Cas groupés de Syndrome Hémolytique et Urémique (SHU), Sud-Ouest, octobre 2005

Point au 30 octobre 2005

 

Le 25 octobre 2005, l’InVS était informé par un pédiatre du centre hospitalier de Pau et un pédiatre du centre hospitalier de Bordeaux de la survenue en octobre de cinq cas de syndrome hémolytique et urémique (SHU) résidant dans les Pyrénées Atlantiques et les Landes.
La survenue très rapprochée dans le temps et géographiquement d’une pathologie rare (moins de 100 cas de SHU pédiatriques notifiés annuellement par le réseau national de surveillance du SHU) suggérant une source commune, une investigation, coordonnée par l’InVS en collaboration avec les Directions départementales (Ddass) des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, la Cellule interégionale d’épidémiologie d'Aquitaine, le CNR des E.coli et son laboratoire associé a été immédiatement mise en œuvre.

Les résultats de ces investigations épidémiologiques au 30/10 indiquent qu’il s’agit d’un épisode de cas groupés d’infections à Escherichia coli producteur de shiga toxine (STEC) O157 lié à la consommation de lots de steak haché de marque Repère® Chantegrill®.

Un retrait des lots 234, 231 et 206 et un rappel par communiqué de presse et affichette dans les lieux d’achat de ces 2 lots ont été mis en œuvre par le groupe Leclerc le 30/10 en lien avec la Direction générale de la santé et la Direction générale de l’Alimentation.


Point des Investigations au 30/10/05

Description des cas

Cas de SHU
Neuf cas de SHU ont été notifiés par des hôpitaux d’Aquitaine et de Midi Pyrénées. Ces cas sont des enfants (7 garçons et 2 filles) âgés de 2 à 9 ans.
Six résidents dans les Landes, deux dans les Pyrénées Atlantiques et un dans le Lot-et-Garonne.
Ils ont présenté une gastro-entérite aiguë (GEA) avec diarrhée sanglante ayant débuté entre le 9 et le 21 octobre (figure 1), 7 sont regroupés entre le 18/10 et le 21/10. Ces 9 enfants sont actuellement hospitalisés.

Cas de diarrhée sanglante
Cinq cas de diarrhées sanglantes non compliquées ont été identifiés auprès des laboratoires d’analyses et de biologie médicale des Landes, des médecins généralistes et pédiatres libéraux des communes de résidence des cas de SHU et des services de pédiatrie des CH des Landes.
Ces cas, une femme adulte et quatre garçons âgés de 2 à 8 ans, résident dans les Landes et le Gers. Ils ont présenté une diarrhée sanglante entre le 5 et le 21 octobre (figure 1). Deux des 4 enfants ont été hospitalisés et sont actuellement de retour à leur domicile après une évolution favorable.

Figure 1 : distribution des cas selon la date de début des signes, Cas groupés de SHU et de diarrhée sanglante, Aquitaine, Octobre 2005.

Enquête auprès des parents des cas

Les parents des 13 enfants et l’adulte ont été interrogés.
L’interrogatoire sur les expositions à risque au cours des 7 jours précédant le début des symptômes n’a retrouvé aucun lieu fréquenté en commun (lieu de baignade, loisirs, évènements, etc.) et aucun contact commun avec des animaux (fermes, zoo).
Tous les cas avaient consommé au moins une fois des produits provenant d’un magasin du groupe Leclerc. Ils effectuent leurs achats dans 8 magasins Leclerc différents. Les autres enseignes fréquentées par les cas sont variées.
Les cas et leur famille consommaient très peu de fromage, et presque exclusivement des fromages pasteurisés (type crème de fromage fondu, emmental, etc.).

Tous les cas avaient consommé au moins un produit de charcuterie préemballé ou en conserve, acheté dans un magasin Leclerc mais aucun produit n’avait été consommé par tous les cas.
Tous les cas de SHU et des GEA sanglante avaient consommé des steaks hachés surgelés de marque Repère® Chantegrill® achetés entre fin septembre et mi-octobre. Il a été demandé aux parents des 13 enfants et à l’adulte de rechercher s’il restait des boites des steaks hachés consommés par les cas dans leur congélateur, ou des boites vides dans les poubelles.

Des boites de steaks hachés consommés par les enfants ont été retrouvées chez 7 familles.
La même estampille (identifiant l’établissement producteur du steak haché) était retrouvée sur 6 boites pour lesquelles l’information a été transmise à l’InVS. Le même lot identifié L234 ou L231 avec une Date Limite d’Utilisation Optimale (DLUO) au 22/08/06 était retrouvé chez 5 familles. La sixième famille détenait une boite d’un lot plus ancien (L 206) avec une DLUO au 26/07/2006.
Les steaks contenus dans ces boites conservés dans les congélateurs de 5 familles ont été mis à disposition par les familles à des fins d’analyse.
D’après les informations communiquées par l’entreprise au service qualité de Leclerc, les lots 234 et 231 n’auraient été distribués que dans le Sud Ouest de la France (Languedoc-Roussillon, Aquitaine et Midi-Pyrénées).


Enquête dans les écoles

12 enfants sur les 13 sont scolarisés dans 12 écoles différentes. Les parents ont rapporté des cas de GEA survenus dans l’école de leur enfant en même temps que la GEA de celui ci (2 cas dans une école, 6 dans une autre).
En raison de la fermeture des écoles pour la période des vacances, une investigation a été conduite auprès de la médecine scolaire du département des Landes et des mairies des différentes communes des écoles.
Les responsables des cantines scolaires de 4 écoles des Landes ont pu être joints et ont communiqué les lieux de préparation des repas, les menus servis dans les 7 jours précédant la survenue des cas et la liste de leurs fournisseurs, ainsi que le taux d’absentéisme à la cantine.
Le responsable d’une cantine fréquentée par un cas a rapporté 6 enfants (sur 40 inscrits) absents le 17/10, Les parents des 6 enfants absents ce jour ont été contactés. Aucun n’était absent pour GEA. Aucun absentéisme n’a été noté dans les autres cantines.
Il n’existe pas de cuisine centrale commune aux 4 écoles. Aucun fournisseur commun aux 4 cuisines n’a été retrouvé. Pour 2 écoles sur 4, les repas sont préparés sur place par une cuisinière. Les 2 autres écoles sont servies par des cuisines centrales qui livrent également d’autres collectivités dans lesquelles aucun cas de SHU ou de GEA sanglante n’a été retrouvé.


Recensement des cas de diarrhées sanglantes

Deux cas de diarrhées sanglantes (1 adulte, et 1 enfant qui avait été hospitalisé au CH de Mont de Marsan) ont été identifiés par la Cellule interrégionale d’épidémiologie d’Aquitaine en contactant les laboratoires d’analyses et de biologie médicale des Landes (17/22 laboratoires contactés à ce jour), 22 médecins généralistes et 5 pédiatres libéraux des communes de résidence des cas de SHU.
Quatre cas (dont un enfant déjà identifié auprès d’un laboratoire) ont été identifiés par la Ddass 40 parmi les enfants hospitalisés en octobre dans le service de pédiatrie du CH de Mont de Marsan. Au CH de Dax où deux cas de SHU avaient été hospitalisés initialement, aucun autre cas de GEA dans ce service n’a été hospitalisé en octobre. Le SAMU 40 contacté par la Ddass 40 n’a pas constaté d’augmentation notable du nombre d’appels pour GEA en octobre.
Aucun absentéisme notable n’a été constaté dans les écoles des Landes contactées.


Investigations microbiologiques

Le CNR des E Coli et son laboratoire associé ont contacté les microbiologistes des laboratoires des différents hôpitaux ayant pris en charge des cas pour faire un bilan des analyses déjà réalisées et demander l’envoi d’échantillons pour analyses sérologiques et microbiologiques pour recherche d’E. coli producteur de shigatoxine (STEC). Les analyses sérologiques sont réalisées au CNR et les examens sur les selles au laboratoire associé.
A ce jour, une infection à E coli producteur de shiga-toxine O157 a été mise en évidence pour 6 cas (5 cas de SHU et 1 cas de diarrhée sanglante) par la présence de STEC dans les selles (4 cas) ou sérologiquement (2 cas).
La recherche de STEC dans les steaks retrouvés dans les congélateurs des cas sera réalisée au laboratoire de microbiologie alimentaire de l’Ecole nationale vétérinaire (ENV) de Lyon.


LE SYNDROME HEMOLYTIQUE ET UREMIQUE CHEZ L’ENFANT AGE DE MOINS DE 15 ANS EN FRANCE


Qu’est-ce que le syndrome hémolytique et urémique ?

Le syndrome hémolytique et urémique est une maladie rare en France, mais grave chez l’enfant puisqu’elle est la principale cause d'insuffisance rénale aiguë chez les enfants âgés de 1 mois à 3 ans. Elle est le plus souvent causée par une bactérie appartenant à la famille des Escherichia coli (E. coli), dont certaines souches sont plus virulentes et produisent des toxines, appelées « shigatoxines » (E. coli O157:H7).
La maladie se manifeste d’abord par de la diarrhée souvent avec du sang, des douleurs abdominales et parfois des vomissements qui évoluent, après une semaine environ, vers un syndrome hémolytique et urémique. L’enfant présente alors des signes de grande fatigue, de pâleur, une diminution du volume des urines, qui deviennent plus foncées, et parfois des convulsions.
Le traitement à l’hôpital s’effectue par des transfusions sanguines et/ou des dialyses.
Un à deux pour cent des enfants décède ; plus d’un tiers gardent des lésions rénales à long terme, nécessitant un suivi médical régulier.


Comment l’enfant se contamine-t-il ?

Les bactéries responsables du syndrome hémolytique et urémique sont présentes dans les intestins de nombreux animaux (vaches, veaux, chèvres, moutons, daims, etc.), et sont éliminées par les selles qui peuvent alors contaminer l’environnement (eau, fumier, sol) et les aliments. Elles supportent bien le froid (survie de plusieurs jours dans un réfrigérateur), mais sont détruites par la cuisson.
La contamination se produit :
- par ingestion d’aliments contaminés consommés crus ou peu cuits : viande de bœuf (en particulier hachée), lait ou produits laitiers non pasteurisés, jus de pommes, légumes crus, ou d’eau de boisson contaminée,
- en portant ses mains souillées à la bouche, après avoir touché des animaux porteurs de la bactérie ou leur environnement contaminé,
- par contact avec une personne malade qui excrète la bactérie dans ses selles (« maladie des mains sales »).


Comment sont surveillés les infections à E. coli producteurs de shigatoxines et le syndrome hémolytique et urémique ?

En France, les enfants atteints de syndrome hémolytique et urémique sont hospitalisés dans des services spécialisés (néphrologie ou réanimation pédiatrique) qui informent l’Institut de veille sanitaire dès qu’un enfant y est admis et lui communiquent une fiche recueillant des informations cliniques, microbiologiques et épidémiologiques. Pour chaque enfant, la présence d’E. coli producteurs de shigatoxines est recherchée au moyen de prélèvements de sang et de selles, analysés par le Centre national de référence des E. coli et Shigella (Institut Pasteur, Paris et Hôpital Robert Debré, Paris).
Lorsque plus de deux syndromes hémolytique et urémique surviennent au même moment dans la même zone géographique, une enquête est mise en œuvre par l’Institut de veille sanitaire pour déterminer si ces infections ont une origine commune. Elle consiste à interroger les parents des enfants malades sur toutes les causes possibles de contamination par E. coli producteurs de shigatoxines (aliments, eau de boisson, contact avec des animaux, contact avec des personnes malades, etc.) pendant la semaine précédant la diarrhée. Les informations recueillies permettent de suspecter une ou plusieurs origines qui font alors l’objet d’une enquête ciblée par les Directions départementales des services vétérinaires. Des mesures orientées par ces enquêtes sont alors mises en œuvre pour éviter l’apparition de nouveaux malades.

Résultats de la surveillance du syndrome hémolytique et urémique chez l’enfant en France
- chaque année, entre 70 et 100 enfants atteints de syndrome hémolytique et urémique sont notifiés à l’Institut de veille sanitaire;
- rapporté à la population, la Franche-Comté et la Bretagne sont les régions où le nombre de malades est le plus élevé ;
- une recrudescence du nombre de syndrome hémolytique et urémique est observée en été ;
- le syndrome hémolytique et urémique est plus fréquent chez les enfants âgés de moins de 2 ans (60%) ;
- 1%, en moyenne, des enfants atteints de syndrome hémolytique et urémique décèdent ;
- une infection à E. coli producteurs de shigatoxines est mise en évidence dans plus de la moitié des cas de syndrome hémolytique et urémique, avec une prédominance de E. coli O157:H7 ;
- la majorité des cas de SHU surviennent de manière isolée ;
- en France, les principaux facteurs de risque de survenue du syndrome hémolytique et urémique sont la consommation de steak haché de bœuf insuffisamment cuit et les contacts avec une personne ayant eu une gastro-entérite ;
- depuis 1996, deux foyers de cas groupés d’infections à E. coli O157:H7 sont survenus : l’un en 2002 (lié à la consommation de merguez insuffisamment cuites) et l’autre en 2004 (lié à la consommation de fromage au lait de chèvre non pasteurisé).


Comment prévenir la transmission des infections à E. coli producteurs de shigatoxines et du syndrome hémolytique et urémique ?

La transmission de la maladie peut être prévenue par des gestes simples :
- les viandes, et surtout la viande hachée de bœuf, doivent être bien cuites à cœur ;
- les légumes, les fruits et les herbes aromatiques, en particulier ceux qui vont être consommés crus, doivent être soigneusement lavés ;
- les aliments crus doivent être conservés séparément des aliments cuits ou prêts à être consommés ;
- les restes alimentaires et les plats cuisinés doivent être suffisamment réchauffés et consommés rapidement ;
- les ustensiles de cuisine (surtout lorsqu’ils ont été en contact préalablement avec de la viande crue) ainsi que le plan de travail doivent être soigneusement lavés ;
- le lavage des mains doit être systématique avant de préparer à manger et en sortant des toilettes ;
- en cas de gastro-entérite, il convient d’éviter de se baigner dans des lieux de baignades publiques et de préparer des repas ;
- les enfants ne doivent pas boire d’eau non traitée (eau de puits, torrents, etc.), et éviter d’en avaler lors de baignades (lac, étang, etc.) ;
- enfin, il faut éviter le contact des très jeunes enfants (moins de 5 ans) avec les vaches, veaux, moutons, chèvres, daims, etc., et leur environnement.

 

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Mise en ligne le 30 octobre 2005
Mise à jour le 31 octobre 2005
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