of French websites for men seeking men and predictors of their regular risk taking: a comparaison with HIV-positive users. AIDS CARE (sous-presse).

L’enquête Prevagay

En 2009, l’Institut de veille sanitaire a initié la première enquête de séroprévalence pour le VIH auprès des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) fréquentant des lieux de convivialité gay parisiens. Cette enquête anonyme, réalisée à Paris dans 14 établissements commerciaux de convivialité gay (saunas, backrooms et bars) apporte des données sur la consommation de produits psycho-actifs dans cette population. Elle couplait prélèvements sanguins et questionnaires comportementaux.

Ainsi, parmi les 886 participants à l’enquête, la moitié rapportait avoir consommé au moins une drogue (cannabis, poppers, cocaïne, GBL-GHB) au cours des 12 derniers mois. La part de consommateurs était plus importante parmi les hommes séropositifs pour le VIH que parmi les séronégatifs (73% vs 52%). Plus de trois quarts des hommes séropositifs pour le VIH mais ignorant leur séropositivité, rapportaient une consommation d’au moins un produit psycho-actif sur les 12 derniers mois (77%). Les consommations de cocaïne (42%) ou de GHB-GBL (28%) étaient plus importantes pour ces hommes.

  • En savoir plus :
    - Velter A, Barin F, Bouyssou A, Le Vu S, Guinard J, Pillonel J, Semaille C. Prévalence du VIH et comportement de dépistage des hommes fréquentant les lieux de convivialité gay parisiens, Prevagay 2009. Bull Epidemiol Hebd 2010;45-46:464-67.
    - Jauffret Roustide M. Les pratiques de consommation de substances psychoactives chez les homosexuels et bisexuels masculins. In : Broqua C, Lert F, Souteyrand Y (dir.). Homosexualités au temps du sida. Paris : ANRS ; 2003. p.181-98.
    - Jauffret-Roustide M. (2003). Usage de drogues et homosexualités. In: D. Éribon (Ed.). Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, Larousse.

Personnes détenues et usagers de drogues

La santé des personnes détenues est une nouvelle thématique introduite dans le programme de travail de l’InVS en 2008.
Deux enquêtes sont actuellement en cours : Prevacar et Pri2de.

Prevacar

L’enquête épidémiologique Prevacar a été mise en place en 2010 par la DGS avec la collaboration scientifique de l’InVS. Elle comporte deux volets : une enquête de prévalence et une enquête sur l’offre de soins en milieu pénitentiaire.

Le premier volet a comme objectif d’estimer la prévalence du VIH, du VHC et des traitements de substitution en milieu pénitentiaire et de décrire les caractéristiques sociodémographiques de cette population. Ce volet porte sur 2084 détenus dans 27 établissements pénitentiaires, tirés au sort selon un plan de sondage.

Le second volet vise à décrire l’offre de soins concernant le dépistage, la vaccination et la prise en charge vis-à-vis du VIH, des hépatites et des traitements de substitution aux opiacés en milieu pénitentiaire. Ce deuxième volet se veut exhaustif et porte sur les 193 établissements pénitentiaires existant en France. Cette enquête devrait être complétée par des enquêtes épidémiologiques et qualitatives plus spécifiques sur les pratiques d’injection intraveineuse et les conduites à risque en prison.

Pri2de

La surpopulation dans les prisons françaises ces dernières années pose la question du risque infectieux accru pour les personnes détenues, et de conformité de ces établissements au regard des directives nationales et internationales (OMS) relatives à la politique de réduction des risques dans ces établissements.

Une enquête nationale a été réalisée auprès des services de médecine et des services psychiatriques des prisons françaises visant à estimer la pratique des établissements pénitentiaires en matière de politique de réduction des risques. Cette étude montre un contraste entre les recommandations françaises relatives à l'accès aux soins des détenus et l’augmentation du nombre d’incarcérations. Cette tendance s’accompagne d’une dégradation des conditions de vie des personnes détenues et de l’organisation des soins dans les prisons.

Cette enquête a été réalisée par le biais d’un questionnaire postal et d'un entretien téléphonique auprès de 171 prisons, représentant  74% (46 786 prisonniers) de la population carcérale française. Il en ressort que l’accès aux outils de prévention est dans l’ensemble insuffisant, la prophylaxie post-exposition (PEP) semble absente malgré le signalement de pratiques à risque, et des pratiques inadaptées d’administration d’un traitement de substitution aux opaciés (TSO) ont été observées. Par ailleurs, globalement, l’adhésion aux directives nationales et internationales était plutôt faible.

Les consommateurs de crack

La population des consommateurs de crack a fait l’objet de peu de recherches en France, tant épidémiologiques que sociologiques. Le nombre d’usagers de crack est estimé entre 6 000 et 10 000 personnes par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) avec un regroupement important dans le Nord-Est parisien. L’étude Coquelicot, réalisée entre 2004 et 2007, a montré que le crack free base était le premier produit illicite consommé dans le dernier mois (30 % des UD), avant la cocaïne (27 %) et l’héroïne (21 %).

La prévalence du VHC chez les consommateurs de crack était supérieure à 70 %. La pratique de partage de la pipe à crack y était rapportée par 8 usagers sur 10 dans le dernier mois. L’enquête a aussi montré que la consommation de crack par voie fumée était associée à la séropositivité VHC, même après ajustement sur la pratique d’injection dans la vie. Ces résultats confortent le lien entre transmission du VHC et consommation de crack par voie fumée.

Avec l’évolution des usages de drogues, il est devenu nécessaire de repenser la politique de RDR en l’adaptant notamment à la population des consommateurs de crack qui ont des expositions à risque spécifiques et intenses, liées à leur vulnérabilité sociale importante.

Ces dernières années, quelques associations de RDR à Paris ont mis à disposition des usagers de crack du matériel de consommation tel que des embouts, des pipes ou éventuellement des "kits base". L’InVS s’est engagé depuis 2008 dans un processus d’évaluation de ces nouveaux outils de RDR dans le cadre d’une saisine de la Direction générale de la santé (DGS).

L’enquête crack

Une enquête épidémiologique exploratoire à visée descriptive a été mise en place par le Cermes en collaboration avec l’InVS. Les objectifs principaux de cette recherche sont à la fois d’ordre scientifique et opérationnel :

  • décrire l’état de santé des usagers de crack en France et en particulier leurs vulnérabilités spécifiques vis-à-vis de la transmission du VIH et du VHC ;
  • mesurer la diffusion et l’utilisation des outils de réduction des risques actuellement disponibles ;
  • contribuer à l’évaluation d’un nouvel outil de réduction des risques en lien avec la consommation de crack fumé (évolution de la prévalence des lésions des mains et de la bouche des usagers de crack, diffusion, et acceptabilité de l’outil).

L’enquête crack a la particularité de mettre en œuvre une collaboration étroite entre chercheurs et acteurs de terrain, dans une optique de mutualisation des savoirs. Cette enquête s’inscrit dans une démarche de recherche action visant à améliorer la santé des usagers de drogues.

Les premiers résultats de cette enquête sont attendus en 2011.

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