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Impact sanitaire de l'exposition à l'amiante

Publié le 21/02/2013

Exposition professionnelle à l'amiante

Dans les pays industrialisés, la source d’exposition de très loin la plus importante provient des activités professionnelles. Il s’agit des personnes qui, dans le cadre de leur activité professionnelle, produisent l’amiante, utilisent ce matériau directement pour diverses opérations de transformation ou d’isolation thermique ou phonique, ou interviennent sur des matériaux contenant de l’amiante.

Du fait de la très large dissémination de l’amiante au fil du temps, les professions concernées par les expositions à ce matériau ont évolué au fil des décennies. Dans les années 1960, les principales professions touchées étaient celles de la production et de l’utilisation de l’amiante qui entraînaient des expositions massives, alors que depuis les années 1980 et 1990, les métiers les plus souvent exposés à l’amiante sont ceux qui impliquent des tâches d’intervention sur des matériaux contenant de l’amiante, entraînant des expositions discontinues.

La multiplicité des usages de l’amiante explique le nombre très important des personnes exposées à l’occasion de leurs activités professionnelles. Ainsi, il a été montré qu’un quart de tous les hommes salariés actuellement retraités en France a été exposé au moins une fois au cours sa vie professionnelle à l’amiante.

Evaluation individuelle : repérer les situations d'exposition

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Désamiantage par un travailleur

Crédit : Krzysztof Slusarsick. Dreamstime.com.

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Calorifugeage à l’amiante

Crédit : Bermau. Dreamstime.com.

Le Programme national de surveillance du mésothéliome (PNSM), système de surveillance épidémiologique des effets de l’amiante sur la santé de la population française, permet d’estimer le nombre annuel de cas incidents de mésothéliome, d’identifier et de quantifier les secteurs industriels et les professions présentant les plus hauts risques, et de calculer la fraction de risque de mésothéliome attribuable à une exposition professionnelle à l’amiante.

Ainsi, actuellement la fraction de risque de mésothéliome attribuable à des expositions professionnelles dans la population française est de 83,2 % (IC 95% : [76,8-89,6]) chez les hommes et de 38,3 % (IC 95% : [26,6-50,0]) chez les femmes. Il s’agit de la proportion théorique des cas qui auraient été évités si l’exposition n’avait pas existé.

Evaluation populationnelle : description des populations exposées

L’exposition en milieu professionnel est estimée selon deux indicateurs : la proportion de personnes exposées à un moment donné (prévalence "instantanée") et la proportion de personnes ayant été exposées à l’amiante au moins une fois dans leur vie professionnelle (prévalence "vie entière"). Cette dernière est adaptée à l’étude des risques pour la santé, la dose cumulée d’amiante tout au long de la vie étant associée de façon linéaire au risque de cancer. Cette prévalence varie beaucoup selon le sexe, les secteurs d’activité, les classes d’âge et les cohortes de naissance, reflétant l’histoire de l’introduction et de la diffusion de l’amiante en France.

Ces deux prévalences sont obtenues à partir du croisement d’un échantillon d’histoires professionnelles, représentatif de la population générale (10 000 personnes) en 2007 et d’une matrice emplois-expositions spécifique de l’amiante. Par ailleurs, ces matrices sont croisées avec d’autres populations spécifiques (salariés, artisans, etc.) permettant d’obtenir la prévalence d’exposition par secteurs d’activité, par catégories socioprofessionnelles, par professions, etc.

Quel que soit le sexe, les ouvriers et les artisans ont les prévalences d’exposition les plus élevées (chez les hommes, respectivement 2,5 % et 1,1 %). La prévalence la plus faible est observée chez les cadres (0,1 % chez les hommes).

Si l’on considère la profession chez les hommes, 25,7 % des plombiers-tuyauteurs, 17,5 % des tôliers-chaudronniers et 19,2 % des soudeurs et oxycoupeurs étaient encore exposés aux fibres d’amiante en 2007.

En 2007, quel que soit le sexe, les proportions de sujets exposés pour les secteurs de la construction, du commerce et de la réparation automobile, de la fabrication d’autres produits minéraux non métalliques sont de 6,3 %, 3,1 % et 0,1 % respectivement.

  • En savoir plus :

Lacourt A, Brochard P, Ducamp S. Éléments techniques sur l'exposition professionnelle aux fibres d'amiante - Matrice emplois-expositions aux fibres d'amiante. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2010. 14 p.

Lacourt A, Brochard P, Houot M. Présentation d’une matrice emplois-expositions aux fibres d’amiante – Quelques applications à un échantillon de population en France. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2010. 6 p.

Dossier thématique Matrice emplois-expositions

Suivi post-professionnel des anciens travailleurs : salariés et artisans

Le suivi post-professionnel des anciens travailleurs fait l’objet de surveillance spécifique permettant d’évaluer leur exposition à l’amiante. Actuellement, il existe deux programmes de surveillance :

  • Spirale (surveillance post-professionnelle des travailleurs exposés), piloté par l’Inserm, concerne les salariés retraités du régime général (http://www.spirale.rppc.fr/) ;
  • ESPrI (Programme de surveillance post-professionnelle des artisans ayant été exposés à l’amiante), piloté par l’InVS en collaboration avec le Régime social des indépendants (RSI), concerne exclusivement les artisans retraités.

Une attention particulière doit être portée aux travailleurs indépendants (artisans, commerçants, professions libérales) qui n’ont pas de médecine du travail et ne peuvent pas bénéficier du système de suivi médical post professionnel.

Le programme ESPrI concerne les sujets retraités, artisans au moment de leur retraite. Ces retraités ont donc pu exercer en tant que artisan et salarié au cours de leur carrière. Ces participants au programme EsprI sont appelés ‘artisans retraités’.

On estime que 65 % des hommes et 3 % des femmes artisans retraités ont été exposés au moins une fois à l’amiante durant leur carrière, comparé à 30 % chez les salariés. Depuis le lancement du dispositif ESPrI en 2005, 15 000 artisans retraités ont été sollicités. Plus de 60 % ont accepté de participer, ce qui montre une forte attente des artisans vis-à-vis de ce dispositif. Parmi les participants, près de 6 000 ont été considérés par les experts comme ayant été possiblement exposés à l’amiante durant leur vie professionnelle et un bilan médical complet leur a été proposé. En 2012, 1 810 artisans avaient réalisé ce bilan et 16 % présentaient au moins une pathologie (le plus souvent bénigne) pouvant être liée à une exposition à l’amiante.

Ce programme a également permis de mettre en évidence les secteurs les plus exposés à savoir ceux de la construction (bâtiment et travaux publics, de la réparation automobile, de l’industrie manufacturière.

La proportion des artisans retraités ayant été exposés à l’amiante au moins une fois au cours de leur carrière est deux fois plus élevée que celle des salariés retraités.

Le secteur du BTP est de très loin le secteur économique qui compte le plus grand nombre de personnes, actuellement retraitées, ayant été exposées à l’amiante au moins une fois au cours de leur vie.

Les professions de peintres, d’ouvriers des finitions du bâtiment, de maçons, de plâtriers, de mécaniciens automobiles (entretien, réparation), de plombiers, de couvreurs, de chauffagistes, qu’elles soient exercées en tant qu’artisan ou en tant qu’ouvrier qualifié, sont les professions ayant été le plus souvent exposantes.

  • En savoir plus :

Goulard H, Homère J. Programme de surveillance post-professionnelle des artisans ayant été exposés à l’amiante (ESPrI). Retraités entre 2004 et 2008, artisans du Régime social des indépendants (RSI). Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2012. 93 p.

Programme ESPrI

Programme Spirale

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