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Alertes en santé travail

Publié le 30/05/2018

Bulletin des réseaux de surveillance

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En réponse à l’accroissement des sollicitations relatives à des évènements de santé inhabituels survenant sur les lieux de travail, Santé publique France a mis en place un dispositif régionalisé, les Groupes d’alerte en santé travail ou Gast. L’objectif est d’organiser en région une réponse adaptée et rapide à ces signalements en milieu professionnel, souvent motivés par la suspicion d’un regroupement de cancers ou par la survenue d’un syndrome collectif inexpliqué.

Mobilisant des expertises pluridisciplinaires et complémentaires autour des Cellules d’intervention en région (Cire), ce dispositif de veille et d’alerte en santé travail trouve son utilité et son efficacité s’il est sollicité par les acteurs de terrain, au premier rang desquels figurent les médecins et, plus largement, les services de santé au travail. L’équipe en charge du dispositif a donc souhaité créer un support d’information pour sensibiliser ces professionnels et animer le réseau des membres des Gast déjà en place et des Cire. La finalité est de développer le dispositif Gast et de promouvoir la culture du signalement en santé travail.

Alors que les Groupes d’alerte en santé travail (Gast) sont désormais implantés dans 11 régions, le bilan d’activités de ce dispositif animé par Santé publique France montre une progression constante des signalements d’évènements de santé inhabituels en milieu professionnel. Il s’agit en majorité de syndromes collectifs inexpliqués, également dénommés syndromes des bâtiments malsains. Quand ces épidémies – non infectieuses – de symptômes variés se propagent dans le personnel d’une institution publique ou d’une entreprise, il est fréquent qu’elles mettent en difficulté le médecin du travail : comment objectiver la réalité du phénomène collectif, comment rechercher sa cause, comment gérer les relations avec le personnel, la direction, le CHSCT ? Mêmes problèmes méthodologiques à résoudre quand un excès de cas de cancers, ou de toute autre maladie, est suspecté parmi le personnel. Le nombre de cas porté à la connaissance du médecin est-il « normal » pour la taille de l’entreprise, d’ailleurs est-ce bien le nombre réel de cas ? Quels sont les facteurs de risque connus de cette maladie ? Les personnes atteintes sont-elles exposées professionnellement à un ou plusieurs d’entre eux ? C’est précisément pour définir et gérer l’investigation de tels événements de santé inhabituels que le dispositif des Gast a été créé, dotant chaque groupe en région de spécialistes des risques professionnels issus de diverses disciplines

Faits marquants

  • Janvier à mai 2018 : présentation du dispositif Gast aux membres de la Société de médecine du travail d’Aquitaine, à la Commission Nationale de Déontologie sur les Alertes en matière de Santé et d’Environnement  et à la Commission spécialisée des pathologies professionnelles du Conseil national d’orientation des conditions de travail.
  • Juin 2018 : atelier « Veille, vigilance et alerte en santé travail », piloté par Santé publique France et l’Anses, au Congrès national de médecine et santé au travail à Marseille (cf. Atelier Congrès).

Base de données EFICATT

La base de données EFICATT « Exposition fortuite à un agent infectieux et conduite à tenir en milieu de travail » est un outil créé à l’initiative du département Etudes et assistance médicale de l’INRS en collaboration avec le GERES (Groupes d’étude sur le risque d’exposition de soignants aux agents infectieux).
Cet outil, destiné aux professionnels de santé, en particulier aux médecins du travail, leur apporte une aide lorsqu’ils sont confrontés à une situation à risque de transmission d’une maladie infectieuse. EFICATT met en effet à disposition les éléments utiles à l’évaluation du risque, ce qui permet de définir une conduite à tenir immédiate puis de mettre en place les actions et le suivi médical adaptés.
Chaque fiche est élaborée par des experts sollicités par un Comité scientifique multidisciplinaire selon un programme (nouvelles fiches et actualisations) validé et coordonné par le Comité de rédaction.

http://www.inrs.fr/publications/bdd/eficatt.html

L’année 2017 a été marquée par la création du Gast Corse en janvier, portant à 11 le nombre de Gast mis en place au 31/12/2017.

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En faisant abstraction du pic de signalements traités en 2008, qui avait motivés la création du premier Gast en Aquitaine, le nombre de signalements est globalement stable par année. En 2017, 14 signalements d’événements de santé inhabituels en milieu du travail ont été traités, nombre proche de la moyenne de 13 observée les années précédentes.

Nombres d'évènements traités par les Gast par année

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En 2017, les services de santé en entreprise et les médecins du travail restaient les principaux déclarants. L’année passée a été particulièrement marquée par le signalement d’une exposition professionnelle et para-professionnelle au plomb qui a justifié le lancement d’une alerte au niveau national auprès de la Direction générale du travail et de la Direction générale de la santé (signalement présenté dans le bulletin n°4).

Bilan annuel 2017 de l'activité veille et alerte en santé travail

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Comme chaque année, l’équipe a cherché à mieux faire connaitre le dispositif via diverses présentations :

  • auprès des services de santé inter-entreprises (CMIE, AHI33)
  • auprès des sociétés de médecine au travail (Paris, Lyon)
  • en donnant des cours à des étudiants du Master 2 Santé Publique et Risques Environnementaux, Université Paris Descartes
  • en éditant, deux fois par an, le bulletin des alertes en santé travail

Atelier Congrès National de Médecine et Santé au Travail

A l’occasion du Congrès national de médecine et santé au travail du 5 au 8 juin 2018 au palais des congrès Chanot de Marseille (https://www.medecine-sante-travail.com la Direction santé travail de Santé publique France), en collaboration avec l’Anses, est en charge d’animer  le mardi 5 juin après-midi l’atelier intitulé « Veille, vigilance et alerte en santé travail ».

Atelier « Veille, vigilance et alerte en santé travail » - Mardi 5 juin 2018 à 14h00 - Durée : 2h30

Animateurs-conférenciers : Pascal Empereur-Bissonnet (Santé publique France, Saint-Maurice), Juliette Bloch (Anses, Maisons-Alfort).
Conférenciers : Annabelle Lapostolle (Santé publique France, Saint-Maurice), Isabelle Vanrullen (Anses, Maisons-Alfort).

Descriptif de l'atelier :
Les médecins et infirmiers des services de santé au travail ont de plus en plus souvent à traiter des évènements de santé inhabituels, observés ou suspectés en milieu professionnel, tels que des regroupements de cancers, des syndromes collectifs inexpliqués, des expositions atypiques ou encore des phénomènes de santé nouveaux, émergents. L’objectif de cet atelier est de faire connaitre les dispositifs nationaux de veille, de vigilance et d’alerte en santé travail qui permettent de signaler ces événements et de leur apporter une réponse de santé publique, de montrer leur utilité respective et leur complémentarité, leur lien avec des systèmes européens, et d’expliquer comment les solliciter. Le dispositif des Groupes d’alerte en santé travail (Gast) de Santé publique France sera présenté, avec un exemple concret de prise en charge d’un syndrome collectif inexpliqué qui sera détaillé par la Cellule d’intervention en région Provence-Alpes-Côte-D’azur, ainsi que le Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P) piloté par l’Anses : objectifs, organisation, recherche d’émergence et lien avec le réseau européen Occwatch.

Cas d’irritations ORL et cutanées chez des kinésithérapeutes exerçant dans un centre thermal

Stéphanie Rivière
Epidémiologiste à la Cire Occitanie de Santé publique France

Le 16 juin 2017, une section départementale d’un syndicat a envoyé une lettre à l’attention de l’inspecteur du travail avec en copie la Carsat, l’ARS Occitanie et le médecin du travail pour signaler des cas d’irritations ORL et cutanées chez des kinésithérapeutes exerçant dans un centre thermal de la région. Parmi les 18 kinésithérapeutes travaillant dans ce centre, cinq avaient reçu un arrêt de travail et deux avaient résilié leur contrat de travail par anticipation. Les salariés suspectaient un nouveau procédé de désinfection, mis en place au début de la saison 2017, faisant intervenir un « produit chimique » ajouté à l’eau. De plus, ils incriminaient spécifiquement une des cabines du centre.

Le centre thermal, spécialisé pour des cures conventionnées ainsi que pour des activités non conventionnées, compte 90 salariés. Il comprend 20 cabines de massage, des cabines de douche pénétrante et différentes piscines d’eau thermale.

Ce signalement a été pris en charge par le Groupe d’alerte en santé travail (Gast) d’Occitanie. Une démarche d’investigation pluridisciplinaire a été réalisée, s’appuyant sur 3 volets :

  • volet épidémiologique pour caractériser la situation sanitaire (mené par Santé publique France) ;
  • volet technique et toxicologique : étude du procédé de désinfection de l’eau, évaluation du système de désinfection automatique (quantité de vapeur, d’aérosol), étude globale du système de ventilation, des flux aérauliques dans les cabines (menées par la Carsat et l’Inspection du travail) et étude des risques toxicologiques du désinfectant utilisé (mené par le CAPTV) ;
  • volet réglementaire concernant les produits utilisés (mené par la Direccte).

Les résultats de l’investigation ont permis d’apporter les conclusions suivantes.

D’un point de vue épidémiologique, la présence de plusieurs cas (11 kinésithérapeutes sur 12 répondants) survenus sur une période d’environ 2 mois suggérait l’existence d’un phénomène de cas groupés avec une source d’exposition commune persistante sur le lieu de travail. Aucune nouvelle apparition de signes n’avait été signalée dans l’enquête épidémiologique après la date d’arrêt de la désinfection automatique et de la désinfection quotidienne, ce qui était en faveur du rôle des procédés de désinfection dans la survenue des signes.

Le nouveau désinfectant utilisé par l’entreprise lors de la saison 2017 contenait la substance active PHMB (polyhexamethylene biguanide). Cette substance était en cours d’évaluation au niveau européen. Dans la période transitoire (absence d’autorisation de mise sur le marché), la gestion des risques relève de la responsabilité de l'employeur et s'appuie principalement sur le respect des mesures prévues dans la fiche de données de sécurité.

Les signes présentés par les kinésithérapeutes étaient cohérents avec les effets sanitaires mentionnés dans la fiche toxicologique du PHMB. 

Les investigations techniques ont montré que le recours au désinfectant au PHMB a été mis en œuvre dans un contexte de mauvaises conditions d’utilisation (pulvérisation) et de mauvaise ventilation des locaux. 

L’organisation architecturale des cabines de massage, des réseaux d’eau et de ventilation, ainsi que les résultats des tests techniques et de l’enquête épidémiologique, ont suggéré que l’ensemble des cabines étaient potentiellement concerné par la problématique.

Suite à l’intervention du Gast, plusieurs propositions ont été formulées : travaux améliorant l’aéraulique sur toutes les cabines, substituer la substance active PHMB, prévoir la formation des équipes au risque chimique. De plus, une information nationale a été réalisée auprès de l’agence en charge de l’évaluation de la substance active.

L’opinion de l’épidémiologiste :
« Cette investigation a été complexe de par la variété des domaines investigués (règlementaire, technique, sanitaire) mais très riche en enseignements. Elle illustre parfaitement, selon moi, la pertinence de travailler sur ces dossiers de manière concertée entre institutions et spécialistes, chacun apportant sa compétence sur des domaines complémentaires. »

  • La poursuite de l’évaluation interne du dispositif Gast : le 3e volet (approche quantitative) est en cours
  • Une réunion du Comité de pilotage national du dispositif Gast est prévue en octobre 2018
  • Le dispositif Gast se déploiera sur l’ensemble du territoire métropolitain : création du Gast en Provence-Alpes-Côte-D’azur en juin 2018 et en Ile-de-France d’ici la fin de l’année
  • Une communication orale portant sur une « Investigation d’un syndrome collectif inexpliqué chez les salariés d’une administration territoriale publique de Nouvelle Aquitaine » (investigation traitée dans le cadre du Gast Nouvelle Aquitaine) sera réalisée au Congrès européen d’Epidémiologie organisé à Lyon en juillet 2018

Dossier Alertes en santé travail

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