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Publié le 08/07/2011

Cas groupés de syndrome hémolytique et urémique (SHU) Nord, juin 2011 - Point au 8 juillet 2011.

Le 14 juin 2011, l’InVS a été informé par un néphrologue pédiatre du Centre hospitalier régional (CHRU) de Lille, de cinq cas de syndrome hémolytique et urémique (SHU), survenus mi juin, chez des enfants résidant dans le département du Nord. Le SHU est une maladie le plus souvent causée chez l’enfant par une bactérie appartenant à la famille des Escherichia coli (E. coli), dont certaines souches sont plus virulentes et produisent des toxines, appelées « shigatoxines » .  Les infections à Escherichia coli producteur de shigatoxines  (STEC) se manifestent d’abord par de la diarrhée souvent avec du sang, des douleurs abdominales et parfois des vomissements. Ces symptômes peuvent évoluer (dans 5 à 8% des cas), après une semaine environ, vers un SHU.

La survenue très rapprochée dans le temps et géographiquement de plusieurs cas d’une pathologie rare (environ 100 cas de SHU pédiatriques notifiés annuellement par le réseau national de surveillance du SHU) suggérait une source commune de contamination. Une investigation épidémiologique, coordonnée par l’InVS en collaboration avec l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de Calais (ARS) a été mise en œuvre immédiatement.

Au 15 juin, les résultats des premières investigations épidémiologiques suggéraient que cet  épisode de cas groupés de SHU était lié à la consommation d’un lot de steaks hachés de marque  STEAKS COUNTRY avec une date limite de consommation (DLC) au 11 mai 2012, en vente dans les  magasins LIDL. A la lumière de ces premiers résultats, les mesures de contrôle ont été mises en œuvre immédiatement par le fabricant, à  la demande des autorités sanitaires.  Les enquêtes de traçabilité et les analyses microbiologiques chez les enfants et dans des steaks prélevés dans la famille d’enfants malades ont confirmé que cet épisode était lié à la consommation de steaks hachés de marque STEAKS COUNTRY avec une DLC au 11 mai 2012 et qu’il était du à une souche de E. coli producteur de shigatoxines de sérogroupe O157.

Mesures de prévention et de contrôle mises en œuvre :
Le 15 juin, les autorités sanitaires ont demandé au fabricant de procéder au rappel des steaks hachés surgelés de la marque STEAKS COUNTRY avec une DLC aux 10, 11 et 12 mai 2012. Des communiqués de presse ont été diffusés les 15 juin et 16 juin. Des affichettes ont été mises en place dans les magasins potentiellement concernés.
Les autorités sanitaires ont recommandé aux personnes ayant acheté ces steaks de ne pas les consommer et de les rapporter aux points de vente. Les personnes ayant consommé ces produits et présentant des symptômes évocateurs d’infections à STEC (diarrhée souvent sanglante avec des douleurs abdominales et parfois des vomissements) ont été invitées à consulter leur médecin en lui signalant cette consommation.
Au 1er juillet, suite aux nouveaux éléments épidémiologiques et microbiologiques disponibles, la Direction Générale de la Santé et la Direction Générale de l’Alimentation ont demandé au producteur de compléter les mesures de contrôle mises en place depuis le  15 /06/2011 par un rappel élargi par communiqué de presse de tous les produits à base de viande hachée de bœuf fabriqués à partir du même lot de 52 tonnes de matière première ayant servi à la production des steaks hachés Country concernés.
Les informations détaillées sur les produits faisant l’objet de ce retrait rappel, sont disponibles sur le site du Ministère de l’Agriculture : http://alimentation.gouv.fr/rappel-de-produits-de-viande.

Point des Investigations au 08/07/2011

Onze cas de SHU, pour lesquels l’enquête alimentaire auprès des parents a retrouvé la consommation de steaks hachés ou hamburgers dans les jours précédant les symptômes, ont été identifiés. Un douzième cas de SHU est dû à une transmission de personne à personne par un autre enfant malade de la famille qui a consommé un hamburger. Onze des 12 cas et le frère du douzième cas avaient consommé des steaks hachés surgelés de marque STEAK COUNTRY ou des hamburgers surgelés achetés dans différents  magasins de la chaine LIDL dans le Nord (11 cas) et en Alsace (1 cas) au cours de la période fin mai-mi juin 2011. Les 12 cas de SHU sont des enfants âgés de 7 mois à 10 ans. Quatre sont des filles. Dix enfants résident dans la région du Nord-Pas-de-Calais, un en Picardie et un en Alsace. Les dates de début des premiers symptômes (diarrhée sanglante) des 12 enfants se distribuent entre le 6 juin et le 1 juillet et la date d’apparition des SHU entre le 10 et le 5 juillet 2011.

Au 08 juillet, les analyses sérologiques et microbiologiques pour recherche d’E. coli producteur de shigatoxine (STEC) réalisées au Centre national de référence des E. coli et Shigella (Institut Pasteur, Paris et laboratoire de microbiologie de l’Hôpital Robert Debré, Paris) ont confirmé une  infection à E. coli  O157 pour 10 enfants et les analyses sont en cours pour  deux enfants.

La recherche de STEC dans les steaks hachés retrouvés dans les congélateurs des familles de 4 enfants malades, réalisée au Laboratoire National de Référence des E. coli (LNR) (laboratoire de microbiologie alimentaire de l’Ecole nationale vétérinaire (ENV) de Lyon), a mis en évidence une souche de STEC du même sérogroupe O157 que la souche isolée chez les enfants.

Par ailleurs, 7 autres cas de SHU isolés, 6 enfants et un adulte, non-rattachables à cet épisode à ce jour ont été signalés dans le Nord dans la même période. Ces cas n’ont pas consommé de steaks hachés ou hamburgers achetés chez Lidl ou présentent une infection par une souche différente.

Le syndrome hémolytique et urémique

Qu’est-ce que le syndrome hémolytique et urémique ?

Le syndrome hémolytique et urémique (SHU) est une maladie rare en France, mais grave puisqu’elle est la principale cause d'insuffisance rénale aiguë chez les enfants âgés de 1 mois à 3 ans. Elle est le plus souvent causée par une bactérie appartenant à la famille des Escherichia coli (E. coli), dont certaines souches sont plus virulentes et produisent des toxines, appelées « shigatoxines ».

La maladie se manifeste d’abord par de la diarrhée souvent avec du sang, des douleurs abdominales et parfois des vomissements. Ces symptômes peuvent évoluer (dans 5 à 8 % des cas), après une semaine environ, vers un syndrome hémolytique et urémique. L’enfant présente alors des signes de grande fatigue, de pâleur, une diminution du volume des urines, qui deviennent plus foncées, et parfois des convulsions.

Le traitement à l’hôpital s’effectue par des transfusions sanguines et/ou des dialyses.

Un à deux pour cent des enfants décède ; plus d’un tiers gardent des lésions rénales à long terme, nécessitant un suivi médical régulier.

Quelle est la source de contamination ?

Les bactéries responsables du syndrome hémolytique et urémique sont présentes dans les intestins de nombreux animaux (vaches, veaux, chèvres, moutons, daims, etc.), et sont éliminées par les selles qui peuvent alors contaminer l’environnement (eau, fumier, sol) et les aliments. Elles supportent bien le froid (survie de plusieurs jours dans un réfrigérateur), mais sont détruites par la cuisson.

La contamination se produit :

  • par ingestion d’aliments contaminés consommés crus ou peu cuits : viande de bœuf (en particulier hachée), lait ou produits laitiers non pasteurisés, jus de pommes, légumes crus, ou d’eau de boisson contaminée ;
  • en portant ses mains souillées à la bouche, après avoir touché des animaux porteurs de la bactérie ou leur environnement contaminé ;
  • par contact avec une personne malade qui excrète la bactérie dans ses selles (« maladie des mains sales »).

Voies de contamination possibles par E.coli

Comment sont surveillés les infections à E. coli producteurs de shigatoxines et le syndrome hémolytique et urémique (SHU) ?

La surveillance des infections à STEC est réalisée en France par un dispositif coordonné par l’InVS au travers de plusieurs systèmes de surveillance :

  • la déclaration obligatoire (DO) des toxi-infections alimentaires collectives (Tiac) qui doit permettre de repérer toute Tiac à STEC ;
  • le Centre national de référence pour les E. coli (Institut Pasteur, Paris et service de microbiologie de l’hôpital Robert Debré, Paris) qui caractérise les E. Coli responsables de toxi-infections alimentaires et de SHU en France et alerte sur les émergences de nouvelles bactéries ;
  • la surveillance du SHU chez les enfants de moins de 15 ans. Depuis 1996, un réseau de services de néphrologie pédiatrique volontaires de 31 hôpitaux notifie les cas de SHU pris en charge, à l’Institut de veille sanitaire. Environ 100 cas de SHU pédiatriques sont notifiés chaque année en France (dossier syndrome hémolytique et urémique).

Dans le cadre de ce réseau, les services spécialisés (néphrologie ou réanimation pédiatrique)qui prennent en charge les enfants atteints de SHU informent l’Institut de veille sanitaire dès qu’un enfant y est admis et lui communiquent une fiche recueillant des informations cliniques, microbiologiques et épidémiologiques. Pour chaque enfant, la présence d’E. coli producteurs de shigatoxines (STEC) est recherchée au moyen de prélèvements de sang et de selles, analysés par le Centre national de référence des E. coli et Shigella (Institut Pasteur, Paris et laboratoire de microbiologie de l’Hôpital Robert Debré, Paris).

Lorsque plus de deux SHU surviennent au même moment dans la même zone géographique, une enquête est mise en œuvre par l’InVS pour déterminer si ces infections ont une origine commune. Elle consiste à interroger les parents des enfants malades sur toutes les causes possibles de contamination par E. coli producteurs de shigatoxines (aliments, eau de boisson, contact avec des animaux, contact avec des personnes malades, etc.) pendant la semaine précédant la diarrhée. Les informations recueillies permettent de suspecter une ou plusieurs origines qui font alors l’objet d’une enquête vétérinaire et de traçabilité réalisée par la Direction générale de l’alimentation (DGAl) et ses services déconcentrés (Direction départementale de protection des populations). S’il s’agit d’un produit végétal, ces enquêtes sont conduites par la Direction Générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.  Des mesures orientées par ces enquêtes sont alors mises en œuvre pour éviter l’apparition de nouveaux malades.

Résultats de la surveillance du syndrome hémolytique et urémique chez l’enfant en France

  • chaque année, entre 70 et 100 enfants atteints de SHU sont notifiés à l’Institut de veille sanitaire ;
  • une recrudescence du nombre de SHU est observée en été ;
  • le SHU est plus fréquent chez les enfants âgés de moins de 3 ans ;
  • 1 %, en moyenne, des enfants atteints de syndrome hémolytique et urémique décèdent ;
  • une infection à E. coli producteurs de shigatoxines (STEC) est mise en évidence dans plus de la moitié des cas de syndrome hémolytique et urémique, avec une prédominance de E. coli O157:H7 ;
  • la majorité des cas de SHU surviennent de manière isolée ;
  • en France, une étude réalisée en 2001 a montré que les principaux facteurs de risque de survenue du SHU  chez l’enfant sont la consommation de steak haché de bœuf insuffisamment cuit et les contacts avec une personne ayant eu une gastro-entérite ;
  • deux petites épidémies d’infections à STEC sont survenues en France, toutes les deux en 2005 : l’une liée à la consommation de steaks hachés congelés et l’autre  à la consommation d’un  fromage à pâte molle au lait cru.

Comment prévenir la transmission des infections à E. coli producteurs de shigatoxines et du syndrome hémolytique et urémique ?

La transmission de la maladie peut être prévenue par des gestes simples :

  • les viandes, et surtout la viande hachée de bœuf, doivent être bien cuites à cœur ;
  • les légumes, les fruits et les herbes aromatiques, en particulier ceux qui vont être consommés crus, doivent être soigneusement lavés ;
  • les aliments crus doivent être conservés séparément des aliments cuits ou prêts à être consommés ;
  • les restes alimentaires et les plats cuisinés doivent être suffisamment réchauffés et consommés rapidement ;
  • les ustensiles de cuisine (surtout lorsqu’ils ont été en contact préalablement avec de la viande crue) ainsi que le plan de travail doivent être soigneusement lavés ;
  • le lavage des mains doit être systématique avant de préparer à manger et en sortant des toilettes ;
  • en cas de gastro-entérite, il convient d’éviter de se baigner dans des lieux de baignades publiques et de préparer des repas ;
  • les enfants ne doivent pas boire d’eau non traitée (eau de puits, torrents, etc.), et éviter d’en avaler lors de baignades (lac, étang, etc.) ;
  • enfin, il faut éviter le contact des très jeunes enfants (moins de 5 ans) avec les vaches, veaux, moutons, chèvres, daims, etc., et leur environnement.
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